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Fréquence Terre episodes

  • Terre de Sons #7 – Clou
     

    Il faut bien le dire, nous recevons régulièrement des reprises que ce soit par mail ou sur les différentes plateformes de Streaming. Beaucoup ne nous inspirent rien d'autre qu'une lointaine sympathie. Alors lorsque l'une d'entre elle nous parait être au moins l'égal de la version originale magnanimes nous partageons. Voici l'exemple du titre 'Les Gauloises Bleues' chanson d'Yves Simon reprise par la jeune Clou.
    A la recherche de sons nouveaux, perdus, enfouis, poussiéreux ou trop vite oubliés. Terre de Sons vous propose une sélection de morceaux, d’ici ou d’ailleurs, connus ou moins connus, d’hier, d’avant-hier, d’aujourd’hui et de demain.

    Terre De Sons est une chronique musicale proposée par le blog Les Sens Du Son.
    7 min
  • L’Année du chien de Stefan Brijs
    L'Année du chien - Stefan Brijs / Editions Héloïse d'Ormesson

    Paul, un flamand d’une vingtaine d’années, est enseignant, passionné de livres et de cinéma. Depuis peu, il vit seul avec son chien dans sa grande maison, sa femme Christine l’ayant quitté pour son professeur de sport, avec lequel elle trompait son mari.

    Il vit mal son célibat, la trahison qu’il a vécue. Christine était son premier amour, elle était tout pour lui et il devait sans doute s’imaginer que cela allait durer toute la vie.

    Dans le cadre d’une de ses passions, lors d’une projection de film, il rencontre Ava, une jeune femme à peine plus jeune que lui, et tout aussi passionnée par le septième art.

    Ils entament petit à petit une relation amicale, qui permet au lecteur de comprendre la différence d’implication de chacun des deux protagonistes. Paul est aux petits soins pour sa nouvelle amie, semble nier l’évidence, tout en fantasmant continuellement sur elle lors de ses séances de masturbation répétées. Ava, quant à elle, profite de son célibat et s’amuse à lui raconter ses conquêtes, et à le pousser à rencontrer d’autres femmes.

    Le titre de ce livre, L’Année du chien, représente non seulement l’année de naissance de Paul, mais également la durée de l’histoire, une année, que notre héros nous raconte de son point de vue.

    Une année qui comportera son lot de questionnement, de découvertes, de déceptions. En effet, Paul se lancera, sans conviction aucune, dans de nouvelles rencontres, tuant dans l’œuf chaque possible relation, comparant ces femmes soit à son ex, Christine, soit à son fantasme ultime, Ava.

    En effet, lors de chaque plaisir charnel, solitaire ou en duo, il ne peut s’empêcher de penser à son ex, de réaliser à quel point elle était prude, trop coincée, mais dont le corps était parfait, ou d’imaginer comment ça se passerait avec son amie. De toute façon, ce mécanisme lui fait regretter instantanément, ou saboter, toute nouvelle tentative avec une inconnue.

    On sent cet homme sensible, désireux de vivre une belle histoire d’amour, un peu fleur bleue, se perdre dans le choix de ses partenaires, se tromper dans le but de ces rencontres. Lui-même comparant ses relations à de la tôle froissée. Il nie ses désirs profonds, tant que cela lui permet de rompre cette solitude trop imposante.

    L’évidence de l’amour naissant de Paul envers Ava nous donne envie de le secouer, de l’aider, tant il a l’air de ne pas vouloir, ou ne pas oser, se l’avouer.

    En dire plus serait gâcher le plaisir de découvrir cette histoire, brillamment traduite par Daniel Cunin aux éditions Héloïse d’Ormesson.

    Stefan Brijs, quant à lui, est un auteur belge néerlandophone. Il était enseignant – tout comme le héros de son roman – avant de devenir écrivain, il y a un peu plus de vingt ans.

    Après quelques succès locaux, c’est avec Faiseur d’anges, paru en français en 2005, traduit dans une dizaine de langues et vendu à plus de 100 000 exemplaires, qu’il atteint une véritable popularité, dépassant alors les frontières.

    Avec L’Année du chien – Zonder Liefde en néerlandais ; littéralement « sans amour » - les éditions Héloïse d’Ormesson nous offre un quatrième roman de Stefan Brijs à découvrir dans la langue de Molière.

