Collège de France (Histoire des religions)

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Collège de France (Histoire des religions) episodes

  • 04 - Dieux, daimones, héros - VIDEO
    Vinciane Pirenne-Delforge
    Collège de France
    Religion, histoire et société dans le monde grec antique
    Année 2018-2019
    Une première investigation dans le corpus épique attribué à Homère fait surgir quelques rares occurrences de daimôn au pluriel, en une stricte synonymie avec les theoi. Les daimones participent donc, d’une manière ou d’une autre, du statut divin. Quant à l’expression δαίμονιἶσος, « semblable à un daimôn », ou « égal à un daimôn », elle implique qu’une action divine est en cours, à travers la figure du guerrier ainsi qualifié dans l’Iliade, que ce soit Diomède rendu clairvoyant par l’action d’Athéna, Patrocle portant les armes d’Achille ou Achille lui-même. L’expression πρὸςδαίμονα se situe dans le même registre, et ses occurrences permettent d’esquisser une première hypothèse : la référence au daimôn, dans ces cas-là, dessine l’effet d’une action divine sur un être humain dont les limites sont repoussées au-delà de ce qui est attendu et qui apparaît dans une dimension « suprahumaine » au sens strict. En dehors de cette formule daimoni isos et assimilés, l’action d’un dieu, traduite par daimôn, peut s’inscrire dans le registre de la persuasion, de l’audace, de la ruse ou de l’aveuglement, mais dépasser aussi le registre d’une emprise purement mentale et se manifester concrètement : c’est par exemple le cas quand la corde d’un arc se rompt alors que toutes les conditions étaient réunies pour que cela n’arrive pas. En conséquence, le daimôn n’est pas, comme on le lit souvent, une puissance indéfinissable en soi. Le recours à ce terme traduit plutôt l’ignorance de l’identité de son agent par celui qui la subit. Le seul cas d’un daimôn dont l’identité divine est connue du protagoniste qui en ressent l’emprise se situe au chant III, quand Aphrodite apparaît à Hélène sous les traits d’une fileuse spartiate sur les remparts de Troie. Mais Hélène a une clairvoyance bien plus grande que celle des mortels et ce passage, qui mêle étroitement theos, daimôn, et divinité identifiée, vient soutenir l’hypothèse du daimôn comme « manifestation divine » potentiellement identifiable à défaut d’être toujours identifiée.
    55 min
  • 04 - Dieux, daimones, héros - PDF
    Vinciane Pirenne-Delforge
    Collège de France
    Religion, histoire et société dans le monde grec antique
    Année 2018-2019
    Une première investigation dans le corpus épique attribué à Homère fait surgir quelques rares occurrences de daimôn au pluriel, en une stricte synonymie avec les theoi. Les daimones participent donc, d’une manière ou d’une autre, du statut divin. Quant à l’expression δαίμονιἶσος, « semblable à un daimôn », ou « égal à un daimôn », elle implique qu’une action divine est en cours, à travers la figure du guerrier ainsi qualifié dans l’Iliade, que ce soit Diomède rendu clairvoyant par l’action d’Athéna, Patrocle portant les armes d’Achille ou Achille lui-même. L’expression πρὸςδαίμονα se situe dans le même registre, et ses occurrences permettent d’esquisser une première hypothèse : la référence au daimôn, dans ces cas-là, dessine l’effet d’une action divine sur un être humain dont les limites sont repoussées au-delà de ce qui est attendu et qui apparaît dans une dimension « suprahumaine » au sens strict. En dehors de cette formule daimoni isos et assimilés, l’action d’un dieu, traduite par daimôn, peut s’inscrire dans le registre de la persuasion, de l’audace, de la ruse ou de l’aveuglement, mais dépasser aussi le registre d’une emprise purement mentale et se manifester concrètement : c’est par exemple le cas quand la corde d’un arc se rompt alors que toutes les conditions étaient réunies pour que cela n’arrive pas. En conséquence, le daimôn n’est pas, comme on le lit souvent, une puissance indéfinissable en soi. Le recours à ce terme traduit plutôt l’ignorance de l’identité de son agent par celui qui la subit. Le seul cas d’un daimôn dont l’identité divine est connue du protagoniste qui en ressent l’emprise se situe au chant III, quand Aphrodite apparaît à Hélène sous les traits d’une fileuse spartiate sur les remparts de Troie. Mais Hélène a une clairvoyance bien plus grande que celle des mortels et ce passage, qui mêle étroitement theos, daimôn, et divinité identifiée, vient soutenir l’hypothèse du daimôn comme « manifestation divine » potentiellement identifiable à défaut d’être toujours identifiée.
