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By Littérature Sans Frontières – Fréquence TerreScienceNature
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  • Comment faire tomber un dictateur (2/3)… quand on est tout petit… de Srdja Popovic (Payot)

    « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

    « Voici le livre des révolutions possibles. Il s’appuie sur une expérience acquise dans près de cinquante pays. Il prend la voix exceptionnelle de Srdja Popovic, apôtre de la lutte non violente, qui fit tomber Milosevic, fut de toutes les « révolutions fleuries » et a été considéré comme l’architecte secret du printemps arabe. »

    Assurément, « Comment faire tomber un dictateur » quand on est seul, tout petit et sans armes de Srdja Popovic (Petite Biblio Payot), méritait bien trois passages sur antenne et le site. Voici la deuxième des trois chroniques sur cet activisme pacifiste qui réconcilie avec l’action politique !

    Document « Le Soir »

    Ce mode d’activisme pacifique inspira d’autres actions que celles de faire tomber des Milosevic, Moubarak, Ben Ali… et, avant eux, Salazar et consorts. Ainsi, très récemment en Belgique, le collectif « Flashmob  Justice Fiscale» a fait bouger les lignes avec ses inspirations, comme le décrit la « RTBF », « RTL », « POUR » (merci pour l’autorisation de reproduction des documents), « Le Soir »[1]… : « C’est par des actions qui rendent le pouvoir en place ridicule, par l’absurde, qu’on peut pousser le gouvernement à réagir et il est inutile d’être violent, car il y a toujours plus fort que soi…», expliqua un membre de ce collectif citoyen.

    Document « POUR ».
    Document « POUR ».

    Ainsi, pour protester contre l’évasion fiscale, estimée à l’équivalent du financement annuel d’un hôpital de 350 lits, un magasin du géant du meuble à emporter fut envahi pacifiquement par les manifestants habillés en personnel soignant mimant des scènes hospitalières dans le rayon literie. Une sensibilisation du public fut, bien entendu, opérée et les médias, en nombre, relatèrent cette action à Ikea.

    Comme le dit Popovic : « Si vous avez des fusils-mitrailleurs, des tanks, si détruisez le mobilier urbain, des vitrines… d’un côté, et des manifestants pacifistes souriants, sans armes, avec des pancartes, drapeaux et fleurs,  de l’autre côté, pas de longue interrogation aux yeux des gens et des médias pour savoir qui est la Belle et la Bête ! »

    Et, aussi étonnant que cela puisse être, le « dérisionnisme » fonctionne bien parmi d’autres actions comme celle décrite ci avant, du moins, pour les activistes qui ont le cran de mener pareille opération.

    « La seule chose capable de venir à bout de la peur, c’est le rire, car l’humour ne vous fait pas seulement glousser : il vous fait réfléchir, conseille Popovic. Et rien, dans la formation des forces de l’ordre ne les a préparées à  gérer des gens rigolos. Un exemple, en Pologne, du temps de Solidarnosc. Las d’écouter le JT du soir manipulé par des journalistes lisant les infos provenant de lui sur un prompteur, les gens pouvaient, bien sûr, ne pas regarder ce JT à l’eau de rose. Mais, seul dans son salon, quel impact ? Alors, des activistes non violents eurent une idée géniale : à 19h30, les gens plaçaient leur téléviseur dans une brouette ou une poussette et se promenaient dans les rues ! C’était clair et net. Les journaux d’opposition se régalèrent de cette info citoyenne et les forces de l’ordre dépourvues face à Monsieur et Madame Tout-le-Monde, parfois accompagnés de leurs enfants, se promenant avec leur TV.

    Cette action citoyenne, « dérisionniste », parmi tant d’autres, participa à une prise de conscience collective du peuple de la désobéissance civile.

