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  • Père Christophe Boccheciampe : du 9 au 15 janvier
    durée : 00:55:53 - Il ne fait jamais de grasse matinée le dimanche, ni même d’ailleurs les autres les jours de la semaine. Alors que la rive Sud se réveille doucement en ce dimanche de décembre, le Père Christophe est déjà sur la route qui le mène à l’Isulella, sur la commune de Pietrosella, où il célèbrera dans quelques heures l’office dominical dans la petite église Sainte Monique : _« Nous passons l’hiver au chaud ici car l’église à Purtichju a d’importantes fuites d’eau l’hiver, nous sommes dans l’attente d’une nouvelle église qui sortira de terre on l’espère très vite »._
    La vocation ? Christophe Boccheciampe l’a eue grâce à un prêtre, à l’adolescence, qui lui a donné goût à la prière, le sens de l’Eucharistie et qui lui a fait découvrir le rôle du prêtre dans une communauté. Le Père Christophe est parti un an au séminaire à Marseille, s’en sont suivies deux années au séminaire interdiocésain en Avignon pour apprendre le cycle de la philosophie, avant de passer 3 ans à Aix\-en\-Provence. Retour ensuite en Corse. Christophe Boccheciampe est ordonné diacre en 2006 à Ghisunaccia, puis prêtre un an plus tard, le 1er juillet 2007 à Cervioni d’où il est originaire : _«J’avais en charge tout le secteur de Cervioni jusqu’en Castagniccia, j’ai commencé à travailler avec l’abbé Olive Tagliazucchi et le Père Adalbert »_ poursuit le curé.
    ## Des châtaigniers aux palmiers
    Il y a 4 ans, Monseigneur de Germay, actuel évêque de Corse, lui demande de rejoindre la Corse du Sud. Le Père Christophe quitte les montagnes de Castagniccia pour les plages de la rive Sud d’Ajaccio où il exerce son ministère depuis 2013 : _« J’ai l’habitude de dire que je suis passé des châtaigniers aux palmiers. Je me plais beaucoup sur ce secteur, c’est une très belle expérience que je vis avec de nouveaux projets et de nouvelles rencontres, c’est une autre perspective pour moi »_ confie l’homme d’Eglise.
    Son secteur inter\-paroissial compte neuf communes qui s’étendent sur la rive Sud d’Ajaccio. De Coti\-Chjavari à Bastelicaccia, en passant par Pietrosella et Purtichju, sans oublier la montagne avec la vallée du Prunelli, Bastelica, Tolla, Ocana, Eccica\-Suarella et Cavru, un secteur important pour le curé : _« En plus de ma mission au quotidien sur ce secteur, j’assure l’aumônerie de l’enseignement catholique à l’école Saint Joseph à Ajaccio, je suis chapelain de l’ordre Saint Lazare et depuis peu aumônier des sapeurs\-pompiers de Corse du Sud, je suis très peu à la maison ! » ._
    Pour l’aider, le Père Christophe peut compter sur le soutien indéfectible du diacre Ange\-Marie Bastelica : _« Il me donne un sacré coup de main sur le secteur, j’ai une totale confiance en lui, si j’ai une impossibilité, je sais qu’il veillera à ma place»._
    ## Misère aussi visible au soleil
    La population globale du secteur inter\-paroissial de la rive Sud d’Ajaccio et dans la vallée du Prunelli est estimée entre 10 000 et 15 000 personnes l’hiver, multipliée par dix à l’arrivée de l’été. Le curé est souvent sollicité au\-delà des offices et est souvent invité chez les gens : _«Le prêtre est celui qui vit avec sa communauté »_ insiste Christophe Boccheciampe. L’homme d’Église tient aussi à son rôle social et de confident.
    > « Nous devons être attentifs sur ce qui ne va pas et faire attention à la pauvreté ou bien à l’isolement dans les villages notamment. Le prêtre est la partie visible de la Miséricorde de Dieu, il n’a pas à juger les gens, on doit aider la personne à avancer avec ce qu’elle est et en la relevant. Vous savez, sur la rive Sud, il n’y a pas que des gens riches contrairement à ce que l’on pense ».
