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Or


Ils sont quelque 3 à 4 millions d’initiés à la Franc-Maçonnerie dans le monde, dont 180 000 en France, 26 000 en Belgique[1], des Sœurs et Frères réunis en Obédiences qui, chacune, a sa spécificité (exclusivement masculine ou féminine, mixte, faisant référence ou non au Grand Architecte de l’Univers, issue des corporations moyenâgeuses, dite la Franc-Maçonnerie Opérative, ou Spéculative, née à Londres en 1717, travaillant selon tel ou tel rite…) ; des membres de toutes les couches sociales, même si le monde ouvrier et artisanal n’y est pas très fréquent.
Et, parmi ces membres, dont le but commun et essentiel est de prôner et d’appliquer, autant que faire se peut, la Fraternité universelle, il y a cet « écosystème très particulier de l’édition maçonnique ».
Un monde restreint que décrit, en connaissance de cause, Jiri Pragman, journaliste, auteur, spécialiste de l’Internet maçonnique, chroniqueur à Franc-Maçonnerie Magazine, initié au Grand Orient, qui vient de publier L’édition maçonnique – Quand les francs-maçons lisent et écrivent[2], un très intéressant, voire surprenant, ouvrage sur les us et coutumes, coulisses et rouages de l’édition maçonnique. Celle qui, généralement, est confinée dans le rayon « Ésotérisme » des grandes surfaces ou discrètement (dans le sens de volontairement) dissimulée dans un recoin de librairies.
Pourtant, il n’y a pas philosophie plus démocratique et humaniste (un pléonasme !) que la Franc-Maçonnerie, hormis les affairistes qui en usent et abusent, comme dans toute société humaine.
Le livre de Jiri Pragman recèle beaucoup de particularités, dans la mesure où cet homme de terrain expose clairement ce que d’aucuns assimilent, à tort, comme des personnages d’un vaste complot mondial ou du copinage éhonté, alors qu’eux aussi, se débattent avec des contrats proposés dont les droits d’auteur ressemblent davantage à une aumône qu’à une juste rétribution, des absences de promotion, des chiffres de vente pas toujours clairs, des diffusions hésitantes ou carrément « sabotées »…
En somme, des situations que subissent quotidiennement les travailleurs dans maints métiers et professions.
Alors, comment ne pas penser à ce précepte maçonnique pour illustrer cet essai qui intéressera autant le profane que l’initié : « Lis et profite, vois et imite, réfléchis et travaille ; rapporte tout à l’utilité des êtres : c’est travailler pour toi-même. »
Musique : Michaël Mathy.
[1] Chiffres Wikipedia, 2019.
[2] https://www.amazon.fr/L%C3%A9dition-ma%C3%A7onnique-francs-ma%C3%A7ons-lisent-%C3%A9crivent/dp/1099756944/ref=sr_1_1?__mk_fr_FR=%C3%85M%C3%85%C5%BD%C3%95%C3%91&keywords=jiri+pragman&qid=1567750660&s=gateway&sr=8-1
Pour cette 5e chronique dévolue à l’imposant essai Sagesses d’ailleurs de Frederika Van Ingen (J’ai lu), c’est sa rencontre avec des peuples racines d’Amazonie qui interpelle doublement à l’heure où cette vaste région brésilienne se consume à grands feux. Peuples qu’elle rencontra il y a plus de trois ans et qui situe parfaitement le drame qui se déroule actuellement : « Comment des Indiens qui vivent au fin fond de la forêt amazonienne ont-ils pu développer une remarquable qualité d’écoute et de respect des autres ? » La réponse était simple : « La nature est une école des sens et de l’écoute ».
Dans un milieu souvent hostile, ce peuple racine évoluait depuis des siècles avec grande attention, perception et humilité car, dans leur forêt tout était vivant et, pour eux, leur art c’était la vie des gens, leurs flèches, arcs, bijoux, poteries…
« Ces peuples n’ont pas besoin d’édifices religieux, soulignait l’auteure, parce qu’ils les ont déjà, c’est la Nature. Pour eux, le rapport au sacré se traduit dans le rapport au vivant, fondé sur le respect de l’harmonie. L’occidental, lui, vit généralement séparé de la nature, voire au-dessus avec un esprit de supériorité. »
Comme ces prétendus « Grands » de la planète, en quelque sorte, qui vont débloquer quelques millions d’euros pour jouer les bons apôtres, tenter de masquer leurs turpitudes, leur climato-scepticisme et autre capitalisme effréné.
Fin août 2019, La Republica et Le Soir (montage photo) titraient conjointement : « Nous n’avons plus de temps à perdre » mais Frederika Van Ingen, dans ce livre, avait prévu une réponse terrifiante à cette destruction de l’Amazonie qu’elle ne pouvait imaginer il y a quelques années : « Les peuples premiers vivent dans des endroits souvent extrêmes et s’ils ne peuvent plus y vivre, c’est que le reste du monde va mal. »
Musique : Michaël Mathy.
Tout commence par un assassinat. Un poignard planté dans le corps d’un homme allongé dans une chambre d’hôtel. L’assassin a pour but de voler un document dans le portefeuille de la victime. Il y est question de vente d’armes au gouvernement. La scène se déroule de nuit à Shanghaï.
« Assassiner n’est pas seulement tuer… » écrit l’auteur. C’est le début d’un roman de réputation mondiale, écrit par un homme dont le nom est gravé en lettres d’or dans l’Histoire universelle : La Condition humaine d’André Malraux.
Lire pour la première fois ce chef-d’œuvre dans l’édition de 1946 parue chez Gallimard dont les pages sont jaunies par le temps, fut pour moi une révélation concrète au-delà des informations ponctuelles glanées durant des décennies.
Oui, André Malraux fut un auteur génial. Outre l’écriture léchée, c’est la description des personnages, des lieux, de la vie au quotidien, qui est époustouflante avec, par exemple : « Cachés par ces murs, un demi- million d’hommes : ceux des filatures, ceux qui travaillent seize heures par jour depuis l’enfance, le peuple de l’ulcère, de la sclérose, de la famine. »
Il n’était donc pas trop tard de lire ce texte illustre de plus de 400 pages, qui reste d’actualité sous divers aspects.
Un texte qui se poursuit par les minutieux préparatifs et l’insurrection.
André Malraux (1901-1976), essentiellement autodidacte, journaliste anticolonialiste et militant antifasciste, écrivit encore :
« L’ordre ! Des foules de squelettes en robes brodées, perdus au fond du temps par assemblées immobiles : en face, les deux cent mille ouvriers des filatures, la foule écrasante des coolies. Il n’y a pas de dignité possible pour un homme qui travaille douze heures par jour sans savoir pour qui il travaille. »
Et pendant que des ouvrières et ouvriers brandissent des bannières réclamant l’arrêt du travail pour les enfants au-dessous de 8 ans et le droit de s’asseoir pour les ouvrières des filatures, une européenne confie à son amant : « Il n’y a rien de plus prenant chez un homme que l’union de la force et de la faiblesse. Les hommes ont des voyages, les femmes ont des amants. Et ce que les hommes appellent charme et compréhension, c’est la soumission de l’esprit. »
Musique : Michaël Mathy.
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