Fréquence Terre

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Fréquence Terre episodes

  • Nous sommes tous citoyens : « Au progrès de l’humanité » par José Perez

    Beaucoup trop de gens établissent des amalgames éhontés, profèrent des sous-entendus malveillants, émettent des « vérités » qui ne sont que rumeurs, ragots ou mensonges. Certaines personnes connaissent parfaitement bien ce processus qui consiste à les dénigrer, salir ou atteindre dans leur dignité, voire intégrité.

    Ainsi, il en va de « Ce sont des arnaqueurs, des corrompus…», « Ce ne sont que des affairistes, des gauchistes, des anticléricaux… », « Il ou elle doit être fils ou fille de riche, de parvenu, de pistonné… » sans parler de fameux complots mondiaux, le judéo-maçonnique est récurrent en la matière.

    Dans pareil contexte en cette période où les relents de la peste brune se font à nouveau sentir, je conseille vivement la lecture de l’essai de José Perez, Inventeurs et créateurs francs-maçons paru, en 2018, aux Éditions EME.

    On y lit près d’une centaine de portraits « de femmes et d’hommes qui ont inventé, créé, fondé, été les premiers à faire ce qu’ils ont fait. Ils ont écrit, pensé, agi. Tous ont un point commun : la Franc-Maçonnerie. Et tous ont contribué au progrès de l’humanité », souligne l’auteur.

    José Perez.

    Dans ce vivier, j’ai spécialement repéré des personnes qui, par leur cheminement professionnel, sont la démonstration irréfutable que l’on peut être issu d’un milieu social modeste, d’un monde où règne la précarité, être enfant de la classe ouvrière ou paysanne, sans obligatoirement avoir fait des études dans des établissements scolaires réputés et fréquentés par la prétendue future intelligentsia, et avoir marqué de son empreinte la Société.

    Certes, pour ce faire, ils ont eu le courage et la détermination de travailler, la volonté d’entreprendre chevillée au corps et, surtout, des principes moraux, humanistes, fraternels, pas nécessairement portés comme des étendards.

     

    Ainsi, William Frederik Cody (1846-1917), cavalier né dans l’Iowa, développa une sorte de malle postale, puis devint le réputé showman « Buffalo Bill ». Clara Campoamor (1888-1972), orpheline de père dès l’âge de 12 ans, couturière qui, toute sa vie, mena un combat pour le droit des femmes. « C’est à elle que nous devons le suffrage universel, la réflexion sur la dépénalisation de l’avortement en… 1936 ! » souligne José Perez. Walter Chrysler (1875-1940), fils de migrants, passionné de mécanique, mécano aux Chemins de fer, devint le fondateur de la Chrysler Motors Compagny tutoyant les prestigieuses Cadillac, Packard et Lincoln.

    Et, que dire de Jean-Baptiste Clément (1836-1903) qui, adolescent, quitta sa famille et fit de petits boulots tout en exerçant sa passion, la poésie ? Si, à Paris, il vit des travailleurs trimer, de retour d’exil en Belgique, il aperçut dans un village des cerisiers et cela l’inspira, d’où la fameuse chanson saluant l’harmonie originelle entre l’homme et la nature, Le temps des cerises. Bien avant lui, un fils d’agriculteur, féru de mathématiques, Pierre-Simon Laplace (1749-1827), devint un scientifique renommé pour, entre autres, son Traité de Mécanique céleste. Puis, voici, Alexander, un Écossais d’une famille recomposée, septième d’une fratrie de huit sœurs et frères. Très tôt orphelin de père, il s’accrocha au travail, observa la nature et devint Nobel de Médecine, car Alexander Fleming (1881-1955) découvrit la pénicilline et sauva plus de 200 millions d’êtres humains !

    Enfin, pêle-mêle, j’ai encore relevé un imprimeur, éditeur et écrivain autodidacte, Benjamin Franklin, inventeur du paratonnerre ; une orpheline qui se débrouilla toute seule et créa la première école laïque pour filles de Belgique, Isabelle Gatti de Gamond ; un fils de cocher né au cœur de Paris où le prolétariat survivait à peine à la faim et à la soif, Jean Macé devint pédagogue et créa la Ligue de l’Enseignement, inspirant l’école gratuite, obligatoire et laïque en République française ; un imprimeur, Jacques-Étienne Montgolfier, qui, avec son frère, inventa l’aérostat ; un recalé de l’Académie des Beaux-Arts, Alfons Mucha, cité parmi les plus géniaux artistes de l’Art nouveau ; un garçon vivant une prime enfance besogneuse dans les Vosges, apprenti coiffeur, qui créa la Société Protectrice des Animaux (SPA) ; un autre gamin à l’enfance difficile, orphelin de père, arrêté par les nazis avec sa mère, Hugo Praet, devenu un exceptionnel auteur de BD ; un autre écorché par la vie, né de mère inconnue, adopté à un mois, David Thomas, fit fortune avec ses hamburgers (Burger Wendy’s), sans oublier de créer une fondation pour l’adoption des enfants abandonnés…

