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By Littérature Sans Frontières – Fréquence TerreScienceNature
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  • Mauvaise conscience de Fabio Benoît
    Mauvaise conscience de Fabio Benoît - Editions Favre

    Fabio Benoît, l’auteur du livre dont je vais vous parler aujourd’hui, me semble être quelqu’un de très méticuleux. Dès le départ, nous sommes avertis : Mauvaise conscience fait suite à son premier roman, Mauvaise personne, mais nous avons la liberté de les lire indépendamment l’un de l’autre. Il y a même à la fin du livre un mini résumé du précédent, ce qui permet de se faire une idée globale, si l’on ne veut pas approfondir plus avant.

    Ensuite, nous trouvons, également en fin de livre, une liste des personnages, composée selon leur ordre d’apparition, comme dans un générique de fin, qui nous explique brièvement qui est qui.

    Cela étant dit, préparez-vous alors à plonger dans l’esprit de tous ces personnages, car il s’agit bien ici d’un roman choral. Et là encore, on peut retrouver le côté extrêmement minutieux de l’auteur, qui est également commissaire de police judiciaire en Suisse.

    L’immersion est totale, on est littéralement dans la tête de chacun des protagonistes, et l’on en change à chaque chapitre. Même un journal intime ne saurait être si complet.

    On les lit penser, raconter leur histoire, chacun à sa manière, dans ses propres mots, son langage type. Ce roman policier nous fait voyager presque de manière astrale, dans l’intimité des commissaires, procureurs et autres fonctionnaires de police ; dans celle des voleurs, voyous, tueurs à gage et autres ; mais aussi dans celle des victimes bien évidemment.

    Tous ces gens bien différents les uns des autres sont bien sûr liés par l’intrigue générale du livre, que nous découvrons petit à petit. Trois voitures ont été vandalisées dans le parking souterrain d’un immeuble, et des documents y ont été dérobés, de plus ou moins grande importance. De là, débuteront plusieurs histoires en parallèle.

    L’auteur nous entraîne tantôt dans une enquête judiciaire liée au vol de documents témoignant d’une menace terroriste, tantôt dans une histoire de chantage liée, elle, au vol de documents comptables d’une entreprise peu scrupuleuse, pour nous emmener au fil des pages vers le recoupement, le bouquet final.

    On découvre, à travers les règlements de compte, les enquêtes, les vols, les menaces, les bavures, les coups fourrés – et, même, les adultères – que chacun est amené à ruser, tronquer la réalité, voire manipuler, afin d’obtenir ce qu’il désire. Peu importe que l’intention soit bonne ou mauvaise, il n’y a plus de place pour les cas de conscience, ou en tout cas pas tout de suite.

    Au vu de la diversité de ses personnages, Mauvaise conscience contient sa dose d’horreurs, de cruauté, mais aussi de sérieux, de professionnalisme, et également d’humour.

    Ce deuxième roman de Fabio Benoît, paru aux éditions Favre, est assez masculin dans la composition des rôles, construit avec un souci – et sans doute un amour – du détail assez impressionnant.

     

    Julie Tielemans pour Fréquence Terre.

    3 min
  • Le Choix des apparences – Martine Delomme
    Le Choix des apparences - Martine Delomme / Editions Presses de la Cité

    Camille, 36 ans, est une avocate toulousaine spécialisée dans les affaires familiales. Elle est rude, ultra professionnelle, assez froide. Auprès de ses collègues, confrères et clients, son tempérament suscite de l’admiration, inspire de la crainte, mais on ne l’aime pas.

    Ce n’est pas non plus dans son cercle privé que l’on trouvera beaucoup de tendresse. Certes, après l’échec de son premier mariage, elle vit désormais avec Denis et ses deux enfants dont il a la garde une semaine sur deux. Mais on sent l’extrême distance de Camille, en toutes circonstances.

    L’avocate se charge des cas de divorces, mettant bien souvent en scène des maris abusifs. Elle s’occupe aujourd’hui de Brigitte Delmas, une affaire qui la dérange au vu de la personnalité de celle-ci. Son professionnalisme prenant le dessus, elle remporte évidemment la bataille et sa cliente obtient ce qu’elle désire.

    Peu après, sur les marches du Palais de Justice, Camille est confrontée à Monsieur Delmas, le mari lésé, qui surgit devant elle, une arme à la main. Le temps se fige alors, jusqu’à ce que le coup parte. Il se suicide devant l’avocate.

