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« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Trois frères cantonais ont des prénoms qui rappellent le chemin de vie de leurs parents : Zhida, le personnage principal du roman « Le Marié de la Saint-Jean » d’Yves Viollier (Presses de la Cité), signifie « le premier objectif est atteint », Zhiqiang, « le second objectif » et Zicheng, « ceux qui ont un but finissent toujours par l’atteindre ».
Et, Zhida, le « chintoque », comme il est écrit dans le texte, exilé en France pour études, tombe amoureux de la rousse Gabrielle, alors que son père veut la marier à Rosa, la fille de sa maîtresse.
Avouez que les quarante premières pages (sur 300), ici résumées, attirent déjà l’attention sur une situation surprenante, voire exceptionnelle, qui campe un aspect sociétal majeur, celui de l’intégration doublé de relations générationnelles traditionnelles.
Mais, ce roman est aussi une saga qui secoue les tripes de colère ou de tristesse, quand elle explique que deux des trois frères, alors âgés de 6 et 8 ans, furent littéralement séquestrés durant trois ans dans un séminaire de France où les avait envoyé leur père afin qu’ils acquièrent la culture française. Je cite, ce « salaud de Pingouin, nom donné au pion, déculotta Zhida devant une cinquantaine d’élèves afin de frapper ses petites fesses nues », alors que, durant ce temps, son père, en tant que médecin réputé, côtoyait la haute société à Phnom Penh, où la famille s’était réfugiée, la mère étant complètement soumise à ce despote.
Despote qui trouva refuge à Hong Kong face à la menace des Khmers rouges, elle restant sur place et disparaissant même lors des exactions commises au nom d’une prétendue idéologie égalitaire.
Le livre est un récit des trois jours de 1977 du mariage en Vendée de Gabrielle et de Zhida, de plongées dans le passé du jeune chinois, de rencontres entre les deux familles, de déclarations fortes, émouvantes et tellement réconfortantes dans notre société contemporaine passablement déboussolée.
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
D’emblée, Franca Rossi, auteure de l’essai « Les yeux brouillés » paru aux Éditions « Le Livre de Papier », met les choses au point : « Loin de moi l’idée d’exhiber de manière impudique une réalité à laquelle j’ai été confrontée pendant plus de quarante ans. Le propos de mon récit cible spécifiquement les moqueries envers la différence physique, car c’est cet aspect-là que je connais le mieux. Nombreux sont celles et ceux qui m’ont raconté, les yeux brouillés de larmes, ce qu’ils ont dû endurer et les phrases assassines, dont ils se souviennent mot à mot. »
En une centaine de pages abondamment illustrées de photos, de dessins et de citations dans la deuxième partie de l’ouvrage réservée à quelques exemples, tels Fernandel, Toulouse-Lautrec, Sartre, Gagarine…, Franca Rossi invite le lecteur à ne laisser aucune place au mépris, à réagir de manière civique face aux moqueries, aux comportements et propos discriminatoires, même par l’humour conseille-t-elle, car « s’il ne fait pas de miracles, il peut réaliser des merveilles. »
Et pourtant, à découvrir certains témoignages poignants, révoltants, touchants ou choquants, il peut parfois paraître difficile de manier la plaisanterie. Cependant, quand on a terminé la lecture de cet essai, on se dit que l’auteure a vraiment su distiller matière à affronter l’humiliation, la cruauté, la souffrance morale et psychologique, la singularité, la solitude qui en résulte parfois.
Dans maints cas, la personne dont l’intégrité physique ou mentale est diminuée congénitalement ou sous l’effet d’un accident ou de l’âge, ne changera pas ou peu dans son handicap, mais c’est le regard des autres qui se transformera. Et ça, cela s’appelle tout simplement de l’humanisme et non une compassion de façade ou de l’hypocrisie.