    Une histoire qui peut sembler banale de prime abord, mais qui garde le lecteur en haleine jusqu’au bout, plongé dans l’intimité de ce garçon, écrite avec beaucoup de sensibilité et d’authenticité.

     

    Julie Tielemans pour Fréquence Terre.

    4 min
  • “Au nom du requin ” : le surfeur est-il confondu avec une tortue? – Episode 4 –
    Après Le film « Au nom du requin »  largement présenté dans cette chronique, je vous invite à  une suite  avec Eric CLUA, un scientifique, qui va nous aider à démystifier certaines idées reçues. Celle que le requin confond un surfeur en surface avec une tortue en train de nager résiste-t-elle à l’examen ? Découvrez-le à l’écoute de cette chronique et de la série « Au nom du requin » pour aller plus loin .
    7 min
  • On ne bâtit pas de cathédrales avec des idées reçues


    On ne bâtit pas de cathédrales avec des idées reçues est un essai de Lucie Branco (Éditions Kero) qui devrait être lu et relu par tous ceux, principalement des initiés à certaines philosophies dites non dogmatiques, qui prônent la fraternité, la liberté et l’égalité et qui se révèlent être de fieffés machistes. Certains au nom de principes et constitutions archaïques et complètement obsolètes, d’autres par esprit d’une supériorité de genre absolument injustifiée.

    Lucie Branco, tailleure de pierre, est devenue, à force de volonté, de courage et de persévérance, la première femme reçue chez les Compagnons du Devoir, cette association aux valeurs professionnelles et humanistes extraordinaires. Pourtant, ce ne fut guère aisé car la jeune femme dut mener un « combat » (le mot est choisi) tant, à de rares exceptions près, ladite association véhiculait un véritable machisme depuis des siècles et sous toutes les latitudes.

    C’est ce qu’explique Lucie Branco : « Je me suis battue, je n’ai jamais baissé les bras, je n’ai jamais accepté les explications toutes faites, les traditions ancestrales qui justifiaient le statu quo et l’exclusion. »

    Pour ce faire, elle fut obligée d’argumenter, de prouver, de rendre des comptes sur sa volonté de tailler la pierre, de faire partie de l’association compagnonnique, de subir des remarques déplacées, des sous-entendus moqueurs et insultants durant des années et des années : « Quand on fait ce métier, disait-elle à la fin des années 1990, notre objectif, c’est de bâtir collectivement des monuments qui vont survivre aux hommes qui les ont imaginés. Quand on travaille sur le chantier de restauration d’une église, que l’on soit croyant ou pas, le résultat a un supplément d’âme. Il y a quelque chose qui dépasse l’ouvrier qui apporte sa pierre. »

    Malgré ce genre de déclaration, la maîtrise de plus en plus grande de l’outil, du tracé, de la solidarité sur chantier, eh bien, par misogynie, l’institution « Compagnonnage du Devoir » lui restait inaccessible dans sa finalité : celle d’être « reçue ».

    « Je suis née femme et on me le reproche. J’ai eu beau faire le dos rond, travailler dur, prouver ma motivation, faire des progrès, montrer patte blanche, rien n’y a fait. Toutes ces années, pour monter en compétence, j’ai dû consentir à me former essentiellement sur le tas. Il fallait souvent rassurer les patrons, leur signifier que même si j’étais une femme, j’étais capable, désamorcer les malentendus sur ma prétendue fragilité…» explique encore la Lilloise qui, tente de comprendre cette attitude à son égard et à celui des femmes, en général.

    Pour elle, cette attitude de rejet, est l’apanage d’hommes qui veulent à tout prix conserver leur pré-carré, qui s’arc-boutent à leur tradition millénaire et foulent à leurs pieds le principe de l’égalité hommes-femmes : « Un grand nombre de Compagnons voit cette avancée à venir comme une intrusion dans leur identité de métier et d’homme. En clair, ajoute-t-elle, cela signifie qu’ils n’ont pas envie que les bonnes femmes marchent sur leurs plates-bandes. Ils ne comprennent pas pourquoi elles viendraient jouer dans leur cour, alors qu’elles s’en étaient gardées jusque-là. »