    Elle n’est certes pas responsable de cet acte, et pourtant elle est fustigée de toutes parts. Le fils Delmas, Adrien, adolescent en colère, se met à la harceler, la menacer ; l’avocate est d’autant plus déstabilisée que même son frère et sa mère la contactent, alors que nous comprenons que les liens sont rompus depuis plusieurs années.

    Camille en vient à perdre pied, et foire complètement la plaidoirie suivante ; c’est la première fois que cela lui arrive. Et, vu que les médias s’en mêlent aussi, on lui conseille un peu de repos, une mise à l’écart en somme.

    Elle profite du début des vacances et du départ de son compagnon et de ses enfants à Fréjus pour prendre du temps pour elle. Lui viennent alors à l’esprit quelques bribes de son enfance, la déception éternelle de son père qu’elle ne fut pas un garçon, le déni de sa mère, et surtout la tendresse de ses grands-parents.

    Car c’est auprès d’eux que les souvenirs sont les meilleurs, lorsque Camille passait les vacances dans leur maison en Bretagne. Elle décide, presque sur un coup de tête, d’y réserver une chambre d’hôtel en bord de mer, pour une semaine, pas plus, sans rien dire à personne.

    Et très vite, elle se surprend à couper son téléphone, ne pas s’inquiéter des affaires en cours, et à prendre plaisir non seulement à visiter les environs, mais également à profiter de quelques heures de détente à la plage, elle qui avait toujours considéré que c’était une réelle perte de temps.

    Avant son retour, elle s’arrête dans une fabrique de biscuits, "les Palets bretons", où elle compte acheter quelques délices à emporter et à partager. Arrivée au comptoir, elle remarque une affiche qui annonce : « recherchons assistante avec références et bonnes notions de droit ». Encore une fois, sans trop y réfléchir, elle demande à voir le responsable, et s’ensuit un entretien d’embauche, celui qui va changer sa vie, de A à Z.

    Certes, elle est bien trop qualifiée pour ce poste mais qu’importe, son coup de tête l’emporte. Et la voilà embarquée dans cette nouvelle aventure, à mille lieues de ses ambitions de base, et prolonge son séjour de quelques mois, pour l’instant. Personne ne sait ni qui elle est, ni ce qu’elle vit, et c’est tant mieux.

    Elle découvre alors la vie, la vraie, celle faite de plaisirs simples et, accessoirement, sucrés. Elle fait de nouvelles rencontres, loue une petite maison, essaie de s’intégrer dans une entreprise à l’ambiance familiale, conviviale, très loin de tout ce qu’elle a connu jusqu’à présent. Pour la première fois depuis longtemps, elle se sent enfin vivre.

    Les éditions Presses de la Cité publient ce nou...
    4 min
  • Psychiko de Paul Nirvanas
    Psychiko - Paul Nirvanas / Editions 10/18

    Psychiko est un ancien quartier bourgeois d’Athènes. C’est également le nom que porte le roman dont je vais vous parler, considéré comme le tout premier polar grec, paru en 1928 et traduit seulement récemment.

    Car, si le polar est populaire en Occident depuis le XIXème siècle, la Grèce – pays encore très rural à cette époque – est un peu à la traîne et se contente de rares traductions ou d’usurpations diverses. Jusqu’à ce que Petros Apostolidis publie cette histoire sous forme de feuilleton dans la presse quotidienne, sous le nom de Paul Nirvanas.

    Le héros se nomme Nikos Molochanthis. Orphelin de mère, riche par son père, il est sans aucun doute affamé de reconnaissance. Après une vaine tentative en médecine, il passe son temps à lire des romans d’épouvante, regarder des films policiers, se nourrir de faits divers macabres.

    A tel point que, comme le dit l’auteur, « dans cet univers empli de chimères, il rêvait de se signaler et de se couvrir de gloire, de la même façon que les jeunes gens de son âge ambitionnent de se distinguer dans le monde réel. Ainsi, les frontières entre la fiction et la réalité s’étaient peu à peu brouillées dans son esprit, de sorte que, souvent, il n’arrivait pas à savoir lui-même s’il était un personnage de cinéma ou un homme de chair et d’os. »

    Dernièrement, une jeune fille a été tuée dans le quartier de Psychiko et son meurtrier reste introuvable. On parle de théâtre du crime, de meurtre barbare, de drame passionnel ; les termes plaisent énormément à Nikos. Alors que l’intérêt de la presse commence à s’essouffler, il a, selon lui, une idée de génie : s’approprier le crime. Il aura enfin toute l’attention dont il rêve.

