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INFRA episodes

  • Leonid Rogozov : une auto-opération chirurgicale en Antarctique

    Voilà des jours que l'équipage de l'Ob, parti explorer l'Antarctique depuis le port de Leningrad, est coupé du monde. Alors que le vent glacial fait trembler les murs de la station de Novolazarevskaya, Leonid Rogozov, seul médecine de l'équipe ressent une douleur vive dans son abdomen. Une appendicite fulgurante qui ne lui laisse pas le choix : pour survivre, il devra s'opérer lui-même. Avec l’aide de ses collègues, il organise une appendicectomie en plein cœur de l’Antarctique. C’est cette histoire incroyable que nous vous racontons dans cet épisode de Chasseurs de science.  


    🧏[Transcription de l'épisode]🦻


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    Pour aller plus loin :

    • L'appendice aurait un lien avec la longévité
    • Ils devaient mourir : 7 opérations chirurgicales miraculeuses
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    Musique :

    The Pull, par Arend

    The Osprey, par Ceridwen McCooey

    Children Eating Corn et Ancient Basement, par Tim Kulig

    Consequences, par Roger Gabalda

    Outro par Patricia Chaylade

    Zapsplat

    14 min
  • Fritz Haber, chimiste héroïque et meurtrier de guerre

    La vie de Fritz Haber est teintée d'ambivalence. Il est le chimiste de génie qui sauvera le monde d'une famine assurée, mais aussi le patriote dont les aspirations nationalistes le mèneront sur la voie de la mort et de la destruction. Retour sur le parcours de cet homme brillant et terrible.


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    Pour aller plus loin :

    • Biographie | Fritz Haber - Chimiste
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    Musique :

    A Brighter Future, par All Good Folks (Code de licence : J7MQE3GGYMTWOGGD)

    Tears of the Calm Wind, par MusicLFiles

    Tunnel, par Danijel Zambo (Code de licence : S8L04GJBMQAFBERH)

    Subspace Communications, par Tim Kulig

    Sea of Forgotten Tales, par Rafael Krux

    Outro par Patricia Chaylade

    License: https://filmmusic.io/standard-license

    Zapsplat

    16 min
  • L'astronome qui découvrit des extraterrestres sur la Lune

    En 1835, une nouvelle extraordinaire frappe les lecteurs du Sun. L'astronome John Herschel aurait découvert de la vie sur la Lune, un écosystème tout entier qu'il décrira aux Américains.


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    Pour aller plus loin :

    • Caroline Herschel : la géante méconnue de l'astronomie
    • La Lune en 5 mythes et croyances qui ont la vie dure
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    Musique :

    Les Hébrides et Le Songe d'une nuit d'été par Felix Mendelssohn

    License: https://filmmusic.io/standard-license

    BBC Sounds

    10 min
  • Ada Lovelace, autrice du premier programme informatique... en 1843 !

    Saviez-vous que les premiers ordinateurs datent du XIXe siècle ? Et que c'est à une femme exceptionnelle, Ada Lovelace, que nous devons la rédaction du premier programme informatique ? Retour sur la vie de cet esprit brillant.


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    Pour aller plus loin :

    • Biographie | Augusta Ada Lovelace
    • La Machine à différences de Babbage dans la Silicon Valley
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    Musique :

    Inspiring Classical Piano Waltz et Soft Sentimental Piano Dancing par MusicLFiles

    Raindrops et Romantic Piano par Rafael Krux

    Emotional Piano Improvisation, par Alexander Nakarada

    License: https://filmmusic.io/standard-license

    Zapsplat

    BBC Sounds

    13 min
  • Henrietta Lacks, morte il y a 70 ans... et toujours vivante !

    Emportée au jeune âge de 30 ans en 1951, Henrietta Lacks est pourtant bien vivante aujourd'hui encore. Dans le combat que mènent ses descendants pour réparer l'injustice dont elle a été victime, et dans tous les labos du monde, où elle participe à sauver des vies par milliers chaque année.


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    Pour aller plus loin :

    • HeLa, cellules cancéreuses
    • WHO Director-General Bestows Posthumous Award on the Late Henrietta Lacks
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    Musique :

    Raindrops, par Rafael Krux 

    Accralate et Infados, par Kevin MacLeod

    Trouble Of The World et You'll Never Walk Alone, par Mahalia Jackson

    License: https://filmmusic.io/standard-license

    12 min
  • Tycho Brahe, l’astronome exubérant au nez de métal

    Seigneur, alchimiste, astronome, personnage tonitruant. Tycho Brahe était toutes ces choses et bien plus encore. Esprit génial et original daignant toujours rêver plus loin, il marque les mémoires tant de par son héritage scientifique que de par les nombreuses anecdotes délectables qu'il laisse derrière lui. À l'occasion du 420ème anniversaire de sa mort, retraçons l'histoire de cet homme peu commun.


