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Or


Fakir, le bimestriel fondé par François Ruffin il y a une vingtaine d’années, se définit comme « journal lié à aucun parti, aucun syndicat, aucune institution, largement rédigé, illustré et géré par des bénévoles ». Il se prétend aussi « fâché avec tout le monde, ou presque ! »
Bref, un journal militant dans la lignée de notre partenaire POUR et de Fréquence Terre, bien entendu.
Le numéro 90 de Fakir, où l’humour ne perd pas ses droits, propose un solide dossier sur l’écologie et pose d’emblée une question primordiale, gênante aux eux entournures de certains : « On nous prétend que la bataille pour le climat est affaire de tous ensemble. Au contraire, la crise écologique n’aiguise-t-elle pas la lutte, la renforce entre riches et pauvres, damnés de la Terre et actionnaires ? »
François Ruffin lui-même explique : « Nous sommes engagés, vous, moi, mes enfants, dans un combat, des ‘‘Terriens’’ contre des ‘‘forces destructrices’’, de l’intérêt général contre les multinationales. Nous avons des adversaires, et ils sont organisés avec des bataillons d’avocats, de lobbies, d’éditorialistes, d’élus, jusqu’au sommet des États, qui tout à la fois mènent la guerre et qui, chez nous, la dissimulaient, qui la déguisaient hier sous des études climato-sceptiques, qui la masquent aujourd’hui sous les termes de ‘‘ la croissance verte’’, ‘‘ le développement durable’’, ‘‘nous ne pouvons agir seuls’’, ‘‘ne pas nuire à la compétitivité’’… »
Alors ? L’écologie invite-t-elle au consensus ? Est-elle arrivée au point d’accepter ce verbiage qui ne servirait qu’à enliser ceux qui osent se battre pour l’humanité ?
Je suis, donc, dans le Nord. J’ai sous les yeux le flux et le reflux de sa mer, celle qui, selon des statistiques fiables (corroborées par des prévisions), devrait avancer dans les terres d’une centaine de kilomètres et balayer tout sur son passage.
Ça, ce n’est pas du verbiage. C’est l’urgence et l’absolue nécessité de lutter. Sans consensus.
Illustrations extraites de Fakir N°90.
Depuis la nuit des temps, les êtres humains se demandent ce qu’ils vont devenir après leur mort. Retour en poussière ? Paradis ? Enfer ? Néant ? Compost ? Jusqu’à présent, exceptions d’expériences de mort imminente (et encore…), personne n’a pu répondre à cette question fondamentale.
Alors, laissons aller l’imagination de la poétesse Chantal Dupuy-Dunier, aidée dans son œuvre avec des illustrations d’Elena Ojog, qui, toutes deux, nous mènent dans un sympathique recueil titré Où qu’on va après ? publié aux Éditions L’Idée Bleue et, à présent, par Cadex. J’en ai extrait un passage et une illustration qui, comme l’exprime l’écrivaine se veut une « tentative de réponse poétique et humoristique » :
« Ils meurent tous les hommes
Ils se retrouvent un jour
tous ensemble.
Ça me fait tout drôle quand j’y pense :
rejoindre au creux d’une poignée de terre
des gens qui auraient jamais voulu
me serrer la main de mon vivant, nager entre deux eaux
avec des hommes politiques
qui m’auraient dit :
‘‘ Nous n’avons pas gardé les poissons
avec vous ! ’’
Et les écrivains – c’est terrible un écrivain
ça s’imagine qu’on n’oubliera jamais
ni son nom ni ses livres.
Plein d’illusions, l’écrivain !
alors qu’au plus tard dans mille ans,
il n’y aura personne pour s’en souvenir ! »
Musique : Michaël Mathy.
Depuis des années, Fréquence Terre évoque l’humusation, cette technique de transformation du corps d’une personne décédée en compost, « véritable alternative aux funérailles classiques », titrait Le Parisien il y a quelques semaines[1].
Dans ce reportage, le quotidien expliquait que l’État de Washington légalisait cette pratique, alors qu’en France et en Belgique, par exemple, « nombreux sont ceux à souhaiter ce retour à la terre littéral après leur mort », mais que la législation ne le permettait pas.