    Musique : quelques notes du « Temps des Cerises » (Youtube) et  Michaël Mathy : http://www.michaelmathy.be/#music

    10 min
  • « Histoire sacrée du monde » : Qui sont ces fameuses « Initiatrices » ? (1/6)

    Imaginez un prêtre, un imam, un pasteur ou un rabbin, qui prie pour avoir la foi, qui est sincère au plus profond de son cœur et appliqué dans sa pratique, mais qui n’a jamais vécu d’expérience mystique, alors qu’à quelques kilomètres de chez lui, une jeune paysanne ou ouvrière quasiment illettrée vit régulièrement et naturellement ce moment exceptionnel que certains intitulent un « instant d’or pur » ou la « Grande Vérité », voire la « Sagesse suprême ».

    La base de l’imposant essai du théologue et cosmologue Jonathan Black « L’histoire sacrée du monde » (J’ai Lu), tient, selon moi, en cette question qui peut paraître anodine ou dérisoire : « Comment défendre avec assurance les dogmes d’une religion quand on suspecte que d’autres personnes font profondément et directement l’expérience de réalités qu’on ne connaît qu’en théorie ? »

    À présent, entrons dans le vif du sujet ! Toutes les grandes discordes de l’Histoire, les inquisitions, les persécutions, les emprisonnements, les tortures, les exécutions, les guerres, découlent d’un seul point de désaccord originel, selon l’auteur : les scientifiques disent qu’au commencement de l’Univers il y avait le néant et les croyants soutiennent qu’il est l’œuvre de l’esprit fécond de Dieu.

    Autre point fondamental présenté par Jonathan Black : « Oui ou non, y a-t-il une interaction entre l’esprit et la matière ? »

    Ici, Big Bang, mythologie de la création, pensées religieuses et spirituelles, surnaturel… entrent en jeu.

    Les mythes de la création du monde entier, poursuit-il, racontent la manière dont Saturne, l’un des noms de Satan, avait opprimé la Terre-Mère et que le dieu Soleil finit par vaincre ce monstre.

    On est donc dans le concept qui veut que la Lumière finisse toujours par vaincre les ténèbres, en somme.

    Le vieux tyran Saturne passa à la postérité pour avoir dévoré ses propres enfants et ce mythe souligne encore une chose, ce qui est le but du livre : « Ce qui vient à exister peut aussi cesser d’exister » car c’est le propre d’une création que d’être limitée.  Ne dit-on pas que les cimetières sont emplis de personnes qui se croyaient irremplaçables, voire immortelles ?

    « De tout temps, partout dans le monde, des gens ont rencontré des êtres désincarnés auxquels ils donnaient le nom de dieux, d’anges ou d’esprits. La perception qu’ils en ont est teintée de la culture dans laquelle ils ont été élevés. Évidemment, du point de vue scientifique, ces récits ne peuvent être que de simples délires. Mais si ce n’était pas le cas ? Et s’ils relataient des rencontres avec des êtres réels ? » questionne l’auteur.

    De fait, il y a beau y avoir conflit – contradiction même – entre les religions au niveau de la doctrine et du dogme, les récits et les expériences, eux, paraissent très similaires, constate Jonathan Black, qui poursuit : « Sous le nom d’Initiatrice et sous différentes formes, on retrouve dans maintes mythologies une femme dotée de pouvoirs surnaturels pour combattre les forces obscures. De la sorte, elle joue un rôle capital dans l’histoire du monde et, ‘connaître les mythes, c’est apprendre le secret de l’origine des choses’ confirma Mircea Eliade. »

    Les mythes, selon les matérialistes, seraient des éléments de l’inconscient à tel point que Freud évoqua des souvenirs de notre petite enfance pour les dieux qui ne sont rien d’autres que nos parents affublés de costumes, dit-il.