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    Pour aller plus loin :

    • Cabinet de curiosités : le nez de Tycho Brahe
    • 24 octobre 1601 : mort de l'astronome danois Tycho Brahe
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    Musique :

    Outro par Patricia Chaylade

    Blacksmith et One Bard Band, par Alexander Nakarada

    Midnight Magic et Morning Rhythm, par Rafael Krux

    Romantic Piano Chopin Inspiration, par MusicLFiles

    License: https://filmmusic.io/standard-license

    10 min
  • Alfred Lacroix et l'éruption meurtrière de la montagne Pelée

    Au début du XXe siècle, la montagne Pelée sort de son sommeil. Le volcan mythique déchaîne sa colère, causant en seulement quelques minutes la mort de 28.000 personnes. En l'absence de témoin oculaire pour narrer ce désastre, le professeur Alfred Lacroix devra s'en référer à la science pour retracer le récit de cette catastrophe historique.


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    Pour aller plus loin :

    • Éruptions volcaniques : l'explosion de la montagne Pelée mieux comprise
    • Éruption explosive du volcan la Soufrière à Saint-Vincent
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    Transcription du podcast :

    L’archipel des Petites Antilles, constitué d’îles paradisiaques, nous fait rêver mais des catastrophes telluriques terrifiantes peuvent parfois s’y dérouler.

    Cet archipel forme un arc volcanique, résultant de la tectonique des plaques. La plaque « Amérique du Sud » plonge sous la plaque « Caraïbe » par un phénomène de subduction, à la vitesse moyenne de 2 cm par an. Plusieurs volcans de cet arc sont appelés « soufrière » : du nord au sud, Soufrière de Montserrat, Soufrière de Guadeloupe, Soufrière de Dominique, Soufrière de Sainte-Lucie, et Soufrière de Saint-Vincent.

    Mais en Martinique, département français d’outre-mer, il s’agit de la montagne Pelée, qui occupe le nord de l’île. Comme son nom l’indique, elle est recouverte d’une végétation rase. Le plus souvent, elle reste cachée par d’épais nuages.

    En 1902, la montagne Pelée manifeste des envies de réveil…

    Dès le mois de février, une odeur de soufre se répand sur Saint-Pierre, ville située au pied du volcan, à 8 km de son sommet. Dans les maisons, les objets en argent noircissent. Durant la fin du mois d’avril, des tremblements de terre se produisent, accompagnés de grondements sourds. Le 23 avril, l’éruption proprement dite débute. De la cendre tombe en abondance dans le quartier du Prêcheur et on n’y voit guère à plus de 2 m de distance.

    Les habitants sont inquiets mais les plus anciens se montrent rassurants. Les précédentes éruptions, en 1851 puis en 1889, étaient restées relativement modestes, en particulier la dernière, qui s’était limitée à l'émission de fumerolles. Les autorités essayent de ne pas affoler la population : des élections sont bientôt prévues. Aussi, le journal « Les Antilles » du 30 avril 1902 titre-t-il : « La montagne Pelée a voulu simplement nous faire manger un poisson d’avril. » Mais tout ne fait que commencer.

    Le matin du 3 mai, l’obscurité devient presque totale. Dans la nuit du 4 au 5, un orage éclate. Les éclairs zèbrent le ciel, les détonations se succèdent, la rivière Blanche déborde. À 12 h 45, une coulée de boue détruit l’usine Guérin, emportant avec elle les vingt-trois premières victimes.

    Le 6 mai un petit dôme apparaît au fond du cratère, preuve que l’éruption acquiert un caractère « magmatique » alors qu’elle n’avait jusqu'à présent qu’un caractère « phréatique » comparable aux éruptions de 1851 et de 1889. Dans la nuit du 7, l’intérieur du cratère se pare de lueurs rougeoyantes.

    Au matin du jeudi 8 mai, les cloches de l’église sonnent le jour de l’Ascension dans un ciel clair mais le glas des éléments prend le pas sur elles. À 8 h 01 se déchaîne la colère du volcan.

    Une « nuée ardente », nuage brûlant de gaz, entraînant des cendres et des blocs, descend la vallée de la rivière Blanche et anéantit Saint-Pierre, Le Prêcheur, Sainte-Philomène. 28.000 personnes y trouvent une mort instantanée. Seuls deux miraculés survivent à sa course meurtrière. Le cordonnier Léon Léandre Compère est resté à l’abri au fond de son échoppe en demi-sous-sol, échappant de justesse à la nuée qui déferle au-dessus de sa tête. Le prisonnier Cyparis, arrêté pour « ivrognerie notoire », est protégé dans son cachot, dont la seule petite ouverture se trouve orientée à l’opposé du volcan. Il est néanmoins gravement brûlé. Il sera libéré quatre jours plus tard, assoiffé, affamé, terrorisé mais encore en vie. Ce triste épisode lui conférera une certaine notoriété, faisant du survivant de la colère de la Pelée une vedette du cirque « Barnum ».