    0 min
  • 04 - Dieux, daimones, héros
    Vinciane Pirenne-Delforge
    Collège de France
    Religion, histoire et société dans le monde grec antique
    Année 2018-2019
    Une première investigation dans le corpus épique attribué à Homère fait surgir quelques rares occurrences de daimôn au pluriel, en une stricte synonymie avec les theoi. Les daimones participent donc, d’une manière ou d’une autre, du statut divin. Quant à l’expression δαίμονιἶσος, « semblable à un daimôn », ou « égal à un daimôn », elle implique qu’une action divine est en cours, à travers la figure du guerrier ainsi qualifié dans l’Iliade, que ce soit Diomède rendu clairvoyant par l’action d’Athéna, Patrocle portant les armes d’Achille ou Achille lui-même. L’expression πρὸςδαίμονα se situe dans le même registre, et ses occurrences permettent d’esquisser une première hypothèse : la référence au daimôn, dans ces cas-là, dessine l’effet d’une action divine sur un être humain dont les limites sont repoussées au-delà de ce qui est attendu et qui apparaît dans une dimension « suprahumaine » au sens strict. En dehors de cette formule daimoni isos et assimilés, l’action d’un dieu, traduite par daimôn, peut s’inscrire dans le registre de la persuasion, de l’audace, de la ruse ou de l’aveuglement, mais dépasser aussi le registre d’une emprise purement mentale et se manifester concrètement : c’est par exemple le cas quand la corde d’un arc se rompt alors que toutes les conditions étaient réunies pour que cela n’arrive pas. En conséquence, le daimôn n’est pas, comme on le lit souvent, une puissance indéfinissable en soi. Le recours à ce terme traduit plutôt l’ignorance de l’identité de son agent par celui qui la subit. Le seul cas d’un daimôn dont l’identité divine est connue du protagoniste qui en ressent l’emprise se situe au chant III, quand Aphrodite apparaît à Hélène sous les traits d’une fileuse spartiate sur les remparts de Troie. Mais Hélène a une clairvoyance bien plus grande que celle des mortels et ce passage, qui mêle étroitement theos, daimôn, et divinité identifiée, vient soutenir l’hypothèse du daimôn comme « manifestation divine » potentiellement identifiable à défaut d’être toujours identifiée.
    55 min
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    Année 2018-2019
    Une première investigation dans le corpus épique attribué à Homère fait surgir quelques rares occurrences de daimôn au pluriel, en une stricte synonymie avec les theoi. Les daimones participent donc, d’une manière ou d’une autre, du statut divin. Quant à l’expression δαίμονιἶσος, « semblable à un daimôn », ou « égal à un daimôn », elle implique qu’une action divine est en cours, à travers la figure du guerrier ainsi qualifié dans l’Iliade, que ce soit Diomède rendu clairvoyant par l’action d’Athéna, Patrocle portant les armes d’Achille ou Achille lui-même. L’expression πρὸςδαίμονα se situe dans le même registre, et ses occurrences permettent d’esquisser une première hypothèse : la référence au daimôn, dans ces cas-là, dessine l’effet d’une action divine sur un être humain dont les limites sont repoussées au-delà de ce qui est attendu et qui apparaît dans une dimension « suprahumaine » au sens strict. En dehors de cette formule daimoni isos et assimilés, l’action d’un dieu, traduite par daimôn, peut s’inscrire dans le registre de la persuasion, de l’audace, de la ruse ou de l’aveuglement, mais dépasser aussi le registre d’une emprise purement mentale et se manifester concrètement : c’est par exemple le cas quand la corde d’un arc se rompt alors que toutes les conditions étaient réunies pour que cela n’arrive pas. En conséquence, le daimôn n’est pas, comme on le lit souvent, une puissance indéfinissable en soi. Le recours à ce terme traduit plutôt l’ignorance de l’identité de son agent par celui qui la subit. Le seul cas d’un daimôn dont l’identité divine est connue du protagoniste qui en ressent l’emprise se situe au chant III, quand Aphrodite apparaît à Hélène sous les traits d’une fileuse spartiate sur les remparts de Troie. Mais Hélène a une clairvoyance bien plus grande que celle des mortels et ce passage, qui mêle étroitement theos, daimôn, et divinité identifiée, vient soutenir l’hypothèse du daimôn comme « manifestation divine » potentiellement identifiable à défaut d’être toujours identifiée.