    Les idéalistes, eux, considèrent que les mythes relatent la conscience humaine. Ainsi, mythes, légendes du monde entier, cultures différentes, racontent des histoires identiques sur le fond, différentes sur la forme.

    Alors, vérités psychologiques ou historiques ? Pour l’auteur, il s’agirait peut-être des épreuves que tout être humain, homme comme femme, traverse dans la vie et font partie de son développement.

    Ce qui rend  ridicule l’interdiction faite aux femmes en Anjou, il y a quelques décennies, de descendre dans les caves, les vignerons ayant peur qu’elles fassent tourner le vin avec leurs règles ! Le même motif étant encore invoqué, sous cape, dans certaines Obédiences maçonniques. La lecture de « Histoire sacrée du monde » met implicitement ce genre de poncif en évidence et ce n’est pas négligeable.

     

    Musique : http://www.michaelmathy.be/#music

    Histoire sacrée du monde : mythologie et science sont-elles contradictoires ?     (2/6)

    9 min
  • Rencontre avec Juan Masondo : « Passeur » de musique traditionnelle
    Juan Masondo et notre chroniqueur.

    Juan Masondo, 73 ans, musicien argentin, évoque la musique traditionnelle de son pays d’origine, qu’il transmet depuis des décennies. Une rencontre exceptionnelle avec ce « passeur », véritable mémoire vivante d’une Tradition à sauvegarder et qui démontre que la musique argentine n’est pas que le tango ![1]

    Voici des passages significatifs de son interview, dont la totalité est disponible en podcast, comme des extraits musicaux, repris sous le présent article :

    Je suis venu en Europe quand la dictature a commencé, que les militaires ont donc pris le pouvoir et on m’a conseillé de m’en aller le plus vite possible. Au départ, je voulais poursuivre des études universitaires d’ingénieur agronome, ce que je n’ai pu réaliser faute de concordance entre les niveaux des programmes.

    Alors, comme j’avais appris la musique par mon père et mon grand-père, guitaristes, que je jouais déjà en amateur en Argentine, je suis devenu musicien professionnel en Europe. Comme la guitare avait toujours été présente dans ma famille, eh bien, j’ai poursuivi cette tradition sur le Vieux Continent !

    Un guitariste de talent soucieux de la transmission.

     Juan Masondo a-t-il été tenté par moderniser son répertoire et, en somme, l’adapter à l’ère contemporaine ?

    Pas du tout !  J’ai préféré rester fidèle à la musique traditionnelle, plutôt qu’interpréter des mélanges de musiques folkloriques et modernes en vogue actuellement. Je constate que ce mouvement de musiciens argentins délaisse la tradition. Ils  recherchent une forme d’originalité, mais, pour moi, ce n’est pas obligatoirement « meilleur » que la musique coutumière. C’est la raison pour laquelle, je transmets cette dernière à de jeunes guitaristes. Mais qu’en font-ils ?

     La transmettre à leur tour !

    Peut-être…

    Que vole, donc, la colombe musicale vers d’autres cieux…
    Quelques notes pour « Fréquence Terre »…

     Sur la pochette du CD dont son repris des extraits  pour illustrer le présent reportage, je vois une colombe…

    Je suis un homme de paix et cette colombe symbolise l’envol de la musique vers d’autres cieux…

     Ne lésinons donc pas à écouter cette musique qui relève d’un patrimoine à sauvegarder et, selon ma perception, à propager ! Et que vole encore longtemps la colombe musicale de Juan Masondo…

    [1] Les extraits musicaux sont repris du CD « Palomita Viajera » (www.jopiejonkers.com et decauterfam.be), quintette composé de Juan Masondo (chant, guitare et bombo), Jopie Jonkers (chant et harpe), Koen De Cauter (chant et guitare), Alfredo Marcucci (bandonéon) et Rinus Raaijmakers (contrebasse), 2010.

    9 min
  • Résister, c’est se libérer !

    Decroly. Un nom qui résonne chez des centaines de milliers de personnes, toutes générations, classes sociales, philosophies et religions confondues, tant ce pédagogue éclairé marque encore les esprits et comportements de citoyens.

    Comme l’explique Jean Lemaître dans son ouvrage « Le jour où tout bascula » paru aux Éditions de la Mémoire (MeMograMes), « la pédagogie humaniste du neuropsychiatre Ovide Decroly (1871-1932), a essaimé à travers le monde et ne perd rien de sa pertinence ». Cet humaniste disait que c’est dans la préparation des jeunes à laquelle tout adulte doit participer, que se trouve le gage, le seul, d’un avenir où la justice et le droit dans le travail solidaire l’emporteront sur la force aveugle et l’iniquité.