    Quelques mois plus tard, l’opposition parvint à instituer des élections semi-libres, puis, un an plus tard, elle était au pouvoir ! »

    Notre troisième chronique évoquera d’autres corollaires de succès et, surtout, de surprenantes et encourageantes statistiques.

    https://www.ted.com/talks/srdja_popovic_how_to_topple_a_dictator?language=fr

    Musique : refrain de « La Marseillaise de la Paix », Chanson Plus Biflusée – C.J. Rouget de Lisle. Origine : chorale d’orphelins de Cempuis – Oise -, 1892, dirigée par le pédagogue libertaire Paul Robin (1837-1912). Youtube, 2018.

    [1] Respectivement, reportages télévisés RTBF et RTL et site de POUR en octobre 2017 et du « Soir » en janvier 2018.

    6 min
  • Comment faire tomber un dictateur (1/3)… quand on est seul… de Srdja Popovic (Payot)

     

    « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

    « Voici le livre des révolutions possibles. Il s’appuie sur une expérience acquise dans près de cinquante pays. Il prend la voix exceptionnelle de Srdja Popovic, apôtre de la lutte non violente, qui fit tomber Milosevic, fut de toutes les « révolutions fleuries » et a été considéré comme l’architecte secret du printemps arabe. »

    Assurément, « Comment faire tomber un dictateur » quand on est seul, tout petit et sans armes de Srdja Popovic (Petite Biblio Payot), méritait bien trois passages sur antenne et sur le site de « Fréquence Terre ». Voici la première des trois chroniques sur cet activisme pacifiste qui réconcilie avec l’action politique !

    Document de Srdja Popovic.

    Srdja Popovic et ses amis ont donc mené sous le nom « Otpor ! », ce qui signifie « Résistance », une action déterminante pour venir à bout du dictateur Milosevic. Son symbole graphique est un poing fermé.

    Popovic explique : « Prendre les armes contre un dictateur n’est pas une façon intelligente de l’affronter. Être non violent ne signifie pas pour autant que tu ne mènes pas un dur combat. Même la plus petite créature peut changer le cours de l’avenir. »

    N’oublions pas qu’il sait de quoi il retourne compte tenu d’une indéniable expérience sur le terrain et qu’il était entouré et conseillé par des activistes aussi déterminés :

    « Le premier pas pour renverser un dictateur, explique-t-il, consiste à s’assurer que tout le monde comprend que la vie sous une dictature n’a rien de normal. Chaque tyran s’appuie sur des piliers économiques, et ils sont des cibles bien plus faciles à atteindre que des bases militaires. Les dictatures sont toujours concoctées avec les mêmes ingrédients : corruption, népotisme, mauvaise gestion, injustices sociales, violence et peur. Les activistes non violents doivent cependant laisser derrière eux la colère, le ressentiment et la rage au profit du « dérisionnisme », par exemple. Les forts et les puissants supportent mal la plaisanterie et l’humour peut les pousser à des réactions maladroites. »

    Sreja Popovic énumère quelques conditions de base de la réussite d’un mouvement non violent :

    « Croire que le changement peut survenir, voir grand et commencer petit, avoir une vision pour demain, retourner l’oppression contre elle-même, bâtir le mouvement lentement et dans l’unité, car diviser pour régner est une pratique bien connue des dictateurs et pouvoirs totalitaires. L’identité du groupe est donc indispensable. Les militants écolos du monde entier éteindront toujours la lumière quand ils quittent la maison, recycleront les plastiques et ne jetteront rien dans la rue. »

    Une prochaine chronique abordera quelques exemples concrets non seulement pour faire tomber des régimes totalitaires, mais aussi dans la société et ses multinationales et lobbys omniprésents.

    https://www.ted.com/talks/srdja_popovic_how_to_topple_a_dictator?language=fr

    Musique : refrain de « La Marseillaise de la Paix », Chanson Plus Biflusée – C.J. Rouget de Lisle. Origine : chorale d’orphelins de Cempuis – Oise -, 1892, dirigée par le pédagogue libertaire Paul Robin (1837-1912). Youtube, 2018.