    En zone bordière, on raconte qu'une calèche se dirige vers Morne Rouge quand survient la nuée ardente. Les chevaux sont grillés sur place, les rênes coupées mais les passagers s’en sortent quasi indemnes. À l’époque, une « Commission du volcan », avait bien été nommée pour expertise mais celle-ci ne disposait alors que peu de moyens : pas de sismographe, pas d’hélicoptère. Quatre des cinq périssent dont Gaston Landes, professeur de sciences naturelles : terriblement brûlé, il décédera quelques heures après l’événement.

    À Saint-Pierre, le désastre est total. Les importantes réserves d’alcool stockées dans les rhumeries s’enflamment et donnent naissance à un gigantesque incendie. Les eaux de la rade pâlissent sous leur couverture de cendres, et les bateaux qui y sont ancrés rejoignent les flammes. La nuée ardente a dévasté 58 km2. La veille, le 7 mai 1902, la Soufrière de Saint-Vincent, voisine, est entrée brusquement en éruption faisant 1.565 victimes.

    À la Pelée, d’autres nuées suivent, de moins en moins intenses et de plus en plus espacées dans le temps : les 20 et 26 mai, le 6 juin et le 9 juillet. Mais une éruption plus puissante encore que celle du 8 mai est en train de se préparer. Le 30 août 1902, une nouvelle nuée ardente dévaste cette fois-ci une superficie deux fois plus importante, de 114 km2 auxquels s'ajoutent 48 km2 recouverts de cendres. Mille âmes perdent la vie à Morne Rouge. La phase « explosive » se poursuit durant plus d’une année.

    Commence alors la phase « extrusive ». Un dôme visqueux, véritable aiguille de lave claire, surgit du cratère à partir de novembre 1902. À son pied, des nuées ardentes bien différentes des premières prennent forme et sont généralement suivies par l’effondrement de l’édifice brûlant. Ainsi, l’aiguille de lave visqueuse croît de 60 mètres en trois jours, pour atteindre ensuite une hauteur de 200 mètres avant de s’écrouler, de se reformer, et de s’ébouler à nouveau. Sans ces destructions successives, on imagine qu’elle aurait pu atteindre 850 mètres de hauteur. Cette phase « extrusive » prend fin le 5 octobre 1905, marquant le terme de l’éruption.

    La terrible nouvelle de la catastrophe du 8 mai de la Pelée est rapidement arrivée en métropole. Alfred Lacroix, professeur de pétrographie et de minéralogie au Muséum à Paris, est missionné sur place. Il embarque le 9 juin et débarque 14 jours plus tard, le 23 juin, en Martinique. Il y séjourne jusqu'au 1er août et le bateau le ramène en métropole le 16 août. À peine a-t-il eu le temps d’arriver chez lui qu’il reçoit la nouvelle de l'éruption majeure du 30 août et décide de repartir, accompagné de Madame Lacroix, pour une mission plus longue. Il faut rassembler tout le matériel nécessaire : des microscopes feront partie du voyage et les frères Lumière eux-mêmes lui confient leurs meilleures plaques photographiques. Il séjourne au pied de la Pelée du 1er octobre 1902 au 13 mars 1903. Le scientifique rapportera des clichés d'une importance primordiale, qui font encore autorité aujourd'hui.

    Avec le capitaine Perney, ils procèdent à des chronométrages précis de la vitesse de propagation des nuées ardentes. Ils mesurent des vitesses moyennes situées entre 10 et 27 m/s, avec un maximum à 50 m/s (soit 180 km/h) en début de progression. Ces observations, comme nombre d’autres réalisées par Alfred Lacroix, restent encore valables de nos jours.

    Pour estimer la vitesse de la nuée ardente du 8 mai, le chercheur emploie une autre méthode. Comme aucun témoin oculaire n'a survécu à l'éruption, il faudra s’en référer aux calculs. Heureusement, plusieurs indices sont à sa disposition. La statue monumentale de Notre-Dame-du-Bon-Port a été arrachée de son socle et emportée. Les 290 tonnes du phare de la place Bertin ont été soufflées comme un fétu de paille. De tels déplacements nécessitent des vitesses de l'ordre de 130 à 150 m/s, soit 500 km/h. L'onde de choc qui précéda, encore plus rapide, atteignit 200 m/s soit 700 km/h, et provoqua un écart de pression de 36 mm de mercure en quelques millisecondes.

    Lacroix essaie également d’estimer la température des nuées ardentes. En étudiant les dégâts causés à différents types de matériaux sur place, comme le bois, les métaux et le verre, et tout en prenant en compte l’impact parfois supérieur de l'incendie de Saint-Pierre sur ces mêmes objets, il estime une température maximale de 500 degrés.

    C’est lui qui offre au terme « nuée ardente », déjà utilisé aux Açores, sa véritable définition : une émulsion dense et très chaude de solide, liquide et gaz, qui se propage très vite et représente un risque volcanique majeur. Le grand livre de Lacroix, 662 pages publiées chez Masson en 1904, demeure la bible des volcanologues actuels. Un observatoire volcanologique, qui porte son nom, a été bâti plus tard au Morne des Cadets.