    Et, l’auteur, avant d’entamer son récit, de clamer que les propos de Decroly relevaient bien « d’une prophétie, plus que jamais d’actualité ».

    Ce récit est celui d’une situation réelle avec en bruit de fond celui des bottes gestapistes et la poignante histoire contée force à une double réflexion majeure : a-t-on vraiment compris les leçons laissées par le nazisme et tout autre régime totalitaire du même acabit et aurons-nous le courage de relever le défi lancé par des résistants à toute forme de dictature sous le cri d’espoir : « Plus jamais ça ! » ?

    Certains s’y attèlent et le livre de Jean Lemaître, sans être un essai spécifique sur la désobéissance civile, la résistance citoyenne ou autre mouvement pacifiste actif contre l’oppression et l’injustice, se fait, par son histoire en forme de reportage, l’écho d’un engagement actif (et pas seulement de belles théories) pour la liberté.

    Un récit historique poignant

    Jean Lemaître.

     Paul, avocat, fervent catholique, et Hélène, modeste vendeuse, étaient les heureux parents de Claude. Ce père attentionné, dont la foi n’empêchait nullement le libre arbitre, décida d’inscrire leur unique enfant à l’École Decroly, établissement considéré avant la Seconde Guerre mondiale comme, je cite, « un nid de libéraux et de socialistes anticléricaux où l’on pratiquait une pédagogie sulfureuse, axée sur l’expérimentation et le libre examen. »

    Claude s’y épanouit, se fit des amis, alors que Madame Libois, leur enseignante, leur apprenait à « respecter les faits et à suspecter les interprétations », les éveillait à l’esprit critique, développait leurs capacités de raisonnement, de jugement et d’intuition.

    Dans la nuit du 10 au 11 mai 1940, Claude fut réveillé en sursaut. Comme des millions de gens, d’ailleurs. Les nazis commençaient à déferler par vagues successives sur l’Europe.

    Alors, au fil du temps, l’École Decroly accueillit de jeunes réfugiés, des juifs, de faux étudiants pour échapper au Travail obligatoire en Allemagne. Abraham, le pote de Claude, dut porter l’étoile jaune, l’aviateur anglais caché chez Paul et Hélène échappa de peu aux gestapistes, mais la famille fut dénoncée, arrêtée, incarcérée. Claude fut libéré quelques mois plus tard, ses parents menacés de mort.

    Durant cette période, le réseau de l’École Decroly joua son rôle clandestin, une véritable armée de l’ombre de toutes les composantes de l’établissement qui, de la sorte, faisait honneur aux principes fraternels d’Ovide Decroly.

    Hélène fit la folle et expédiée dans un asile allemand, son cher Paul fut déporté, Claude trouva refuge en province grâce audit réseau.

    Un mot d’ordre émanait de celui-ci, malgré la faim, les trahisons, les tortures, les arrestations, les exécutions : « Résister, c’est se libérer ! »

    Le dernier ouvrage de Jean Lemaître paru chez le même éditeur : « Signé Zarco ! », ou le Christophe Colomb portugais.

    Si les derniers chapitres sont touchants, grâce soit rendue à l’auteur de ne pas tomber dans le pathos : on y apprend qui livra la famille de Claude à la Gestapo, le sort d’Hélène et de Paul, celui de rescapés qui, vaille que vaille, tentèrent de se reconstruire malgré des existences parfois tourmentées, et, aussi, ce qui traduit bien la philosophie « decrolienne » : « Partir d’une feuille blanche, rabibocher les pays entredéchirés pour rebâtir une Europe unie ».

    Hélas, le bruit des bottes se fait à nouveau entendre au loin, comme si l’adage « L’Histoire est un éternel recommencement » était inscrit dans les gênes des humains.

    D’où, me semble-t-il, de lire ou de relire cet ouvrage pour tenter de contredire cette hypothèse.