    6 min
  • En plein débat sociétal : Histoire d’une femme libre

    « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

    À l’heure où le débat sociétal fait parfois rage, la lecture ou relecture de « Lou, histoire d’une femme libre » de Françoise Giroud paru chez Fayard en 2002, n’est pas vaine. Jugez-en.

    Lou (1861-1937), d’une grande beauté et d’une intelligence supérieure, a fait dire à l’auteure ceci : « Jamais femme – que l’on a dite « féministe » n’a eu meilleur rapport de tendresse avec les hommes. À condition qu’ils ne la touchent pas. »

    D’aucuns firent la morale à Lou. Elle répliqua : « Je ne puis vivre selon un idéal, mais je puis certainement vivre ma propre vie, et je le ferai quoi qu’il advienne. »

    Hypothèse de Françoise Giroud : Lou aurait été victime d’un inceste en milieu familial dans son jeune âge, elle souffrait peut-être d’un début d’anorexie, mais, à l’âge de 35 ans, elle connut un changement radical. Elle n’exclut plus la sexualité masculine, semble s’en délecter, est enceinte, tombe d’un arbre, n’aura pas d’enfant. Accident ? Avortement provoqué ? Le mystère restera entier. Tout comme une seconde grossesse interrompue.

    Lou part à la campagne avec tel homme, promet à un autre de l’épouser, fait tourner les uns et les autres en bourrique. Quand elle quitte Nietzsche, elle le laisse ruiné, quand elle congédie Rée, elle sait qu’elle le tue, quand elle abandonne Rilke, elle le poignarde.

    Freud était ébloui par Lou : « Créature radieuse et intellectuellement étincelante », dit-il à celle qui devint son élève et s’établit même comme psychanaliste.

    « Souvent, une femme libre est cruelle, spécifia Françoise Giroud. Ni modèle, ni exemple, Lou Andreas-Salomé, fut simplement pionnière dans l’art d’être soi », conclut  l’auteure.

    3 min
  • Certains souvenirs de Judith Hermann (Albin Michel)

    « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

    Judith Hermann est une écrivaine allemande, surtout réputée en tant que nouvelliste, ses œuvres sont même traduites dans de nombreuses langues, dont en français, comme Certains souvenirs qui vient d’être édité chez Albin Michel.

    Dans cet ouvrage, pas moins de dix-sept récits : Charbon, Fétiche, Poèmes, Témoins, Avions en papier, Îles, Pollen de peuplier, Cerveau,

    Lettre, Rêves, Retour, Mère, entre autres.

    « Avec précision et légèreté, Judith Hermann trouve les mots pour exprimer l’insaisissable », explique l’éditeur.

    L’avis à « Fréquence Terre » est le suivant :

    « Des tranches de vie de la jeunesse à la vieillesse écrites de manière très délicate. On entre directement dans l’intimité des personnages, on suit des épisodes de leur parcours et on s’interroge sur leur avenir, voire sur leur passé. En conclusion : tout l’art subtil de susciter l’imaginaire chez le lecteur. »

    Dans le fond, c’est bien ça un des buts de la littérature !

    2 min
  • Dernier jour à Budapest de Sándor Márai (Albin Michel)

    « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

    « Dernier jour à Budapest, publié en Hongrie en 1940, réunit de manière singulière deux virtuoses  de la littérature hongroise du XXe siècle. Sándor Márai, l’auteur des Braises, rend hommage à son maître, Gyula Krúdy, dandy ténébreux et personnage légendaire de la bohème littéraire de Budapest, surnommé ici Sindbad, comme le héros de plusieurs de ses nouvelles.