    L’activité de la montagne Pelée a connu une reprise d’activité en 1929-1932, avec des nuées ardentes de moindre importance et aucune victime à déplorer. Mais encore aujourd’hui, elle ne dort que d’un œil…

    Je suis Jacques-Marie Bardintzeff, volcanologue et professeur à l’université Paris-Saclay. J’ai choisi de raconter l’histoire de la montagne Pelée qui m’a toujours interpellé. Déjà gamin, mon grand-père – qui était né en 1897 – racontait qu’il se souvenait qu’en métropole on parlait de la catastrophe de la montagne Pelée, qu’il y avait même des quêtes pour les survivants, pour les blessés. Et quand j’ai commencé ma thèse sur les nuées ardentes le professeur Brousse, mon patron, m’a confié l’énorme livre d’Alfred Lacroix que j’ai lu au cours de l’été suivant, et ç’a été le début de ma thèse. Et quand je suis allé pour la première fois à la montagne Pelée, c’était en fait pour aller plutôt à Saint-Vincent où il y avait une éruption. J’avais fait une escale à la montagne Pelée, j’avais dormi à l’observatoire. Et j’avais 24 ou 25 ans, j’étais tout jeune volcanologue. Et je me pinçais en disant « Mais tu réalises ton rêve, t’es à la montagne Pelée. T’en as entendu parlé et là tu y es vraiment, tu la vois devant toi ! » C’était, oui, extraordinaire pour moi. 

    La montagne Pelée, elle est emblématique de la Martinique. Tous les Martiniquais la connaissent, l’admirent aussi, la craignent. Car quand on va à Saint-Pierre, ce n’est pas anodin, on voit encore les traces de la nuée ardente, on voit encore des ruines, des dégâts. On voit le théâtre qui a été détruit, des maisons emportées. On voit cette montagne Pelée qui ne dort que d’un œil, qui est toujours là. Bien sûr maintenant elle est très surveillée, par un observatoire qui est performant avec des gens compétents. Mais effectivement il y a du respect, et également c’est l’une des plus grandes catastrophes de l’histoire. 28.000 morts en une minute plus 1.000 quelques mois après, c’est beaucoup. Donc c’est vrai que même les chercheurs étrangers souhaitent venir à la montagne Pelée, c’est pour eux un peu incontournable, c’est un pèlerinage. C’est un volcan mythique dans le monde de la volcanologie.

    Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Emma Hollen. Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer et Apple Podcast pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt !


    Musique :

    Big Drumming, par Kevin MacLeod

    Parsemoth, par Dave Deville

    Cinematic Background Sad, par MusicLFiles

    Lo Fi Hip Hop 02, par WinnieTheMoog

    License: https://filmmusic.io/standard-license

    12 min
  • Armand David, sur les traces du mystérieux ours-chat

    En 1862, Armand David, jeune prêtre lazariste, réalise son rêve : partir en Chine pour étudier sa faune et sa flore. Sa curiosité sans limite le conduit loin des villes, sur les pentes raides des montagnes du Sichuan. Sur les traces du mythique ours-chat, il découvre de nombreuses autres espèces étonnantes qui rejoindront les collections du muséum d'Histoire naturelle de Paris.


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    Pour aller plus loin :

    • Bêtes de Science : ces pandas qui ont trouvé un moyen dégoûtant pour se réchauffer
    • Cerf du père David
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    Transcription du podcast :

    16 Octobre 1861. Une missive de la plus haute importance arrive enfin à destination. Envoyée depuis Paris, elle a traversé la France jusqu'à Savone, près de Gêne en Italie. À 35 ans, le père Armand David l’a attendue toute sa vie. Il dévore les lignes écrites par Monsieur Etienne, superviseur général de son ordre, les Lazaristes, avec un grand sourire. 

    Son rêve devient réalité, il a été choisi, avec d'autres Lazaristes, pour une mission à l’autre bout du monde : construire un collège religieux à Pékin. Armand David sait déjà qu’il passera plus de temps dans les forêts impénétrables de Chine qu’à poser des briques. Car la demande émane aussi de l’administrateur du muséum d’Histoire naturelle de Paris, le zoologiste Henri Milne-Edwards, qui a besoin des missionnaires pour faire avancer la recherche scientifique française.

    Il répond avec enthousiasme à son supérieur : « C’est seulement hier que j’ai eu la bonne lettre de Mr, dans laquelle ce bien-aimé Confrère m’écrit que vous avez la bonté de me proposer de faire partie de la colonie de Missionnaires qui va partir pour fonder un collège à Pékin. J’accepte de tout cœur cette invitation pour une destination qui a été si longtemps le rêve de ma jeunesse. »

    Si Armand David a choisi de consacrer sa vie à Dieu en entrant dans les ordres, il a une autre passion dévorante : les sciences naturelles. Depuis sa tendre enfance à Espelette et encouragé par un père médecin, Armand se passionne pour les animaux, les insectes et les plantes qu’il étudie, collectionne et conserve précieusement. Lorsqu’il prononce ses vœux à Paris en novembre 1850, le jeune religieux de 24 ans rêve déjà d’ailleurs.