    Musique : extraits de Concerto pour flûte R433 de Vivaldi par Ensemble Baroque (Youtube)

    8 min
  • « Mains qui créent sont mains qui pensent »

     

    De manière récurrente, on entend encore dire que le terme « profession » signifie travailleur intellectuel, tel un professeur, alors que le mot « métier » s’adresse au travailleur manuel, à l’ouvrier ou à l’artisan, par exemple. Fausse affirmation, bien sûr, comme s’il ne fallait pas penser pour exercer un métier, en somme !  Dans le cadre des « Journées européennes des Métiers d’Art 2018 », « Fréquence Terre-RFI », en partenariat avec le magazine « POUR », a été à l’écoute de Pascal Mulpas[1], Maître restaurateur d’oeuvres d’art, et d’Arnaud Étienne[2], tailleur de pierre et ébéniste, formé durant une décennie à l’école du Compagnonnage. Leurs témoignages sont la preuve qu’au-delà de l’excellence à manier les outils, un véritable devoir de transmettre leur immense savoir les habite.

    « Mains qui créent sont mains qui pensent », est la devise d’André Colpin[3], artisan papetier et Maître graveur à Bergerac, Compagnon du Devoir et du Tour de France sous le nom de « Liégeois la main royale ». Je la partage volontiers en souvenir d’un passé ouvrier, étant devenu « passant » via les médias, entre autres, et une bonne occasion de surenchérir avec cette autre citation compagnonnique qui m’est chère : « La main est la prolongation de l’esprit » et, de la sorte, donner successivement la parole à Pascal Mulpas, puis à Arnaud Étienne.

     Un supplément d’âme

    Pascal Mulpas, Maître restaurateur de tableaux des XVe et XVIe siècles.

     Voici quelques extraits de l’interview de Pascal Mulpas ([4]) :

    « Restaurateur en œuvres d’art spécialisé en restauration de tableaux, je transmets mon savoir-faire à de jeunes stagiaires qui viennent se former dans la restauration de tableaux des XVe et XVIe siècles.

    Travail de restauration.

    L’important est de transmettre son savoir aux jeunes générations pour qu’elles puissent reprendre le flambeau. Mais, la maîtrise cela s’apprend, jusqu’au moment où on atteint une autonomie. C’est cela la transmission, le Compagnonnage, c’est l’accompagnement par de praticiens et des techniques, celles-ci passant par la maîtrise de la main et de l’œil.

    L’importance dans la restauration est le regard humain qui transmet à la main. Nos métiers ont encore cette sensibilité de donner un ordre à la main, ce qui ne sera jamais le cas avec une machine ou un ordinateur. Chez l’artisan, il y a une poésie, un supplément d’âme… »

    Des valeurs humanistes

    Arnaud Étienne, Compagnon tailleur de pierre et ébéniste, interviewé par Pierre Guelff.

     Extraits de l’entretien que nous avons eu avec Arnaud Étienne, tailleur de pierre et ébéniste :

    « Au-delà d’apprendre un métier, ce que j’ai appris dans le Compagnonnage, c’est d’abord une vie en communauté. On forme un homme ou une femme autour ou grâce à un métier.

    Harmonieuse oeuvre composée de différents matériaux.

    Il y a l’apprentissage manuel des techniques de base et, à côté de cela, on a tous une culture à acquérir. Celle-ci nous vient de voyages, d’année en année, de ville en ville, d’entreprise en entreprise, en France, à l’étranger, et on côtoie des personnes différentes, des cultures différentes, des façons de travailler différentes, c’est tout ça qui permet de créer une encyclopédie du savoir du métier, culturel et humain.

    Au sein du Compagnonnage, nous essayons d’apprendre des valeurs humanistes par le métier. Devenir un Homme ou une Femme ! Quelqu’un qui a des valeurs.

    Ensuite, notre devoir de Compagnon est de transmettre ce savoir. Un métier ne nous appartient pas. On le prend, on l’utilise, on le bonifie et ensuite on le transmet aux générations futures, comme le fit mon grand-père qui m’a transmis l’amour des métiers du bois, de la pierre et du métal… »

    [1] www.espace14emeart.eu

    [2] www.a-etienne.com

    [3] https://www.artmajeur.com/andrecolpin/

    [4] La totalité des interviews : podcast ci-dessous.

    10 min
  • L’amour peut-il effacer les cicatrices ?

    Avec « La délivrance d’Ella Soler » de François Fourrier paru chez Albin Michel, il s’agit d’un roman initiatique qui évoque d’inqualifiables tortures, viols et autres violences faites aux femmes, parfois même à de très jeunes filles. Cet ouvrage est, selon l’auteur, le « récit mythique d’une vocation » et il évoque le jour de l’indépendance de l’Algérie, le 5 juillet 1962, des représailles aux drames de la guerre et une impossible résilience.