    Un matin du mois de mai, Sindbad quitte son domicile d’Óbuda en promettant à sa femme de rapporter, avant la tombée de la nuit, les soixante pengös nécessaires à l’achat d’une robe pour leur petite fille. Mais à peine parti, ses bonnes intentions se dissipent. Cédant à la tentation d’une balade en calèche, il se laisse aller à une douce flânerie, revisitant le Budapest d’hier, au gré des lieux aimés : le bain turc, où « Orient et Occident fusionnaient dans les brumes de la chaleur », le café Chicago où il écrivait, les restaurants où il dînait…

    Entre Histoire et fiction, Sándor Márai livre un récit envoûtant et nostalgique, à la beauté crépusculaire, où ses propres souvenirs d’avant-guerre se mêlent, avec une puissance évocatrice décuplée, à l’imaginaire de l’un des plus grands écrivains hongrois.

    Une fidèle auditrice de Fréquence Terre, grande amatrice de romans, a lu pour notre chronique cet ouvrage :

    • Je trouve que l’écriture de Sándra Márai a quelque chose en commun avec celle de Stefan Zweig. Un grand talent pour décrire l’âme humaine.
    • Dès les premières pages, des propos concernant une femme de marin m’ont touchée par leur vérité et leur tendresse.

      Je vous en cite deux ou trois pour illustrer mon ressentiment :

      Elle avait apporté avec elle le parfum du foyer…

      Elle avait apporté la paix sans parole…

      Elle avait apporté l’humeur aimable des fêtes champêtres…

      3 min
    • Une heure de ténèbres par Michèle Rowe (Albin Michel)

      « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre  Guelff.

      Nuit noire sur Le Cap. Le monde entier se mobilise contre le réchauffement climatique en éteignant les lumières pendant  une heure. À la faveur de l’obscurité, une vague de violence déferle aux abords de la ville. Une mère et son bébé sont portés disparus.

      Prise d’otages ? Règlement de comptes ? Banale délinquance ? Chargée de l’enquête, Persy Jonas, inspectrice native des townships, fait alliance avec Marge Labuschagne, psychologue et ex-profileuse issue des quartiers blancs sécurisés, dont tout, pourtant, la sépare. Ensemble, elles vont devoir élucider une affaire aux ramifications beaucoup plus complexes qu’il n’y paraît

      Terres confisquées par les Afrikaners, promoteurs véreux, gangs criminels et politiciens corrompus : après Les Enfants du Cap, couronné par le prestigieux Debut Dagger Award, Michèle Rowe poursuit sa plongée saisissante au cœur d’un pays rongé par des années d’apartheid. Face à la violence, au sexisme, et à une discrimination toujours active, l’inspectrice Persy Jonas se hisse au rang des grandes héroïnes du polar.

      Une fidèle auditrice de Fréquence Terre, grande amatrice de polars a lu pour notre chronique cet ouvrage :

      • Je suis entrée rapidement dans l’ambiance sud-africaine. Les personnages y sont nombreux et souvent différents dans leurs appartenances sociale, culturelle et sociétale.
      • À un moment donné, les soupçons reposent sur maints personnages de par leurs failles et, au final, le mobile de cette affaire sordide apparaît totalement différent par rapport au commencement de la lecture…

        3 min
      • Entretien exclusif : « L’Opus Dei : sainte mafia, secte ou chemin de sainteté ? Un lobby multinational ! »

        Depuis des décennies, des rumeurs particulièrement négatives continuent de jeter un certain trouble quant au fonctionnement démocratique de l’Opus Dei ou Prélature de la Sainte Croix, ordre catholique romain fondé par Josemaria Escrivá de Balaguer en 1928. Il est composé de laïcs et de prêtres et promeut, entre autres, la sainteté au milieu du monde. Il comptait quelque 90.000 membres dans plus de soixante pays en 2013[1].

        Néanmoins, cet ordre présente une image sulfureuse et réplique aux accusations et polémiques par son souci de discrétion, qu’il ne serait pas question de sacrifices corporels comme décrits par d’anciennes « victimes » mais de discipline qui règne de manière stricte en son sein, que les financements occultes, eux, ne seraient que des dons…

        Alors, où en est-on depuis notre reportage sur ce sujet en mai 2016[2] ?