    9h. Le Père Boccheciampe arrive sur le terre\-plein de l’église Sainte Monique à l’Isulella. À une heure de la messe dominicale, les bénévoles sont déjà sur le pont depuis quelques heures pour préparer l'office religieux. Il sont quatre\-vingt sur le secteur. Patrick est l’un d’entre eux. Il a intégré l’équipe il y a quelques mois. _« C’est le Père Christophe qui m’a donné envie de devenir bénévole et de m’occuper de l’église. Grâce à lui, je reviens à la messe et je participe à la vie de la paroisse, ça été une révélation pour moi »_ souligne le sexagénaire.
    Des compliments qui ravissent le curé mais pour autant le Père Christophe reste modeste. _« C’est vrai que j’ai la facilité d’aller rencontrer l’autre mais je ne fais que remplir la mission que m’a confié Dieu »._
    Christophe Boccheciampe entend bien poursuivre son travail ces prochaines années sur la rive Sud d’Ajaccio et dans la vallée du Prunelli, avec en point d’orgue le projet de la nouvelle église de Purtichju. Un ministère sous les palmiers avant de retrouver peut\-être un jour les châtaigniers.
    56 min
  • Oriano Choron, chauffeur-routier : du 2 au 8 janvier
    durée : 00:56:00 - 7h30 sur le port de commerce d'Ajaccio. Comme chaque matin, Oriano Choron guette au volant de son camion les remorques qui descendent du bateau. Le ballet incessant des dockers donne le tempo de la journée : _« Aujourd'hui, il y a l'air d'y avoir de la marchandise, on ne sait jamais ce qu'il y a dans les remorques, mais vu mes destinations du jour, je sais que je vais transporter des matériaux de bâtiment »._
    Oriano a 36 ans, cela fait 3 ans qu'il est à la tête de l'entreprise familiale Altagna, créée par son père en 1991\. _« Mon père s'est mis à son compte au début des années 90 et a voulu créer sa propre société. Auparavant il était salarié chez un autre transporteur, il travaille sur le port d'Ajaccio depuis 1973 »._
    Ce matin, le jeune transporteur a deux destinations : Baleone et Sagone, il va livrer une grosse entreprise de matériaux : _« Le métier a évolué et la marchandise aussi. Avec toutes les constructions dans la région ajaccienne, on est souvent amené à transporter ce genre de matériaux pour le bâtiment »_ poursuit le trentenaire. Oriano Choron est un passionné de camion et de mécanique, avant de faire ce métier, le chauffeur était gérant d'un garage : _« La mécanique me passionne depuis toujours, même si aujourd'hui le métier évolue comme les camions, et les chauffeurs routiers mettent de moins en moins les mains dans le cambouis »._
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    ## Crise de vocation
    Oriano vient de finir d'attacher sa remorque, après quelques vérifications techniques, le transporteur se met en route pour sa première destination de la matinée : Baleone, à la périphérie d'Ajaccio.
    Aujourd'hui, il emploie neuf chauffeurs\-routiers, des professionnels qui ont pour mission de transporter de la marchandise en Corse mais aussi sur le Continent et même à l’Étranger : _« À l'époque, nous faisions beaucoup de pays européens, il nous arrive aujourd'hui encore de nous déplacer à l’Étranger. Personnellement, j'ai pas mal roulé à l'international, j'ai préféré ensuite arrêter. Cela a son charme, on découvre d'autres choses mais c'est contraignant quand on a une vie de famille »._
    Un métier qui a donc ses contraintes, le jeune chef d'entreprise a d'ailleurs bien du mal à trouver des chauffeurs\-routiers en Corse. _« Le métier ne plaît plus je pense, mais la crise de vocation est nationale. Le métier est dur quand vous avez une vie de famille et que vous devez partir durant une semaine en mission. Les chauffeurs peuvent travailler jusqu'à 49h par semaine. Vous gagnerez toujours mieux votre vie si vous partez travailler sur les routes du continent ou de l’Étranger. Bien qu'il soit possible d'obtenir son permis poids\-lourd en Corse, je n'arrive pas à trouver des chauffeurs chez nous. J'emploie donc des Continentaux, c'est regrettable de ne pas pouvoir donner du travail à des Corses »_ poursuit le transporteur.