    L’éditeur précise encore : « Dans le sillage des grands écrivains médecins, François Fourrier nous entraîne, des contrées lointaines du Hoggar aux rives du lac Léman, au cœur de la vérité des êtres. »

    Marie-Paule, collaboratrice à « Fréquence Terre » et lectrice attentive.

    Collaboratrice à « Fréquence Terre », Marie-Paule a lu ce roman et nous livre son avis :

    « Je ne savais pas que la violence faite aux femmes décrite par l’auteur, pouvait être aussi marquante. Hélas, elle semble se retrouver dans toutes les guerres… François Fourrier raconte l’impossible résilience d’Ella, le personnage principal qui n’accède pas au bonheur, tel qu’on le conçoit aujourd’hui dans la société.

    Cependant, elle poursuit sa vie malgré les tortures endurées, alors qu’elle aurait pu mettre fin à son existence. Donc, selon moi, il y eut quand même résilience… »

    2 min
  • « La fraternité diminue les inégalités et préserve la différence » (Albert Jacquard)

    Dans le vaste débat sociétal au sujet de l’égalité entre les hommes et les femmes, ces dernières ont eu bien du mal à être admises dans différentes sociétés philosophiques, alors que, autres exemples significatifs, elles ne peuvent pas espérer une place dans la hiérarchie de l’Église catholique romaine, et, au niveau de l’emploi, les statistiques sont claires : à travail et compétences égaux, les femmes perçoivent un salaire moindre que les hommes. Au moins 20%, selon de récentes sources.

    Si, dans un lointain passé, réel ou légendaire, certaines femme tenaient un rôle majeur (prophétesses et oracles en Grèce antique, le Christ ressuscité serait réapparu en premier lieu à Marie de Magdala…), depuis le Haut Moyen Âge elle a dû subir le régime patriarcal.

    Même au sein d’une institution initiatique séculaire comme la Franc-Maçonnerie et ses nobles préceptes de liberté, d’égalité et de fraternité, la femme était refoulée.

    Néanmoins, petit à petit, grâce à des luttes incessantes, les choses évoluent.

    C’est certainement à cela que pensèrent les organisateurs de la remarquable exposition « Les Femmes frappent à la porte du Temple » qui se tient jusqu’au 14 avril 2018 au Musée belge de la Franc-Maçonnerie[1].

    Laetitia Carlier, conservatrice dudit musée et commissaire de l’exposition, y explique que « la femme a donc dû attendre longtemps que la société l’accepte comme personne à part entière dans la vie active et avant que la maçonnerie ne s’ouvre à elle et lui laisse la possibilité de trouver sa place au sein de cette communauté de pensée. Que ce soit par le biais de la franc-maçonnerie mixte ou uniquement féminine – choix fait selon la sensibilité et les attentes de chacune – la femme en maçonnerie est une histoire récente, mais néanmoins en pleine expansion »[2].

    Des documents historiques, bijoux, ornements, symboles, représentations iconographiques…, spécifiques aux Loges féminines y sont exposés et proviennent d’une cinquantaine de loges, dont la preuve d’une réelle solidarité de la part de franc-maçonnes françaises lors de la constitution d’une loge féminine belge, alors que cela relevait encore d’une démarche très mal vue comme l’indiquait ce titre du quotidien catholique « La Libre Belgique » du 25 avril 1929 : « Les femmes dans la franc-maçonnerie : comment elles ont forcé (sic) les portes de la Maçonnerie belge ».

    « Lady free-mason » (photo extraite du catalogue de l’exposition).

    J’ai aussi relevé ces mots sur la Charte de Constitution de « L’Épi » (en 1978) à Charleroi : « Par la constance, elles sont unies », vu le portrait d’Élisabeth St Léger ou Lady Aldworth dite « The lady free-mason » (photo ci-contre), considérée comme la première femme à avoir été initiée. Son appartenance à la Franc-Maçonnerie apparaît même sur sa tombe dans l’ancienne cathédrale anglicane irlandaise Saint-Finbarr de Cork : « Initiée à la franc-maçonnerie dans la Loge n°44 de Doneraile Court… »…

    Assurément, le but de cette exposition ne fait que corroborer une déclaration du généticien Albert Jacquard : « La fraternité a pour résultat de diminuer les inégalités tout en préservant ce qui est précieux dans la différence. »

    Mais, comme le démontre implicitement « Les Femmes frappent à la porte du Temple », il reste encore beaucoup de pain sur la planche.