Robert Morez, fondateur des Cahiers de l’agroécologie, y corroborait le mouvement belge « humusation.org » en déclarant à notre confrère : « À ce jour, on a le choix entre du béton et du plastique si l’on opte pour un enterrement ou émettre énormément de CO2 en cas de crémation, sans parler de toute la chimie qui sert à l’embaumement et qui va ensuite polluer les cours d’eau. »
L’infographie du quotidien et de humusation.org stipule les différentes étapes de cette technique : le choix du terrain, de la stèle, la composition du mélange végétal où reposera le corps, les quatre phases de transformation jusqu’au but final, celui de « Donner la vie après sa mort en régénérant la terre ».
Force est de constater que le monde politique tergiverse face à cette pratique pourtant 100% écologique et moins onéreuse.
Alors, en France, des coopératives citoyennes funéraires militent très activement pour que l’exemple de Washington soit aussi d’application.
Francis Busigny, cheville ouvrière dudit mouvement humusation.org a d’ailleurs été invité à exposer cette technique et, au micro de Fréquence Terre, il évoque l’accueil qu’il a reçu en Bretagne et, surtout, les espoirs qui naissent ci et là de voir enfin aboutir pareil combat écologique tant attendu par des dizaines de milliers de personnes, certaines étant très âgées ou malades.
L’interview de Francis Busigny, dont les propos sont emplis d’enseignements et d’un espoir raisonnable, est à découvrir en podcast ci-dessous.
En conclusion de ce reportage, nous pouvons dire que des citoyens convaincus bougent, s’organisent et interpellent les politiciens compétents en la matière. Cependant, ces derniers les entendront-ils enfin ?
Musique Michaël Mathy: : http://www.michaelmathy.be/#music
[1] 29 avril 2019.
Dans son essai Sagesses d’ailleurs de Frederika Van Ingen (J’ai Lu), dont il a déjà été question, l’auteure présente en détail les « quatre accords toltèques pour se remettre en harmonie » concoctés par une civilisation ancienne du Mexique, qui fut la gardienne de connaissances et pratiques spirituelles.
Ces quatre accords sont destinés, selon elle, à lutter contre nos peurs, à faire tomber nos masques, à nous dépouiller d’un état formaté par des convenances, processus de domestication et autres souffrances. À savoir :
Ces accords toltèques sont un enseignement qui renferme, comme d’autres évoqués dans le livre, la Connaissance universelle.
Pour clore cette chronique, voici Lorenza Garcia et les Indiens Navajos, qui l’accueillirent comme une amie.
Ainsi, quand elle entra dans le hogan, c’est-à-dire le temple des Navajos, là où elle resta neuf jours et neuf nuits, on lui dit : « Reste avec nous, et quand tu rentreras dans ton pays (en France), tu diras qui nous sommes. »
Elle appris à « cultiver » avec ces femmes et hommes-médecins, ce verbe symbolisant pour eux un cercle à l’intérieur duquel se trouvent la beauté, la joie, la compassion, la prospérité, l’amour, la conscience, la santé, l’harmonie et l’humour.
Tant que l’être humain est en lien avec cela, dit-elle, il est une voie de passage entre le Ciel et la Terre, il est en lien avec ce que la Nature lui a donné.
Et, cultiver, c’est trouver ou retrouver la paix en soi, réparer plus que jamais, collectivement.
Pour info à ce sujet :
https://www.youtube.com/watch?v=nVP4Mfge6vw
Musique : http://www.michaelmathy.be/#music
Trois concepts, Laïcité républicaine, Devoir de Mémoire et Justice humaine, pour cette deuxième chronique dévolue à l’essai Pour un humanisme universel de Jean-Michel Quillardet (Éditions Dervy).
La laïcité, explique-t-il, c’est la liberté de penser, la liberté d’opinion, la liberté de croyance, la liberté de croire ou de ne pas croire, la liberté de conscience : « Les Églises et les religions sont ainsi restituées dans la sphère uniquement privée, dans laquelle le domaine public n’a pas à intervenir de quelque façon que ce soit, sauf pour faire respecter les grandes lois républicaines et en particulier la liberté de conscience. »
Hélas, ce principe n’est pas d’application dans tous les pays. Ainsi, les nouveaux présidents des USA prêtent toujours serment sur l’une ou l’autre bible, en Belgique, l’Église est omniprésente dans maints rouages de la Nation, dans l’enseignement et le financement des cultes, par exemple.