    D’après les éléments connus de tous, il se met à imaginer et recréer le possible déroulement des faits, dans le détail. Il s’y voit comme s’il y était, il commet mentalement ce crime encore et encore, jusque dans ses cauchemars. Il en devient paranoïaque, il n’en peut plus, il doit avouer.

    Avec son ami Stephanos, un voyou de quartier, ils élaborent un stratagème pour semer le doute auprès des inspecteurs, et mener à l’arrestation tant attendue. Stephanos prendra en charge la fortune de Nikos et le fera innocenter, si besoin. Tout a été pensé. Ou presque.

    Nikos se fait arrêter, interroger, emprisonner. Il clame d’abord son innocence, mais uniquement par jeu, il veut qu’on parle de lui le plus possible avant de donner des éléments croustillants. Et ça marche !

    La presse ne parle plus que de ça, les gardiens de prison prennent soin de lui, les femmes de la bonne société athénienne lui rendent visite, le couvrent de cadeaux, réclament des autographes.

    Par la suite, il avouera enfin son crime, en racontera les détails. C’est un crime passionnel, et cela émeut et fascine la population.

    Cet attrait trouve son explication dans la tragédie grecque, où le crime est un acte noble. Ou, comme Oscar Wilde le dit : « Chacun tue ce qu’il aime. (…) Le lâche tue d’un baiser et le brave d’un coup d’épée. »

    Car, à leurs yeux, donner la mort est un acte d’amour extrême, la meilleure preuve donnée. C’est tellement irrésistible que Nikos reçoit l’appui moral et financier des aristocrates avides de ragots à raconter.

    Il a réussi, il a toute l’attention et la reconnaissance dont il rêvait. Il est célèbre et idolâtré. Jusqu’à ce que le doute survienne, incapable qu’il est de donner le nom de sa victime. De là, tout va changer pour Nikos…

     

    Paru dans sa traduction française aux éditions 10/18, Psychiko, en tant que premier roman policier grec, reprend en effet presque tous les codes du genre. Mais, au-delà de ça, il s’agit d’un roman satirique et finalement très moderne, reprenant des thèmes tels que l’avidité des médias,
    4 min
  • Une femme en contre-jour de Gaëlle Josse
    Une femme en contre-jour - Gaëlle Josse / Editions Noir sur Blanc

    Franz Schubert, Emily Dickinson, Fernando Pessoa, Franz Kafka. On les connaît tous, mais savons-nous encore que ces artistes majeurs n’ont acquis la notoriété qu’après leur mort ? Pour certains, c’est une question de moyens, pour d’autres c’est une espèce de pudeur, de honte, mais il y a toujours ce besoin irrépressible de créer, qu’importe la suite. On crée, on entasse, on cache, quitte à en désirer la destruction.

    Vivian Maier fait désormais partie de la bande. Il devient difficile de l’ignorer, elle est l’un des plus grands photographes de rue de notre époque. Et pourtant, de son vivant, elle a excellé dans l’anonymat le plus total. Nourrice d’enfants de profession, quoi de plus pratique pour avoir le temps et l’occasion de pratiquer son art, à profusion ?

    Si Vivian Maier étonne, ce n’est pas que par sa soudaine notoriété post-mortem. Pendant de nombreuses années, elle a photographié et magnifié sans relâche, dans les rues de New York et de Chicago, les sans-abris, les miséreux, les minorités, des hommes et des femmes dont le regard nous touche de plein fouet. Elle a également fait de nombreux autoportraits, jamais narcissiques, devenant un sujet qui se fond à merveille dans la composition de l’image.

    Son côté obsessionnel, compulsif, nous offre quelques dizaines de milliers de clichés, qu’elle n’a jamais pu voir. Car, c’est un autre paradoxe de cette femme incroyable, elle n’a jamais fait développer son travail. Elle a entassé les films, les planches contact, dans des cartons qu’elle stockait loin d’elle, dans un garde-meubles.