    Il intègre un collège de Lazaristes près de Gênes, un ailleurs un peu trop proche pour lui, mais qui lui permet de s’adonner à sa passion pour les sciences naturelles qu’il enseigne à ses étudiants. La missive d’octobre 1861 est le point de départ d’une aventure extraordinaire sur les traces de la faune et de la flore de Chine, alors inconnue de l’Occident, et de l’ours-chat, un animal considéré comme mythique.

    Il pose ses valises à Pékin à l’été 1862 et déjà ne tient plus en place. Tout en apprenant le mandarin, Armand David se lance dans ses premières expéditions autour de la ville et recueille ses premiers spécimens. Il use de diplomatie pour accéder à des endroits interdits aux occidentaux. Derrière une muraille, il est le premier à observer un troupeau d’une centaine de « rennes qui tiennent du cerf par les bois, de la vache par les pieds, du chameau par le cou et du mulet par la queue. » Un animal étrange et totalement inconnu à Paris qui sera plus tard nommé en son honneur : le cerf du père David. 

    Après ces pérégrinations autour de Pékin, Armand David souhaite s’enfoncer plus loin en Chine, loin des villes. Il veut voir les montagnes et les forêts primaires du Tibet à l’est du pays.

    En mai 1868, il embarque son matériel de naturaliste et, avec ses accompagnateurs, part vers le Tibet. La route est périlleuse, à peine tracée entre les montagnes et les forêts. Pour se repérer, Armand David et sa suite longent le lit tortueux du Fleuve Bleu, le Yangzi. L’été est doux et ensoleillé mais l’automne humide et boueux. Après six mois de marche compliquée dans la forêt, ils atteignent Chengdu, chef-lieu du Sichuan, début décembre avant les premiers grands froids. Là-bas, il entend quelque chose qui pique sa curiosité de naturaliste. Monseigneur Pinchon, en poste dans la région, lui fait part d’une rumeur tenace : les environs de Muping, une ville perdue dans les montagnes du Sichuan où il prêchait, sont le territoire d’un ours blanc qui ne ressemble à aucun autre. Il n’en fallait pas plus pour conduire Armand David un peu plus loin de les montagnes.

    Il séjourne à Muping de mars à novembre 1869. La ville devient le point de départ de ses explorations à la recherche du mystérieux ursidé. L’homme rencontre pour la première fois l’objet de ses convoitises sous la forme d’une peau tendue chez un riche propriétaire terrien, le 11 mars 1869.

    « En revenant de notre excursion, nous sommes invités à nous reposer chez un certain Li, le principal propriétaire de cette vallée, qui me régale de thé et de sucreries. Je vois chez ce païen une peau plate du fameux ours blanc et noir, qui me paraît assez grande : c'est une espèce très-remarquable, et je me réjouis en entendant dire à mes chasseurs que j’obtiendrai certainement cet animal dans un court délai ; dès demain, me dit-on, les chasseurs vont se mettre en campagne pour tuer ce carnassier qui paraît devoir constituer une nouveauté intéressante pour la science. »

    Car si Armand David est un naturaliste, il est aussi passionné par la chasse. En Chine, il tuera de nombreux animaux pour enrichir sa collection personnelle et les tiroirs du muséum d’Histoire naturelle de Paris.

    Mais les chasseurs reviennent bredouille. L’ours est rare et les montagnes sont impénétrables. C’est seulement après une expédition de dix jours dans la forêt, qu’ils reviennent avec un jeune ourson mort. Armand David écrit : « Le jeune ours blanc, qu'ils me vendent fort cher, est tout blanc, à l'exception des quatre membres, des oreilles et du tour des yeux, qui sont d'un noir profond. Ces couleurs sont les mêmes que celles de la peau adulte que j'ai examinée l'autre jour chez le chasseur Li. Il s'agit donc ici d'une espèce nouvelle d'ursidé qui est très remarquable non seulement par sa couleur, mais encore par ses pattes velues en dessous et par d'autres caractères. »

    Ces quelques lignes sont la première description considérée comme scientifique du panda géant. Les jours suivant cette première capture, les chasseurs d’Armand David rapportent plusieurs autres pandas, adultes cette fois-ci. Visiblement, il est beaucoup plus facile à capturer que l’ours noir d’Asie. Son caractère placide et pataud en fait une proie facile, il n’est pas agressif et avale des quantités astronomiques de bambou, assis dans la forêt.

    Armand David fait part de sa découverte à Henri Milne-Edwards du muséum d’Histoire naturelle et demande à ce que l’ours soit nommé Ursus melanoleucus, l’ours noir et blanc. Après cette fantastique découverte, le religieux quitte Muping en novembre 1869. Durant son séjour, il a collecté 676 spécimens de plantes, 441 d'oiseaux, et 145 de mammifères.