Pour les besoins de la présente chronique, j’ai relevé un seul propos dans les différents chapitres dévolus aux roux et rousses, loucheurs et loucheuses, boiteux et boiteuses, nains et naines…, qui, bien évidemment, corrobore le travail de recherche et de synthèse de l’auteure qui, rappelons-le, est aussi basé sur une expérience personnelle : « Il est possible d’apprendre de ses défauts, d’en faire des forces ou de lutter contre eux. »
https://www.publier-un-livre.com/fr/le-livre-en-papier/682-les-yeux-brouilles
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff en partenariat avec « POUR » (une lecture citoyenne !).
Dans « Les robots vont-ils remplacer les journalistes ? » de Damien Desbordes (Éditions Plein Jour), pas question de SF mais de IA avec cet essai. SF comme Science Fiction et IA comme Intelligence Artificielle. On pourrait ajouter au titre les écrivains et écrivaines, d’ailleurs.
Ceci dit, les multinationales du numérique et de la robotique lancées à fond les manettes ne s’arrêtent pas en chemin et lorgnent tout autant du côté politique. Alors, certains, et nous en sommes à « Fréquence Terre » et « POUR », s’inquiètent : et qu’en sera-t-il de la démocratie ?
Quand disparaîtront à leur tour les traducteurs, enseignants et chirurgiens, les journalistes ne seront-ils plus qu’un très ancien souvenir, des machines dématérialisées s’étant emparées dans les rédactions et sur le web de ce qui les rendait indispensables : récolter, vérifier, traiter l’information pour en produire un article ou un reportage au contenu intelligible.
Mais, il y a des avantages pour lesdites multinationales, souligne avec malice l’auteur : le robot est réemployable à l’envi, sans salaire, ni charges sociales, ni notes de frais, ni pauses repas, ni congés payés !
Dans un premier temps, les robots avaient pour premier objectif de faire aussi bien que l’être humain et être compris de lui. Ensuite, bien sûr, de le remplacer et de le supplanter.
Alors, la presse va-t-elle être dominée par les algorithmes et les flux automatiques ?
Cette tendance gagne du terrain dans l’indifférence générale, constate encore Damien Desbordes.
Dans l’avenir, assistera-t-on à une lutte des classes hors du commun : des travailleurs contre leurs avatars automatisés ?
Après les classes ouvrières qui luttèrent, tant bien que mal, face à la robotisation industrielle, les cols blancs vont-ils faire de même en présence de nouveaux outils informatiques ? L’expertise du médecin sera-t-elle remplacée par un programme ? L’avocat remplacé par un copié-collé entraîné du Droit ?
Et puis, après la science fiction, la robotisation industrielle, l’intelligence artificielle, voici l’intelligence émotionnelle avec un humanoïde dégageant de l’empathie et qui peut consoler son interlocuteur après avoir capté et analysé le son de sa voix, le choix de ses mots et même l’expression faciale.
Bref, maîtrise des cinq sens et perception des émotions sont, petit à petit, au programme des multinationales.
Il reste un point crucial : la conscience. Mais, d’elle, on sait que beaucoup s’en moquent éperdument tant que leurs actionnaires sont contents.
Cependant, une nouvelle question surgit : la conscience est-elle indispensable pour dépasser l’intelligence humaine ?
Poser la question n’est pas encore y répondre. Cela ne saurait tarder, annoncent les chercheurs.
Pour ma part, je lis et je relis cette déclaration de Victor Hugo : « Car le mot, qu’on le sache, est un être vivant. La main du songeur vibre et tremble en l’écrivant. » Poésie et technologie feront-elles bon ménage ?
« Littérature sans Frontières est une chronique de Pierre Guelff.
Son père, dit le Chef, après l’avoir battu, hurla : « C’est ça, dégage ! Fous-moi le camp pour de bon ce coup-ci. » Alors, le gamin courut à perdre haleine, traversa le village, s’enfuit, du sang dégoulinant de ses lèvres et il se réfugia près d’un chêne solitaire et confia, une fois encore, son désespoir.