L’auteur insiste : « La laïcité républicaine, c’est dire toujours que nous sommes, avant d’être juifs, musulmans, catholiques, protestants, athées, agnostiques, francs-maçons, etc., d’abord et avant tout des citoyens », l’auteur clame encore que « le totalitarisme de la foi viole constamment la liberté de penser et la liberté de choisir ses propres certitudes ou interrogations. »
Cependant, pour Jean-Michel Quillardet, la laïcité ne peut pas se résumer qu’à la séparation de l’État et des Églises, « c’est aussi une vision d’une société égalitaire qui considère l’individu d’abord comme un citoyen en fonction de son humanité et non de son appartenance à tel ou tel groupe culturel ou ethnique. »
Encore plus concrètement, il déclare que « tant que la population, pauvre, précarisée, non instruite et non éduquée existera, la laïcité, idée émancipatrice pour l’être humain, ne pourra guère triompher. »
Au sujet de la nécessité du Droit de Mémoire, l’auteur rappelle à juste titre que « la bête immonde, ce monstre froid, qui comme dans la nouvelle de Kafka se couche, se déploie et se déploie encore et prend une telle place qu’elle étouffe et très vite étrangle, cette bête immonde est toujours prête à renaître »
Pourtant, la civilisation ne signifie-t-elle pas le respect de l’individu, la liberté et la tolérance ?
La Shoah, l’Arménie, les Khmers rouges, Staline, Mao, Franco, Pinochet, le Rwanda, le Darfour et tant d’autres exemples, cela exista quoi que disent les révisionnistes. Et, comme l’Histoire a tendance à repasser les plats, même les plus nauséabonds, la nécessité de se souvenir sans cesse, je cite encore : « les bourreaux trouvent toujours une bonne raison de bâillonner, d’emprisonner, de tuer », cette nécessité vitale doit donc être constante.
Pour Jean-Michel Quillardet, avocat de profession, rappelons-le, « seul un État de droit, avec des règles, des lois et des cours de justice, permettra à l’homme de maîtriser ses passions, de canaliser ses tentations et d’organiser le vivre ensemble malgré nos contradictions. »
Et puisqu’on évoque la Justice, il insiste également sur le concept de « Justice humaine », c’est-à-dire que « nous savons bien que le miroir nous renvoie l’image de notre pire ennemi : nous-même ! »
Sans le moindre détour il expose que « l’homme a une terrible responsabilité à l’égard de l’humain et qu’il doit toujours, pour être un homme, éradiquer l’inhumain dans l’humain. Seules les règles de droit, d’un droit démocratiquement élaboré, d’un droit humaniste, peuvent éviter les transgressions. Le Justice doit rendre sa dignité d’homme à la victime, lui rendre son humanité, pour le présent et l’avenir, exprimer de manière rationnelle, implacable, irréfutable, le jugement de l’humanité, chaque homme étant porteur de la condition humaine. »
Il ne s’agit pas d’un discours, un de plus, qu’émet Jean-Michel Quillardet puisqu’il fut cheville ouvrière de la Charte de la Laïcité à l’École affichée et, en principe commentée, dans tous les établissements scolaires de l’Enseignement public en France.
Elle s’articule sur trois grands concepts : prévenir, répondre et soutenir. Il y est question de neutralité de l’État, de la liberté de croire ou de ne pas croire, de s’exprimer librement dans le respect de l’autre, du vivre ensemble, de l’accès à une culture commune et partagée, du rejet de toutes formes de violence, du devoir de stricte neutralité des personnels…
Et si d’autres pays, dont la Belgique, prenaient exemple sur cette Charte plutôt que tergiverser depuis des décennies en cette matière ?
Une matière devenue particulièrement urgente à traiter, compte tenu des bouleversements sociétaux auxquels nous assistions.
Musique : http://www.michaelmathy.be/#music
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