    55 min
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    Année 2018-2019
    Une première investigation dans le corpus épique attribué à Homère fait surgir quelques rares occurrences de daimôn au pluriel, en une stricte synonymie avec les theoi. Les daimones participent donc, d’une manière ou d’une autre, du statut divin. Quant à l’expression δαίμονιἶσος, « semblable à un daimôn », ou « égal à un daimôn », elle implique qu’une action divine est en cours, à travers la figure du guerrier ainsi qualifié dans l’Iliade, que ce soit Diomède rendu clairvoyant par l’action d’Athéna, Patrocle portant les armes d’Achille ou Achille lui-même. L’expression πρὸςδαίμονα se situe dans le même registre, et ses occurrences permettent d’esquisser une première hypothèse : la référence au daimôn, dans ces cas-là, dessine l’effet d’une action divine sur un être humain dont les limites sont repoussées au-delà de ce qui est attendu et qui apparaît dans une dimension « suprahumaine » au sens strict. En dehors de cette formule daimoni isos et assimilés, l’action d’un dieu, traduite par daimôn, peut s’inscrire dans le registre de la persuasion, de l’audace, de la ruse ou de l’aveuglement, mais dépasser aussi le registre d’une emprise purement mentale et se manifester concrètement : c’est par exemple le cas quand la corde d’un arc se rompt alors que toutes les conditions étaient réunies pour que cela n’arrive pas. En conséquence, le daimôn n’est pas, comme on le lit souvent, une puissance indéfinissable en soi. Le recours à ce terme traduit plutôt l’ignorance de l’identité de son agent par celui qui la subit. Le seul cas d’un daimôn dont l’identité divine est connue du protagoniste qui en ressent l’emprise se situe au chant III, quand Aphrodite apparaît à Hélène sous les traits d’une fileuse spartiate sur les remparts de Troie. Mais Hélène a une clairvoyance bien plus grande que celle des mortels et ce passage, qui mêle étroitement theos, daimôn, et divinité identifiée, vient soutenir l’hypothèse du daimôn comme « manifestation divine » potentiellement identifiable à défaut d’être toujours identifiée.
    0 min
  • 04 - Dieux, daimones, héros
    Vinciane Pirenne-Delforge
    Collège de France
    Religion, histoire et société dans le monde grec antique
    Année 2018-2019
    Une première investigation dans le corpus épique attribué à Homère fait surgir quelques rares occurrences de daimôn au pluriel, en une stricte synonymie avec les theoi. Les daimones participent donc, d’une manière ou d’une autre, du statut divin. Quant à l’expression δαίμονιἶσος, « semblable à un daimôn », ou « égal à un daimôn », elle implique qu’une action divine est en cours, à travers la figure du guerrier ainsi qualifié dans l’Iliade, que ce soit Diomède rendu clairvoyant par l’action d’Athéna, Patrocle portant les armes d’Achille ou Achille lui-même. L’expression πρὸςδαίμονα se situe dans le même registre, et ses occurrences permettent d’esquisser une première hypothèse : la référence au daimôn, dans ces cas-là, dessine l’effet d’une action divine sur un être humain dont les limites sont repoussées au-delà de ce qui est attendu et qui apparaît dans une dimension « suprahumaine » au sens strict. En dehors de cette formule daimoni isos et assimilés, l’action d’un dieu, traduite par daimôn, peut s’inscrire dans le registre de la persuasion, de l’audace, de la ruse ou de l’aveuglement, mais dépasser aussi le registre d’une emprise purement mentale et se manifester concrètement : c’est par exemple le cas quand la corde d’un arc se rompt alors que toutes les conditions étaient réunies pour que cela n’arrive pas. En conséquence, le daimôn n’est pas, comme on le lit souvent, une puissance indéfinissable en soi. Le recours à ce terme traduit plutôt l’ignorance de l’identité de son agent par celui qui la subit. Le seul cas d’un daimôn dont l’identité divine est connue du protagoniste qui en ressent l’emprise se situe au chant III, quand Aphrodite apparaît à Hélène sous les traits d’une fileuse spartiate sur les remparts de Troie. Mais Hélène a une clairvoyance bien plus grande que celle des mortels et ce passage, qui mêle étroitement theos, daimôn, et divinité identifiée, vient soutenir l’hypothèse du daimôn comme « manifestation divine » potentiellement identifiable à défaut d’être toujours identifiée.