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    ## Une économie fragile
    Difficile de parler de marché ou de contrat pour un transporteur, Oriano Choron préfère le mot « clients », il souhaiterait pouvoir développer son entreprise mais la conjoncture économique est fragile : _« J'employais l'année dernière 11 chauffeurs, je n'en ai plus que 9 aujourd'hui. On est tributaire comme dans beaucoup de secteurs de la conjoncture économique, nous avons subi durant des années les grèves dans le transport maritime, cela a eu de lourdes conséquences. Il y a aussi beaucoup d'entreprises de transport en Corse, sans compter les chauffeurs étrangers qui viennent travailler, il faut donc s'adapter»._
    > _Les routes en Corse sont ce qu'elles sont. On est loin des belles infrastructures routières de Sardaigne ou du Continent, il nous faut 4h pour faire Bastia\-Ajaccio, ce qui engendre de la perte de temps. Autre problème, le gazole plus cher qu'ailleurs et nous en consommons 24% de plus ici que sur le Continent !_
    Il est midi, le transporteur est de retour à Ajaccio, sa journée sur les routes est terminée. Cet après\-midi, le chef d'entreprise, à la tête depuis quelques temps du syndicat des petits transporteurs corses _Strada Corsa_, se consacrera aux tâches administratives au bureau. Avant de remonter dès demain matin à bord de son 38 tonnes. On the road again…
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    56 min
  • Castanéiculteur à Ota : du 5 au 11 décembre
    durée : 00:57:54 - Un matin d'octobre dans l'ancienne pieve du Sia. La rosée matinale coule délicatement sur les feuilles des châtaigniers centenaires. La fraîcheur est vive. En face, dans ses habits d'automne : le village d'Ota a l'allure d'une carte postale, le tumulte estival n’est déjà plus qu'un lointain souvenir. Nous sommes sur l'exploitation de Jean\-Dominique Franchi, l'agriculteur est en pleine récolte des châtaignes depuis quelques jours. Ces gestes, il les répète chaque année, à pareille époque depuis près de 40 ans : _« j'ai commencé à cueillir les châtaignes avec mes parents à l'âge de 10 ans, à l'époque on les faisait sécher pour les cochons, ensuite j'ai aidé mon beau\-frère qui est castanéiculteur et c'est comme ça que cette passion m'est venue »_ souligne le quinquagénaire.
    ## Cueillette entre Ota et Rennu
    Jean\-Dominique est un enfant d'Ota\-Portu, il a grandi au village et y a appris le métier : _« ce qui me plaît le plus c'est de cueillir les châtaignes, ce fruit de l'arbre que nos anciens ont planté »._ Le castanéiculteur travaille sur l'exploitation de son cousin, ici tout est une histoire de famille : _« les châtaigniers appartiennent à mon cousin, il m'aide beaucoup, c'est lui qui va sécher ensuite les châtaignes durant 25 jours au séchoir, nuit et jour car le feu doit être sans cesse alimenté »._ _L'Umbriccia_, nom de l'exploitation, est composée de 50 pieds de châtaigniers, Jean\-Dominique cueille essentiellement deux variétés de châtaignes : _l'insidina_ et a _tricciuda_.
    Le castanéiculteur ne récolte pas que dans son village d'Ota mais également dans la microrégion des Deux\-Sevi et des Deux\-Sorru, à quelques kilomètres de là. « Je ramasse aussi à Rennu, à Evisa et à Marignana, ce sont des amis qui me donnent l'opportunité de cueillir sur leur terrain, je ne les remercierai jamais assez ».