    Il rentre à Paris le 20 juin 1871 et s’inquiète de l’état de ses précieux spécimens. En effet, l’année d’avant la guerre franco-allemande a éclaté et Paris est assiégé jusqu’en janvier 1871. Il est vite rassuré « J'eus la satisfaction d'apprendre que ni les 80 obus prussiens qui étaient tombés au jardin des Plantes, ni le pétrole des Communeux, n'avaient fait un trop grand mal aux riches collections de notre établissement scientifique et que, en particulier, les objets provenant de mes envois étaient tous sains et saufs. »

    Armand David part encore deux fois en Chine avant de rentrer définitivement en France en 1875. Il consacre la fin de sa vie à la création d’un cabinet d’histoire naturelle et à l’écriture d’un ouvrage richement illustré appelé Les oiseaux de Chine. Il s'éteint finalement en novembre 1900, à l'âge de 74 ans.

    On attribue au prêtre naturaliste la collecte de 2.919 spécimens de plantes, 9.569 d'insectes, arachnides et crustacés, 1.332 d'oiseaux et 595 de mammifères. Parmi les plus emblématiques, il y a le cerf du père David, le rhinopithèque de Roxellane – un singe caractérisé par sa tête bleue – et évidemment le panda géant.

    D’ailleurs saviez-vous que les zoologistes se sont déchirés sur la taxonomie de cet ours pas comme les autres ? Pour Armand David, c’était un ursidé, mais pour un de ses confères, il est plus proche du panda roux et des ratons laveurs. Ainsi pendant un temps, le panda a été classé avec le panda roux dans une branche à part de l’arbre du vivant. Mais aujourd’hui, les scientifiques le considèrent comme un ursidé. D'ailleurs, on a longtemps cru qu'il était carnivore alors que son régime alimentaire est composé de 99 % de végétaux. Décidément, le panda ne rentre dans aucune case.

    Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. Au texte et à la narration : Julie Kern. (Dans le rôle du père Armand David : Guillaume Coolen.) Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à nous laisser une note et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer, Apple Podcast et bien d’autres pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt !


    Musique :

    Patricia Chaylade

    Raindrops et Silent Motion, par Rafael Krux

    License: https://filmmusic.io/standard-license

    Red Silk Dance et Sweetheart, par NCM

    11 min
  • Howard Carter et la malédiction de Toutankhamon

    Le lieu de repos du légendaire pharaon Toutankhamon est sans l'ombre d'un doute le tombeau le plus connu d'Égypte. Construit il y a des milliers d'années et recherché par les archéologues occidentaux durant plus d'un siècle, il provoque dès son ouverture un soulèvement de l'opinion publique, libérant à la manière de la boîte de Pandore des histoires de malédictions et d'empoisonnement. Retraçons ensemble l'histoire de sa découverte et des événements qui ont suivi.


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    Pour aller plus loin :

    • Toutankhamon : la mort mystérieuse de l'enfant-pharaon
    • Toutankhamon : quelle est cette malédiction qui le hante ?
    • Toutankhamon : les trésors du mystérieux pharaon sont de retour à Paris
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    Transcription du podcast :

    Égypte, 1922. Tout n’est que lumière, poussière et sueur dans le bruit des pelles heurtant le gravat blanc. Niché dans le giron aride de la nécropole thébaine, le site de fouilles de la vallée des Rois renvoie au soleil son éclat aveuglant. Sous le regard brûlant d’Howard Carter, de Lord Carnarvon et de sa fille Evelyn, les ouvriers couverts de sueur déblayent un grand escalier de pierre. Cela fait des années qu’ils explorent avec une conviction vacillante cette étendue ingrate, résolue à ne plus céder aucun trésor. Mais aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres. Aujourd’hui, ils ouvrent une tombe. Au-dessus de l’escalier s’enfonçant dans le sol, le jeune porteur d’eau trépigne alors qu’un cartouche apparaît sous la caillasse crayeuse. Tous les yeux se fixent sur l’inscription gravée dans la pierre, et des cris de joie se mêlent aux soupirs de soulagement alors qu’une voix énonce dans un souffle : « Toutankhamon ».

    Howard Carter naît le 9 mai 1874 dans le quartier de Kensington, à Londres. Il est le plus jeune d’une fratrie de onze enfants, fils de l’illustrateur Samuel John Carter et de Martha Joyce. Durant son enfance, son père lui apprend à dessiner, et bien que le jeune Howard ne reçoive qu’une éducation limitée à l’école, ses talents artistiques ne tardent pas à se faire remarquer. Ils attirent notamment l’attention de Lady Margaret Amherst, une riche amie de la famille dont la demeure de Didlington Hall abrite un petit musée d’antiquités égyptiennes construit par son père. Cette collection d’objets exotiques et mystérieux captive l’imagination de Howard. Statuettes, masques, bijoux et même momie ornent les vitrines devant lesquelles il se campe en compagnie de son père, crayon en main. Sa technique et sa curiosité font forte impression sur Lady Amherst qui décide d’utiliser son influence pour permettre au jeune homme d’assouvir sa passion.