    Et c’est presque par accident que son art verra le jour, quand John Maloof en rachète un lot, lors d’une vente aux enchères en 2007. Le jeune homme, cherchant de quoi illustrer son prochain livre, n’y trouve pas son bonheur mais sa curiosité est tout de même piquée. Vivian Maier est alors inconnue, et John ne trouvera d’informations sur elle qu’après sa mort, en 2009, grâce à la publication sur le net de son avis de décès.

    De là pourra commencer la quête, à la recherche de Vivian Maier, du nom que portera le documentaire qui retrace cette folle aventure. Au travers des témoignages des enfants – devenus adultes – dont elle était la nourrice, et de certains de leurs parents, on découvre petit à petit toute la complexité de ce personnage loufoque. Certes, elle portait toujours son appareil Rolleiflex autour du cou, on la voyait prendre des photos à n’importe quelle occasion. Mais c’était la nanny, certains la comparant même à Mary Poppins.

    Les récits nous dépeignent Vivian Maier de manière contradictoire. Qu’elle soit attentionnée ou cruelle, américaine ou française, proche ou distante, elle en reste perpétuellement secrète. Elle n’a pas de famille, pas d’amis, pas d’enfants. Il faudra pousser plus loin les recherches pour découvrir une histoire de famille particulière, trouvant ses origines en Autriche et en France. Des changements de noms, des oublis, des dénis, des abandons, voilà ce qui compose la famille Maier, comme une tradition qu’a perpétuée Vivian dans sa propre vie.

    Dans Une femme en contre-jour, paru aux éditions Noir sur Blanc, Gaëlle Josse a brillamment réussi à compiler tous ces éléments et à nous les relater avec cette très belle poésie qui lui est propre.

    L’auteur, femme de lettres ayant remporté de nombreux prix littéraires, nous livre sa version de cette aventure incroyable, mêlant saga familiale désastreuse et amour inconditionnel de l’Art et de l’Humain. Elle nous décrit avec délice le paradoxe Vivian Maier, et fait le lien entre l’art de celle-ci et le sien. Un roman à lire et à relire, tant il est passionnant.

     

    Julie Tielemans pour Fréquence Terre.

     

    4 min
  • « Le Bonheur en Cévennes » de Christian Laborie (Éd. Omnibus)
    Les Éditions Omnibus ont eu la remarquable idée de réunir en un volume, trois romans de Christian Laborie sous le titre générique  Le Bonheur en Cévennes : L’Appel des drailles dont il a déjà été question, Les Drailles oubliées et L’Arbre d’or.

    Pour le deuxième cité, c’est un tocsin qui sonne dans tous les villages et annonce la Première Guerre mondiale et la mobilisation générale, au grand désarroi de la population : « Abreuver de sang les sillons n’est pas un travail pour un paysan ! » clame le vieux Célestin.

    Alors que les hommes valides de 20 à 45 ans partent au front, les femmes et les anciens tentent de les remplacer dans les tâches quotidiennes qui étaient les leurs. Antoine et Joseph reprennent même le chemin des drailles, mais avec un intense sentiment d’amertume à voir les forces vives que sont leurs fils, neveux, voisins… « défendre la patrie » selon ceux qui restent le cul enfoncé dans leur fauteuil capitonné au Parlement ou au ministère, bref, faire la guerre n’a pas de sens : « C’est pas une honte ! Nous faucher nos fils et nos maris en pleine force de l’âge ! Qu’avons-nous à faire de leur politique ? Qu’ils nous fichent la paix et qu’ils aillent la faire eux-mêmes leur saloperie de guerre ! »

    Cependant, plutôt que se lamenter indéfiniment, les anciens retroussent leurs manches car, après l’estive, il y a les vendanges.

    Cela durera jusqu’en 1918 et, comme si la « Der des Ders » était bien un leurre lancé par ces mêmes politiciens, marchands d’armes et autres militaristes, voici l’écho des gesticulations menaçantes d’un certain Adolf Hitler qui annoncent une autre débâcle, dont Vichy, le Vél d’Hiv et autres drames pour le peuple.

