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By Littérature Sans Frontières – Fréquence TerreScienceNature
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  • L’art d’être libre (dans  un monde absurde) de Tom Hodgkinson (Éditions LLL)
    https://frequenceterre.com/wp-content/mp3/chronique-2018-09-16-09-00-00-pierre-L-art-d-etre-libre.mp3

    « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

     Étrange livre que L’art d’être libre (dans un monde absurde) de Tom Hodgkinson (Éditions LLL) ! D’un côté il regorge de précieuses et utiles références, d’un autre côté, l’auteur nous renverrait bien au temps des cavernes quand il se veut catégorique : bannissez l’anxiété, soyez insouciant, quittez la ville, débarrassez-vous de votre montre, arrêtez la compétition et renoncez à faire carrière, ignorez le gouvernement, chassez la solitude, mettez fin à la tyrannie de la richesse et, même, cessez de travailler et commencez à vivre.

    Pierre Rahbi qui présente cet essai, écrit : « Je ne sais pas si je suivrais l’auteur cependant que toutes ses allégations, anarchisantes ou existentialistes pourraient laisser croire que nous nous posons  en donneurs de leçons, mais je retrouve dans sa démarche de libération des contraintes quotidiennes de la modernité, nombre de nos propres propositions habillées d’un humour tout britannique et sainement évocateur. »

    En d’autres termes, Pierre Rabhi explique que ce livre invite à réfléchir sur notre quotidien pour mieux agir.

    Alors, faisons la part des choses et laissons l’aspect « cavernes » pour se consacrer aux multiples propos qui, de manière réaliste, mettent le lecteur en face de choix de société sur base de constatations crédibles et citations ciblées, car cet essai se veut un manifeste de résistance au monde contemporain mais, sans rejeter ce but, force est de reconnaître que des solutions proposées relèvent d’une utopie qu’il serait fort difficile à mettre en pratique, quand bien même, nous ne pouvons qu’apprécier cette volonté de remplacer la convoitise par la fraternité, la compétition par la coopération, la morosité par la joie de vivre.

    Voici, donc, quelques propos de l’auteur :

    « Les hommes libres ne courent pas après les richesses ou les honneurs parce qu’ils savent que cela conduit à l’esclavage, et ne craignent rien. »

    « Le sentiment de culpabilité est une invention humaine. Nous choisissons de nous sentir coupables, car ce sentiment est un choix. »

    « La survie du plus fort est une idée encore remarquablement répandue, non seulement comme théorie biologique mais aussi comme éthique pour la vie de tous les jours. Lorsque des nantis débattent dans les médias, ils utilisent l’expression « saine compétition », en supposant qu’il va de soi pour les auditeurs que la compétition peut être saine. »

    « En théorie, la concurrence permet d’avoir des biens de qualité à des prix raisonnables. La réalité est tout autre. L’exemple frappant est celui d’une chaîne de supermarchés omnisciente et omniprésente qui détruit les communautés locales, oblige le commerce de détail de baisser le rideau, pompe l’argent des communautés locales et le reverse dans les poches de ses actionnaires. »

    « Les capitalistes ont fait du temps une marchandise, ils manipulent notre instinct de compétition. Ainsi, les membres du comité de direction d’une entreprise trouvent hilarant de voir leurs employés se tuer à la tâche pour se concurrencer, obtenir un maximum d’augmentation salariale et trois semaines de congé. »

    5 min
  • « La Belle Main » de Gilbert Bordes (Presses de la Cité)

    « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

     Quelle extraordinaire histoire que celle racontée avec maîtrise par Gilbert Bordes dans son roman  La Belle Main  paru aux Presses de la Cité.

    Solène est une jeune étudiante en Droit qui vit à Paris avec sa mère, Josette, chef de rayon à La Samaritaine ; une femme renfermée sur elle-même, couvant son enfant au point de lui interdire d’aller garder les enfants du couple du docteur Breugère, handicapé de la Seconde Guerre mondiale, qui s’est terminée une vingtaine d’années plus tôt, et de son épouse Annette, en leur château de Sologne.