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    ## 100 Kg par jour
    À partir de la mi\-octobre, le castanéiculteur commence sa récolte après avoir installé les filets, 10 jours avant que tombent les châtaignes : _« je débute vers le 20 octobre, la récolte dure entre 10 et 15 jours, tout va dépendre des conditions météorologiques »._ Ensuite, l'agriculteur a sa technique pour la cueillette « je tiens mon tricot entre les dents et je cueille avec les mains, j'ai un ramasse\-feuilles comme seul outil ».
    Avant d'emmener les châtaignes au rataghju de son cousin, Jean\-Dominique prend la peine de les tremper dans l'eau entre 5 et 6 jours : « cela permet de se débarrasser des vers, ils meurent plus facilement ».
    Le castanéiculteur récolte en moyenne entre 1 tonne et demie et 2 tonnes de châtaignes par an, soit 100 kg par jour mais il reconnaît que les années ne sont jamais les mêmes : _« nous sommes tributaires de la météo bien sûr, je ne me prononce jamais tant que je n'ai pas la farine de châtaigne dans les mains, mais je peux quand même vous dire que cette année la récolte a été bonne »._
    Malgré une production très honorable, l'agriculteur ne fait pas du métier de castanéiculteur sa profession principale, Jean\-Dominique est également oléiculteur : _« c'est difficile d'en faire son métier, en plus je ne touche aucune aide, ni pour la production de châtaigne, ni pour l'huile d'olive, ça a été un choix de ma part »._
    58 min
  • Domaine Mavela : du 21 au 27 novembre
    durée : 00:55:39 - Stefanu Venturini est la relève. Quand il parle de la réussite du Domaine Mavela qu'il dirige aujourd'hui, il rend hommage à son père, Jean Claude Venturini, créateur de l'entreprise, route de Casa Pieraggi. _« Il a eu l'idée complètement folle de se lancer dans les produits alcoolisés, mais grâce à lui, aujourd'hui on en récolte les fruits »_ souligne le jeune chef d'entreprise.
    Le domaine Mavela est né d'un constat dressé par Jean\-Claude Venturini devant une problématique agricole. Les prunes corse étaient envoyées sur Agen, celles qui n'étaient pas calibrées – autrement dit une grosse partie – étaient tout simplement jetées. _« Plutôt que de les jeter, mon père a eu l'idée de transformer ces prunes en eau de vie, ensuite est venu le raisin. Puis très vite, ces deux eaux de vie ont été médaillées au concours national à Paris, et c'est ainsi que l'histoire a continué »._
    Le créateur du Domaine Mavela a ensuite développé l'idée de la distillerie et a construit un lieu fait pour accueillir et orienter les visiteurs. _« L'étape la plus importante a été de poser ces fondamentaux qui sont le travail de produits locaux et un maximum de partage et d'échange avec les autres agriculteurs, producteurs ou encore vignerons. Nous continuons à nous attacher à ces fondamentaux aujourd'hui »_ poursuit Stefanu Venturini.
    ## Des liqueurs au whisky
    À 34 ans, Stefanu est donc le nouvel homme fort du Domaine Mavela. À la continuité de l'entreprise, il y associe son frère Lisandru et son cousin Nicolas et tous les employés qui continuent à perpétuer ce savoir\-faire, soit près de vingt salariés exerçant des métiers différents.
    > Quand j'ai rejoint l'entreprise en 2000, j'ai monté avec mon père le projet du whisky PM, très vite, il m'a laissé cette chance de m'exprimer et m'as transmis le domaine.
    Aujourd'hui, le Domaine Mavela confectionne des liqueurs de fruits et eaux de vie en y associant la myrte, le cédrat, la châtaigne ou encore la framboise, du limoncello, des apéritifs comme le Cap Corse et 2 variétés de whisky. Des produits vendus et distribués sur le marché insulaire et à l'export.
