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Parler d'écologie aux enfants sans être expert : l'exemple inspirant de Marie à Munich
Et si, pour une fois, on ne proposait pas aux enfants une activité ou un bricolage… mais simplement un moment pour s’arrêter, respirer et ressentir la nature autour d’eux ? C’est exactement ce que j’ai eu envie de proposer avec cette méditation en forêt, pensée pour les enfants, mais aussi pour les parents, les enseignants et tous les adultes qui ont envie de vivre un moment de calme en pleine nature.
Je suis une grande adepte de méditation. J’aime ces instants où l’on se pose, on ferme les yeux et on revient doucement à sa respiration, à son corps, à ce qui est là, tout simplement.
Mais je me suis rendu compte que je ne trouvais pas vraiment de méditation en forêt adaptée aux enfants : quelque chose de court, de doux, avec des mots simples, une vraie ambiance sensorielle et cette idée de se reconnecter à la nature.
Alors je l’ai créée !
Vous trouverez en haut de cet article une barre audio pour écouter cette méditation guidée à écouter dehors, en forêt, dans un parc, au pied d’un arbre ou dans un petit coin de nature. Une parenthèse pour respirer, ralentir, écouter, imaginer ses racines… et se souvenir que nous faisons nous aussi partie du vivant !
Vous pouvez aussi y accéder en cliquant sur cette image, pour l’écouter sur Spotify.
Les enfants vivent souvent à cent à l’heure. Ils enchaînent l’école, les activités, les devoirs, les trajets, les écrans, les bruits, les consignes, les sollicitations…
Et parfois, ils ont simplement besoin d’un espace pour revenir à eux.
La méditation peut leur offrir ce petit temps de pause dont ils manquent souvent (et nous aussi !). Un moment pour ré-apprendre à écouter ce qui se passe à l’intérieur et l’extérieur.
Et quand cette méditation se vit dehors, au milieu des arbres, je trouve que quelque chose d’encore plus puissant se passe. En effet, la forêt devient un support naturel. On ne médite pas seulement « dans sa tête ». On médite avec le corps, les oreilles, les sensations sur la peau, l’odeur de la terre, le bruit des feuilles…
La nature aide à revenir au présent.
Faire une méditation en forêt peut aider les enfants à vivre un vrai retour au calme. Le simple fait de s’asseoir dehors, de fermer les yeux, d’écouter les bruits de la nature et de respirer plus lentement peut déjà changer l’ambiance intérieure.
Peu à peu, l’enfant apprend à :
Ce type de moment peut aussi ouvrir de très belles discussions. Après l’écoute, certains enfants auront envie de raconter ce qu’ils ont imaginé. D’autres parleront d’un bruit entendu, d’un animal qu’ils ont cru percevoir, d’une sensation étrange ou agréable.
Certains resteront silencieux. Tout est juste. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise manière de vivre ce moment. Juste de s’offrir un moment simple, profond pour se reconnecter au monde vivant.
J’ai voulu que cette méditation soit accessible aux enfants de tous les âges. Les plus petits pourront l’écouter avec un adulte, en bougeant un peu si besoin. Les plus grands pourront entrer plus facilement dans la visualisation. Et les adultes y trouveront aussi, je l’espère, un vrai moment d’apaisement !
C’est une méditation très simple, mais elle porte une idée essentielle : nous ne sommes pas séparés de la nature. Nous en faisons partie.
Pour vivre cette méditation dans les meilleures conditions, pas besoin de prévoir grand-chose. Choisissez simplement un endroit calme et sécurisé en extérieur de préférence.
Avant de lancer l’audio, vous pouvez expliquer à l’enfant qu’il n’a rien à réussir. Il peut fermer les yeux s’il en a envie. Il peut aussi les garder entrouverts si cela le rassure. Il peut s’asseoir, s’allonger, s’adosser à un arbre ou se poser sur une couverture. L’important, c’est qu’il se sente bien et en sécurité.
Je vous conseille aussi de rester à proximité, surtout avec les plus jeunes enfants. Et si les enfants bougent, rient un peu, ouvrent les yeux ou décrochent par moments, ce n’est pas grave. La méditation n’est pas une performance.
