
Sign up to save your podcasts
Or


« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Alors que le 6 janvier 2014, Eugène, habitant des Pyrénées, passe une commande à une firme du Nord d’une « cocotte en fonte émaillée intérieur et extérieur, de couleur rouge, de vingt-huit centimètres, utilisable sur tous les feux… » au même moment débute « Senior Story », une nouvelle émission de téléréalité : « C’est que les seniors sont à la pointe, ils imposent résolument les nouvelles tendances, plus déterminés et rebelles désormais que les jeunes, pauvres juniors terrorisés par le chômage, le prix des logements, le réchauffement climatique, les gosses à élever, les pandémies, les temps de transport, les attentats, les pesticides… ».
Le décor est planté dans ce roman en forme de conte de fées : « Votre commande a bien été expédiée » de Nathalie Peyerebonne publié chez Albin Michel.
Et, de la cocotte rouge non livrée après 169 jours à un échange de mails entre Eugène et Lucia, la préposée des relations publiques au service « Conseil clientèle » de ladite firme, il y aura plus. Oui ! Il y aura des affinités !
Telle cette escapade dans les Pyrénées où le duo assiste à un coucher de soleil : « Spectacle banal et quotidiennement renouvelé mais qui, en certaines circonstances, fait prendre conscience de la fragilité du monde, pétrifie ceux qui y assistent parce qu’il leur dit que tout pourrait bien s’arrêter là, ne plus tourner, s’il se couchait et ne se relevait plus, si la lumière s’éteignait pour de bon, si le rougeoiement du monde était un ultime adieu. »
Justement, la fin de ce roman est la narration de ce monde entier aux prises avec quelques « coupures » : « Le monde se meurt, mais les spams, les courriers indésirables continuent de tomber dans notre boîte mails et les arnaques continuent… Le monde craque mais les affaires continuent, un futur est donc possible…» se dit Eugène.
Et, bien entendu, le lecteur espère cet aboutissement avec lui.
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Marthe venait à peine de perdre son mari, patron d’une petite ardoisière dans le Limousin, que leur fils Paul, enfant unique, 30 ans, la plaça au pied du mur : pas question de poursuivre l’oeuvre de feu son père, vente de l’entreprise et de la demeure familiale y attenante, achat d’une usine d’embouteillage à 100 km, mainmise sur les avoirs de sa mère. En somme, Marthe, en peu de temps après la perte douloureuse de son époux, perdait le fil d’une existence que le couple avait tissée à la force du poignet durant des décennies et elle dut faire face à un fils imbu, méprisant, égoïste et si peu respectueux à l’égard des autres. Diviser pour mieux les dominer, semblait être sa devise.
Voici, donc, la trame du nouveau roman de Sylvie Anne « Un mariage en eaux troubles » publié aux Presses de la Cité.
Une auteure qui allie le côté « terroir » de la collection « Terres de France » à une analyse pointue – sans être pesante – du caractère de ses personnages.
Et puis, il y a cette petite touche d’imprévu : un fils omnipotent qui se laisse embobiner par sa mère lui choisissant son épouse, ce n’est vraiment pas banal ! Et, l’apparition soudaine d’une ex de Paul ajoute du piment à cette histoire familiale. Sans parler de la bru qui, petit à petit, va montrer qu’elle n’était pas la « potiche » choisie pour sa dot !
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Quand elle était petite, Sally était la préférée de son père, bûcheron : « L’été, il me hissait sur ses épaules et m’emmenait dans les bois, m’apprenait le nom des arbres, me montrait comment détacher l’écorce des sassafras pour la mâchonner, et comment récolter la sève d’érable au printemps. « Il faut être reconnaissant envers ces bois, pas les saloper, répétait-il. Alors, traite-les bien. »
Sally la rouquine a grandi, s’est mariée à Ton qui fit de plantureuses affaires dans l’immobilier : « Tu es un profiteur, un salaud de riche et de paysan parvenu ! » lui avait asséné le père de Sally. La raison de cette colère ? Ron achetait des terres pour quelques dollars, y faisait raser les arbres et construire des maisons clés en main avec de plantureux bénéfices pour son compte en banque. Il n’était donc pas bien vu dans cette région du Nord-Est américain.
