en lisant en écrivant

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By Pierre MénardArtsBooks
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en lisant en écrivant episodes

  • Déclin et fascination, d’Eva Baltasar

    Eva Baltasar met en scène l’histoire d’une femme dépossédée. Cette dernière commence à travailler comme femme de ménage chez des particuliers, nettoyant leurs intérieurs. Elle en profite pour y vivre en marge, mais se fait repérer et mettre à la porte. Sa solitude devient évidente lorsqu’elle perd sa chambre louée et son emploi à temps partiel, sans personne vers qui se tourner. Elle finit par vivre dans la rue, dépendante de la bienveillance d’inconnues. Le récit se développe en spirale pour transformer la violence sociale de cette critique radicale du capitalisme en une beauté métaphysique. Une dérive où la mort finit par être définie, « par le simple fait de n’avoir plus aucun lieu où être. »

    Déclin et fascination, Eva Baltasar (traduction du catalan par Annie Bats), Éditions Verdier, 2026

    13 min
  • Une prière pour John Coltrane, de Jérome Schmidt

    John Coltrane entame sa première et unique tournée de concerts au Japon, en juillet 1966, quelques mois avant sa mort. Dans ce pays encore hanté par le traumatisme de la guerre, sa musique libre et spirituelle rencontre immédiatement l’adhésion du public. On peut l’écouter notamment dans les jazzkissa, ces cafés jazz emblématiques du Japon, tenus par des collectionneurs, gardiens du temple souvent octogénaires, lieux encore fréquentés cependant par une nouvelle génération. Jérôme Schmidt livre une enquête exploratoire de ces lieux, entre Hokkaido et Okinawa, en passant par Nagasaki, pour sonder la mémoire collective d’un peuple, son rapport au jazz, à cette musique intemporelle, à travers la figure de Coltrane.

    Une prière pour John Coltrane, Jérome Schmidt, Les Éditions Noir sur blanc, collection Notabilia, 2026

    13 min
  • Rien à voir, de Gaëlle Obiégly

    Cette fiction est librement inspirée du travail de Boris Achour, l’artiste y apparaît sous l’anagramme d’Ari Bosochur. La narratrice est invitée à participer à sa prochaine rétrospective. Ce récit, d’une grande liberté de ton, explore les liens entre l’art, le langage et la mémoire. Il progresse au rythme d’incessantes digressions qui font dialoguer le quotidien, les livres, les musées et les rencontres. La parole devient le principal moyen de transmettre les œuvres et d’interroger leur place dans nos vies, ce que signifie voir, raconter et partager une expérience esthétique, tout en donnant une place essentielle à celles et ceux qui gravitent autour de l’art sans en occuper le devant de la scène.

    Rien à voir, Gaëlle Obiégly, Verticales, 2026

    15 min
  • Dans les grandes lignes, de Philippe Vasset

    Après Un livre blanc sur les zones laissées vierges de toutes indications, qui émaillent la carte de la région parisienne, et Une vie en l’air où il s’empare du rail de l’aérotrain de l’ingénieur Bertin, projet abandonné au cœur de la Beauce, Philippe Vasset clôt sa trilogie de littérature géographique. Dans ce livre, l’auteur chemine à pied, à travers l’Île-de-France, pour suivre, sans carte, les lignes à haute tension, « en usant des pylônes pour seuls guides ». Ce périple électrifié crée un réel sentiment de dissociation lié aux brusques déconnexions qu’il provoque dans le paysage traversé. On passe ainsi « d’un jardin public à une bande d’arrêt d’urgence, d’une base militaire à un circuit de course automobile, d’un parking de supermarché à un cimetière. »

    Dans les grandes lignes, Philippe Vasset, Flammarion, 2026

    16 min
  • La vie brute, de Joy Sorman

    Irène Gérard naît avec un handicap, une déficience mentale, modérée. Jusqu’à son entrée, en 2007, aux ateliers de la S, centre d’art brut et contemporain qui rassemble en Belgique des artistes porteurs de déficience mentale, « cette anomalie, cette dérogation à la norme psychique vont en effet être un handicap, une malédiction, avant de dévenir le moyen d’une révélation. » Joy Sorman évoque sa rencontre avec cette artiste qui « a inventé un style, à rebours des pratiques figuratives communes, pour représenter autrement les visages. » Pendant un an, elle tente de percer le mystère de cette femme dont l’art, à la fois brut et poétique, fascine et intrigue. Un livre qui interroge la marginalité, la création artistique, et la quête de sens à travers la rencontre avec l’autre.