    À ces hommes, on a beau leur dire que l’artisane a de tous temps eut une place dans la Société, rien n’y fait. Du moins, jusqu’au moment où des femmes, parfois aidées par des hommes, il est vrai, éclairent leur lanterne quand Lucie Branco et ses semblables clament que « le compas, la règle, l’équerre ne trichent pas et la lumière n’est jamais très loin, pourvu qu’on garde son objectif en tête. »

    En novembre 2007, elle fut enfin reçue : « Je me sens des leurs. À ce moment-là, j’oublie les difficultés, les ornières, les chemins de traverse. Il n’y a que de la bienveillance dans les regards qui se posent sur moi. La famille [compagnonnique] m’accueille, telle que je suis.
    6 min
  • Qu’est-ce qui fait qu’un arbre est un arbre?
    L’arbre est surprenant car il résiste à toutes les tentatives de définition. Ni sa longévité, ni sa taille, ni son bois, ni ses gènes ne confèrent une spécificité à cette plante dont l’originalité nous apparaît pourtant évidente.

    Nous pensons savoir ce qu’est un arbre, mais sa définition nous glisse entre les doigts. De nombreuses plantes ont une durée de vie strictement limitée, ce qui n’est pas le cas des arbres, dont beaucoup peuvent vivre des siècles. La caractéristique de la croissance illimitée distingue très nettement l’arbre des autres plantes. Mais les arbres ne forment pas un groupe clairement défini. Ils forment plusieurs lignées évolutives et ont adopté de multiples stratégies pour devenir ce qu’ils sont.

    Les séquoias géants, par exemple, dont le tronc peut atteindre 9 mètres de diamètre bravent le feu et les maladies grâce à leur écorce épaisse et résistante. Le peuplier faux-tremble est un arbre frêle qui ne dépasse pas 15 m de haut mais il excelle dans l’art de régénérer de nouvelles pousses à partir de sa base. Cela donne des bouquets d’arbre qui sont en réalité un seul individu. À savoir,  qu’il existe une colonie de peupliers faux- trembles dans l’Utah dont l’âge est estimé à 80 000 ans.

    D’autre part, en Californie, des spécialistes ont daté au carbone une espèce  d’arbuste baptisé King clone avec un âge estimé à 11 700 ans. Autrement dit, la longévité ne suffit pas à caractériser « l’arbritude des arbres », selon l’expression du forestier Ronald Lanner.

    Un autre élément caractéristique des arbres c’est de produire du bois. Les cellules de l’arbre se divisent dans deux directions, vers l’extérieur  produisant l’écorce et vers l’intérieur produisant le bois. Cela dit on peut être un arbre sans avoir de bois. Il y a des spécimens arborescents  qui sans être de « vrais » arbres y ressemblent beaucoup. En effet,  le tronc du bananier est un faux-tronc, un amas de feuilles serrées et superposées.

    Enfin à ce jour, on a identifié aucun gène, ensemble de gènes  qui caractérise en propre les arbres.

    Même s’il est difficile de définir ce qu’est un arbre, en être un présente des avantages indéniables : sa grand taille lui permet de mieux capter la lumière du soleil et de disperser  son pollen et ses graines plus facilement que les végétaux proches du sol.

    Si bien qu’on devrait peut-être considérer le mot « arbre » comme un verbe et dire « arbrer » ou arbrifier » pour exprimer une stratégie, une action. Car l’arbre, si on le laisse faire, il croît à l’infini, il  arbrifie sans fin.

     

    Référence : Taxinomie « C’est un arbre, au juste ? »Rachel Ehrenberg , Magazine BOOKS n°99 juillet-août 2019 « La forêt et nous ». pages 22-24

     
    4 min
  • Transmettre est plus qu’un devoir, c’est un plaisir
    Andrée Willems est l’auteure de l’essai Être sur le chemin pour se retrouver soi-même paru aux Éditions F. Deville dans la collection « Les Carnets littéraires des amateurs de pavés mosaïques », ouvrage illustré de quelques gravures, certaines datant du XVIIe siècle, dont les légendes sous forme poétique sont, à elles seules, des messages parfaitement ciblés.

    Dans son livre, l’auteure retrace son parcours d’humaniste débuté en 1969 et qui l’amena à un très haut degré dans la hiérarchie de son ordre philosophique, parcours qu’elle enrichit durant un demi siècle de nombreux voyages, de rencontres essentielles, même de travaux sur des sites archéologiques.