    _« Une partie de notre gamme est destinée aux cavistes, l'autre aux grandes surfaces, et nous avons aussi un marché de niche comme les palaces parisiens »_ poursuit Stefanu Venturini.
    Aujourd'hui, le domaine Mavela est leader en Corse sur le marché de la liqueur et de l'eau de vie.
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    ## Continuité et développement
    L’entreprise travaille depuis des années sur l’export. Le marché national et international reste confidentiel concernant les liqueurs de myrte, de cédrat ou de châtaigne. En revanche, le whisky PM connaît un certain succès. _« Il se vend très bien, on est dans pas mal de pays à travers le monde mais nous n’avons pas les quantités pour fournir ce marché du fait qu’on veut faire un produit de qualité, le whisky est un produit qui nécessite beaucoup de vieillissement. Malheureusement, ce que nous avons distillé les années précédentes nous suffit pas aujourd’hui à répondre à la demande »_ souligne Stefanu Venturini.
    Pour le jeune patron, l’avenir du domaine passe par la poursuite du travail commencé dans les années 90 « avec toujours autant de plaisir et de continuer à faire des produits de qualités. La marque ne s’interdit pas de continuer à s’ouvrir à d’autres entreprises et à d’autres aventures. _« Nous souhaiterions continuer à développer la gamme, si des nouvelles rencontres se font et si on a la capacité à le faire. Cela passera par l’obtention de nouvelles certifications. Quand nous les détiendrons, nous aurons l’opportunité de développer des nouveaux produits. Notre priorité c’est la qualité et la traçabilité et l’impact 0 sur la nature »._
    Des certifications très contraignantes – souligne Stefanu Venturini, qui demande un niveau de qualification très important concernant la formation de l’ensemble du personnel _« Notre objectif est de faire évoluer le personnel et le faire monter en qualification»._
    Un défi que le Domaine Mavela saura relever une fois de plus.
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    56 min
  • Spassighjata in Terranova : Du 14 au 20 novembre
    durée : 00:54:54 - Ghjermana de Zerbi est née ici, _« in Terranova »_. De celles et ceux qui sont nés dans le quartier, elle est l’une des dernières à continuer à y habiter. Cette citadelle, elle la connaît comme sa poche, ses rues, ses ruelles n’ont pas de secret pour elle, non plus que son histoire. Cette ancienne enseignante d’italien et corse est un peu « l’historienne » de ce quartier exceptionnel, fierté de beaucoup de Bastiais. Membre de l’association _« A citatella »_, qui a pour but de sauvegarder et de promouvoir le lieu, Ghjermana a réalisé un travail gigantesque sur l’histoire de Terranova. _« Je suis en train de réaliser un ouvrage sur l’histoire de la citadelle, afin de comprendre comment le quartier est né, s’est construit, s’est développé et ce qu’il est devenu aujourd’hui. Enfin, plus personnellement, c’était un moyen de retrouver une partie de mon enfance et mes ancêtres »_ souligne\-t\-elle. L’enseignante à la retraite nous accueille _Piazza di a Corte_ appelée également _place du donjon_, endroit le plus vivant aujourd’hui de la citadelle avec ses bars, restaurants et le musée de Bastia. Nous sommes au cœur du pouvoir génois, la Corse du 17ème siècle, avec le _palais des Nobles Douze_ qui accueillait les Corses élus du pouvoir génois.
    _« L’exposition Corsica Genovese à laquelle nous avons contribué avec l’association A citatella, a été l’occasion de recenser les grandes maisons de Terra Nova, occupées jadis par des familles en lien étroit avec le pouvoir génois »_ Ghjermana de Zerbi a recensé trois grandes maisons sur la place du Donjon, quatre dans la rue Saint Michel et une sur la place de la cathédrale Sainte Marie. _« Quatre familles sont d’origine corse, et quatre autres sont génoises. Terranova est un mélange culturel corso\-génois»_
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    ## Premières maisons au 15ème siècle
    Antonio Tagliacarne a développé la citadelle de Bastia, c’est lui qui a invité les gens – Corses et Génois\- à venir habiter à _Terranova_. Côté corse, on trouve les familles Morelli de San Martinu di Lota, Cristofini d’A Porta d’Ampugnani ou encore Luri et Canari, des villages du même nom dans le Cap Corse. Les guvernadori génois, en Corse depuis 2 siècles, venaient de Biguglia.