Certains enfants entreront tout de suite dedans. D’autres auront besoin de plusieurs essais. D’autres encore préféreront simplement écouter les sons de la forêt pendant quelques minutes. Là encore, tout est juste.
Cette méditation peut être écoutée : lors d’une balade en forêt, pendant une sortie nature, en classe dehors, pendant un temps calme, lors d’un atelier… et tout au long de l’année ! À chaque saison, l’expérience sera différente.
Cette méditation en forêt est une porte d’entrée toute simple vers une idée qui me tient profondément à cœur : les enfants ont besoin de plus de nature.
Et cela peut commencer par une méditation !
Mais cela peut aussi continuer avec des activités dehors, des jeux, des expériences, des apprentissages en mouvement, des séances de classe en extérieur, des moments d’observation ou des projets autour du vivant.
Si vous avez envie d’aller plus loin, j’ai créé plusieurs ressources pour vous aider à faire entrer davantage la nature dans le quotidien des enfants.
Que vous soyez parent, enseignant, éducateur ou simplement curieux de proposer plus de nature aux enfants, il y a de quoi commencer simplement !
Si vous préférez lire la méditation vous-même, ou si vous souhaitez l’adapter pour un groupe d’enfants, vous pouvez aussi retrouver le texte complet ci-dessous.
Vous pouvez le lire lentement, en laissant des silences entre les phrases.
Bonjour à tous,
et bienvenue dans cette méditation guidée à faire en forêt.
Je t’invite à trouver un petit coin calme.
Un endroit tranquille.
Un endroit où tu te sens bien.
Tu peux t’asseoir ou t’allonger, directement sur le sol, comme tu préfères.
Sur la terre.
Sur l’herbe.
Sur un tapis ou sur une couverture.
Installe-toi confortablement.
Prends le temps de sentir si ton corps est bien posé.
Si tu as besoin de bouger un peu, de changer de position, tu peux le faire.
Et quand tu te sens prêt, tu peux doucement fermer les yeux.
Laisse-toi guider par la musique.
Par ma voix.
Par mes mots.
Mais surtout… par tes sensations.
Il n’y a rien à réussir.
Rien à faire parfaitement.
Tu as simplement à être là.
Ici.
Maintenant.
Dans cette forêt qui t’accueille.
Commence par porter ton attention sur ta respiration.
Sans la forcer.
Sans essayer de respirer d’une manière spéciale.
Tu observes simplement l’air qui entre…
et l’air qui sort de ton corps.
L’air entre par ton nez.
Il descend dans ta poitrine.
Peut-être jusque dans ton ventre.
Puis l’air ressort doucement.
À chaque respiration, ton corps peut se relâcher un peu plus.
Maintenant, imagine que ton corps devient très lourd.
Comme s’il se déposait doucement dans la forêt.
Tes épaules se relâchent.
Elles n’ont plus besoin de porter quoi que ce soit.
Tes bras deviennent lourds.
Très lourds.
Comme s’ils voulaient s’enfoncer un peu dans le sol.
Tes mains se détendent.
Tes doigts deviennent mous.
Ton ventre se relâche.
Tes jambes deviennent lourdes elles aussi.
Tes genoux.
Tes mollets.
Tes pieds.
Tout ton corps peut devenir tranquille.
Comme une feuille posée sur la terre.
Comme une pierre chauffée par le soleil.
Comme une graine bien cachée dans le sol.
Sens maintenant les points d’appui de ton corps.
Les endroits où ton corps touche le sol.
Peut-être tes pieds.
Tes jambes.
Tes fesses.
Ton dos.
Tes mains.
Ta tête.
Tu sens que la terre est là.
Elle te porte.
Tu n’as pas besoin de tenir tout seul.
La terre te soutient.
Écoute maintenant la forêt autour de toi.
Peut-être que tu entends le vent dans les feuilles.
Le chant d’un oiseau.
Un craquement léger.
Un insecte qui passe.
Une branche qui bouge.
Peut-être que tu entends aussi des bruits plus lointains.
Tu n’as rien à chercher.
Tu écoutes simplement.
La forêt n’est jamais complètement silencieuse.
Elle respire.
Elle bouge.
Elle vit.
Et toi aussi, tu respires.
Tu bouges un tout petit peu.