    Au fil des pages, on en arrive à la création de la Maison de la Transhumance afin que ne s’oublie pas ce patrimoine, alors que les drailles font place aux chemins de grandes randonnées, les fameux GR…

     

    Musique Michaël Mathy : http://www.michaelmathy.be/#music

    3 min
  • « Le Bonheur en Cévennes » de Christian Laborie (Éd. Omnibus)

    Les Éditions Omnibus ont eu la remarquable idée de réunir en un volume, trois romans de Christian Laborie sous le titre générique  Le Bonheur en Cévennes : L’Appel des drailles dont il a déjà été question, Les Drailles oubliées et L’Arbre d’or.

    Pour le deuxième cité, c’est un tocsin qui sonne dans tous les villages et annonce la Première Guerre mondiale et la mobilisation générale, au grand désarroi de la population : « Abreuver de sang les sillons n’est pas un travail pour un paysan ! » clame le vieux Célestin.

    Alors que les hommes valides de 20 à 45 ans partent au front, les femmes et les anciens tentent de les remplacer dans les tâches quotidiennes qui étaient les leurs. Antoine et Joseph reprennent même le chemin des drailles, mais avec un intense sentiment d’amertume à voir les forces vives que sont leurs fils, neveux, voisins… « défendre la patrie » selon ceux qui restent le cul enfoncé dans leur fauteuil capitonné au Parlement ou au ministère, bref, faire la guerre n’a pas de sens : « C’est pas une honte ! Nous faucher nos fils et nos maris en pleine force de l’âge ! Qu’avons-nous à faire de leur politique ? Qu’ils nous fichent la paix et qu’ils aillent la faire eux-mêmes leur saloperie de guerre ! »

    Cependant, plutôt que se lamenter indéfiniment, les anciens retroussent leurs manches car, après l’estive, il y a les vendanges.

    Cela durera jusqu’en 1918 et, comme si la « Der des Ders » était bien un leurre lancé par ces mêmes politiciens, marchands d’armes et autres militaristes, voici l’écho des gesticulations menaçantes d’un certain Adolf Hitler qui annoncent une autre débâcle, dont Vichy, le Vél d’Hiv et autres drames pour le peuple.

    Au fil des pages, on en arrive à la création de la Maison de la Transhumance afin que ne s’oublie pas ce patrimoine, alors que les drailles font place aux chemins de grandes randonnées, les fameux GR…

     

    Musique Michaël Mathy : http://www.michaelmathy.be/#music

    3 min
  • La Fantasia de Loris Chavanette
    Loris Chavanette - La Fantasia

    « Je trouve aujourd’hui que la vie n’est jamais aussi belle et ardente que lorsqu’elle côtoie la mort. »

    Ce sont les mots de Mariane, jeune française d’Algérie dans les années 50, éternellement déracinée. Ces mots, elle les partage aujourd’hui avec Antoine, son petit-fils, qui lui rend visite chaque dimanche dans son appartement de la rue Ranchin à Montpellier.

    Antoine est un étudiant d’une vingtaine d’années qui n’a de sa grand-mère pas d’autre image que celle d’une femme-spectre, très taciturne et transparente. Jusqu’à ce qu’elle sente arriver sa propre mort. Il est alors temps pour elle de dévoiler l’ultime secret qui la hante depuis plus d’un demi-siècle, son « crime » comme elle l’appelle. Et, pour la première fois, Antoine est subjugué, passionné, en découvrant, au-delà du secret si bien gardé, que sa grand-mère n’est pas qu’une coquille vide, ridée et défraîchie.

    On découvre avec lui une partie de la vie de cette femme dans l’Algérie française de l’époque, juste avant la guerre, et Mariane, très religieuse, peu sûre d’elle, assez soumise, mariée à un homme qui ne se soucie que très peu d’elle, va partir à la rencontre d’elle-même, se révéler corps et âme.

    Cette femme, qu’on aurait cru jusqu’alors naïve et effacée, nous apparaît soudain comme un être tout à fait lumineux, à mesure qu’elle découvre autrement ce pays, qui est le sien sans l’être vraiment.

    Et c’est là, lors d’une fantasia à laquelle elle assiste presque par accident, que sa vie va se trouver bouleversée à jamais.

     

    L’auteur nous fait voyager, dans le temps et dans la chaleur étouffante du Nord de l’Afrique, région qu’il dépeint avec une beauté tout en couleurs, et nous décrit avec justesse toute la tendresse que l’on peut avoir pour un grand-parent, pour ses racines. Il nous raconte aussi avec brio la torture intérieure de son héroïne, prisonnière de ses choix et de son héritage.