    Quelle en est la raison profonde ? La jeune fille a beau questionner sa mère sur son passé, l’identité de son père, la raison de son mutisme : « Jamais je ne te parlerai de ça ! ». Solène, pour la première fois, désobéit aux ordres et se rend à son job de nurse afin de se faire un peu d’argent de poche et respirer l’air pur de la campagne.

    Elle y rencontre Paul, luthier, ami du docteur, compagnon de la Résistance mais enclin à abuser de l’alcool. Il devient cependant son amant.

    « Pour l’étudiante en droit, n’est-ce pas une déchéance de tomber amoureuse d’un homme de vingt ans son aîné et ivrogne ? » questionne l’auteur.

    Lors d’une rencontre tumultueuse avec sa mère, Solène lui dit :

    • Je voudrais comprendre et je pense qu’il faut maintenant tourner la page, que la haine ne peut conduire à la destruction !
    • – Peut-être, mais la haine, c’est tout ce qui reste quand on t’as pris ton âme !

      Ici, l’histoire de ce récit marque les esprits et les cent dernières pages de ce roman exceptionnel d’intensité, révèlent la vérité qui, au-delà du roman, fut trop souvent le cas de Françaises à la Libération.

      Mais, trop longtemps, comme le souligne Gilbert Bordes, « les yeux ne montrent que ce que l’on a envie de voir et les prétentieux sont tellement sûrs d’eux, qu’ils ne voient pas leurs fautes. »

      3 min
    • « Les Roses du Montfort » de Gilles Laporte (Presses de la Cité)

      « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

      Un roman de Gilles Laporte, c’est comme le Beaujolais nouveau, l’annonce d’un cru exceptionnel à Saint-Émilion ou aux Nuits-Saint-Georges, c’est un événement traditionnel qui ravit tous les amoureux de sagas et œuvres dites de terroir de qualité.

      Avec Les Roses du Montfort, son tout dernier roman paru aux Presses de la Cité, on est précisément au cœur de coteaux de Vosges à la fin du XIXe  siècle quand débute le récit avec ce foutu fléau de phylloxéra qui ruine les vignobles. Mais, il n’y a pas que ça…

      – Si tu lui foutais un peu la paix, à ta fille, et que tu la laisses passer comme elle veut le bon temps de sa jeunesse… tu crois pas que tu ferais une bonne action ? lança Marie, la dentellière, à Charles, son vigneron de mari, parents de Louise, 18 ans.

      – Notre Louise fera comme j’aurai décidé, répliqua-t-il, surtout préoccupé par la bestiole venue de l’autre côté de l’Atlantique. On avait eu assez de Sedan pour défaite et de l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine par les doryphores prussiens, il faut faire front.

      Et Charles entrevit la possibilité de s’unir à Anselme Bourrel, autre propriétaire vigneron, le père d’Adrien qu’il verrait bien comme beau-fils.

      La stratégie n’échappa pas à Marie et Louise, unies comme jamais pour contrecarrer le dessein paternel.

      – Je t’interdis de mêler notre Louise à tes projets avec les Bourrel. C’est clair ? tonna Marie.

      À côté du récit de moments tendus, dramatiques, violents, comme la fiole de verre opaque à l’étiquette rouge marquée POISON retrouvée vide au pied du lit de Louise, l’auteur développe aussi de véritables hymnes à la Nature : « Rituel de sortie d’hiver. Charles se disait que la terre le gratifiait ainsi, dès le réveil de la nature, de ce qu’elle avait de plus pur, avant de lui faire le don de ce qu’elle avait de plus sacré. »

      Mais, Gilles Laporte sait aussi élever le ton : « Après avoir exporté la maladie (entendez le phylloxéra), les massacreurs d’Indiens (c’est-à-dire les Américains) en vendaient le remède. Pour eux, comme toujours, une catastrophe devenait… marché ! »

      Et que l’on parle marché, Louise, passé la vingtaine, en conclut un avec une tante : elle quitta ses parents et le village pour aller travailler à la ville dans le commerce de son richissime oncle drapier. La jeune femme fit l’amère expérience de ce pervers, que l’amitié avec sa cousine et sa passion amoureuse pour Henri-Pierre, ingénieur, n’effaçaient pas. A fortiori, quand ce dernier apprit qu’elle était enceinte de ses œuvres et se fit goujat. Néanmoins, elle vécut un petit temps avec lui, il la frappa au ventre et elle s’enfuit. Retour à la ferme familiale au village avec, au loin l’approche de la Première Guerre mondiale.