    55 min
  • 03 - Dieux, daimones, héros - VIDEO
    Vinciane Pirenne-Delforge
    Collège de France
    Religion, histoire et société dans le monde grec antique
    Année 2018-2019
    Si le daimôn est le « signifiant flottant » que M. Detienne a vu en lui et qu’il n’a pas de consistance cultuelle, une étude qui prétend faire dialoguer les traditions narratives et les cultes pourrait sembler en porte-à-faux par rapport à ses objectifs. C’est pourquoi un détour par le site oraculaire de Dodone s’avère intéressant. En effet, des milliers de questions de consultants reprises sur les lamelles en plomb ont été mises au jour sur le site du sanctuaire de Zeus Naios. Une large proportion de ces questions porte sur l’identité des entités suprahumaines à prier, à honorer, à se concilier pour obtenir l’un ou l’autre bienfait. La majorité de ces tentatives d’identification se limite à la catégorie des theoi (« Lequel des dieux faut-il prier ? »). Pour moitié, l’alternative theoi/hērōes est aussi bien présente (« Lequel des dieux ou des héros faut-il prier ? ») et, dans une moindre mesure encore, les déesses figurent dans la question. Quatre lamelles au moins font apparaître les daimones dans ce type d’exploration oraculaire du destinataire d’un acte rituel à venir. L’une d’entre elles porte le triptyque theoi/daimones/hērōes, deux autres affichent l’alternative theoi/daimones et la dernière évoque des daimones ou des hērōes. En dépit de leur nombre réduit, ces quelques textes attestent que la notion de daimôn n’est pas indépendante de toute épaisseur cultuelle, du moins dans l’intention de celui qui souhaitait clarifier auprès de l’oracle les termes de son commerce avec le monde suprahumain. Il faudra comprendre pourquoi les phases d’actualisation, de concrétisation, des démarches en question ne mobilisent pas la notion comme telle dans la documentation qui parle des actes de cultes effectivement posés, que ce soit à l’échelle des collectivités ou des particuliers.
    58 min
  • 03 - Dieux, daimones, héros - PDF
    Vinciane Pirenne-Delforge
    Collège de France
    Religion, histoire et société dans le monde grec antique
    Année 2018-2019
    Si le daimôn est le « signifiant flottant » que M. Detienne a vu en lui et qu’il n’a pas de consistance cultuelle, une étude qui prétend faire dialoguer les traditions narratives et les cultes pourrait sembler en porte-à-faux par rapport à ses objectifs. C’est pourquoi un détour par le site oraculaire de Dodone s’avère intéressant. En effet, des milliers de questions de consultants reprises sur les lamelles en plomb ont été mises au jour sur le site du sanctuaire de Zeus Naios. Une large proportion de ces questions porte sur l’identité des entités suprahumaines à prier, à honorer, à se concilier pour obtenir l’un ou l’autre bienfait. La majorité de ces tentatives d’identification se limite à la catégorie des theoi (« Lequel des dieux faut-il prier ? »). Pour moitié, l’alternative theoi/hērōes est aussi bien présente (« Lequel des dieux ou des héros faut-il prier ? ») et, dans une moindre mesure encore, les déesses figurent dans la question. Quatre lamelles au moins font apparaître les daimones dans ce type d’exploration oraculaire du destinataire d’un acte rituel à venir. L’une d’entre elles porte le triptyque theoi/daimones/hērōes, deux autres affichent l’alternative theoi/daimones et la dernière évoque des daimones ou des hērōes. En dépit de leur nombre réduit, ces quelques textes attestent que la notion de daimôn n’est pas indépendante de toute épaisseur cultuelle, du moins dans l’intention de celui qui souhaitait clarifier auprès de l’oracle les termes de son commerce avec le monde suprahumain. Il faudra comprendre pourquoi les phases d’actualisation, de concrétisation, des démarches en question ne mobilisent pas la notion comme telle dans la documentation qui parle des actes de cultes effectivement posés, que ce soit à l’échelle des collectivités ou des particuliers.