        Philippe Liénard, avocat, auteur et conférencier, publie en janvier 2018 un ouvrage consacré à l’Opus Dei (Éditions Jourdan) et « Fréquence Terre-RFI » a pu, en exclusivité, recueillir ses impressions lors d’une longue interview, alors que l’encre de cet essai était à peine séchée…

        En voici de larges extraits, la totalité de ladite interview étant reprise, ci-dessous, en podcast. Désolé pour certaines interférences dans le son.

        – Que signifie Opus Dei ?

        • En latin, c’est « Œuvre de Dieu » et lorsque ce mouvement est né en 1928, il s’appelait la « Pieuse union ».
        • Opus Dei, sainte mafia, secte, chemin de sainteté ? de Philippe Linéard (Éd. Jourdan).

          – Quel est le contenu de votre ouvrage et en quoi se différencie-t-il des nombreux livres déjà parus sur cet ordre ?

          • Les ouvrages déjà publiés sont, ou bien des témoignages de personnes ayant fait partie de l’Opus Dei et racontent des choses peu agréables sur ce sujet, ou bien des livres qui bénéficient de l’accord de la Prélature de la Sainte Croix et ne sont, alors, intéressants que pour ceux qui sont déjà convaincus. Mon livre ne veut ni balancer des choses à la tête de l’Opus Dei ni l’encenser, mais il s’agit d’un ouvrage de philologie (critique littéraire, historique et linguistique) « déconstructive » qui va à la racine des choses, qui explique d’où vient l’Opus Dei, comment il s’est ramifié, pourquoi il s’est développé, ce qu’il fait, quel est son pouvoir réel, quelles sont ses relations avec les francs-maçons, son rôle et son projet pour la société de demain.
          • – Précisément, lors de notre enquête en mai 2016, une réaction allait dans ce sens : « C’est bien de publier cela, mais il faut aller à la base et aux racines, donner la parole aux gens qui en ont été membres, ça c’est important ! »

            • Pour ma part, il m’a paru intéressant de consulter l’annuaire pontifical et de savoir qui sont les membres et les proches de l’Opus Dei, car ce dernier véhicule tout un tas de coopérateurs et ratisse extrêmement large. Il n’est pas exclu d’y être franc-maçon, musulman…, et c’est une force qui lui permet de bénéficier d’une force de pénétration culturelle, sociologique, économique et politique qui peut être inquiétante. Ainsi, peu de gens savent que l’un des pères fondateurs de l’Europe, Robert Schuman, était très proche de ce mouvement. Peu de gens se doutent que le pape actuel, François, n’a pu être élu sans le concours de l’Opus Dei et sans une sorte d’accord préalable. Ce n’est pas par hasard que son prédécesseur a, pour la première fois dans l’histoire de la papauté, abandonné son trône pontifical. Ceci n’empêche pas l’Opus Dei d’être en régression et ça, on ne le dit jamais !
            • Philippe Liénard au micro de Pierre Guelff.

              Le nombre de prêtres, de numéraires (célibataires qui vivent dans des centres de l’Opus Dei) et de surnuméraires (environ 65%, mariés) de l’Opus Dei diminue, par contre, le nombre de coopérateurs augmente.

              – Une explication ?

              • Parce que l’Opus Dei fait un peu comme l’extrême droite en France, qui se donne un visage de parti politique « normal ». L’Opus Dei a engagé des communicants de telle manière qu’il se donne un visage fréquentable et normal.
              • – Peut-on parler le lobby, que l’on retrouve sur certains campus universitaires pour embrigader des étudiants, par exemple ?

                • Créer des résidences d’études est l’une de leurs techniques et il y a en a des centaines !
                • – Et la chape qui surplombe sur cet ordre, qu’en dites-vous ?