Ce préambule pour dire que « Le cœur sauvage » de Robin McArthur paru dans la collection « Terres d’Amérique » chez Albin Michel, est un extrait de l’une des remarquables nouvelles où, à chaque page, on sent battre le cœur de ses habitants, on devine l’odeur des résineux, de la bière qui coule à flots, des champs à perte de vue, on s’imprègne du caractère de ces fermiers, artistes, anciens soixante-huitards, on voit des forêts immenses, des bleds et leurs cabanons branlants, on perçoit des amours, des colères, des révoltes, du racisme et de la solidarité, la misère culturelle ou un savoir-faire ancestral…
Sans conteste, les onze nouvelles de Robin Mc Arthur relèvent toutes de l’art, difficile et délicat, de conter l’âme humaine qui, alors, touche le lecteur de plein fouet.
Et, par ci par là, une petite phrase qui suspend notre lecture pour réfléchir davantage à sa signification profonde : « Ce qu’on apprend en travaillant toute sa vie au milieu des arbres et des animaux, c’est qu’il faut que quelque chose meure pour qu’autre chose pousse à la place. » Et, au final : « Ces grillons qui stridulent de plus belle, partout. Toujours ce même vieux, très vieux chant d’amour. »
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Durant six années, Joseph a lutté contre les autorités expropriant sa vielle demeure, la Messonière, construite sur les fondations d’un ancien château fort, dans un village proche de Brive-la-Gaillarde.
La raison ? Y faire passer une route qui, de la sorte, éviterait d’exproprier les parents du maire et un gros employeur local. Un autre épisode de copinage, en somme.
Joseph, 73 ans, était un fameux phénomène. Jeune homme, intelligent, cultivé, fiancé à Margot, soudain, il disparut de la circulation sans crier gare, sillonna les mers de toute la planète puis, des décennies plus tard, réapparut au village en vieux loup de mer. Vivant seul dans sa maison, on l’entendait intensément travailler le bois. Que pouvait-il bien fabriquer en cachette, avant d’être jeté hors de sa demeure ?
Telle est l’entame du roman de terroir de Gilles Bordes, « Chante, rossignol ».
À vrai dire, Joseph avait un projet pharaonique. Lequel ? Durant 290 pages, l’auteur, maître du genre, membre de la fameuse école de Brive, va ravir le lecteur qui, comme moi, apprécie ce genre de littérature, par une histoire mêlant secret de famille, société contemporaine. Un roman qui parle, simplement, de la vie, celle qui, parfois réserve une fin de parcours aussi surprenante qu’émotionnellement intense…
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
J’avoue avoir une grande admiration pour Albert Camus. Son roman « L’Étranger », lu et relu, a marqué toute mon existence.
Dans la présente rubrique, d’autres ouvrages de cet écrivain trop tôt disparu, ont fait l’objet de commentaires et de citations choisies. Avec « Lettres à un ami allemand », moins de 80 pages, soit quatre missives écrites sous l’Occupation nazie et destinées à des publications clandestines dans un premier temps, l’humanisme du Prix Nobel de Littérature 1957, resurgit et ne peut que toucher la conscience de tout citoyen, justement en les temps troublés que nous vivons.
Voici trois passages explicites :
« J’aime trop mon pays pour être nationaliste. Je ne déteste que les bourreaux et ces « Lettres à un ami allemand » sont un document de la lutte contre la violence. »
« L’intelligence donne son accord au courage. »
Et, en juillet 1944, ces mots directement adressés aux nazis : « Je sais que le ciel qui fut indifférent à vos atroces victoires le sera encore à votre défaite. Aujourd’hui encore, je n’attends rien de lui. Mais nous aurons du moins contribué à sauver la créature de la solitude où vous vouliez le mettre. Pour avoir dédaigné cette fidélité à l’homme, c’est vous qui, par milliers, allez mourir solitaires. »
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
« Naître et grandir dans un milieu d’ouvriers ou de petits employés n’est pas un bon endroit pour accumuler de merveilleux souvenirs d’enfance », lit-on dans la préface de l’ouvrage « La Mémoire encerclée » de Michèle Cointe (Albin Michel). Et, comme cette citation m’interpelle personnellement, mon intérêt pour cet ouvrage autobiographique s’est accru et je partage quelques passages de ce livre qui sont assez marquants, selon moi.
« J’ai cru, explique l’auteure, à tous les discours qui mêlaient le paradis à la résurrection, la mort à l’enfer, et l’éventualité de devenir riche aux hasards de la loterie. »
Quelle loterie ? Celle de la Française des Jeux ou celle du destin ?