    Parallèlement, être une femme dans un milieu principalement masculin, trop souvent machiste, l’a aussi amenée à œuvrer pour que la mixité ne soit plus considérée comme une injure ou une menace à des constitutions et principes obsolètes.

    D’emblée de texte, André Willems se révèle : « C’est un vécu personnel que je vais parcourir avec vous, car transmettre est plus qu’un devoir, c’est aussi un plaisir ! »

    Et, comment transmettre si on ne se dévoile pas ? Transmettre à tous ceux qui véhiculent inconsidérément la notion de « complot » afin que cela puisse les éclairer sur leur faux ressentiment.

    En toute franchise, elle avoue « qu’il n’est pas facile à faire ce travail sur soi ». Ce travail, c’est celui d’œuvrer au progrès de l’humanité, celui qui exige le respect de l’autre dans sa différence, qui réclame le dialogue, l’échange, c’est donner un sens actif au terme « tolérance ».

    Avec lucidité, Andrée Willems constate que « nous revivons un repli identitaire dans le monde et que nous assistons au désastre que subit la Terre ». Pour ce faire, elle ne cesse de prôner le dialogue et de clamer qu’il est impératif d’oser pour répondre à ce dilemme vital.

    Oser être créatif, oser le geste de donner, et celui de recevoir, oser le sourire, oser partager, car le partage est un cadeau précieux qui s’appelle « fraternité », conclut-elle dans son ouvrage.

    Se dévoiler, communiquer, transmettre

    Lors d’une rencontre à la librairie bruxelloise abao, Andrée Willems apporta aussi des éléments poussant à la réflexion et au moyen de réagir en ces temps troublés et inquiétants :

    « Quand on a la possibilité d’échanger des idées, de dialoguer, c’est comme cela que peut débuter une certaine fraternité. Pour ce faire, je me dévoile, j’explique comment j’ai vécu le chemin, parfois ardu, vers l’apprentissage de la Connaissance. Ces étapes me permirent de progresser, de comprendre, de travailler avec des outils ‘‘opératifs’’, c’est-à-dire de mener un travail constant sur moi. J’ajoute qu’il ne faut pas refuser d’autres expériences, car elles peuvent ouvrir d’autres fenêtres. »

    Et comment réagir face à ce climat de tension, voire de haine ?

    « Ce qui me révolte le plus, ce sont les persécutions à l’égard de différentes personnes ou communautés qui exposent leur authenticité. Cette situation recommence et la vigilance s’impose, dès lors il faut absolument travailler au progrès de l’humanité ! C’est-à-dire, communiquer et transmettre. On doit aller à l’extérieur pour apporter nos notions et préceptes de dialogue et d’ouverture aux autres. Si on se ferme, on perd quelque chose !

    La différence nous enrichit. Prenons l’exemple d’un orchestre. Il est constitué de musiciens aux instruments différents et le but du chef d’orchestre est, bien entendu, d’arriver à faire un ensemble harmonieux.

    Dans cet exemple, comme dans notre démarche, tout est au niveau de la relation humaine… »

    Librairie abao, 1170 Bruxelles, le 16 février 2020.

    Musique : Michaël Mathy

    5 min
  • Mauvaise conscience de Fabio Benoît
    Mauvaise conscience de Fabio Benoît - Editions Favre

    Fabio Benoît, l’auteur du livre dont je vais vous parler aujourd’hui, me semble être quelqu’un de très méticuleux. Dès le départ, nous sommes avertis : Mauvaise conscience fait suite à son premier roman, Mauvaise personne, mais nous avons la liberté de les lire indépendamment l’un de l’autre. Il y a même à la fin du livre un mini résumé du précédent, ce qui permet de se faire une idée globale, si l’on ne veut pas approfondir plus avant.

    Ensuite, nous trouvons, également en fin de livre, une liste des personnages, composée selon leur ordre d’apparition, comme dans un générique de fin, qui nous explique brièvement qui est qui.

    Cela étant dit, préparez-vous alors à plonger dans l’esprit de tous ces personnages, car il s’agit bien ici d’un roman choral. Et là encore, on peut retrouver le côté extrêmement minutieux de l’auteur, qui est également commissaire de police judiciaire en Suisse.