Ainsi débute le remarquable et touchant roman « Sangliers » d’Aurélien Delsaux (Albin Michel). Plus de 550 pages aux Feuges, hameau entre Rhône et Alpes, là, explique l’auteur, « où, entre la violence des hommes et la beauté qui les entoure, les enfants grandissent. »
La vie y est un croisement entre le monde rural et le péri-urbain, car les pavillons sont entourés d’un jardinet et moins onéreux et puis, il y a la chasse aux sangliers, considérés comme une espèce invasive dans le département, et un bistrot où les vieux radotent des histoires de vieux aux néo-ruraux qui ne les écoutent même plus.
C’est de cette vie-là, entre paysans, déclassés de la grande ville et laissés-pour-compte des deux bords, que se tisse ce roman.
C’est beau et dur à la fois, tendre et extrêmement violent, lumineux et sombre, mais tellement universel, comme le précise l’auteur.
La première fois que Germain-le-Chef vit la « grosse, franchement laide et pas baisable », un enfant métis, Matthias dit « le singe » accroché à ses genoux, c’était au Brico+. Neuf mois plus tard, Lionel venait au monde. Et, tant que Germain était à la chasse aux sangliers, pourquoi ne pas tirer le « singe » ? Il le visait et faisait siffler autour de lui des balles. Matthias savait déjà qu’il n’y avait pas que les chasseurs et les chassés, les prédateurs et les proies, il y avait les arbres, le ciel et l’eau, il y avait les bêtes plus humaines que les hommes et des hommes plus bêtes que le bêtes et il savait qu’un jour il partirait loin des Feuges.
Alors, durant des chapitres, la vie aux Feuges défile et se dessine, parfois de manière surprenante, le niveau des haines monte comme celui des mers. Colères, rancoeurs, peurs, dégoûts, vont et viennent, les « Moutons Noirs » apparaissent, anars naïfs considérés comme des r igolos, en revanche, ceux du camp opposé se structurent, s’arment de slogans racistes, mais aussi d’armes…
Plus Lionel grandit, plus il hait son père-le-Chef, plus il lui ressemble jusqu’à basculer dans le mouvement de la « Jeunesse identitaire », sous l’œil qui s’éteint du sculpteur et de sa jolie polonaise, sous l’attitude prétentieuse du député, sous les coups de folie de la « grosse », sa mère, sous, l’œil indifférent, croit-il, de jolies adolescentes…
Certes, on pressent la fin du roman. Elle est inéluctable. Mais, combien est-elle d’actualité !
Le principe essentiel de l’action de la désobéissance civile qui, rappelons-le, est non violente, est celui de la non-coopération, explique Jean-Marie Muller dans « L’impératif de désobéissance » (Éditions Le Passager clandestin). Ce principe repose sur un élément majeur : dans une société, ce qui fait la force des injustices, c’est la complicité, qu’elle soit passive, volontaire, résignée ou forcée, de la majorité silencieuse des citoyens.
La résistance pacifiste vise à rompre cette complicité.
La contrainte devient effective à partir du moment où les actions de la non-coopération parviennent à tarir les sources du pouvoir des autorités établies, qui n’ont plus les moyens de se faire respecter et obéir, pour imposer l’injustice, des sévices, des diktats, la violence autant morale, psychique que physique.
Certes, c’est plus facile à dire qu’à faire, mais maints exemples historiques, cités dans nos trois précédentes chroniques sur le même sujet, confirment que c’est possible, à plusieurs conditions.
Ces conditions sont : avoir un objectif clair, précis, limité et possible, afficher clairement sa volonté de non-violence, savoir que toute action collective réclame, à la fois, une organisation souple et rigoureuse, et, situation stratégique importante, que prendre la parole de manière raisonnable, non violente, juste, voire humoristique, est déjà prendre le pouvoir.
Il faut, bien entendu, convaincre l’opinion publique, ce qui n’est pas aisé non plus.
Mais, les décideurs veillent au grain : « Force reste à la loi » et, alors, répression et procès sont au programme. Des solutions sont proposées : mobiliser au maximum une forte minorité de citoyens qui affirmeront leur solidarité avec les « désobéisseurs » et tenter de faire des juges des alliés.
Désobéisseurs responsables oui, coupables non !