      L’auditeur le comprendra : inutile de poursuivre cette évocation qui s’en va crescendo en intensité et qui révèle toute la puissance d’une écriture qui tient en haleine jusqu’à la dernière ligne. Et, caractéristiques chez Gilles Laporte, il propose des moments poignants où se mêlent l’amour de la belle ouvrage, celui de la fraternité et, au sommet, le respect des humbles.

      Alors, c’est vrai, que les roses du Montfort sont bien belles et sentent bon.

      Musique : http://www.michaelmathy.be/#music

       

       

      5 min
    • POUR une lecture citoyenne : Le robot, un « nouvel être humain » ? (4/4)

      « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff en partenariat avec le magazine POUR (écrire la liberté).

      Dans les trois précédentes chroniques consacrée à l’essai « Les robots vont-ils remplacer les journalistes ? » de Damien Desbordes (Éditions Plein Jour), il a été chronologiquement question du robot industriel qui, il y a de nombreuses décennies, était appelé à faciliter la tâche de l’ouvrier dans ses travaux les plus pénibles puis, business obligeant, à augmenter les cadences de productions, ensuite l’ordinateur et ses fonctions de plus en plus sophistiquées à se répandre dans le monde scientifique et la vie courante, il y a encore la pourchasse par des multinationales à la data, source d’informations personnelles sur la vie privée des citoyens afin de les pousser vers tel achat ou tel comportement, ensuite, les recherches se sont focalisées sur l’intelligence artificielle avec, en but essentiel, celui d’inculquer celle-ci à l’être humain. C’est-à-dire, former un « nouvel être humain » qui, dans le fond, n’aurait plus de libre arbitre, ni de notions de morale, la démocratie n’étant plus qu’un lointain souvenir.

      Cette évolution ne relève pas d’une quelconque science fiction, mais d’une réalité dont le but final commence à laisser entrevoir ses contours. Quand on sait les milliards d’informations qui sont recueillies sur les citoyens, stockées, analysées, utilisées à des fins mercantiles par des multinationales dont l’éthique est le cadet des soucis, il y a de quoi frémir et, ce moment est en marche !

      Effectivement, force est de constater que les moyens mis en œuvre pour aboutir à une société robotisée sont bien plus colossaux que les « mesurettes » édictées par l’une ou l’autre administration sur la protection de la vie privée, car on sait que ce sont les multinationales qui dirigent de plus en plus la planète, quitte à aller à sa perte sur le plan environnemental, leurs bénéfices financiers étouffant une éventuelle conscience morale en ce sens.

      Certes, on peut se consoler en se disant qu’il y a encore la main de l’être humain pour gérer tout ça. Hélas, plus pour très longtemps, disent certains chercheurs japonais et bordelais qui ne trouvent pas du tout loufoque d’envisager un hybride homme-machine augmenté d’une intelligence artificielle, sorte de robot de terrain 100% artificiel ressemblant à un drone.

      En attendant, je vous assure que la présente chronique est bien celle de… Pierre Guelff.

       

      https://pour.press/

      4 min
    • POUR une lecture citoyenne : En route vers une dictature numérique ? (3/4)

      « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff en partenariat avec le magazine POUR (écrire la liberté).

      Dans les deux précédentes chroniques consacrée à l’essai « Les robots vont-ils remplacer les journalistes ? » de Damien Desbordes (Éditions Plein Jour), l’attention a été attirée sur le danger majeur que représente l’intelligence artificielle et son prolongement ou complément du robot à écrire. Outre la perte de l’emploi de journaliste, il existe une réelle menace pour la démocratie par manque de contrôle éthique

      Poursuivons la lecture de cet ouvrage qui ne relève pas du tout de la science fiction, en soulignant ce propos de l’auteur au sujet de l’industrie de la data : « Les informations ne sont pas un marché, elles sont le marché ! » La nuance est d’importance et attire également notre attention sur le fait que les multinationales de ce secteur informatique n’ont aucun état d’âme, seul le rendement compte envers et contre toute conscience ou morale.