    L’immersion est totale, on est littéralement dans la tête de chacun des protagonistes, et l’on en change à chaque chapitre. Même un journal intime ne saurait être si complet.

    On les lit penser, raconter leur histoire, chacun à sa manière, dans ses propres mots, son langage type. Ce roman policier nous fait voyager presque de manière astrale, dans l’intimité des commissaires, procureurs et autres fonctionnaires de police ; dans celle des voleurs, voyous, tueurs à gage et autres ; mais aussi dans celle des victimes bien évidemment.

    Tous ces gens bien différents les uns des autres sont bien sûr liés par l’intrigue générale du livre, que nous découvrons petit à petit. Trois voitures ont été vandalisées dans le parking souterrain d’un immeuble, et des documents y ont été dérobés, de plus ou moins grande importance. De là, débuteront plusieurs histoires en parallèle.

    L’auteur nous entraîne tantôt dans une enquête judiciaire liée au vol de documents témoignant d’une menace terroriste, tantôt dans une histoire de chantage liée, elle, au vol de documents comptables d’une entreprise peu scrupuleuse, pour nous emmener au fil des pages vers le recoupement, le bouquet final.

    On découvre, à travers les règlements de compte, les enquêtes, les vols, les menaces, les bavures, les coups fourrés – et, même, les adultères – que chacun est amené à ruser, tronquer la réalité, voire manipuler, afin d’obtenir ce qu’il désire. Peu importe que l’intention soit bonne ou mauvaise, il n’y a plus de place pour les cas de conscience, ou en tout cas pas tout de suite.

    Au vu de la diversité de ses personnages, Mauvaise conscience contient sa dose d’horreurs, de cruauté, mais aussi de sérieux, de professionnalisme, et également d’humour.

    Ce deuxième roman de Fabio Benoît, paru aux éditions Favre, est assez masculin dans la composition des rôles, construit avec un souci – et sans doute un amour – du détail assez impressionnant.

     

    Julie Tielemans pour Fréquence Terre.

    3 min
  • France Libertés prône “un radicalisme utopique”
    Le système capitaliste et consumériste est à bout de souffle. L'Humanité est en train de dépasser les limites de la Terre. Il est donc temps d'inventer d'autres formes de rapport au monde.

    C'est le sens d’un texte que publiera prochainement France Libertés. La Fondation défend un "radicalisme utopique".

    * Avec Jérémie Chomette, directeur de France Libertés

    « Pour nous, il n’y a pas une seule solution, mais il y a une multitude de façons de penser, d’autres façons de faire société. On part du principe qu’il est fondamental de reprendre à la racine les problèmes et d’essayer de développer quelque chose d’autre. Aujourd’hui, on a par exemple l’écoféminisme qui est extrêmement intéressant. Cela croise des formes de dominations. A travers cette domination des hommes sur les femmes, celle du patriarcat ou de la domination des humains sur la nature, on voit comment on contre cela en recréant d’autres système. Il y a l’écoféminisme, le confédéralisme démocratique qu’on voit au Rojava, et la question des communs : comment on va essayer de créer des liens sociaux pour interagir et préserver nos relations dans la durée ? »
    Les limites de la transition
    « On ne peut plus passer par une délégation du pouvoir, où on va élire quelqu’un qui va diriger pour nous. Il s’agit de se dire, on va créer des lieux où on va pouvoir prendre des décisions entre humains, qui concernent les autres êtres vivants. C’est la seule possibilité de sortir de là où on en est. Ce qu’on dit, c’est exclure cette idée de transition qu’on entend partout. Souvent, quand on pense à transition, on pense écologie. On va remplacer le pétrole par des énergies renouvelables. En fait, les énergies renouvelables, dans la plupart des cas, on vient, notamment de manière industrielle, ponctionner la Terre. On vient chercher des minerais pour développer des énergies. Mais en fait on vient taper dans les limites que nous offre la planète. »
    © France Libertés