Michèle Cointe déclare encore : « Le souvenir reste : c’est écrit sur les tombes, au cimetière. »
L’ouvrage évoque les années 1950, celles du grand chambardement urbain et sociétal, comme on dit aujourd’hui.
« Aux lieux détruits de la cité-jardin, les hommes qui étaient devenus vieux en quelques semaines perdaient déjà leurs mots : remises, grillages, ficelles, barrières, résédas… Et leurs fils visitaient les salons automobiles pour acheter une voiture à crédit. »
Le jouet Pinocchio, automate avec une clef dans le dos pour remonter le mécanisme, était le début de l’ère des robots, en somme.
« Les souvenirs sont comme les archives, rarement isolés… », clame encore l’auteure. Et, d’ajouter : « J’ai toujours su qu’il n’y aurait ni Mercurochrome ni remèdes pour guérir la blessure des enfants des camps derrière les barbelés. (…) Quelle nécessité de comprendre rivalise avec l’insoutenable ? »
Celle, entre autres, d’être entre les pattes crasseuses d’un pédophile à l’âge de 11 ans !
Et, après cette révélation, ce constat : « Je me demande encore par quel miracle, après avoir grandi au lieu de dépérir, un enfant s’épanouit au lieu de se faner et devient adulte prêt à tellement de renoncements pour être aimé. »
Pour ma part, je sais une chose : il y a des livres qui grandissent le lecteur !
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Beaucoup de personnes ont encore en mémoire le célèbre « Da Vinci Code » de Dan Brown, ouvrage vendu à 86 millions d’exemplaires. Livre qui suscita parfois des réactions outrées et critiques acerbes. Présenté comme un « roman » avec la spécificité que, dès la première page, l’auteur faisait état d’une mise au point qui s’avéra fallacieuse sur divers éléments : « Toutes les descriptions de monuments, d’œuvres d’art, de documents et de rituels secrets sont avérées », d’autres écrits de cet auteur – au succès planétaire, reconnaissons-le – firent aussi état de « complots mondiaux » (ceux perpétrés par des juifs, francs-maçons, ésotéristes…), théorie chère à différents dignitaires nazis, entre autres.
Le Salon du livre « Masonica 2017 » (Bruxelles) regroupait une quarantaine d’auteurs et c’était l’occasion pour « Fréquence Terre » d’aborder ce sujet qui, à l’heure actuelle, dépasse la notion d’œuvre littéraire pour devenir un véritable thème de propagande antidémocratique.
Trois questions bien précises ont été posées à des deux auteurs :
– Notre société actuelle est traversée par des attaques, parfois virulentes, d’adeptes de la théorie du complot et un retour à des politiques totalitaristes, de quelle manière, en tant qu’auteur, pouvez-vous contrecarrer ces situations alarmantes pour la Démocratie ?
– Que j’évoque des violences, parfois meurtrières, n’avez-vous pas des craintes que, vous et vos semblables humanistes, deveniez des victimes de premier plan de cette intolérance sociétale qui prend de l’ampleur ?
– Une citation, une réflexion, en guise de conclusion ?
Dans le podcast ci-dessous, on retrouve les réponses de Philippe Liénard, 54 ans, juriste, auteur (Éd. Jourdan) et conférencier, qui est un écrivain « engagé » et Pierre Klees, 83 ans, ingénieur électro-mécanicien de formation, auteur (Éd. De l’Avant-Propos) qui, selon lui, s’adresse « aux femmes et aux hommes, athées, croyants ou agnostiques qui travaillent à l’émancipation humaine ».
Pour conclure cette rubrique, il me plaît à rappeler cette citation d’Antoine de Saint-Exupery : « Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis. »
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
L’essai « Où allons-nous, mes amis ? » de Marek Halter (Éditions Robert Laffont), débute de la manière suivante : « Chacun éprouve un sentiment. La peur. Peur de la modernité, peur d’un monde qui évolue trop vite, peur d’un avenir qui semble obstrué, et, ce qui est nouveau, peur de l’autre. De l’autre perçu comme étranger. »
Et, à cette crainte, explique l’auteur, il y a celle d’une violence aveugle qui, alors, « ajoute une peur aux peurs ».