Tu vis.
Tu fais partie de ce grand monde vivant.
Maintenant, imagine que tu es un arbre.
Un arbre calme.
Un arbre solide.
Un arbre vivant.
Sous ton corps, tout doucement, des racines commencent à pousser.
Elles partent de tes pieds.
De tes jambes.
De ton dos.
De tout ton corps posé contre la terre.
Ces racines descendent dans le sol.
Elles s’enfoncent profondément.
Elles traversent la terre.
Elles contournent les cailloux.
Elles cherchent l’eau.
Elles trouvent la fraîcheur.
Elles trouvent la force.
Plus tes racines grandissent, plus tu te sens stable.
Tu n’as pas besoin de te crisper.
Tu es simplement bien ancré.
Comme un arbre.
Imagine maintenant ton tronc.
Ton corps devient ton tronc.
Un tronc solide.
Souple et fort à la fois.
Il te tient droit.
Il te relie à la terre.
Il te permet de grandir.
Dans ton tronc, la vie circule.
Comme la sève dans les arbres.
Puis imagine tes branches.
Elles partent de tes épaules.
De tes bras.
De ton cœur.
Elles s’ouvrent doucement autour de toi.
Tes branches montent vers le ciel.
Elles cherchent la lumière.
Au bout de tes branches, il y a des feuilles.
Des feuilles légères.
Des feuilles qui bougent avec le vent.
Des feuilles qui captent la lumière du soleil.
Tu sens que tu es relié à la terre par tes racines.
Et relié au ciel par tes branches.
Tu es entre la terre et le ciel.
Comme un arbre.
Reste quelques instants dans cette sensation.
Tu as des racines, un tronc, des branches, des feuilles.
Tu fais partie de la nature.
Tu n’es pas séparé de la forêt.
Tu es avec elle.
Tu respires avec elle.
Tu existes avec elle.
Tu ne fais qu’un avec ce grand monde vivant.
Maintenant, imagine que ton regard intérieur prend un peu de hauteur.
Comme si une petite partie de toi, toute légère, s’élevait doucement au-dessus de ton corps.
Tu peux t’observer du dessus, d’en haut.
Tu te vois là, dans la forêt.
Assis ou allongé.
Immobile.
Calme.
Les yeux fermés.
Peut-être avec un léger sourire.
Tu te vois respirer doucement.
Puis tu montes encore un peu plus haut.
Tu vois l’arbre près de toi.
Puis les arbres autour.
Tu vois peut-être un oiseau qui vole.
Une fourmi qui travaille.
Une mousse douce sur une pierre.
Une feuille qui tombe lentement.
La forêt est pleine de vie.
Même quand elle paraît calme, elle est habitée.
Tu montes encore un peu.
Tu vois toute la forêt maintenant.
Comme un grand tapis vert.
Un océan d’arbres.
Un monde immense et vivant.
Tu sens le vent qui glisse sur les feuilles.
Puis tu t’élèves encore un peu.
Tu vois les maisons.
Les chemins.
Les rues.
Ton village ou ta ville.
Les endroits que tu connais.
Tu vois les humains qui vivent là.
Les enfants qui jouent.
Les adultes qui marchent.
Les oiseaux qui passent au-dessus des toits.
Et tu remarques quelque chose d’important :
La nature n’est pas seulement dans la forêt.
Elle est partout.
Dans l’air que tu respires.
Dans l’eau que tu bois.
Dans les arbres des rues.
Dans les oiseaux du ciel.
Dans la terre sous tes pieds.
Tu montes encore plus haut.
Tu vois ta région.
Puis ton pays.
Les champs.
Les rivières.
Les montagnes.
Les forêts.
Les mers peut-être.
Tout est relié.
Puis tu t’élèves encore, doucement.
Et tu vois la Terre.
Notre planète.
Belle.
Ronde.
Bleue.
Verte.
Vivante.
Cette Terre nous porte.
Elle nous nourrit.
Elle nous abrite.
Elle est notre maison.
Et toi, tu fais partie d’elle.
Maintenant, tout doucement, tu vas refaire le chemin inverse.
Tu redescends vers ton pays.
Vers ta région.
Vers ta ville ou ton village.
Vers la forêt.
Tu vois de nouveau les arbres.
Tu reviens vers l’endroit où tu es installé.
Tu te vois là, calme, posé, tranquille.
Puis tu reviens doucement dans ton corps.
Dans tes pieds.
Dans tes jambes.
Dans ton ventre.
Dans tes bras.
Dans tes mains.
Dans ton visage.
Tu sens de nouveau ton corps posé sur le sol.
Tu sens la terre qui te porte.
Tu sens l’air qui entre et qui sort.
Prends encore une grande inspiration.
Et expire lentement.
Encore une fois.
Inspire…
comme si tu recevais la force de la forêt.
Expire…
comme si tu offrais un peu de paix autour de toi.
Avant de rouvrir les yeux, garde une chose en toi.
Tu fais partie de la nature.
Comme les arbres.
Comme les oiseaux.
Comme les fleurs.
Comme les rivières.
Comme les nuages.
Tu n’es pas au-dessus de la nature.
Tu n’es pas à côté d’elle.
Tu es dedans.
Tu es vivant, toi aussi.
Et chaque fois que tu reviendras en forêt, tu pourras retrouver cette sensation.
Cette sensation de calme.
De joie.
De liberté.
De paix.
Tu peux maintenant bouger doucement tes doigts.
Tes mains.
Tes pieds.
Tu peux t’étirer un peu si tu en as envie.
Comme un arbre qui bouge doucement ses branches au soleil.
Et quand tu es prêt, tu peux ouvrir les yeux.
Regarde autour de toi.
Observe la lumière.
Les couleurs.
Les formes.
Les arbres.
Le ciel.
Tu es revenu ici.
Mais peut-être qu’à l’intérieur de toi, quelque chose est un peu plus calme.
Un peu plus libre.
Merci d’avoir partagé ce moment.
Et n’oublie pas :
La nature est autour de toi.
Mais elle est aussi en toi.
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Julien Perrot : parcours d'un enfant passionné de nature
Aujourd’hui, j’ai envie d’écrire un article plus engagé que d’habitude et de vous parler d’un phénomène très ancré dans la société, spécialement dans la société française : l’infantisme. Parce qu’on dit tout le temps que les enfants sont notre « avenir », mais il y a quelque chose qui me gêne profondément dans cette façon de voir les choses. Pourquoi demain ? Pourquoi plus tard ? Pourquoi partons-nous du principe que les enfants sont seulement des citoyens en préparation, des « êtres en devenir ». Comme s’ils étaient des adultes incomplets à qui l’on transmet des savoirs… sans leur reconnaître une vraie place dès aujourd’hui ? Parce qu’on le constate notamment avec un espace public non adapté, des offres « No kids » qui fleurissent et j’en passe : la société actuelle ne fait pas vraiment de place aux enfants !
Quand je parle des enfants que notre société supporte de moins en moins, je parle des enfants « réels ». Parce qu’on en voit des enfants : des enfants idéalisés, sages sur les affiches, propres, souriants, silencieux. Mais les vrais enfants, ceux qui bougent, qui parlent fort, qui posent des questions, qui contestent, qui vivent leurs émotions : ceux-là dérangent.
Dans le train, au restaurant, dans les magasins, mais aussi dans la rue, dans les lieux publics, combien de fois ai-je vu des regards soutenus, des soupirs, voire pire des remarques ? Ou au contraire de l’ignorance quand on galère à monter des escaliers avec une poussette ? Comme si finalement l’enfance devait être discrète pour être tolérable.
Et ce n’est même pas une question de « bonne éducation ». Quand je fais des courses avec mes enfants et qu’un des deux est un peu trop au milieu de l’allée en train de flâner. Il dérange et attire des comportements qui n’auraient pas eu lieu avec un adulte. Venant sans doute parfois d’adultes qui ont aussi des enfants !
C’est un vrai rapport collectif aux enfants qui s’est instauré, qui en dit long sur la place qu’on leur laisse. Ou plutôt la place qu’on ne leur laisse pas. Et ce rapport s’appelle l’infantisme.
Ce mot, je ne l’ai pas beaucoup entendu en France. Je l’ai découvert grâce à la pédopsychiatre Laelia Benoit, chercheuse à l’Inserm et à l’Université de Yale aux Etats-Unis.
Elle définit le terme infantisme comme : « une discrimination à l’encontre des mineurs, fondée sur l’idée qu’ils appartiennent aux adultes et qu’ils peuvent, voire doivent, être contrôlés« .
C’est une manière de considérer qu’un enfant est moins crédible qu’un adulte, tout simplement parce qu’il est plus jeune. Cette logique conduit donc à dénigrer les enfants, les écouter d’un air condescendant, rire au lieu de les prendre au sérieux. Mais aussi (beaucoup plus fréquent !) de leur demander le respect, sans leur offrir la réciproque.
Et pourtant, juridiquement, les enfants ne sont pas seulement des êtres à protéger. La Convention internationale des droits de l’enfant reconnaît clairement leur droit à exprimer librement leur opinion sur toute question qui les concerne et à voir cette opinion prise en considération.
Les enfants ne sont pas que des adultes en construction, ils ont aussi des droits !
Les pays scandinaves montrent l’exemple et des études le confirment : l’OCDE écrit que le bien-être des enfants et des familles est « vital pour la société » et que les politiques qui le soutiennent sont « clé pour la prospérité future des individus et leurs communautés ».
Mais soyons honnêtes, notre société reste pensée par et pour les adultes ! Un rythme effréné qui ne respecte pas le rythme des enfants / familles, des espaces publics peu adaptés et des enfants souvent invités à s’adapter. Toujours et partout. Très tôt, ils comprennent que leur spontanéité dérange et que leur place est conditionnelle.
Dans certains lieux, les enfants sont vus comme une gêne potentielle avant même d’être vus comme des personnes à part entière. Même quand ce n’est pas affiché, je pense que nous sommes nombreux à avoir eu ce ressenti en tant que parents.
D’ailleurs, l’actualité récente a été criante de vérité à ce propos ! En janvier 2026, la SNCF a lancé sur sa ligne de TGV Paris-Lyon une offre premium « No kids » réservée aux voyageurs de plus de 12 ans. Les enfants de moins de 12 ans y sont exclus alors que les animaux de compagnie y sont acceptés sous conditions… C’est aussi le cas de certains hôtels et restaurants. Sarah Al Haïry, haute-commissaire à l’enfance juge ces offres discriminatoires et promet des poursuites judiciaires contre ces entreprises et établissements. Elle rappelle elle aussi que « une société qui accueille bien ses enfants est une société qui va bien. »
Cet exemple est le reflet d’un imaginaire collectif : celui que le confort de l’adulte se construirait mieux sans enfants.
On aime souvent dire que les enfants sont spontanés et sincères : « La vérité sort de la bouche des enfants ». Mais à condition, en réalité, qu’ils restent dans un registre qui convient à l’adulte !
Si un enfant pose une question drôle, dit une vérité touchante. On sourit, on applaudit !
Mais quand un enfant parle d’écologie, d’injustice, de violence, avec sérieux et détermination ? Là tout change, car il ne nous divertit plus. Il nous met face à nous-mêmes !
L’infantisme, au fond, ce qu’il vient protéger, c’est la hiérarchie adulte VS enfant. La place de « ceux qui savent ». Notre confort, voire notre « pouvoir » sur eux.
L’adulte accepte volontiers que les enfants apprennent de lui. Mais beaucoup moins l’idée inverse.
Pourtant, qui n’a jamais été déstabilisé par une question d’enfant ? J’en entends régulièrement dans mon activité : « Pourquoi on détruit la nature si on sait qu’on en a besoin ? », « Pourquoi on dit qu’il faut protéger les animaux puis on continue comme avant ? », « Pourquoi les adultes savent, mais ne font pas ? »
L’infantisme est souvent banal, presque invisible. Mais parfois, il éclate au grand jour !
Je ne peux que citer l’exemple de Greta Thunberg. Jeune, engagée, mais pourtant tellement moquée, caricaturée, ridiculisée. Ce n’est pas seulement parce qu’elle parlait de climat, mais surtout parce qu’une partie des adultes a très mal supporté qu’une adolescente prenne la parole avec autant de clarté, de constance et de force ! C’est un véritable symbole de l’infantisme actuel !
On a vu la même mécanique à l’œuvre quand Emmanuel Macron, interpellé en Bretagne par un jeune sur son inaction climatique, lui a répondu : « Je trouve que vous avez beaucoup de certitudes à votre âge. » Cette phrase est très révélatrice. Le Président ne traite pas son désaccord sur le fond. Il renvoie son interlocuteur à son âge, comme si la jeunesse diminuait d’emblée la légitimité de sa parole. Là encore, nous sommes devant un cas flagrant d’infantisme ! Quand l’âge devient un outil de disqualification.
Ce qui me frappe dans cette histoire, c’est à quel point cette phrase est passée inaperçue, presque normale ! Si un politique renvoyait une femme à son genre ou une personne à son origine pour discréditer ses propos, l’indignation serait immédiate !
En fait, c’est comme si la domination liée à l’âge serait moins grave. Moins digne d’être dénoncée !
Alors, vous allez me dire, à part ces exemples, quel est le lien entre l’infantisme et ce blog ?
Sensibiliser les enfants à l’écologie, ce n’est pas seulement leur apprendre à connaître la nature, à apprendre à recycler, à aimer les animaux… Ce n’est pas juste transmettre des connaissances !
C’est aussi reconnaître que leur regard a de la valeur, que leur intuition compte, que leur inquiétude est légitime. Car oui, les adolescents s’inquiètent pour l’avenir de leur planète. Et leur parole mérite tellement mieux qu’un sourire poli ou qu’un « tu comprendras plus tard » !
Le paradoxe est immense : on demande aux enfants d’être attentifs à l’état du monde, d’adopter de bons gestes, de devenir responsables… tout en les maintenant à distance des lieux où se prennent réellement les décisions. Mais ce sont eux qui vivront le plus longtemps avec les conséquences de nos choix actuels !
Une étude publiée dans le Lancet Planetary Health auprès de 10 000 jeunes de 16 à 25 ans dans 10 pays, dont la France, montre que 84 % se disent au moins modérément inquiets face au changement climatique, que 59 % sont très ou extrêmement inquiets, que plus de 45 % disent que cette inquiétude affecte négativement leur vie quotidienne, et que 75 % trouvent l’avenir effrayant. L’étude souligne aussi qu’une perception d’inaction des gouvernements est associée à une détresse plus forte.
Autrement dit : les jeunes ressentent profondément la crise écologique. Et ils ressentent aussi profondément le décalage entre ce qu’on sait… et ce qu’on fait.
Alors non, écouter les enfants ne relève pas de la gentillesse, ni du petit supplément d’âme. Dans le contexte écologique actuel, les écouter devient une nécessité démocratique !
L’infantisme ne produit pas seulement de la frustration sur le moment. Il produit des effets profonds. Il apprend aux enfants que leur parole vaut moins, que leurs ressentis sont exagérés, que l’autorité compte plus que l’argument.
À force, cette philosophie fabrique soit des enfants qui se taisent, soit des enfants qui crient plus fort pour réussir à exister.
Cela peut aussi créer une forme de découragement démocratique très précoce : à quoi bon parler si, de toute façon, on n’est pas vraiment entendu ?
Et sur le plan écologique, c’est particulièrement grave. Car si l’on veut former des enfants capables de penser le vivant, de coopérer, de faire société autrement, alors il faut aussi leur permettre d’expérimenter, dès aujourd’hui, ce que signifie être écouté.
On ne peut pas, d’un côté, leur demander de construire un monde plus soutenable et de l’autre, leur apprendre que les vraies décisions appartiennent toujours aux grands.
Malheureusement, je n’ai pas de solution magique. Mais prendre la parole sur le sujet est déjà un pas en avant ! Et si vous avez lu jusque-là, c’est qu’ensemble on peut déjà ouvrir des chemins !
La première révolution, c’est peut-être tout simplement d’arrêter de voir les enfants comme des adultes inachevés, des citoyens en construction. Ils sont déjà des citoyens, même s’ils ne disposent pas encore de tous les droits politiques des adultes. Ils expérimentent l’école, les transports, l’urbanisme, la pollution, le bruit, les canicules, les injustices sociales, les espaces verts absents ou présents, la qualité de l’air, les choix alimentaires… Alors pourquoi leur regard sur ces réalités compterait moins ?
L’UNICEF rappelle d’ailleurs que la participation des enfants et des jeunes n’est pas un gadget : elle peut renforcer leurs capacités, améliorer les services, nourrir des politiques plus justes et plus pertinentes et construire davantage de confiance civique.
On demande énormément de respect aux enfants. Mais combien d’adultes s’autorisent à leur couper la parole, à les ridiculiser, à leur parler sèchement, à leur imposer sans explication ce qu’ils n’accepteraient pas eux-mêmes d’un autre adulte ?
Le respect ne peut pas être unilatéral. Il doit se vivre dans les deux sens. Ça commence par : expliquer au lieu d’ordonner, les écouter (vraiment), reconnaître leurs émotions plutôt que de les minimiser et leur demander leur avis.
Dans les transports, dans les commerces, dans les espaces culturels, dans les restaurants, dans la rue : il est temps que la société devienne accueillante pour les enfants et pour toute la population d’ailleurs !
Des trottoirs praticables, des lieux pensés pour les familles, des temps adaptés (arrêter le présentéisme au travail et finir les journées plus tôt pour avoir du temps de qualité en famille le soir). Des infrastructures qui n’excluent pas ceux qui ont besoin de lenteur, de mouvement ou d’accompagnement : ça ne sert pas que les enfants !
On peut faire tellement mieux que de demander aux enfants de dessiner la planète en pour la fête de l’école ! Ils peuvent être concertés et associés à des projets de végétalisation, des réflexions sur leur école, des conseils municipaux d’enfants qui ne soient pas juste symboliques.
L’objectif n’est évidemment pas de leur faire porter la responsabilité du monde ! Mais tout simplement de leur permettre de vivre concrètement tout en participant.
Les marques parlent beaucoup des familles mais pas avec les enfants ! Elles les ciblent, les segmentent, les séduisent, les utilisent parfois comme arguments marketing. Mais quelles marquent conçoivent aujourd’hui réellement leurs produits en respectant la place des enfants et des parents ?
Je sais que cette proposition va faire réagir, mais je crois qu’elle mérite d’être posée : et si le droit de vote était accordé dès la naissance ?
Evidemment, c’est une piste de réflexion. Laelia Benoit aborde d’ailleurs aussi ce sujet, que je trouve très intéressant. Les enfants n’iraient pas aux urnes tout-petits, mais leurs parents exerceraient ce droit pour eux jusqu’à ce qu’ils soient en âge de s’en saisir eux-mêmes. C’est logique, les besoins des enfants sont étroitement liés à ceux de leurs parents et de leurs milieux de vie : des places en crèche, des écoles, la qualité de l’air, des transports sûrs, des pistes cyclables, un accès à la nature, des logements adaptés, des pédiatres, des espaces publics accueillants…
C’est une idée intéressante, parce qu’elle obligerait enfin notre démocratie à intégrer beaucoup plus concrètement les besoins des enfants dans les décisions collectives.
Tant que les enfants n’entrent pas, même indirectement, dans ce calcul démocratique, leurs intérêts ne pèsent pas assez lourds dans la balance.
Ce n’est pas une proposition parfaite, mais c’est une proposition qui bouscule, ça c’est sûr ! Mais je crois sincèrement qu’on a besoin de ce genre de débats si on veut sortir de l’idée que l’enfant serait un citoyen « secondaire ».
C’est peut-être ça, finalement, que j’essaie de faire avec ce blog. Pas seulement proposer des activités, ni transmettre des connaissances. Mais aussi rappeler aux adultes que nous avons beaucoup à apprendre de leur regard, de leur manière de questionner, de leur sens du vivant, de leur indignation parfois très juste.
Sensibiliser les enfants à l’écologie, ce n’est pas fabriquer des petits adultes bien informés. C’est reconnaître qu’ils ont déjà une place. Les écouter pourrait bien nous aider à construire quelque chose de plus habitable, de plus juste et de plus vivant.
Alors oui, il faut transmettre bien sûr ! Mais il faut aussi écouter (vraiment). Parce que les enfants ne sont pas seulement l’avenir. Ils sont déjà là et il est grand temps que notre société cesse de les regarder d’en haut.
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