      Et, surtout, ne croyez pas un mot de certaines promesses d’anonymat et de protection de votre vie privée. Une étude vient de démontrer que, par exemple, trois « prétendues banales informations ont permis d’identifier 87% d’Américains en un tournemain » !

      Ainsi, des « chapelures de données racontent l’histoire de votre vie, disent ce que vous avez choisi de faire, précisent votre environnement social, votre santé… »

      L’Europe commence à réagir face à ce fléau avec le règlement sur la protection des données personnelles, mais n’est-il déjà pas trop tard ? En effet, l’auteur analyse la perspective d’une dictature numérique qui n’aurait même pas besoin de robots à écrire pour faire sa propagande, chaque palier franchi sur l’échelle de l’intelligence artificielle rapprocherait le robot de l’homme.

      Et, alors, se pointe à l’horizon des craintes plus que sérieuses : « l’émergence d’une forme de gouvernance algorithmique qui s’apparenterait à la  tyrannie » et « le point de non-retour serait atteint le jour où les intelligences artificielles deviendraient capables de s’auto-améliorer jusqu’à former une super-intelligence. » Ainsi, le règne humain serait arrêté.

      Le futurologue de Google, Ray Kurzweil, a annoncé cette échéance pour 2029. Dans une décennie, donc…

      3 min
    • « La Route Sauvage » de Willy Vlautin (Albin Michel)
      https://frequenceterre.com/wp-content/mp3/chronique-2018-08-05-09-00-00-Pierre-La-Route-Sauvage.mp3

      « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

       Dans sa collection « Terres d’Amérique », les Éditions Albin Michel viennent de publier « La Route Sauvage » de Willy Vlautin, un roman également adapté à cinéma, c’est dire combien il a touché les lecteurs américains.

      Mais, l’auteur, également compositeur et chanteur dans un groupe de folk-rock, a déjà connu à deux reprises cette consécration.

      « La Route Sauvage », c’est l’histoire suivante :

      « À 15 ans, Charley Thompson ne rêve que d’une chose : avoir un foyer, de la nourriture sur la table, et pouvoir rester une année entière dans le même lycée. Mais l’adolescent ne peut vraiment compter que sur lui-même, son père, avec qui il vit, étant un type sans ambition qui enchaîne les petits boulots à travers le nord-ouest des États-Unis. Quand des événements tragiques le laissent seul et à le rue quelques semaines seulement après leur arrivée à Portland, Charley trouve refuge dans un vieux centre hippique où il est embauché pour l’été. Il trouve alors du réconfort dans la compagnie de Lean on Pete, un vieux cheval de course usé et condamné à l’abattoir.

      Afin d’aider l’animal à s’échapper au destin funeste qui l’attend, Charley vole un pick-up et une remorque, et tous deux entreprennent un voyage vers le Wyoming. C’est là que vit, aux dernières nouvelles, la tante de Charley, sa dernière famille. Mais ce périple de près de deux mille kilomètres sur les routes de l’Ouest américain ne sera pas de tout repos et le garçon, au cours d’un seul été, vivra plus d’aventures et de mésaventures que beaucoup d’individus au cours de toute une vie… »

      Alors que des critiques évoquèrent à l’encontre de précédents livres de Willy Vlautin « des personnages marquants, de ceux pour qui la réalité économique est la limite du rêve américain » (LiRE, 2019), « Un réalisme sec, dénué de tout apitoiement, dans les rouages d’une société qui maltraite sa jeunesse » (Télérama, 2010), voici le regard de Marie-Paule, collaboratrice à « Fréquence Terre-Écolodio » sur cette « Route Sauvage » :

      « J’ai bien aimé ce roman parce que l’on s’attache directement à cet ado de 15 ans. Il est sportif, veut devenir bon joueur de foot américain, sa mère est absente et son père inconséquent, il aime l’école, a parfois faim, il est désemparé… Cependant, il s’est lié à un cheval, qui devient son confident.