La nuance est grande est primordiale. Voyez, donc, au bout de longues années de procès et d’amendes, le sort réservé à Antoine Deltour, lanceur d’alerte considéré comme le « Père des LuxLeaks » qui, en mai 2018 a été quasiment acquitté sur toute la ligne par la Cour d’appel du Grand-Duché de Luxembourg.
En définitive, il faut que le peuple renverse la vapeur et devienne plus fort que le gouvernement qui veut lui imposer des lois moralement inacceptables et injustes.
Car, comme le prétend Jean-Marie Muller, faute de parvenir à briser le ressort du mouvement par la répression, le pouvoir n’a guère d’autre issue que de rechercher une solution négociée.
Dès lors, chacun est invité à résister sur son lieu de travail, dans son quartier, en profitant de tous les moyens que sa position met à sa disposition pour les retourner contre le pouvoir illégitime.
Précision de l’auteur du livre : La gauche alternative suscite une nouvelle réflexion sur la désobéissance civile. Dès lors, la présente chronique se fait en partenariat avec le magazine POUR dont, rappelons-le aussi, le slogan est : « Pour écrire la liberté » !
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff en partenariat avec « POUR[1] ».
Depuis des siècles, on sait que, généralement, les doctrines politiques affirment la primauté de l’État sur la personne et ne laissent guère de place à la théorie de la désobéissance civile, donc citoyenne. Ainsi, quiconque refuse de se soumettre à la loi, est considéré comme nuisible à la société. C’est donc un fauteur de désordre qui doit être neutralisé.
Tel est le constat de Jean-Marie Muller dans son essai « L’impératif de désobéissance » paru aux Éditions « Le Passager clandestin », dont il a déjà été question à deux reprises dans cette rubrique tant le sujet est d’importance.
Poursuivons, donc, la lecture attentive de cet ouvrage par d’autres situations de la résistance, souvent pacifiste, face aux pouvoirs considérés comme totalitaires, injustes et antidémocratiques.
En conclusion à cette troisième chronique, ce n’est pas la loi qui doit dicter ce qui est juste, mais ce qui est juste doit dicter la loi. Ce qui doit inspirer le comportement du citoyen, n’est pas ce qui est légal mais ce qui est légitime !
[1] Magazine et site « POUR » écrire la liberté : www.pour.press
Chanson : extrait « Le déserteur » de Boris Vian (Youtube)
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
J’ai encore de très lointains souvenirs d’adolescent des feux de joie de la Saint-Jean d’été dans les Ardennes, ceux que les grands-parents prétendaient être chargés de vertus purificatrices et protectrices, alors que de jeunes adultes prédisaient une belle rencontre amoureuse, valable une année, si l’on osait sauter au-dessus des flammes du brasier.
Puis, quelques décennies plus tard, voici les Saint-Jean d’hiver et d’été célébrant les solstices lors de rituels hautement symbolique au Rite Opératif de Salomon.
Et, en 2018, MdV Éditeur a eu l’excellente initiative de proposer deux petits ouvrages superbement illustrés de Jean-Patrick Dubrun consacrés à ces fêtes initiatiques. Cet auteur féru d’Histoire et de symbolisme nous explique l’universalité de ces symboles et, en quelque sorte, il propose aux profanes les clefs menant à une meilleure compréhension de ceux-ci, voire, aux initiés de leur rafraîchir quelque peu la mémoire.
Avec Janus, le dieu aux deux visages, remplacé par Jean chez les Bâtisseurs moyenâgeux, le solstice d’été « le jour où le soleil est au plus haut degré de sa splendeur », aux loges de Jean « l’un des canaux privilégiés de la transmission », selon l’auteur, on entre de plain-pied dans une dizaine de chapitres qui évoquent le temps sacré et les rites, Jean le Baptiste et Jean l’Évangéliste, la symbolique du bûcher, la lumière révélée, un banquet alchimique, le feu secret…
Pour Jean-Patrick Dubrun, le solstice d’hiver est le temps du silence, alors que, six mois plus tard, au solstice d’été, c’est le temps du triomphe de la lumière sur les ténèbres et, ces questions non dénuées d’intérêt : Existe-t-il un lien entre le baptême et l’initiation ? Les deux Saint-Jean sont-elles des fêtes indissociables ? Que viennent faire l’âne et le loup à la Saint-Jean d’hiver ? Pourquoi les populaires et traditionnels bûchers de la Saint-Jean d’été ?
