Les transports sont la première source d’émission de gaz à effet de serre en France (environ 30 % des émissions), et la lutte contre le changement climatique passe donc par le développement de moyens de transports moins polluants.
Au premier rang de ceux-ci, on trouve le train. Mais le réseau français souffre d'un manque d'investissement chronique, de prix élevés, de lignes délabrées, qui ferment les unes après les autres, et d'une centralisation parisiano-tgviste.
Depuis quelques mois, une coopérative ferroviaire citoyenne fait beaucoup parler : elle s'appelle Railcoop et prévoit de faire rouler à nouveau des trains sur la ligne Lyon-Bordeaux dès 2022. Nous recevons Alain et Quentin, sociétaires de Railcoop et membres du groupe de réflexion bordelais de la coopérative.
Mais il ne faudrait pas oublier les syndicats de cheminots qui se battent depuis des années pour sauvegarder leur outil de travail et leurs conditions de travail, ni les collectifs d'usagers qui défendent "leurs" trains. Nous avons également voulu leur donner la parole, en invitant David Plagès, membre de la CGT cheminots et du Comité de vigilance ferroviaire en Nouvelle-Aquitaine.
Tous les trois sont passionnés par le train, se battent pour sa relance... et débattent des solutions pour y parvenir. C'est (un peu) technique, mais très instructif !
Débat entre sociétaires de Railcoop et cheminot CGT
Quentin et Alain de Railccop, David Plagès de la CGT cheminots, et Sylvie de Climat de luttes !
L'actu de la semaine
Gel dans les vignes
La première actu du jour, c’est celle que nous sommes nombreux à avoir sentie au petit matin, cette odeur âcre de fumée. En cause, les brûlis faits par les viticulteurs qui craignent pour les bourgeons naissants de la vigne lorsque ceux-ci ont débourré de façon précoce. Redoutable gel printanier capable de détruire une bonne partie de la récolte à venir et ce d'autant plus que le changement climatique provoque une apparition des bourgeons de plus en plus tôt.
C’est toujours au mois d’avril que ces phénomènes se produisent. En 2017, dans la nuit du 26 au 27 avril la gelée a été particulièrement rude pour l’ensemble des appellations. Dans certaines zones, les températures sont descendues jusqu’à -4°C. Un épisode d’autant plus critique que la vigne, cette année-là, était en avance d’au moins quinze jours. Aux dégâts de ce gel s’est ajouté un épisode de grêle au mois d’août et la vendange 2017 a été divisée par deux par rapport à l’année précédente (ce qui ne veut pas forcément dire les revenus des viticulteurs divisés par deux puisque ces dernières années, le vin de Bordeaux se vend de plus en plus mal). Deux autres grandes gelées ont laissé des souvenirs amers dans la région en 1991 et 1993, toujours en avril.
Comment lutter contre ces gelées ? La plupart des viticulteurs utilisent des brûlis qui vont permettre d’éviter la bascule vers la gelée au petit matin. En temps normal, le brûlage de déchets végétaux est strictement interdit mais une dérogation préfectorale permet de s’affranchir de cette règle. Attention, ces brûlis ne doivent bien sûr pas être alimentés avec des pneus ou des bidons d’huile de vidange comme on le voit parfois.
On a vu aussi surgir sur l’appellation Pessac Léognan l’an dernier des tours anti-gel fort bruyantes car elles brassent l’air à l’aide de grandes pâles faisant l’effet sonore d’un hélicoptère. De nombreux voisins du propriétaire Bernard Magrez ont porté plainte et lui-même a été en conflit avec la mairie.
La Préfète de Gironde avait rappelé à cette occasion qu’elle avait autorisé les viticulteurs à déroger à la loi sur la qualité de l’Air en leur laissant réaliser des opérations de brûlage pour lutter contre le gel, assorties cependant de conditions sur ce qu’il ne faut pas brûler (pneumatiques, huile de vidange) ou produits de combustion toxiques, mais aussi devant ne pas « causer de nuisance au voisinage (irritation, picotement, ..) » ni « causer de fumées opaques ».
Petites précisions sur le brûlage des déchets. Chaque année, en France, 1 million de tonnes de déchets verts sont brûlés à l’air libre malgré l’interdiction. Ces végétaux, surtout s’ils sont humides, dégagent des substances toxiques pour les êtres humains et l’environnement, telles que des particules (PM), des oxydes d’azote (NOx) des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), du monoxyde de carbone (CO), des composés organiques volatils (COV), ou encore des dioxines.