    Dans ce roman, il est également question d’origines, de religion, d’amour, de mort et, surtout, de vie.

     

    Loris Chavanette est historien, spécialiste de la Révolution Française notamment. Il signe avec La Fantasia son premier – et très beau - roman édité par Albin Michel.

     

     

    Julie Tielemans pour Fréquence Terre.

    3 min
  • Message urgent aux climatosceptiques
    Graphique extrait du quotidien Le Soir du 14/01/2020.

    Une fois n’est pas coutume, c’est dans un quotidien qu’il est question dans notre rubrique « Littératures sans Frontières », tant l’intérêt d’une étude universitaire est urgente à communiquer et, surtout, à diffuser aux climatosceptiques.

    Elle émane du Centre de recherche sur l’épidémiologie des désastres que le journal Le Soir commente de manière circonstanciée.

    À savoir, en 2019, il a été relevé quelque 300 catastrophes climatiques touchant 98 millions de personnes, dont 8.466 sont décédées. Ces catastrophes causèrent pour 135 milliards d’euros de dommages et elles se divisèrent en 168 inondations, 77 tempêtes, 21 glissements de terrain, 16 températures extrêmes, 12 incendies majeurs, 12 sécheresses…

    Ces chiffres, qui sont le reflet d’une réalité incontournable, vont-ils quelque peu toucher les climatosceptiques ?

    Un maigre espoir naît en ce sens : 135 milliards d’euros, cela commence à compter dans la balance du capitalisme et, surtout, sur les retombées aux actionnaires des multinationales…

     

    Julie Tielemans depuis la capitale de l’Europe pour Fréquence Terre.



    Source: https://www.lesoir.be/272684/article/2020-01-14/catastrophes-climatiques-98-millions-de-personnes-touchees-dans-le-monde
    2 min
  • Une méditation lumineuse sur la vie
    L’auteur japonais Haruki Murakami est mondialement connu et fut considéré comme un potentiel lauréat du Prix Nobel de littérature. Mais, du roman à l’autobiographie, il a franchi le pas, si j’ose dire, avec Autoportrait de l’auteur en coureur de fond (10-18) où il explique d’emblée que pour assumer sa profession d’écrivain, il revendit son club de jazz de Tokyo, arrêta de fumer, se mit à la course à pied quotidiennement, devint marathonien et triathlète : « Écrire franchement, sur le fait de courir, c’est, je crois, également écrire sur soi-même en tant qu’homme. Voilà ce que j’ai pris conscience en cours de route. »

    Haruki Murakami, écrivain et coureur de fond : « Devenir vieux (il est né en 1949) repré-sente pour moi – et pour n’im-porte qui, du reste -  une expérience nouvelle, et les émo-tions qui m’habitent sont nou-velles également. Je dois sans cesse maintenir mon corps en mouvement et quelque fois le pousser jusqu’à ses limites, afin de guérir la solitude que je ressens au fond de moi, ou au moins de la relativiser. » (Photo Blogres, Pierre Beguin/Tribune de Genève).

    D’aucuns avancent que ce livre est « une méditation lumineuse sur la vie », même s’il joue les faux humbles et modestes en se disant « miteux, pitoyable, moche, fébrile, inutile dans tout ce que j’ai pu faire dans la vie… », compte et recompte celles et ceux qu’ils dépassent ou qui le doublent en course, l’œil vissé sur son chrono, il nous distille avec lyrisme et enthousiasme son expérience remarquable : « Grâce à l’expérience, on apprend à compenser ses insuffisances ».

    J’ai retenu quelques passages de ce livre très important dans son immense carrière, y déclare-t-il :