En conclusion, ces deux essais ont l’avantage d’être lus, à la fois par les férus d’ésotérisme, de mythologie, de traditions populaires et d’y puiser matière à réflexion sur des rituels séculaires qui se perpétuent encore sous toutes les latitudes.
« Littérature sans Frontières »est une chronique de Pierre Guelff
À 16 ans, Gabrielle Renard, brunette tout en rondeurs gracieuses, quitte son paisible village champenois pour Paris parce qu’elle veut davantage de bruit dans son existence, du piment, de l’aventure et des émois. Eh bien ! Elle aura tout ça tout au long des 360 pages du magnifique roman de Lyliane Mosca, « La vie rêvée de Gabrielle » paru aux Presses de la Cité.
Tout l’art de l’auteure est de faire ressentir au lecteur ce roman comme un reportage sur le terrain, au cœur même des événements.
Ainsi, Gabrielle se retrouve nurse du deuxième enfant du couple Auguste et Aline Renoir. À sa meilleure amie qui la traite de bonniche, la réplique tombe comme un couperet : « Toi, tu ne sortiras jamais du village. Pendant ce temps, moi, je visiterai Paris et je connaîtrai du beau monde. Des artistes, des écrivains… »
Ainsi, un destin exceptionnel débute en ce bel été 1894 à Montmartre. Et, aux Renoir, elle déclare tout de go : « J’estime que les tâches sont plus douces en chantant. C’est ma façon de faire, chanter en travaillant, et ne jamais me plaindre ! »
Entre deux tâches, elle regarde le peintre à l’œuvre : « C’est beau, patron. Je n’y connais pas grand-chose, mais c’est beau. » Renoir apprécie et, rapidement, la « beauté simple » de Gabrielle l’attire.
Et, comme elle se dit une femme libre et qu’elle le restera, cela occasionne rumeurs, jalousies, envies, commérages et, parfois, reconnaissance. Renoir explique : « Gabrielle est si attachante avec sa gaieté, son bon sens et cette sensualité qu’elle met dans toute chose ! C’est la grâce incarnée. Le charme pur de la femme. Bientôt, il faudra qu’elle se déshabille pour que je la peigne dans toute sa plénitude… »
Et, elle accepte et devient quasiment tout aussi célèbre que son patron tant les toiles du maître se vendent et font un tabac dans de prestigieuses expositions.
Les années passent, Renoir est très malade, elle lui sert d’infirmière, et à 32 ans, alors qu’elle n’a rien construit encore de sa vie, elle se sent prisonnière des Renoir et réalise qu’elle est née trop tôt pour le fils Jean, devenu amoureux de son ancienne nounou, et trop tard pour le père, les deux hommes qui comptent le plus dans son existence.
Soudain, elle, la combattante, se sent seule, très seule, jusqu’à la rencontre avec un riche artiste américain totalement inconnu, qui le fascine et ressemble tant à… Renoir-père.
Devenue sa maîtresse, au grand dam de Jean, futur cinéaste célèbre, elle clame encore haut et fort qu’elle est avant tout libre : « Pas besoin de mariage avec mon Américain ! », car elle se souvient, qu’à l’âge de 10 ans, elle gardait les vaches à Essoyes, son village champenois où, à l’heure actuelle, sa maison natale est même devenue un lieu touristique !
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
« L’impératif de désobéissance » de Jean-Marie Muller (Le Passager clandestin) ne se résume pas une seule chronique tant cet essai est dense d’informations et de faits historiques avérés.