    58 min
  • 03 - Dieux, daimones, héros
    Vinciane Pirenne-Delforge
    Collège de France
    Religion, histoire et société dans le monde grec antique
    Année 2018-2019
    Si le daimôn est le « signifiant flottant » que M. Detienne a vu en lui et qu’il n’a pas de consistance cultuelle, une étude qui prétend faire dialoguer les traditions narratives et les cultes pourrait sembler en porte-à-faux par rapport à ses objectifs. C’est pourquoi un détour par le site oraculaire de Dodone s’avère intéressant. En effet, des milliers de questions de consultants reprises sur les lamelles en plomb ont été mises au jour sur le site du sanctuaire de Zeus Naios. Une large proportion de ces questions porte sur l’identité des entités suprahumaines à prier, à honorer, à se concilier pour obtenir l’un ou l’autre bienfait. La majorité de ces tentatives d’identification se limite à la catégorie des theoi (« Lequel des dieux faut-il prier ? »). Pour moitié, l’alternative theoi/hērōes est aussi bien présente (« Lequel des dieux ou des héros faut-il prier ? ») et, dans une moindre mesure encore, les déesses figurent dans la question. Quatre lamelles au moins font apparaître les daimones dans ce type d’exploration oraculaire du destinataire d’un acte rituel à venir. L’une d’entre elles porte le triptyque theoi/daimones/hērōes, deux autres affichent l’alternative theoi/daimones et la dernière évoque des daimones ou des hērōes. En dépit de leur nombre réduit, ces quelques textes attestent que la notion de daimôn n’est pas indépendante de toute épaisseur cultuelle, du moins dans l’intention de celui qui souhaitait clarifier auprès de l’oracle les termes de son commerce avec le monde suprahumain. Il faudra comprendre pourquoi les phases d’actualisation, de concrétisation, des démarches en question ne mobilisent pas la notion comme telle dans la documentation qui parle des actes de cultes effectivement posés, que ce soit à l’échelle des collectivités ou des particuliers.
    58 min
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    Si le daimôn est le « signifiant flottant » que M. Detienne a vu en lui et qu’il n’a pas de consistance cultuelle, une étude qui prétend faire dialoguer les traditions narratives et les cultes pourrait sembler en porte-à-faux par rapport à ses objectifs. C’est pourquoi un détour par le site oraculaire de Dodone s’avère intéressant. En effet, des milliers de questions de consultants reprises sur les lamelles en plomb ont été mises au jour sur le site du sanctuaire de Zeus Naios. Une large proportion de ces questions porte sur l’identité des entités suprahumaines à prier, à honorer, à se concilier pour obtenir l’un ou l’autre bienfait. La majorité de ces tentatives d’identification se limite à la catégorie des theoi (« Lequel des dieux faut-il prier ? »). Pour moitié, l’alternative theoi/hērōes est aussi bien présente (« Lequel des dieux ou des héros faut-il prier ? ») et, dans une moindre mesure encore, les déesses figurent dans la question. Quatre lamelles au moins font apparaître les daimones dans ce type d’exploration oraculaire du destinataire d’un acte rituel à venir. L’une d’entre elles porte le triptyque theoi/daimones/hērōes, deux autres affichent l’alternative theoi/daimones et la dernière évoque des daimones ou des hērōes. En dépit de leur nombre réduit, ces quelques textes attestent que la notion de daimôn n’est pas indépendante de toute épaisseur cultuelle, du moins dans l’intention de celui qui souhaitait clarifier auprès de l’oracle les termes de son commerce avec le monde suprahumain. Il faudra comprendre pourquoi les phases d’actualisation, de concrétisation, des démarches en question ne mobilisent pas la notion comme telle dans la documentation qui parle des actes de cultes effectivement posés, que ce soit à l’échelle des collectivités ou des particuliers.
    58 min

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