    * « La fierté, ou ce qui y ressemble, qu’éprouve le coureur de fond à être allé jusqu’au bout de sa course reste pour lui le critère fondamental.»
    * « Une grande partie de mes techniques de romancier provient de ce que j’ai appris en courant chaque matin.»
    * « Malgré la différence de niveau des uns et des autres, il y a des choses que seuls les coureurs partagent et comprennent.»
    * « Si l’on doit vivre longtemps, plutôt que de traverser toutes ses années dans le brouillard, mieux vaut les passer avec des objectifs bien clairs en tête, en étant tout à fait vivant. Dans cette perspective, je crois que courir constitue une aide véritable.»
    * «  Je reste conscient de n’être qu’un minuscule fragment de cette gigantesque mosaïque qu’est la nature. Je ne suis rien d’autre qu’un des éléments parmi tous les phénomènes naturels interchangeables, comme l’eau de la rivière qui coule sous le pont en direction de la mer, là, où, tôt le matin, je pratique un jogging paisible. Des jeunes filles me dépassent (…) et je poursuis mon chemin à mon rythme tranquille, le long des berges… Une génération prend la place de la précédente. C’est ainsi que le monde marche. Je ne dois donc pas me sentir affecté de ce que ces jeunes filles me dépassent.»
    * « Je possède une certitude : tant qu’après une course j’aurai en moi le sentiment d’avoir couru du mieux possible, je continuerai à participer à des marathons, sans me laisser abattre. Malgré mon âge, malgré les forces déclinantes.»

    Musique : Michaël Mathy
    4 min
  • Une méditation lumineuse sur la vie

    L’auteur japonais Haruki Murakami est mondialement connu et fut considéré comme un potentiel lauréat du Prix Nobel de littérature. Mais, du roman à l’autobiographie, il a franchi le pas, si j’ose dire, avec Autoportrait de l’auteur en coureur de fond (10-18) où il explique d’emblée que pour assumer sa profession d’écrivain, il revendit son club de jazz de Tokyo, arrêta de fumer, se mit à la course à pied quotidiennement, devint marathonien et triathlète : « Écrire franchement, sur le fait de courir, c’est, je crois, également écrire sur soi-même en tant qu’homme. Voilà ce que j’ai pris conscience en cours de route. »

    Haruki Murakami, écrivain et coureur de fond : « Devenir vieux (il est né en 1949) repré-sente pour moi – et pour n’im-porte qui, du reste –  une expérience nouvelle, et les émo-tions qui m’habitent sont nou-velles également. Je dois sans cesse maintenir mon corps en mouvement et quelque fois le pousser jusqu’à ses limites, afin de guérir la solitude que je ressens au fond de moi, ou au moins de la relativiser. » (Photo Blogres, Pierre Beguin/Tribune de Genève).

    D’aucuns avancent que ce livre est « une méditation lumineuse sur la vie », même s’il joue les faux humbles et modestes en se disant « miteux, pitoyable, moche, fébrile, inutile dans tout ce que j’ai pu faire dans la vie… », compte et recompte celles et ceux qu’ils dépassent ou qui le doublent en course, l’œil vissé sur son chrono, il nous distille avec lyrisme et enthousiasme son expérience remarquable : « Grâce à l’expérience, on apprend à compenser ses insuffisances ».

    J’ai retenu quelques passages de ce livre très important dans son immense carrière, y déclare-t-il :

    • « La fierté, ou ce qui y ressemble, qu’éprouve le coureur de fond à être allé jusqu’au bout de sa course reste pour lui le critère fondamental.»
    • « Une grande partie de mes techniques de romancier provient de ce que j’ai appris en courant chaque matin.»
    • « Malgré la différence de niveau des uns et des autres, il y a des choses que seuls les coureurs partagent et comprennent.»
    • « Si l’on doit vivre longtemps, plutôt que de traverser toutes ses années dans le brouillard, mieux vaut les passer avec des objectifs bien clairs en tête, en étant tout à fait vivant. Dans cette perspective, je crois que courir constitue une aide véritable.»
    • «  Je reste conscient de n’être qu’un minuscule fragment de cette gigantesque mosaïque qu’est la nature. Je ne suis rien d’autre qu’un des éléments parmi tous les phénomènes naturels interchangeables, comme l’eau de la rivière qui coule sous le pont en direction de la mer, là, où, tôt le matin, je pratique un jogging paisible. Des jeunes filles me dépassent (…) et je poursuis mon chemin à mon rythme tranquille, le long des berges… Une génération prend la place de la précédente. C’est ainsi que le monde marche. Je ne dois donc pas me sentir affecté de ce que ces jeunes filles me dépassent.»
    • « Je possède une certitude : tant qu’après une course j’aurai en moi le sentiment d’avoir couru du mieux possible, je continuerai à participer à des marathons, sans me laisser abattre. Malgré mon âge, malgré les forces déclinantes.»
    • Musique : Michaël Mathy

      4 min

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