      Ce livre, c’est vraiment une quête de vie et de survie qui se lit avec émotion et qui dégage une volonté d’atteindre un but et d’être positif, malgré les aléas »

      4 min
    • Enquête au cœur de la Nouvelle droite : « Le vieux monde est de retour » de Pascale Tournier (Stock)
      https://frequenceterre.com/wp-content/mp3/chronique-2018-07-29-09-00-00-Pierre-Nouvelle-droite.mp3

      « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

       Le vieux monde est de retour de Pascale Tournier (Stock) est un essai de plus de 260 pages, documentées avec une précision chirurgicale, qui débute par le récit d’une réunion de l’élite parisienne de droite, en septembre 2017, dont l’un des responsables clama : « Nous avons vocation à reconstruire la droite sur le plan culturel et politique. Nous devons être les sentinelles d’une civilisation vivante qui ne se défasse pas. Ce qui nous anime n’est pas un désir de vengeance, mais un esprit français grave et léger, chevaleresque et frondeur, avec l’espérance chevillée au corps. »

      Quelque trois cents personnes assistaient à ce rassemblement : des anciens de l’UMP, des fillonistes, des LR, des identitaires ultras, des adhérents de l’Action française, des participants de la Manif pour tous, des membres de mouvements catholiques conservateurs, des constitutionnalistes et royalistes et même Marion-Maréchal-Le Pen venue voir des amis, prétendit-elle.

      Selon Pascale Tournier, l’auteure de cette remarquable enquête au cœur des nouveaux conservateurs, il s’agissait d’une démonstration de force de la nouvelle génération de jeunes conservateurs.

      J’ai rencontré cette consoeur lors d’une conférence donnée dans la capitale de l’Europe et, avec son consentement, voici quelques-uns de ses propos que j’ai relevés et qu’une collaboratrice de « Fréquence Terre-Écolodio » a accepté de relire : « J’ai écrit ce livre, inspirée par la primaire de la droite aux dernières présidentielles. En tant que journaliste politique à « La Vie », j’ai vu l’intérêt de la montée en puissance à l’égard de François Fillon, un politique qui séduisait de nombreuses personnes proches de la manifestation contre le mariage pour tous, des chrétiens d’Orient et d’intellectuels conservateurs, un François Fillon qui, en plus, tenait des mots assez durs par rapport à Mai 68…, bref, un large spectre couvert à droite. J’ai aussi constaté que des jeunes étaient particulièrement intéressés et qu’ils avaient une conscience politique assez forte formant une droite décomplexée. »

      Durant une heure, Pascale Tournier donna une description plus affinée de cette droite décomplexée : « Il faut tout d’abord différencier la pensée réactionnaire de la pensée conservatrice qui concerne surtout des libéraux-conservateurs, anciens chevènementistes issus de la gauche, des catholiques attachés aux traditions chrétiennes, à la famille, des écologistes de droite qui ont parfois des points d’accroche avec l’extrême gauche, certains étant sensibles aux problèmes posés par l’islam et les réfugiés…  Cette génération est souvent née après la chute du Mur de Berlin, donc le clivage gauche-droite ne l’intéresse guère. »

      Baptême de Clovis vs Révolution de 1789

       Le livre évoque également des « anarchrists », des dandys de droite, tories à la française, identitaires et bioconservateurs, des antimodernes et déclinistes, des légitimistes ou traditionalistes. Ses trentenaires et quadragénaires sont des gens « qui ne lâchent rien et forment une vraie lame de fond prêts à imposer leur vision du monde et de l’homme. Une vision évolutive de la tradition et, surtout, faire de la politique avec davantage d’éthique. »

      Ces gens brouillent allègrement les cartes entre droite traditionnelle et droite extrême, souligne encore l’auteure. Par jeu, provocation ou vraie conviction, celle de déboulonner les statues du progressisme et de l’universalisme de gauche ?

      Ces « soixante-huitards à l’envers », comme les nomme Pascale Tournier, représentent « une pensée alternative qui s’installe durablement et qui est révélatrice d’une mutation idéologique à l’œuvre dans la jeunesse française ».

      Bref, le vieux monde est bien de retour ! Attend-il pour autant le retour aux affaires de Marion Maréchal-Le Pen, par exemple ?