                  • Cette chape n’est pas surprenante. Dans la constitution de l’Opus Dei, ses membres sont tenus au secret et il est respecté. Et puis, l’Opus Dei garde un lourd secret, mais l’ordre échappe aux règles de la hiérarchie ecclésiastique car c’est une prélature personnelle du pape et n’a donc à rendre compte qu’à lui et à personne d’autre ! À la tête se trouve un prélat qui dirige l’ordre d’une main de fer.
                  • Mgr Ocáriz (Document Opus Dei).

                    C’est peut-être un scoop que je vais vous dire, mais la première fois dans l’histoire l’actuel prélat est Mgr Ocáriz, un Français, né à Paris, cela n’était jamais arrivé !

                    – Un pouvoir au sein de l’Église ?

                    • C’était clairement un pouvoir avec une grosse influence sur l’Église sous le pontificat de Jean-Paul II, qui en était extrêmement proche et qui, je pense, ne serait pas devenu pape sans le concours de l’Opus Dei.
                    • Lors de son pontificat, il a eu le temps de mettre en place une présence extrêmement importante de l’ordre au sein de la curie romaine. Son successeur a continué le mouvement, ils étaient d’ailleurs très proches et, aujourd’hui, la question de savoir si l’Opus Dei est une Église dans l’Église ou un pouvoir dans l’Église, je n’ai pas objectivement de réponse parce que j’ai plus envie de vous dire que l’Opus Dei s’est transformé en une sorte de lobby multinational économique de pression spirituelle et pas qu’au sein du Vatican ! L’Opus Dei a largement dépassé les simples objectifs apostoliques de celui-ci !

                      – Leurs bâtiments ne sont pas des HLM ! Qui finance l’Opus Dei ?

                      – Votre question est un peu délicate. Officiellement, l’Opus Dei ne possède rien et est pauvre, c’est dans ses statuts. Donc, tout ce qu’il possède c’est par l’intermédiaire de fondations, d’associations… D’où vient son argent ? C’est nébuleux, mais voici quelques exemples : Juan Antonio Samaranch, un ancien président du Comité Olympique International, était proche de l’ordre et des droits de diffusion des activités olympiques, des grosses rentrées, bénéficiaient à l’Opus Dei. Des cent quatorze voyages que Jean-Paul II a faits dans le monde, une partie des produits dérivés de sa personne vendus à ces occasions bénéficia indirectement à l’Opus Dei. Les coopérateurs peuvent effectuer des dons. Certains sont conséquents puisqu’ils sont issus d’hommes d’affaires importants.

                      Il est donc clair que l’Opus Dei possède des bâtiments extraordinaires. À New York, par exemple, son siège est un immeuble cossu de dix-sept étages. Et, pendant ce temps-là, des communications de l’Opus Dei font état de difficultés financières…

                      – Quelle idéologie ou philosophie se cache derrière l’Opus Dei ? L’élitisme ?

                      Philippe Liénard.
                      • Oui, au début, mais il est descendu dans les couches sociales pour recruter de manière plus large. Son projet de société est celui d’une société d’obéissance où la liberté de pensée n’existe pas, où on a un directeur de conscience et tout le monde travaille sans se plaindre en écoutant ce que le chef hiérarchique a décidé. C’est une société liberticide !
                      •  

                        [1] « La Libre Belgique », 2013.

                        [2]  « Littérature sans Frontières » sur « Fréquence Terre », 22 mai 2016.

                        16 min
                      • L’art des « fous » : « Coupures » de François Rachline (Albin Michel)

                        « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

                         Une fois n’est pas coutume, une grande lectrice de romans nous fait part de ses impressions concernant un livre. À savoir, « Coupures » de François Rachline (Albin Michel).

                        « Après un premier tiers de roman assez descriptif quant aux personnages et à l’environnement, le lecteur apprend qu’Else, une bourgeoise de la fin du XIXe siècle qui possède beaucoup de talents artistiques, est promise à une belle carrière en tant que chanteuse.