    La vie brute, Joy Sorman, Flammarion, 2026

    14 min
  • Le mur, de Christian Guay-Poliquin

    Dans une ville coupée en deux par un mur frontalier, Héléna se déplace à vélo avec sa remorque à outils pour gagner sa vie, en effectuant des réparations chez les habitants. Un jour, elle découvre par accident un groupe de clandestins qui tentent de franchir la frontière en creusant un tunnel souterrain. Cela fait remonter en elle des souvenirs de son passé. Elle se joint à eux pour tenter de retrouver le monde qu’elle a quitté. « La ville de l’autre côté du mur lui apparaît comme un monde enfoui que l’on exhume. » Christian Guay-Poliquin compose un roman dans lequel s’entrelacent les différents thèmes de la catastrophe écologique, du contrôle des frontières et des liens familiaux à l’épreuve de la distance. Entre récit d’anticipation, roman d’aventure souterrain et méditation sur l’exil, il explore ce qui pousse les êtres à poursuivre un horizon, même lorsque celui-ci semble s’éloigner à mesure qu’ils avancent.

    Le mur, Christian Guay-Poliquin, La Peuplade, 2026

    14 min
  • Cumul I, de Kev Lambert

    Alice, femme trans, est professeure d’histoire de l’art à Montréal. L’un de ses étudiants désire qu’elle dirige sa thèse sur Cumul I une œuvre de Louise Bourgeois qui donne son titre au livre. Elle se rend à Paris pour voir cette sculpture au Centre Pompidou avant de prendre sa décision. Prisonnière d’un sentiment de culpabilité diffus, elle interroge obsessionnellement son identité, ses actes, les rapports de pouvoir, le regard des autres et la menace permanente d’une faute passée, présente ou à venir. L’œuvre de Louise Bourgeois, aux formes organiques et ambiguës, déclenche en elle un flot de pensées. Ce court récit explore l’anxiété, la culpabilité et ce qui « perce à travers rêves et cauchemars pour s’échouer sur les rives du langage ».

    Cumul I, Kev Lambert , Grasset / Centre Pompidou, collection (un seul art), 2026

    16 min
  • Chiens, de Julien Viteau

    En 1985, Julien, adolescent précoce, tente de survivre à une famille dysfonctionnelle et passe l’été au Touquet où il travaille dans une librairie. Entre les bunkers de la plage et les néons du Midnight, il s’éveille au désir, guidé par deux boussoles mythologiques : Argos le Grec, chien du mythe et de l’errance, et Keleb le Juif, gardien de l’érudition. Julien cherche à désapprendre le monde plutôt qu’à le conquérir. Ce troublant récit d’initiation a une forme inédite. Certains mots, mis en relief, en gras, suspendent le temps du récit. Ces boussoles émotionnelles fragmentent le texte, leurs fulgurances renforcent la singularité du regard du narrateur sur son propre parcours. Une enquête métaphysique sur le temps, l’identité et le langage.

    Chiens, Julien Viteau, Verdier, 2026

    15 min
  • Irène, de Christine Lapostolle

    Le récit de Christine Lapostolle s’articule autour de Janis, la fille d’Irène, qui meurt d’un arrêt cardiaque. Sa mort soudaine déchire un quotidien jusque-là tissé d’amour et d’attention. La narratrice croise le chemin d’Irène et devient son amie. Elle restitue pudiquement les trajectoires de ces deux femmes. Leur révolte silencieuse face aux injustices sociales. Leur refus des normes imposées par le pouvoir ou l’argent. Une œuvre chorale et circulaire sur le deuil et l’amitié, où ces trois voix féminines se croisent et s’enchevêtrent, la perte devenant le catalyseur d’une rencontre profonde et singulière, une manière d’être au monde. « Les âmes de nos morts nous entourent, parfois nous sollicitent. Ce sont des puissances. »

    Irène, Christine Lapostolle, Éditions MF, 2026

    16 min
  • Love Supreme, d’Olivier Cadiot

    Le narrateur, en quête d’amour absolu, traque la « consistance de l’être aimé ». Il croise Anita la concierge, Winn, un philosophe-alpiniste, Maximilien, son colocataire musicologue, et Carol, la comédienne habitée par Tchekhov. Contre la brutalité de prédateurs immobiliers, cet aéropage de personnages excentriques fait sécession avec le projet utopique de transformer le toit-terrasse de leur immeuble en jardin suspendu. « Une île au sommet où tout se partage et s’échange. » Leurs obsessions et leurs modes de vie participent à la dimension fantastique et burlesque du récit. Ce livre, à la prose coupée, syncopée, est une robinsonnade urbaine en quête de « paradis mode d’emploi ».

    Love Supreme, Olivier Cadiot, P.O.L., 2026

    15 min

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