      Pascale Tournier (Photo : Fréquence Terre-Écolodio)

      « Emmanuel Macron, en homme pragmatique, a très bien compris que la France était moins à gauche qu’à droite, d’où ses messages à cette dernière afin d’élargir son socle… même aux monarchistes ! Il a ouvert la voie qu’un homme seul pouvait arriver au pouvoir. Pourquoi une femme comme Marion Maréchal-Le Pen n’y arriverait-elle pas ? » expliqua la conférencière

      Néanmoins, si le catholique ne veut pas du FN (devenu Rassemblement national), cela bouge à cause des attentats, dont le prêtre  assassiné dans son église, à cause des réfugiés aussi…, constate Pascale Tournier dans son essai. Cependant, si l’opportunisme rebute ces nouveaux conservateurs, ne pourraient-ils pas fantasmer sur les idées de la nièce de Marine Le Pen ?

      Le livre comporte douze chapitres et soyez assurés qu’il aborde les questions fondamentales sur l’émergence assez prononcée ces derniers mois de la Nouvelle droite. Cet essai se révèle donc être un document exceptionnel. Peut-être prémonitoire, puisque, je cite à nouveau, « ces indignés de droite touchent à tout, explorent, repoussent les limites, triangulent, sans complexe et sans tabou, à gauche ou à l’extrême droite qu’ils préfèrent d’ailleurs appeler droite extrême », comme ils innovent un vocable bien spécifique s’appuyant sur une réalité idéologique construite : « déconstruction anthropologique » pour le mariage pour tous, par exemple.

      Alors que depuis plus d’un an, le président Macron paraît être sur tous les fronts et de tous les commentaires (réception « monarchique » de Poutine à Versailles, poignée de mains virile avec Trump, rencontres soutenues avec Merkel, attitude du supporter lambda lors du Mondial de foot, quelques propos jugés offensants à l’égard de la classe ouvrière, affaire Benalla…), Pascale Tournier évoque aussi la personnalité d’Emmanuel Macron à travers le prisme d’interlocuteurs de son enquête : « Auteur d’un mémoire sur Hegel et Machiavel dans une première vie, ce chef de l’État surgit avec des références, un paysage intellectuel et un imaginaire de reconquête qui se veut humaniste. Cela n’a pas échappé à ses opposants, qui préfèrent y déceler un simple vernis littéraire. »

      Et la laïcité ?

      Question très importante abordée lors de notre rencontre à Bruxelles : et la laïcité ?

      « Sur ce plan, Emmanuel Macron a des convictions profondes. Pour lui, la République doit dialoguer avec les religions ! »

       J’interviens :  « Ce qui me semble contradictoire avec le concept de la séparation de l’État et des religions ! Qu’il rende hommage à Johnny Hallyday sur le parvis d’une église, c’est plausible, mais à l’intérieur de l’édifice religieux sa présence n’est-elle pas contraire au concept que je viens d’énumérer (on a le même cas d’espèce avec le gouvernement belge qui assiste au Te Deum en l’honneur de la monarchie, par exemple) et puis, convoquer des imams, rabbins, prêtres… pour discuter de problèmes et dispositions à prendre en matière de société, n’est-ce pas aussi une ingérence du religieux dans les affaires de l’État ? »

      Réponse de Pascale Tournier : « Le président Macron est aussi décomplexé à ce propos : la neutralité de l’État n’empêche pas le dialogue et de requérir l’expertise de religieux, selon lui… »

       La conclusion de l’auteure de son ouvrage est assez explicite : « Si le courant conservateur n’est pour le moment pas une alternative solide, il reste, pour le pouvoir en place, un frein, une menace, un aiguillon. Naissance d’un contre-pouvoir. »

      Chronique en partenariat avec le magazine et le site  POUR (Écrire la liberté).

