La guerre continue au Moyen-Orient. Parmi ceux qui l’incarnent aux États-Unis, il y a le secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth. Il ne se contente pas de parler de questions militaires. Il ajoute aussi une dimension volontiers religieuse au conflit.
Lors de son point de presse du mardi 31 mars, il a marqué son propos d'une prière pour les soldats sur place. Lors d’un office au Pentagone il y a une semaine, il priait pour « une violence écrasante contre ceux qui ne méritent aucune pitié ». Il faut dire que Pete Hegseth a une conception bien à lui et affirmée de sa religion. Elle remonte manifestement aux croisades, c’est-à-dire pas le moment le plus œcuménique de l’histoire du christianisme.
On peut le voir par deux tatouages qu’il n’a jamais cachés. L’un sur sa poitrine est une croix de Jérusalem, un emblème des croisés pendant leurs guerres en Terre sainte. L’autre sur le biceps droit : deux mots en lettres gothiques : