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Cet épisode s'intéresse au regard de Zilia — et établit d'emblée un point essentiel : Zilia n'est pas une naïve. Elle a été formée dans le temple du Soleil par les Amautas, les sages de la civilisation inca, et l'Avertissement du roman le dit clairement : les Incas ont laissé « des monuments de la sagacité de leur esprit et de la solidité de leur philosophie ». Ce qu'elle ignore, c'est la France — ses objets, ses codes, sa langue. Cette ignorance précise et délimitée est ce qui produit le regard.
La lettre IV le montre dès le début : Zilia distingue les Espagnols des Français par une métaphore cosmogonique très élaborée — les uns composés « de la matière des plus durs métaux », les autres formés d'« air et de feu ». Ce n'est pas la description d'une ingénue, c'est une analyse philosophique fondée sur la théorie des éléments. La candeur de Zilia, c'est l'absence de préjugés sur cette culture-là — pas l'absence de culture.
Pour désigner les réalités européennes sans équivalent dans sa langue, Zilia ne cherche pas les mots — elle les invente. C'est la figure de la catachrèse. La caravelle devient « une maison comme suspendue, ne tenant point à la terre » ; la longue-vue, « une espèce de canne percée » ; le carrosse, « une machine ou cabane » ; et le miroir — la plus belle de toutes — « l'ingénieuse machine qui double les objets ».
Chacune de ces formules dit la même chose : Zilia voit correctement ce qui est, sans savoir encore ce que cela signifie. Et pour le lecteur, cet écart entre la perception juste et l'interprétation manquante produit un effet décisif : des objets parfaitement familiers deviennent soudainement étranges.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Cet épisode s'intéresse au regard de Zilia — et établit d'emblée un point essentiel : Zilia n'est pas une naïve. Elle a été formée dans le temple du Soleil par les Amautas, les sages de la civilisation inca, et l'Avertissement du roman le dit clairement : les Incas ont laissé « des monuments de la sagacité de leur esprit et de la solidité de leur philosophie ». Ce qu'elle ignore, c'est la France — ses objets, ses codes, sa langue. Cette ignorance précise et délimitée est ce qui produit le regard.
La lettre IV le montre dès le début : Zilia distingue les Espagnols des Français par une métaphore cosmogonique très élaborée — les uns composés « de la matière des plus durs métaux », les autres formés d'« air et de feu ». Ce n'est pas la description d'une ingénue, c'est une analyse philosophique fondée sur la théorie des éléments. La candeur de Zilia, c'est l'absence de préjugés sur cette culture-là — pas l'absence de culture.
Pour désigner les réalités européennes sans équivalent dans sa langue, Zilia ne cherche pas les mots — elle les invente. C'est la figure de la catachrèse. La caravelle devient « une maison comme suspendue, ne tenant point à la terre » ; la longue-vue, « une espèce de canne percée » ; le carrosse, « une machine ou cabane » ; et le miroir — la plus belle de toutes — « l'ingénieuse machine qui double les objets ».
Chacune de ces formules dit la même chose : Zilia voit correctement ce qui est, sans savoir encore ce que cela signifie. Et pour le lecteur, cet écart entre la perception juste et l'interprétation manquante produit un effet décisif : des objets parfaitement familiers deviennent soudainement étranges.
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