    Terra Nova est née en 1380 avec la première tour construite, les premières maisons ont été bâties un siècle plus tard, en 1480\. _« À l’époque, il y a avait 128 maisons ici, aujourd’hui il en reste une soixantaine »_ poursuit Ghjermana de Zerbi.
    La place accueille trois maisons jadis importantes sous Gênes, celle du vicario ou gouverneur adjoint, aujourd'hui casa Zerbi _« Il rendait la justice, ici c’était le premier tribunal de Bastia »_. Autre maison, celle d’Antonio Tagliacarne. _« Ici, c’était un désert, avant que des familles génoises et corses de différents villages viennent peupler le quartier »._
    ## Terranova d’aujourd’hui
    Le pouvoir génois s’installe. La cité se développe, Gênes construit ruelles et rues, viendront ensuite les maisons, et une concentration d’édifices religieux. _« U guvernadore va agrandir u palazzu publicu, puis vont se développer durant 2 à 3 siècles des fortifications, et naît par conséquent une identité militaire, la défense du commerce, des bateaux, contre le l’attaque du pouvoir génois »._
    La citadelle devient bastion économique et stratégique permettant de voir arriver l'ennemi, un lieu qui était un carrefour de cultures.
    Aujourd'hui, le quartier a bien changé. Malgré les efforts des municipalités, la précédente comme l’actuelle, Ghjermana de Zerbi est pessimiste. _«Le quartier n'est pas très vivant, l’été les restaurants et les bars apportent un peu d'animation mais l'hiver c'est désert. Certains commerces ont mis la clé sous la porte, c'est regrettable que le quartier ne vive pas plus, il y a du monde qui y habite»._
    L'habitante et native de _Terranova_ se plait à rêver, en espérant des jours meilleurs pour le quartier historique de Bastia.
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    55 min
  • À l'école des Jeunes Sapeurs-Pompiers : du 31 octobre au 6 novembre
    durée : 00:55:51 - Un samedi matin à Campo dell'Oru, à quelques mètres de l'aéroport. Il y a 24 ans, Christian Garrido créait l'école des Jeunes Sapeurs\-pompiers de Corse du Sud, il en est toujours aujourd'hui le responsable. Comme chaque semaine, l'ancien commandant réunit à la première heure, dans la cour de l'école, les apprentis secouristes afin de procéder à la traditionnelle levée des couleurs. Ils ne sont pas encore majeurs, d'autres entrent à peine dans l'adolescence la majorité originaire d'Ajaccio, d'autres viennent même de plus loin. Ces jeunes filles et garçons ne manqueraient pour rien au monde leur rendez\-vous hebdomadaire. Une journée qui s'annonce très rythmée comme chaque samedi.
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    ## Futurs professionnels ou volontaires
    L'école – régie par une association et rattachée au Centre de Secours Principal d'Ajaccio \- forme depuis le début des années 90 les sapeurs\-pompiers de demain. Christian Garrido peut être fier du chemin parcouru. _"Depuis la création de l'école, une quinzaine de jeunes sont devenus sapeurs\-pompiers professionnels. Tous ont intégré les unités du département de Corse du Sud, sauf un qui est en poste dans les Yvelines, en région parisienne. Une quarantaine est aujourd'hui volontaire, d'autres sont militaires"_ se félicite l'ancien commandant.