« C’est ainsi que resurgit la théorie du complot, précise-t-il. L’ennemi intérieur n’est-il pas nourri par celui de l’extérieur ? Et inversement ? (…) Alors, s’élève brusquement, devant nos yeux, une barrière infranchissable : la haine naît ! »
Existe-t-il une solution pour la contrecarrer ?
Outre ses croyances personnelles, Marek Halter lance : « Pour se réconcilier, il faut d’abord se connaître ».
En 80 pages, j’ai encore relevé ces trois déclarations :
« La violence commence où la parole s’arrête. En effet, tant que les hommes se parlent, même s’ils s’insultent, ils ne s’entre-tuent pas. La source du racisme est l’ignorance. »
« Comment la France, où presque toute la jeunesse est scolarisée et où presque tous les élèves obtiennent leur baccalauréat, peut-elle compter autant d’ignorants ? »
« Une pensée ne succombe ni à un coup de feu, ni à un coup de lame mais à une autre pensée. »
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Si vous faites l’acquisition, pour 3 euros, d’une petite quarantaine de pages signées Henry David Thoreau écrites au cœur du XIXe siècle sous le titre « La désobéissance civile » aux Éditions Gallmeister, vous aurez la même lecture « inspirée » que Gandhi, Martin Luther King et Nelson Mandela !
En effet, ce sont quatre dizaines de pages de la fondation du concept de désobéissance civile, dont voici quelques extraits marquants :
« Si l’on devait juger les législateurs intégralement sur la foi des effets de leurs actes, et non pas partiellement sur la foi de leurs intentions, ils mériteraient d’être rangés dans la même catégorie que les brigands et punis en conséquence. »
« Ne peut-il exister un gouvernement dans lequel ce ne sont pas les majorités qui décident virtuellement du juste et de l’injuste, mais la conscience ? »
« Sous un gouvernement qui emprisonne injustement, c’est en prison que l’homme juste est à sa juste place. »
« Glissez dans l’urne la totalité de votre vote, non pas seulement un morceau de papier, mais toute votre influence. »
« Le progrès qui mène d’une monarchie absolue à une monarchie limitée, et d’une monarchie limitée à une démocratie, est un progrès vers le respect authentique de l’individu. »
« Il ne pourra y avoir d’État réellement libre et éclairé que lorsque l’État reconnaîtra l’individu comme une puissance supérieure et indépendante, d’où dérivent intégralement ses propres puissance et autorité, et qu’il le traitera conformément à ce statut. »
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
D’emblée, le roman les « Maîtres du monde » de Victor Cohen Hadria (Albin Michel), le décor est planté et on sait que l’on sera aux prises, le terme est choisi, avec un ouvrage hors du commun : « Trieste a été grecque, romaine, byzantine, vénitienne, autrichienne, italienne, fasciste, communiste, démocrate-chrétienne, mais aucun de ses maîtres passagers n’a saisi ce qui s’y trame vraiment… »
Qui sont ces maîtres du monde ? De quel monde s’agit-il ? Qui sont ces personnages étranges, énigmatiques, qui vont et viennent au fil des 350 pages de ce roman étonnant ?
Des vieillards ? Ceux qui accueillirent un certain Élio, amnésique ayant débarqué de Zurich à la gare de la ville mythique ? De Fortunato Zembalone, thérapeute à la recherche de l’inconscient qu’il considère comme un « malfaiteur en fuite » ? Psychiatrie et acupuncture sont testées durant des mois et des mois sur ses patients. Il a décrété qu’Élio souffrait d’une amnésie d’identité, un cas rarissime mais réversible. Un Élio qui ne sait plus qui il est, d’où il vient, qui sont ses parents, ses éventuels enfants ou ses amours. Pourtant, il a été un authentique inventeur, un génie !
Le thérapeute déclare : « De tous les tourments qui assaillent les mortels, le pire est de s’égarer sur la route de ses origines. »
Qu’en pense Élio ? Du moins, peut-il encore penser ?
Avec les « Maîtres du monde », à chaque page se trouve une question, à chaque page le lecteur va de surprise en étonnement.
Son but, son rêve, son obsession est d’être propulsé au pinacle des associations analytiques pour être renommé à travers les siècles et, de la sorte, « élaborer le Grand Œuvre symbolique dont rêvent tous les adeptes de la Vérité. »
From the publisher's feed

0 Listeners

0 Listeners