Selon l’ADEME, 50 kg de végétaux brûlés émettent autant de particules fines que 13 000 kms parcourus par une voiture Diesel !! L’agence ATMO considère qu’il s’agit d’une des plus grosses sources de pollution de l’air.
Ce jeudi matin, deux capteurs voyaient rouge : celui de la Bastide et celui de Talence qui indiquaient tous les deux un indice de qualité de l’air de 171 notamment à cause du taux de particules PM2,5. Ce taux était beaucoup trop élevé car les hautes pressions atmosphériques actuelles bloquent les fumées sur la ville (curieusement, celui de Mérignac, plus à l’ouest était bon). Ces PM 2,5 sont les particules fines de diamètre inférieur à 2,5 micromètres, ou microns, les millièmes de mm. Ces particules sont encore plus dangereuses que les PM10 car elles pénètrent davantage à l’intérieur des alvéoles pulmonaires et provoquent à long terme des maladies respiratoires. Les asthmatiques ne sont pas à la fête aujourd’hui ! Les sources de PM2,5 sont, en général, provoquées par le trafic routier (particules de diesel) et 70% des voitures françaises ont un moteur diesel, le chauffage (chauffage au bois notamment) et l’industrie, responsable du tiers des particules présentes dans l’air.
Dans la région l’agence ATMO mesure des pics de PM2,5 en été, les week-ends, lorsque tout le monde allume la barbecue. Concernant le chauffage au bois, qui est une énergie renouvelable, il existe de nouveaux poêles et insert qui garantissent justement un faible dégagement de particules en assurant une bien meilleure combustion (si vous devez acheter un poêle à bois, vérifiez qu’il possède bien le label flamme verte et au moins 5 étoiles).
Pesticides en gironde : nous voulons un referendum local !
C'est le titre d'un appel rendu public par onze organisations de Gironde : Alerte Pesticides Haute Gironde, Collectif Infos Médoc Pesticides, Collectif Alerte Pesticides de Léognan, Coquelicots de Léognan, Collectif des Parents des Enfants Scolarisés à Parempuyre-Ludon-Macau, Nous Voulons Des Paysans Parempuyre, Alerte aux Toxiques, Générations Futures Bordeaux, Alerte Médecins Pesticides, FSU 33, FCPE 33.
Le texte de leur appel précise :
Le 19 mars 2021, le Conseil Constitutionnel a invalidé les Chartes Départementales autorisant une réduction des distances à respecter entre habitations et zones de traitement avec des pesticides. Il estime que les modalités de consultation qui ont été employées pour élaborer ces chartes contreviennent à l’article 7 de la Charte de l’Environnement qui prévoit notamment que « Toute personne a le droit, dans les conditions et les limites définies par la loi, d'accéder aux informations relatives à l'environnement détenues par les autorités publiques et de participer à l'élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l'environnement. »
Cette décision, en donnant droit aux associations environnementales, retoque une consultation agricolo-agricole qui a eu lieu sur fond de 1er confinement et qui a écarté la majorité de la société civile.
Voilà une opportunité inespérée pour les institutions viticoles et l’autorité administrative préfectorale d’ouvrir le débat à l’ensemble des personnes concernées : soit en la matière à tous les citoyens.
Dans moins d’un mois les vignobles girondins seront de nouveau l’objet de pulvérisations de pesticides de synthèse, dont certains classés cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques (CMR), SDHI (bloquant la respiration cellulaire végétale et animale), perturbateurs endocriniens… Il est inconcevable que les règles définissant les mesures de protection des personnes vis à vis de ces pesticides s’élaborent en catimini ou par des consultations électroniques « éclair ». Il est inconcevable qu’elles n’incluent pas des mesures renforcées pour la protection des établissements sensibles que sont les écoles et les collèges.
Les associations et collectifs ici signataires en appellent donc à l’organisation d’un référendum local sur la future charte, seule solution démocratique à même de sortir ce sujet des milieux confinés où il était traité.
Photo de une : lors de la manifestation pour la réouverture de la ligne Bordeaux-Blaye, à l'automne 2020.