    Ici, tout est fait pour que les jeunes réussissent et réalisent leur rêve : monter un jour dans un camion rouge. Un rythme quasi militaire est imposé aux jeunes chaque samedi : activités physiques le matin et partie théorique l'après\-midi, sans oublier le nettoyage des locaux communs. _"Les jeunes ont piscine, grimper de corde ou encore parcours nature. La partie théorie est aussi très importante"_ poursuit le responsable de l'école.
    Pour former les futurs pompiers Christian Garrido peut s'appuyer sur des secouristes professionnels, bénévoles, qui se relaient chaque samedi. Certains sont issus de l'école des jeunes sapeurs\-pompiers de Corse du Sud comme David Peres, caporal au Centre de Secours Principal d'Ajaccio. _"J'ai été formé dans cette structure, c'est tout à fait naturel qu'à mon tour je vienne aujourd'hui transmettre aux jeunes ce que l'on m'a appris"_ souligne le trentenaire.
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    ## L'école de la vie
    La formation à l'école des jeunes sapeurs\-pompiers dure cinq années. Le cursus de formation est défini au niveau national. Au bout de ces cinq ans, les adolescents auront la possibilité d'obtenir leur brevet et les meilleurs intègreront une unité opérationnelle en Corse ou sur le continent en qualité de secouriste. _"Au\-delà d'apprendre le métier ici, on inculque certaines règles de comportement, on véhicule des notions d'entraide, de solidarité, de respect mutuel. Nous suivons les jeunes même sur les bancs du collège ou du lycée."_ précise Christian Garrido.
    > Rigueur, responsabilité, reconnaissance, tolérance, ici c'est l'école de la vie.
    Micaella est lycéenne et est en 5ème année. Elle fait partie des nombreuses filles à avoir franchi la porte de l'école et en est fière. _"J'ai découvert l'école par hasard, c'est la curiosité qui m'a poussé à venir ici. C'est plaisant mais aussi stressant car il y a beaucoup de révisions, mais on ne recule pas face à la peur. Plus tard, je souhaiterais devenir pompier volontaire et si j'ai la chance être professionnelle"_ souligne la jeune fille.
    Massimo a 13 ans. C'est sa deuxième année à l'école, il a toujours voulu être soldat du feu. _"Depuis tout petit je suis passionné par le métier. Ce qui me plaît par\-dessus tout ici c'est l'esprit de groupe, on nous forme aussi pour avoir une bonne condition physique même si on ne fait pas de sport à l'extérieur de l'école. Quand je rentre chez moi le samedi soir, je suis content d'avoir appris quelque chose d'utile. Mon rêve serait de devenir marin\-pompier à Marseille"_ affirme l'adolescent.
    L'ancien commandant sait que la relève est assurée. Christian Garrido peut couler une retraite paisible tout ayant un regard attentif sur la relève. Un regard sur des jeunes passionnés par le métier, qui se sont déjà donnés comme devise : courage et dévouement.
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    56 min
  • Jean-Charles Martinelli, boucher itinérant
    durée : 00:57:16 - 7h du matin à Ceppe. Dans sa boucherie\-charcuterie de Biguglia, Jean\-Charles Martinelli finit de charger sa marchandise. Dans quelques minutes il prendra le volant de son camion, direction ce matin le Cap Corse. Une microrégion qu'il parcourt chaque semaine. L'artisan\-boucher sillonne quotidiennement les routes de la région bastiaise depuis plus de 30 ans. Originaire de Perelli d'Alisgiani et de Sotta, Jean\-Charles a toujours voulu être boucher. Il a débuté dans le métier à 18 ans. « Mes journées commencent à 6h du matin et finissent vers 19h30\. C'est un métier physique, dur, je fais près de 15 000 kilomètres par an. Cependant, à 54 ans, je ne changerai de profession pour rien au monde » affirme l'artisan.