     

    [1] 73 rue de Laeken, 1000 Bruxelles.  www.mbfm.be

    [2] Conclusion du catalogue de l’exposition

    4 min
  • Noire ou bleue ? d’Isabelle Fable (Audace)

    De « La  vie en rose » d’Edith Piaf à « Noire ou bleue » d’Isabelle Fable (Éditions Audace), d’une chanson mythique à un recueil de nouvelles qui « secouent », il y a une sensibilité, une écoute et une observation de l’âme humaine à fleur de peau, tant chez l’interprète que chez l’auteure.

    Dans le premier texte d’Isabelle Fable, l’évocation d’une explosion dans une galerie minière à huit cents mètres de profondeur, donne au lecteur des frissons d’angoisse quand elle nous livre celle de Pierrot, un jeune d’une vingtaine d’années, qui rêvait de devenir jardinier et qui est coincé dans un boyau qui peut devenir, d’un instant à l’autre, celui de sa mort.

    Il a beau clamer qu’il voulait mourir au soleil, ses compagnons de détresse et lui ne remonteront peut-être plus jamais à l’air libre.

    À ses côtés, dans la poussière, le noir, les halètements, la terreur, il y a Hubert, le grand Jean et le petit Pol. Le premier allait devenir son beau-père. Du moins, il l’espérait. Mathilda et Pierrot avaient le projet de s’unir et de voir la vie en rose sous un ciel tout bleu.

    Et puis, dans le boyau, voici un cheval, momentanément rescapé. Cela fait un bail qu’il y tire les wagonnets et le charbon venu des entrailles de la terre. Douze ans, précisa Hubert à ses jeunes collègues. L’animal cherche aussi la sortie. Sa « Mathilda » l’attend peut-être dans un pré verdoyant près de l’arbre où siffle un oiseau bleu.

    Isabelle Fable.

    Ainsi, le petit ouvrage de 80 pages d’Isabelle Fable rassemble cinq nouvelles, touchantes, émouvantes, parfois teintées d’un brin d’humour : « Les oiseaux ont toujours occupé une place de choix dans la famille Pinson », des nouvelles principalement couronnées de prix décernés lors de concours littéraires. Des lauriers bien mérités.

    4 min
  • Pierre Rimbert (Le Monde diplomatique) : L’info pour les pauvres, l’info pour les riches (rediffusion)

     

    Attention ! La chronique qui suit va déranger ! Du moins, ceux qui, naïvement, clament encore que « c’est dans le journal, donc c’est vrai ! »

    Rencontrer et écouter Pierre Rimbert du « Monde diplomatique »[1] durant plus d’une heure sur le thème de la liberté de la presse (conférence à l’IHECS, école de journalisme et communication, Bruxelles, le 9 novembre 2017), c’est vivre une plongée structurée et implacable qui demande quasiment un engagement immédiat afin que certains décideurs et politiques arrêtent de prendre les citoyens pour des sous-développés intellectuels et culturels !

    Première question à Pierre Rimbert : qui possède la presse (en France, et c’est valable pour d’autres pays, bien entendu) ?

    – De gros industriels, des milliardaires, de grandes familles. Avec ces dernières, on peut parler de féodalité héréditaire et transnationale.

    Pourtant, on dit que la presse va mal ? Dès lors, pourquoi achètent-ils des journaux qui coulent, par exemple ?

    – Parce que c’est une accessibilité au pouvoir. Et les patrons de presse savent très bien que les politiques vont venir manger dans leurs mains !

     Quelques exemples édifiants

    Pierre Rimbert

     Pierre Rimbert évoque quelques exemples précis pour corroborer cette entrée en matière et poursuivre sur la mainmise de ces patrons de presse  à divers niveaux :

    • TF1 ne parlera jamais des problèmes de bétonnage défectueux dans les centrales nucléaires, puisque c’est le constructeur Bouyghes qui est également le patron de la première chaîne d’Europe du JT de 20 heures ! Canal+ n’évoquera pas le sort des ouvrières dans certaines usines dont Bolloré est aussi le patron. Quant au Figaro, il ne tarira jamais assez d’éloges sur la vente d’avions construits par Dassault, propriétaire de ce média.
    • Alors, leur politique est la suivante : on va faire ce qui intéresse les gens, car ça nous rapporte de l’argent ! C’est la censure par l’audience. Ils vont diminuer les budgets pour des reportages d’investigation pour faire place, par exemple, à un Cyril Hanouna, payé quelque 250 millions d’euros !