                        Lors d’un déplacement en Allemagne, elle achète des friandises chez un apprenti confiseur, Wilhelm, qui tombe follement amoureux d’elle au premier regard. Le roman est littéralement lancé !

                        Hélas, Else souffre de démence précoce et est internée, mais l’artisan la retrouve. Le confiseur a compris qu’Else, qui ne lui est pas destinée vu la différence de classes sociales, est une sorte de génie, alors que pour l’entourage de la jeune femme et ses soignants, elle n’est qu’une folle précoce.

                        Wilhelm se fait engager dans le milieu psychiatrique pour que le talent d’Else soit reconnu, même et surtout après sa mort.

                        Et, pourquoi le titre « Coupures » à ce roman peu ordinaire ? Parce qu’elle dessinait de grands billets de banques.

                        Plus tard, ses réalisations influenceront de grands peintres, dont Picasso, et, bien entendu, certains psychiatres.

                        Un mouvement planétaire était né : l’art brut ou « l’art des fous » ! »

                        2 min
                      • L’insoumise de Yann Kerlau (Albin Michel)

                        « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

                         « Qui était la femme couchée sous mon père nu ? » était la question récurrente, traumatisante et obsédante qui hantait l’existence de Jeanne depuis sa tendre enfance.

                        Une découverte qui fut l’occasion pour son géniteur, le roi d’Aragon, de représailles, d’humiliations, de violences à son égard, même celle de la faire violer par deux de ses sbires et de la jeter dans des cachots !

                        La mère de Jeanne devait savoir, son frère et sa sœur avaient probablement découvert le même spectacle. Ces deux-ci avaient disparus de ce monde, « rappelés à Dieu », disait-on.

                        « L’insoumise » de Yann Kerlau (Albin Michel), roman à connotation historique, est un ouvrage fort, poignant, émouvant, « révoltant », que seule une écriture de qualité comme celle de cet auteur de biographies peut susciter.

                        On ne sort pas indemne de ce livre, tant sa puissance vous incite à une réflexion profonde sur le destin de certaines personnes, a fortiori si elles sont des figures historique connues, comme ce fut le cas avec Jeanne 1ère de Castille.

                        Une femme, devenue épouse de Philippe de Habsbourg, également assassiné par sa majesté Ferdinand d’Aragon, qui n’avait pas sa langue en poche : « Ces messieurs de l’Église se prennent pour Dieu le Père. Canaille ! Vous souillez l’habit que vous portez », lança-t-elle à l’évêque de Cordoue.

                        Un père sanguinaire, un roi dit Catholique, des gens de cours soumis et pantins à son bon vouloir et, parmi ce monde, une femme  qui avait été extraordinairement belle mais qui devait être cassée, broyée, par la machine infernale paternelle avec la bénédiction d’une Église complice.

                        Jeanne 1ère de Castille resterait-elle un jouet entre leurs sales pattes  ou sa volonté et sa détermination viendraient-elles à bout de ceux qui la martyrisaient ?

                        Eh bien, la « résurrection » de la reine de Castille eut lieu ! Au lecteur de découvrir cette réaction, bien entendu.

                        3 min
                      • Pierre Rimbert (Le Monde diplomatique) : L’info pour les pauvres, l’info pour les riches

                        Attention ! La chronique qui suit va déranger ! Du moins, ceux qui, naïvement, clament encore que « c’est dans le journal, donc c’est vrai ! »

                        Pierre Rimbert.

                        Rencontrer et écouter Pierre Rimbert du « Monde diplomatique »[1] durant plus d’une heure sur le thème de la liberté de la presse (conférence à l’IHECS, école de journalisme et communication, Bruxelles, le 9 novembre 2017), c’est vivre une plongée structurée et implacable qui demande quasiment un engagement immédiat afin que certains décideurs et politiques arrêtent de prendre les citoyens pour des sous-développés intellectuels et culturels !