    Après une lettre de recommandation envoyée par la riche patronne au Fonds d’Exploration de l’Égypte, Howard part comme apprenti sur le site de fouilles de Beni Hassan, à l’âge de seulement 17 ans. Aux côtés de Percy Newberry, un ami des Amherst, il a pour tâche de reproduire les dessins et inscriptions découverts dans les tombes vieilles de plusieurs milliers d’années. Une mission dont il s’acquitte avec succès, améliorant au passage les méthodes de retranscription employées à son époque. L’année suivante, il travaille à Amarna, ancienne capitale du pharaon Akhenaton, puis il rejoint Édouard Naville à Deir el-Bahari, où il reproduit cette fois-ci les bas reliefs du temple d’Hatchepsout.

    Il ne lui faut que huit ans pour être désigné inspecteur des monuments par le Service des Antiquités Égyptiennes, puis en 1906, il rejoint l’équipe de l’Américain Theodore Davis dans la vallée des Rois. Davis n’est pas un piètre archéologue, loin de là. Durant ses travaux de fouilles entre 1902 et 1913, lui et son personnel découvrent pas moins de 24 tombes, dont celles de Ramsès IV et de Thoutmôsis IV. Mais il commet une erreur critique : en excavant la tombe KV57, il découvre plusieurs objets portant le nom de Toutankhamon, l’amenant à conclure qu’il a mis au jour l’ultime demeure du jeune pharaon, une chimère qui échappe aux plus grands archéologues depuis 100 ans. Celle-ci est en réalité celle d’un autre régent, baptisé Horemheb, mais Davis réalise son erreur trop tard. Alors que le tombeau de Toutankhamon se situe seulement à quelques coups de pelle sous ses pieds, il interrompt ses recherches au bout de quelques années en déclarant que la vallée des Rois a probablement livré tous ses secrets, et passe la concession à un certain lord Carnarvon.

    Après un accident de voiture qui l’a irrémédiablement affaibli en 1903, Carnarvon s’est vu exhorter par ses médecins à passer ses hivers hors de l’Angleterre. Avec sa femme, ils choisissent l’Égypte comme rédisence secondaire et tombent amoureux du pays et de son histoire. Collectionneur avide d’antiquités, l’earl anglais commence à financer des chantiers de fouilles dès 1907, où il emploie les services du très apprécié Howard Carter. Un choix qu’il ne regrettera pas car Carter connaît la vallée des Rois comme sa poche, et lorsque les travaux reprennent sous la supervision de Carnarvon en 1914, il a bien l’intention de le mener jusqu’à la tombe de Toutankhamon. La victoire n’est plus très loin, il en est sûr, mais elle se fera encore attendre. Longtemps.

    En effet, en 1922, démoralisé par leurs maigres résultats, le lord annonce qu’il s’agira là de leur dernière année de fouilles. Howard est amer mais pas encore vaincu. Avec son équipe, ils explorent chaque recoin, et se tournent finalement vers une rangée de huttes visiblement peu prometteuse qui avait été abandonnée quelques années plus tôt. C’est leur jeune porteur d’eau, Hussein Abdel-Rassoul, qui repère le premier la pierre qui marque l’entrée du tombeau. Une simple marche dissimulée sous les gravats.

    Le 4 novembre 1922, Lord Carnarvon, alors en Angleterre, reçoit le télégramme triomphant de Carter : 

    « Enfin nous avons fait une découverte formidable dans la vallée ; une magnifique tombe aux sceaux intacts ; recouverte jusqu’à votre arrivée ; félicitations ».

    Près de trois semaines plus tard, Carter, Carnarvon, sa fille Lady Evelyn et le reste des ouvriers anonymes travaillant sur le site découvrent avec exaltation le cartouche portant le nom du pharaon. Une brèche dans la première porte leur révèle un couloir rempli de gravats qui prendra deux jours à déblayer. Au bout de celui-ci, une nouvelle porte scellée marque l’entrée de l’antichambre. Carter, au comble de l’enthousiasme, pratique une percée suffisamment grande dans la pierre pour pouvoir y passer la tête. Le cœur battant, il avance une bougie allumée par l’ouverture afin de s’assurer qu’aucun gaz nocif ne règne de l’autre côté. Et pendant un instant, le groupe se demande vraiment si Carter, désormais immobile et les yeux écarquillés, n’a pas été victime de quelque empoisonnement. Mais comme celui-ci le raconte :

    « Au début, je n’y voyais rien, car l’air chaud s’échappant de la chambre faisait vaciller la flamme ; mais un moment plus tard, alors que mes yeux s’accoutumaient à sa lumière, les détails de la pièce émergèrent doucement de la brume : d’étranges animaux, des statues, et de l’or – partout le scintillement de l’or.»

    Après un silence, Carnarvon, inquiet, se penche vers son ami et lui demande s’il parvient à apercevoir quelque chose. 