    8h30, le boucher est en route pour le Cap Corse, près de 70 kilomètres à parcourir ce matin. La microrégion, il la connaît comme sa poche, il y vient deux fois par semaine depuis 1986\. _« J'ai découvert le Cap Corse en faisant ce métier, j'ai rencontré ma femme dans la région, c'est un endroit que j'adore, j'y ai beaucoup d'amis, notamment dans ma clientèle. Cependant, j'aime autant mes autres tournées, chaque microrégion a son charme »._
    Premier arrêt de la matinée à Miomu, hameau de Santa Maria di Lota. Les clients sont déjà au rendez\-vous et attendent depuis quelques minutes l'arrivée de Jean\-Charles. _« C'est un amour ! Il est très gentil et il a de bons produits, ça fait 20 ans que je le connais, il a ses fans ! » s'exclame une cliente. Les atouts du boucher ? Son humour et sa bonne humeur. Jean\-Charles aime la macagna. « Je ne suis pas du village de Grossu Minutu pour rien, j'adore la dérision et rire avec mes clienst ! »_ dit l'artisan en souriant.
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    ## Lien social
    Ses premiers clients sont servis, Jean\-Charles a pris des nouvelles de tout le monde. Le marchand ambulant se remet rapidement en route, les autres n'attendent pas, direction à présent A pieve di Lota. Prochaines étapes de sa tournée : les hameaux de Figarella, Partine et Mandriale.
    > Beaucoup sont devenus au fil du temps des amis, je suis régulièrement invité à manger chez eux. Ils n'ont pas besoin de me dire ce qu'ils viennent m'acheter, je le sais d'avance. Certains viennent chez moi depuis 30 ans, j'ai servi leurs grands\-parents ou leurs parents, ça tisse des liens .
    L'artisan est aussi un témoin de l'évolution de la société _« Aujourd'hui, les gens cherchent de plus en plus des choses simples, des plats préparés par exemple, surtout la nouvelle génération, il faut que je m'adapte aux nouveaux modes de consommation »._
    Les yeux rivés sur la route qui mène au petit village de Mandriale, Jean\-Charles Martinelli est nostalgique mais aussi pessimiste quant à l'avenir du métier de tragulinu. La disparition progressive des anciens dans les villages et la concurrence des supermarchés sont des problématiques que les marchands\-ambulants prennent au sérieux. _« En 30 ans, j'ai bien gagné ma vie, j'ai réussi mon pari, mais à quel prix ! Nous assurons un service public et nous devons être au rendez\-vous chaque semaine pour servir la population. Dans le Cap Corse, les maisons sortent de terre comme des champignons, mais paradoxalement, les gens vont faire leurs courses de plus en plus en ville. Le métier de marchand ambulant n'est pas aujourd'hui une profession viable pour un jeune »_ regrette l'artisan.
    ## La relève et l'avenir
    Jean\-Charles a trois fiertés. La première est d'avoir eu deux enfants qui ont voulu suivre son chemin. Geoffrey et Dorian, ses deux fils sont bouchers\-charcutiers depuis quelques années à Bastia et ont ouvert leur propre boutique _« Ce n'est pas parce que ce sont les miens, mais mes fils sont passionnés par leur métier et ils le font très bien»_ se félicite le papa.
    Son autre fierté : avoir créé des emplois _« Avec mon associé, nous sommes heureux d'avoir pu embaucher neuf personnes et surtout de pouvoir leur donner un emploi pérenne, ce n'est pas le cas malheureusement de toutes les entreprises du secteur de la grande distribution en Corse »._
    L'artisan\-boucher se réjouit également que la profession soit de plus en plus prisée par les jeunes insulaires _« Je suis formateur et professeur au CFA de Haute\-Corse, le métier est plus plébiscité chez les jeunes aujourd'hui qu'hier. C'est rassurant même si le chemin est long et difficile pour devenir professionnel »_ poursuit l'artisan.
    Bientôt 13h, Jean\-Charles Martinelli arrive au terme de sa tournée capcorsine. Pour autant, sa journée n'est pas terminée. Il repartira dans quelques heures sur les routes de la région bastiaise, cap cette fois\-ci sur les hauteurs de Bastia :Cardu et Casevechje.
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