    La transition a ses travers. Vous pointez le fatalisme de certains, d'autres qui rejettent les responsabilités à plus tard, ou qui comptent sur la technologie qui va nous sauver… Que reste-t-il à opposer ?
    « Il y a une forme de sagesse. On travaille beaucoup avec Hindou Ibrahim qui est une femme peule du Tchad qui dit, "la meilleure technologie aujourd’hui pour combattre le changement climatique, c’est ma grand-mère". Il ne s’agit pas de glorifier le passé. Mais cela veut dire : on a des savoirs assez simples qui nous permettent de repenser notre monde et de beaucoup plus prendre soin de la planète. On le voit au travers des structures que l’on soutient, au Kurdistan de Syrie notamment, au Rojava. On a vu comment, quand les femmes qui s’étaient révoltées voulaient créer un autre monde, ont réutilisé des techniques de constructions anciennes. Ces constructions permettraient d’avoir une température beaucoup moins importante, et donc de ne pas utiliser de climatiseur. Il n’y a pas besoin toujours d’avoir une technologie qui va nous sauver. On peut revenir à des solutions qui existaient. Repenser notre conception du savoir est aussi très importante. »
    Penser le monde autrement
    C'est ce que vous appelez le radicalisme utopique ?
    « On a repris l’idée de radical, puisqu’on disait toujours que Danielle Mitterrand était radicale. Mais c’était dans le sens premier du terme : reprendre à la racine les problèmes. Le climat est une conséquence de nos actions. Ce n’est pas une cause. Chercher à agir sur le climat nous semble problématique. Il faut agir sur les causes. Les causes, ce sont notre rapport à la nature, avec cette idée qu’il faut toujours consommer plus pour aller plus loin.
    7 min
  • “Au nom du Requin” : cohabitation ou extermination ? – Episode 3 –
    Le film « Au nom du requin » tourné au Mexique, réalisé par Jean-François BARTHOD, avec Steven SURINA et François SARANO pour protagonistes véhicule  un message et une intention : réconcilier les hommes et les requins.  Alors que le film, qui montre des requins  bouledogues  présents et  en paix  à 800 m du tourisme de masse,  n’aborde pas la polémique sur les mêmes requins bouledogue pourchassés à la réunion en raison des incidents ayant eu lieu,  la  différence de comportement a été abordé  par le public  à l’issue de la projection du film . Des réponses claires apportées par Steven SURINA et François SARANO.

    Passionnant et à suivre dans une prochaine série de chroniques.

    www.longitude181.org
    8 min
  • L’utopiste Commune des lumières
    « L’utopie, ce n’est pas ce qui est irréalisable, mais ce qui est irréalisé », déclara le regretté Cabu. Gageons qu’il aurait apprécié La Commune des lumières de Jean Lemaître paru aux Éditions Otium.

    Effectivement, le caricaturiste de presse et antimilitariste pacifiste notoire aurait certainement chroniqué l’action pacifique non violente développée dans un coin du Portugal dès 1916, sur cette « terre de fraternité et de spiritualité mécréante », à la population brimée par des nantis mais jamais totalement soumise à eux.

    Sur ce territoire d’injustice sociale, d’oppression, de fascisme,un certain Antonio Gonçalves Correira, voyageur de commerce, humaniste, anarchiste pacifiste, fonda la Commune des lumières, soit 300 hectares, une vieille ferme restaurée, un potager, une fabrique artisanale de chaussures, une cantine commune et des veillées en chansons :

    « Dans un petit village

    On entend les travailleurs

    Se dire les uns aux autres

    Plus jamais d’esclaves ni de maîtres. »

    Mais, non loin de là, la bourgeoisie, les réactionnaires, les royalistes, le clergé…, firent tout pour écraser, même dans le sang, ceux qui clamaient et mettaient en pratique une vie basée sur la bonté, l’amitié, une pédagogie alternative à la Francisco Ferrer, la cogestion, le respect de l’autre et de la Nature.

    Antonio Gonçalves Correira, l’homme à l’abondante barbe – qu’il ne voulut pas couper tant que le fascisme régnait au Portugal, d’où une pilosité d’un mètre ! -, ne s’avoua pas vaincu et milita pour la fraternité universelle jusqu’à sa mort en 1967.

    La principale qualité de cet ouvrage, est que l’auteur recueillit de précieux témoignages, entre autres auprès de descendants de la Commune des lumières, ce qui n’aurait pas déplu à Cabu car, comme l’écrit Jean Lemaître : « La grande révolution sociale a besoin d’hommes et de femmes relevant la tête, informés par d’autres voies que la presse conservatrice. »

    Musique : Michaël Mathy.

    Photo : Jean Lemaître.

    3 min

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