    « Oui », répond Carter, « des choses merveilleuses. » Plus de 5.000 objets qu’il faudra près de 8 ans à extraire du tombeau en suivant la méthode d’archivage méticuleuse de Carter. Un triomphe pour l’archéologue et l’ensemble de l’expédition qui demeure à ce jour l’une des plus grandes découvertes jamais réalisées en Egypte. Mais l’histoire ne s’arrête pas là, car comme vous le savez, impossible aujourd’hui de prononcer le nom de Toutankhamon sans parler de la présumée malédiction qui lui serait rattachée.

    Deux mois après l’ouverture de la chambre funéraire, à l’âge de 56 ans, Lord Carnarvon meurt d’une terrible infection et immédiatement l’opinion publique s’emballe. Certains proclament qu’il s’agit d’une juste conclusion pour celui qui a désacralisé la tombe d’un roi, tandis que d’autres se perdent en spéculations sur les sorts et les poisons qui ont pu causer la mort du lord. Après tout, on raconte que son canari aurait été dévoré par un cobra, puis que sa servante aurait contracté l’appendicite la veille de l’ouverture du tombeau ! Puis il paraît qu’une épidémie de furoncles est apparue dans plusieurs coins d’Europe le jour de l’ouverture, figurez-vous, et que sa femme est tombée malade dans l’avion qui l’amenait au côté de son mari mourant. Bref, tout le monde y va de son opinion et chaque élément qui pourrait servir à corroborer l’hypothèse plus que vacillante d’une malédiction est mis à contribution. Arthur Conan Doyle lui-même, certes célèbre auteur de Sherlock Holmes mais également fervent défenseur du spiritisme, expose immédiatement son avis aux journaux : la tombe de Toutankhamon était gardée par des élémentaires, des esprits créés par les prêtres du pharaon pour protéger sa dépouille. L’affaire circule dans le monde entier, et l’on raconte que Mussolini, grand superstitieux, se serait débarrassé in extremis de la momie qu’il conservait au palais Chigi par crainte d’être lui aussi victime d’un sort. L’histoire ne tarde pas à se transformer en légende, et durant les années puis les décennies suivantes, les individus les plus influençables continuent de chercher des preuves dans les événements qui suivent la découverte du tombeau. La maladie de Carter en 1924, la mort d’un riche Américain en visite dans la vallée des Rois, puis celle de plusieurs membres de l’équipe qui a découvert la tombe sont autant d’arguments avancés par les crédules. Mais la science se charge vite de démentir ces assertions.

    D’après les rapports médicaux, Carnarvon serait mort d’une infection générale doublée d’une pneumonie, conséquences d’une piqûre de moustique mal soignée durant son voyage. Les sceptiques se hâtent d’autre part de démontrer que la plupart des personnes ayant visité la tombe ont vécu sans encombres, puisque sur les 58 individus présents au moment de l’ouverture du tombeau puis du sarcophage, seulement 8 sont morts dans les douze années qui ont suivi, aucun d’entre eux à un âge situé en dessous de l’espérance de vie de l’époque. Les archéologues ont également assuré qu’aucune malédiction n’avait été découverte gravée sur les murs de la chambre, contrairement à ce qu’avançaient certains. Et Howard Carter lui-même affirma que ces histoires de malédictions n’étaient que balivernes et que l’esprit d’un égyptologue ne devait pas se définir par un sentiment de peur idiote, mais par un respect et une admiration profonde pour ce qu’il explore. Et pourtant, aujourd’hui encore la légende de Toutankhamon fait parler d’elle, comme bien d’autres mythes à la peau dure et certains croyances, plus dangereuses.

    Howard Carter meurt d’un lymphome de Hodgkin dans son appartement londonien, le 2 mars 1939. Seules neuf personnes seront présentes à l’enterrement de cet éternel solitaire qui ne laisse derrière lui ni compagnon ni enfant, mais un formidable héritage pour le monde de l’archéologie.

    En 2015, le chercheur Nicholas Reeves, avec une détermination digne de son prédécesseur, suggère que la tombe de Toutankhamon abriterait les portes de deux chambres encore inexplorées. Après d’âpres débats, des données collectées en 2019 semblent confirmer que des pièces probablement encore remplies de gravats resteraient à explorer derrière ces murs érigés il y a plusieurs milliers d’années.


    Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. Au texte et à la narration : Emma Hollen. Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer, Apple Podcast et bien d’autres pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt !


    Musique :

    Patricia Chaylade

    Energizing, par Kevin MacLeod

    Desert Night, par Sasha Ende

    Sandstorm, par Alexander Nakarada

    Cinematic Dark Trailer, par MusicLFiles

    BeeAndButterfly, par Lilo Sound

    License: https://filmmusic.io/standard-license

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    Musique :

    Patricia Chaylade

    Act II Hygro, par Jo Wandrini

    Ancestors et The Beginning, par Gavin Luke

    Oreste et Fragments instrumentaux de Contrapollinopolis, par l’ensemble Kerylos

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