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      9 min
    • « Écrits et châtiments » de Yann Slône (Éditions Amazon)

      Pour les amateurs de romans policiers ou d’épouvante, cette information concernant « Écrits et châtiments » de Yann Slône paru aux Éditions Amazon : « Thriller fantastique imprégné d’intelligence artificielle. Quand la vie de tous les jours vire au cauchemar irrationnel. Un écrivain va avoir les pires problèmes avec le héros qu’il a créé. Mais il découvrira que ce ne sont que les prémisses d’un danger beaucoup plus grand qui le dépasse complètement. En refermant ce thriller implacable, le regard que vous portez à votre bibliothèque aura définitivement changé. Bon courage ! »

      https://www.amazon.fr/%C3%89crits-ch%C3%A2timents-Yann-Sl%C3%B4ne/dp/1973142384/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1509255665&sr=8-1&keywords=yann+slone

       

      2 min
    • BD : Le grand ménage de Madame çavaçava (Albin Michel)

      « Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

       Une fois n’est pas coutume, voici une chronique consacrée à une BD pour enfants de 6 à 9 ans Le grand ménage de Madame çavaçava parue chez Albin Michel Jeunesse. L’auteur du scénario est Aurélien Delsaux, dont j’ai souligné dans une précédente rubrique le remarquable roman Sangliers, et l’illustratrice est Estelle Billon-Spagnol.

      Du lundi au samedi, du matin au soir, Germaine dite « Madame çavaçava » astique les belles demeures d’autrui. A priori, il n’y a pas de quoi rigoler et pourtant elle chante toujours de sa jolie voix et semble détenir un secret pour qu’il en soit ainsi, jusqu’au jour où elle voit une publicité pour un aspirateur, un ASPI 3001.

      Mais, celle machine devient infernale car elle avale tout : tapis, vêtements, casseroles, disques, livres, animaux, maisons, rues et même la ville où vit Germaine.

      Puis, c’est elle qui est aspirée et retrouve tout ce qu’ASPI 3001 a englouti.

      Alors, elle se remet à chanter et… Et, la suite est à découvrir par les enfants, bien entendu, voire leurs parents !

      2 min
    • Les robots : nos maîtres, nos serviteurs ou nos partenaires ? (2/4)

      Dans la première chronique consacrée à l’essai « Les robots vont-ils remplacer les journalistes ? » de Damien Desbordes (Éditions Plein Jour), l’attention a été attirée sur une double question : que devient la démocratie et que devient la conscience avec les robots ?

      Cette deuxième chronique apporte quelques éléments : « Il n’est plus possible de considérer le robot comme un simple automate au comportement prévisible. Il existe des frontières de plus en plus floues entre entités numériques et entités humaines. Ainsi, des partisans du courant de pensée transhumaniste veulent intégrer l’intelligence artificielle dans l’être humain. »

      L’auteur explique : « Une chose est certaine : c’est nous, en tant qu’espèce, qui avons créé ces êtres numériques. Seront-ils nos maîtres, nos partenaires, nos serviteurs ? »

      Concernant le journalisme, il rappelle que pratiquer cette profession exige une intelligence émotionnelle et la capacité de traiter un grand nombre de tâches intellectuelles différentes. Identifier les experts pour les interroger, par exemple.

      Eh bien, cela n’empêcha pas le « Los Angeles Times » de faire appel à des logiciels pour écrire des articles sur les tremblements de terre de 2014, « Le Monde » d’en faire autant avec des résultats électoraux en 2015 et 2017, que 90% des dépêches produites par l’« Associatad Press » sur les profits des entreprises et un grand pourcentage concernant les sports soient écrits par des machines. Le concept robot-journalisme est donc bien d’application à tel point, souligne encore Damien Desbordes, que, correctement programmé, un robot peut rédiger des millions d’articles en quelques minutes !

      Il ajoute, avec  justesse, qu’une démocratie se doit de surveiller ses médias quand les robots les bidouillent, mais il reconnaît, aussi, que l’âge d’or du robot-journalisme arrive à pleine vitesse, ce ne sont pas les Google, Facebook, Apple, Microsoft et Cie qui le contrediront, eux qui appuient leurs finances sur des réseaux de neurones artificiels, donc d’intelligence artificielle, tenant à distance respectable tout journaliste qui pourrait élever la voix de l’éthique au cœur du système.

      Autre précision pour terminer cette deuxième chronique : d’ici une décennie, 90% des articles de presse seront rédigés par des robots sur base des fameuses datas où matière première de l’info. Des bases de données que chassent et pourchassent jusqu’au plus profond de notre vie privée les multinationales citées et bien d’autres.

      4 min

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