      Et la déontologie journalistique dans tout ça ?

      • Eh bien, quand vous êtes propriétaire d’un journal, vous nommez des rédacteurs en chef et des directeurs éditoriaux qui ne vous contrediront pas ! À vrai dire, les médias peuvent à présent se vendre ou s’acheter comme des bottes de poireaux, car l’info est devenue une marchandise !
      • Et ce n’est pas tout…

        • L’info est devenue 64% du copié-collé, 40% des Américains lisent les informations sur Facebook, qui les filtrent, bien sûr, malgré leur slogan : « On distribue les « bons » messages ! », ce qui, à vrai dire, leur fait dix milliards (de dollars) de recettes par semaine ! Et puis, voici certaines rédactions qui confient à des robots l’information. Ils sont basés sur des algorithmes qui mesurent la densité des sujets minute par minute en fonction des recherches opérées par les gens sur les moteurs de recherche !
        •  (re)trouver une info de qualité ?

          Pierre Guelff (Fréquence Terre), Jean-Claude Garot (Pour) et Pierre Rimbert (Le Monde diplomatique) : pour une presse libre et indépendante !

           Si on ne change rien, si on ne refonde pas la presse, adieu, donc, à une information de qualité !

          – Je constate que les commentaires de presse sont encore fort prisés par des lecteurs et c’est la preuve que des gens sont intéressés par le véritable travail journalistique. Il faut donc profiter de la masse d’informations et trois interventions sont à envisager :

          1. Faire savoir ce que je viens de vous dire !
          2. Soutenir la presse indépendante du « Monde diplomatique » à « POUR » en passant par des radios (« Fréquence Terre ») qui osent faire de la vraie info sans contrainte aucune et qui prônent la liberté d’expression, en somme.
          3. S’appuyer sur les deux points précédents pour revendiquer que la presse qui est aux mains de « puissants » en tienne compte, eux y compris !
          4. En conclusion (provisoire) : pas question d’une info « banale » pour les pauvres et une info de « qualité » pour les riches !

            [1] Membre d’Acrimed (ActioncritiqueMédias) et auteur de « Libération, de Sartre à Rothschild », Liber-Raison d’Agir (2005).

            6 min
          5. L’homme-joie de Christian Bobin (Folio)

            Invité de choix à La Grande Librairie (France 5), Christian Bobin creva le petit écran par des propos que l’on retrouve, entre autres, dans L’homme-joie (Folio) : Écrire, c’est dessiner une porte sur un mur infranchissable, et puis l’ouvrir.

            Alors, on a écouté et lu :

            Des cavaliers noirs partout. Un bruit d’épées au fond des âmes. Eh bien, ça n’a aucune importance. Je suis passé devant un étang. Il était couvert de lentilles d’eau – ça oui, c’était important. Nous massacrons toute la douceur de la vie et elle revient encore plus abondante.

            La guerre n’a rien d’énigmatique – mais l’oiseau que j’ai vu s’enfuir dans le sous-bois volant entre les troncs serrés, m’a ébloui.

            J’essaie de vous dire une chose si petite que je crains de la blesser en la disant.

            N’ayez aucune crainte, Christian Bobin, vos paroles sont tellement vraies et précieuses qu’elles ne peuvent faire aucun mal. Sauf, peut-être à ceux que la conscience est aussi noire que les cavaliers-guerriers ! a-t-il été ajouté.

            Profitons-en encore pour découvrir quatre citations, reflets d’une profonde sagesse :

            Le miracle arrive quand s’éveille ce qui dormait sous nos yeux et les remplace par des yeux d’or. Ils s’ouvrent et d’un seul rayon brûlent les apparences de la vie comme celles de la mort. Enfin, on voit, enfin on sait même s’il est très difficile de dire ce que l’on sait, ce que l’on voit…

            Quand ils voient un miracle la plupart des gens ferment les yeux.

             Il n’y a jamais eu d’autre énigme que celle du surgissement d’un humain dans sa voix, dans ses mots, dans l’incendie d’un silence.

             Le silence, ce cadeau des anges dont nous ne voulons plus, que nous ne cherchons plus à ouvrir.

             J’ai fait la course sur la terrasse avec une fourmi et j’ai été battu. Alors je me suis assis au soleil et j’ai pensé aux esclaves milliardaires de Wall Street.

            3 min

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