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Or


Qui ne se souvient pas de ces maquignons qui, en une poignée de mains ponctuaient une négociation sur parole et tenaient ce deal pour contrat : la parole donnée valait toutes les signatures et tous les sceaux au bas de documents notariaux et autres.[1]
Avec Le serment ou la sacralisation de la vie de Joseph Noyer paru à MdV Éditeur, voici un essai qui, je cite, « explore les dimensions rituelles et symboliques de cet acte fondamental ».
Parmi les onze chapitres (Le contenu des serments, À qui adresse-t-on le serment ? Serment et parjure, La fidélité au serment…), il y a celui intitulé « Serment éternel ou limité dans le temps ? Donner ou prêter serment ? » qui a un double intérêt. L’auteur y apporte une réponse qu’il y a lieu de lire ou relire, voire méditer, pour en saisir toute la quintessence : « Donner s’accorde avec un temps illimité ou, plutôt, avec un temps sans temps, un temps au-delà du temps. En réalité, le temps auquel appartient le serment est un état qui est de l’ordre de l’éternité… »
Quant à l’expression « prêter le serment », elle ne correspond pas à la réalité traditionnelle. En effet, « donner est irréversible, prêter est un donner provisoire : on prête un bien en attendant qu’il nous revienne. Or, le serment ne peut être que donné et, lorsqu’il est donné, il ne peut l’avoir été que d’une manière définitive », conclut Joseph Noyer, spécialiste en symbolique depuis des décennies.
Musique : Michaël Mathy.
[1] Bien entendu, il y eut de « mauvais » maquignons ne respectant pas ce deal, d’où l’usage péjoratif de ce mot.
Étrange et poignante histoire développée par Gérard Glatt aux Presses de la Cité avec Quand le ciel se refuse à pleurer… quand, le 17 août 2016, Joseph Tronchet, paysan savoyard, découvrit Germaine, son épouse, « une mauvaiseté avec un bon cœur », écrasée par un immense sapin, là-haut où pâturaient leurs vaches avec le Mont Blanc pour décor.
Tronchet avait vécu « trente-quatre années de rouspétance » et quand le médecin constata le décès, il lui déclara : « Elle m’aura fait chier toute une vie durant, mais quand je l’ai vue sous le sapin, qui penchait dangereusement et qu’il aurait fallu couper, j’ai eu qu’une hâte : la sortir de là ! Et qu’une idée : la refuser morte ! »
Néanmoins, au moment de la toilette de la défunte par Tronchet et Edmé, jeune voisin et ami de leur fils Antoine, celui-ci remarqua une profonde entaille dans le dos de Germaine.
Quant à Antoine, il fut étonné de l’empressement de son père à vouloir incinérer son épouse et, autre constatation, un étrange médaillon contenant un secret et que portait au cou cette dernière, avait disparu.
Quel secret ? Pourquoi cette entaille profonde ? Coup de couteau ? Par qui ? Et pourquoi le sapin a-t-il été tronçonné aussi rapidement ? Par qui ?
Au fil de ce roman de quelque 350 pages écrites à un rythme soutenu, sauf la fin pour expliquer la situation dans le détail, Tronchet semble être l’auteur de l’assassinat de Germaine. Mais, est-ce bien lui ? Et quelle est cette révélation d’une certaine Marguerite, une sage-femme ?
Musique : Michaël Mathy
« Allongé dans son immense lit Renaissance juché sur une estrade en bois, les mains jointes sur la poitrine, il n’avait peur de personne. Les générations futures jugeraient. Lui, il avait apporté son écot à l’humanité. Les chiffres, d’ailleurs, parlaient d’eux-mêmes. Avec son infinie douleur de vivre, avec quelques maigres joies grappillées çà et là, il avait bâti une œuvre. Vingt tomes. Mille deux cents personnages. »
Lui, c’est Émile Zola. Il était parti de rien pour se hisser au sommet avec ses millions de livres vendus. Cela fit des jaloux et envieux, dont Edmond de Goncourt qui déversait des propos fielleux à son égard, le traitant de « vilain Italianasse », comme on dit une connasse, une pétasse. Sans compter les insultes du style « Zola est un imbécile colossal, un incomestible pourceau, un malfaiteur littéraire, un souilleur d’âmes, un roublard, un scribouillard dont les livres sentent la boue et la bestialité… »
Toute sa vie, Zola avait travaillé, comme l’explique Jean-Paul Delfino dans son exceptionnel roman Assassins ! paru aux Éditions Héloïse d’Ormesson : « C’était finalement la seule chose qui payait lorsque l’on naissait pauvre, sans particule, à moitié nu. Écrire pour être digne de la maxime qu’il avait fait graver sur son fauteuil : ‘‘Si Dieu veut, je veux.’’ »
Mais, le principal, outre ses ventes faramineuses, n’était-il pas aimé par le peuple, les humbles, les opprimés, lui qui les avait toujours défendus ?
Alors, l’extrême droite et ses acolytes allaient abattre Zola et tous ceux qui défendaient la fraternité universelle en clamant que « l’armée, l’éducation et l’Église seraient purgées des Juifs, des métèques, des francs-maçons et des protestants » que « tous seraient remplacés par des Français, de vrais Français, des Français de souche… »
Assurément, un tout grand roman qui, s’il relève de la fiction, n’en possède pas moins un indéniable aspect historique, parfois insoupçonné, fascinant et surprenant.
Musique : Michaël Mathy.
Lucas, 30 ans, revend avec un plantureux bénéfice sa star-up et prend le temps de s’occuper de son arrière-grand-père, Émilien, 94 ans, et l’entraîne là-haut, dans un hameau vidé de ses habitants et animaux domestiques du Limousin, où se trouve encore la maison familiale.
– Il faut que tu écrives ce qui s’est passé ! dit Lucas à Émilien.
– À quoi bon ? répond l’aïeul.
– Parce que pour pousser haut, les hommes, comme les arbres ont besoin de racines profondes et vigoureuses. C’est important pour moi, pour nous, pour tous ceux qui sont de nulle part et sont perdus dans des villes tentaculaires où ils n’existent que dans la virtualité. On a perdu le contact avec le monde vivant ; les arbres, les forêts, les rivières, les pierres, les bêtes, les hommes.
Alors, sous la plume de l’ancêtre défilent neuf décennies qui content une histoire indispensable à la Mémoire et un exemple touchant de transmission entre des générations aux antipodes.
Même les arbres s’en souviennent, de Christian Signol paru chez Albin Michel, rend Émilien quelque peu philosophe : « Je me félicite du fait que mes enfants et petits-enfants soient davantage maîtres de leur destin que nous ne l’étions, nous, dans ces années où manger à sa faim, ne pas avoir froid l’hiver, apprendre à lire et à écrire satisfaisaient les rêves les plus grands. »
Après quelques mois, Lucas revient aux nouvelles et Émilien lui avoue qu’il puise dans certains souvenirs du passé, des raisons d’espérer en l’avenir et il entraîne le lecteur pour une promenade dans le passé propice aux confidences, à la Mémoire des êtres, des lieux, de la Nature et des événements.
Ce roman m’est apparu remarquable, l’un des plus beaux et touchants de Christian Signol, selon moi.
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