Avec cette deuxième rubrique, nous voici en compagnie de celui qui délivra de manière non violente l’Inde du joug colonialiste anglais, Gandhi. Pour lui, le refus de coopérer avec l’injustice était à la fois une exigence éthique qui obligeait l’individu à ne pas être lui-même complice du mal, et un principe stratégique qui lui permettait de lutter contre l’injustice. « L’exigence de la conscience doit primer la contrainte de la loi. La vertu cardinale du citoyen n’est pas l’obéissance, mais la responsabilité. La désobéissance civile est une révolte sans aucune violence. »
Argument récurrent : nous serions tous nazis s’il n’y avait pas eu l’intervention des Alliés et des résistants ! Réponse : des exemples de désobéissance civile organisée rigoureusement et soutenue par la majorité de la population, démontrent que la dictature de l’occupant allemand, malgré des tentatives, parfois violentes, de soumission à ses directives, connut des échecs retentissants : tels, 1.100 professeurs norvégiens résistants pacifiquement par des déclarations publiques « qu’ils n’enseigneraient pas quoi que ce soit qui violerait leur conscience », tels des policiers français sous le même occupant nazi ne collaborant pas aux rafles de juifs et, à Nancy, par exemple, en sauvant 350 d’entre eux de l’Holocauste.
Bien plus tard, les plus hautes autorités françaises rendirent hommage à ces policiers pour, je cite « leur courage contre la passivité, la docilité et l’obéissance aveugle ». En somme, ces hauts représentants de la République firent l’éloge de la désobéissance civile !
En d’autres termes, il y a la possibilité de désobéir à un ordre illégitime, quelle que soit sa légalité. C’est un principe moral fondamental de devoir désobéir à des ordres indignes. La justice, c’est plus que la légalité !
Ainsi, ce qui est légal n’est pas obligatoirement légitime, sans oublier le principe de précaution ou de protection trop souvent ignoré ou, tout simplement, refusé.
« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Quand on aime on ne compte pas ! Quelle excellente idée développée par les Éditions Omnibus de publier trois romans de Christian Laborie (pour le prix d’un !) avec, au total, près de 950 pages qui se veulent une vaste découverte du « Bonheur dans les Cévennes » : « L’Appel des drailles », « Les Drailles oubliées » et « L’Arbre d’or ».
Véritable déclaration d’amour portée par l’auteur à sa région d’adoption depuis plus de quarante ans, lui qui quitta le plat pays flamand où les beffrois sont les uniques montagnes dans un paysage fait de canaux, de prairies, de champs, de polders et de nombreux clochers, avec « L’Appel des drailles », il est d’abord question d’Antoine, un berger qui, durant quatre à cinq mois quitte femme et enfants pour les besoins de la transhumance et de l’estive. S’il mène une existence de serf attaché à la glèbe sans espoir de s’en libérer, il ne se plaint jamais et préfère semer du rêve sur son passage.
Comme un rituel, chaque première nuit en cette fin de XIXe siècle qu’il passe dans la nature sauvage et grandiose, il dort à la belle étoile entre ses chiens, son âne et ses 1.500 à 2.000 brebis.
Au village, Adeline, son épouse trime et compose avec le diktat imposé par le châtelain, maître des terres, des hommes et des animaux, et elle est aux prises avec les assauts malsains et violents d’un régisseur.
Mais les temps évoluent, faudra-t-il faire une croix sur les sentes, pentes herbues, châtaigniers, bouleaux et conifères d’altitude pour faire place aux usines et à leurs fumées nauséabondes, au bruit des moteurs, à la noirceur de l’asphalte et à la course à l’argent ?
Antoine va-t-il devoir travailler sans le contact avec la nature, faire le deuil de valeurs séculaires qu’il pensait laisser en héritage à ses enfants ?
« Les moutons marchent lentement sur les chemins tracés depuis des millénaires, mais ils savent où ils vont », dit Antoine à l’un de ses fils, devenu pasteur comme lui. Mais, jusques à quand ?
Outre une saga familiale intense, parfois dramatique, quelquefois pleine de bonheur, ce premier ouvrage de la trilogie explique le choix : maintenir la tradition ou se tourner vers le modernisme, voire tenter d’harmoniser les deux ?
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