Après des mois de blocage dû à l’opposition politique de la Hongrie, l’Union européenne, à la suite de la défaite électorale de Viktor Orban, a pu valider jeudi 23 avril le prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine. C’est une bonne nouvelle pour le pays, mais ce n’est pas la seule.
La première des bonnes nouvelles, c’est que l’hiver est terminé. Les attaques russes sur les infrastructures énergétiques ont moins d’impact sur les Ukrainiens qui passent moins de temps dans le froid et dans le noir.
Il y a les nouvelles en provenance du front. La situation est « la plus stable » depuis l'été dernier, affirme le président Volodymyr Zelensky. Récemment, il a aussi mis en avant les succès de la guerre par les drones, un aspect que le pays maîtrise comme aucun autre, avec notamment des drones terrestres qui ont pu prendre des positions russes, ou encore des attaques aériennes de drones contre des terminaux pétroliers russes, en particulier en mer Noire.
Combats intenses
Ce n’est pas parce que le pouvoir ukrainien met les succès en avant qu’il n’y a pas de difficultés. C’est la guerre et elle fait mal. Privée de moyens anti-aériens américains désormais réservés au théâtre moyen-oriental, l'Ukraine n'intercepte pas autant de drones et de missiles russes qu'elle le pourrait. Et ces attaques massives russes font des dégâts et des morts dans les villes ukrainiennes.
Sur la ligne de front, si les gains de territoire de part et d’autre sont stables depuis plusieurs mois, Volodymyr Zelensky qualifie lui-même la situation de « dynamique ». Autrement dit, les combats sont intenses et la Russie accentue sa pression sur certains points névralgiques comme la ville de Kramatorsk dans le Donbass.
L’Ukraine doit aussi faire avec le désengagement américain depuis plusieurs mois et l’attention générale portée vers le golfe Persique. C’est la raison pour laquelle le prêt européen est particulièrement nécessaire.
Frappes de plus en plus profondes
La situation n’est pas simple non plus pour la Russie. Si les gains territoriaux s’annulent, c’est bien parce qu’elle a cessé d’avancer, voire elle a reculé dans certains cas. En cause notamment, la coupure de l’accès au réseau internet satellitaire Starlink d’Elon Musk. Cela rend les communications, le renseignement et le guidage plus difficiles.
L'Ukraine fait également mal à la Russie. Elle parvient à frapper de plus en plus profondément en territoire russe, jusqu'à éliminer des gradés russes dans les rues de Moscou pourtant ultra-sécurisées. La stratégie ukrainienne fait mal, notamment les attaques sur les infrastructures énergétiques et en particulier pétrolières. Difficile d’exporter du brut quand vos pétroliers sont attaqués et vos raffineries sont en feu. Le résultat, c’est que le blocage du détroit d’Ormuz et la levée des sanctions sur le pétrole russe ne rapportent peut-être pas autant qu’espéré.
Difficultés et désagréments
Cela se ressent aussi sur le plan intérieur. Un mécontentement s’exprime dans les sondages, car il y a des sondages de satisfaction en Russie, notamment depuis le contrôle strict de l’accès à internet et à un certain nombre de services qui y sont liés. Le Kremlin en admet d’ailleurs les désagréments. De même qu'il admet les difficultés économiques entre inflation et PIB en baisse en février et en mars. De là à prédire un effondrement de l’économie russe comme cela a été souvent fait à l’ouest depuis le début de la guerre et de la politique de sanctions, il y a un pas qu’il serait très imprudent de franchir. Le régime de Moscou a déjà prouvé sa force et sa capacité d'adaptation stratégique et tactique.