                        Première question à Pierre Rimbert : qui possède la presse (en France, et c’est valable pour d’autres pays, bien entendu) ?

                        – De gros industriels, des milliardaires, de grandes familles. Avec ces dernières, on peut parler de féodalité héréditaire et transnationale.

                        Pourtant, on dit que la presse va mal ? Dès lors, pourquoi achètent-ils des journaux qui coulent, par exemple ?

                        – Parce que c’est une accessibilité au pouvoir. Et les patrons de presse savent très bien que les politiques vont venir manger dans leurs mains !

                        Quelques exemples édifiants

                        Pierre Rimbert évoque quelques exemples précis pour corroborer cette entrée en matière et poursuivre sur la mainmise de ces patrons de presse  à divers niveaux :

                        • TF1 ne parlera jamais des problèmes de bétonnage défectueux dans les centrales nucléaires, puisque c’est le constructeur Bouyghes qui est également le patron de la première chaîne d’Europe du JT de 20 heures ! Canal+ n’évoquera pas le sort des ouvrières dans certaines usines dont Bolloré est aussi le patron. Quant au Figaro, il ne tarira jamais assez d’éloges sur la vente d’avions construits par Dassault, propriétaire de ce média.
                        • Alors, leur politique est la suivante : on va faire ce qui intéresse les gens, car ça nous rapporte de l’argent ! C’est la censure par l’audience. Ils vont diminuer les budgets pour des reportages d’investigation pour faire place, par exemple, à un Cyril Hanouna, payé quelque 250 millions d’euros !

                          Et la déontologie journalistique dans tout ça ?

                          • Eh bien, quand vous êtes propriétaire d’un journal, vous nommez des rédacteurs en chef et des directeurs éditoriaux qui ne vous contrediront pas ! À vrai dire, les médias peuvent à présent se vendre ou s’acheter comme des bottes de poireaux, car l’info est devenue une marchandise !
                          • Et ce n’est pas tout…

                            • L’info est devenue 64% du copié-collé, 40% des Américains lisent les informations sur Facebook, qui les filtrent, bien sûr, malgré leur slogan : « On distribue les « bons » messages ! », ce qui, à vrai dire, leur fait dix milliards (de dollars) de recettes par semaine ! Et puis, voici certaines rédactions qui confient à des robots l’information. Ils sont basés sur des algorithmes qui mesurent la densité des sujets minute par minute en fonction des recherches opérées par les gens sur les moteurs de recherche !
                            • (re)trouver une info de qualité ?

                              Trois acteurs d’une presse libre et indépendante : de gauche à droite, Pierre Guelff (« Fréquence Terre »), Jean-Claude Garot (« POUR ») et Pierre Rimbert (« Le Monde diplomatique »).

                              Si on ne change rien, si on ne refonde pas la presse, adieu, donc, à une information de qualité !

                              – Je constate que les commentaires de presse sont encore fort prisés par des lecteurs et c’est la preuve que des gens sont intéressés par le véritable travail journalistique. Il faut donc profiter de la masse d’informations et trois interventions sont à envisager :

                              1. Faire savoir ce que je viens de vous dire !
                              2. Soutenir la presse indépendante du « Monde diplomatique » à « POUR » en passant par des radios (« Fréquence Terre ») qui osent faire de la vraie info sans contrainte aucune et qui prônent la liberté d’expression, en somme.
                              3. S’appuyer sur les deux points précédents pour revendiquer que la presse qui est aux mains de « puissants » en tienne compte, eux y compris !
                              4. En conclusion (provisoire) : pas question d’une info « banale » pour les pauvres et une info de « qualité » pour les riches !

                                [1] Membre d’Acrimed (ActioncritiqueMédias) et auteur de « Libération, de Sartre à Rothschild », Liber-Raison d’Agir (2005).

                                5 min

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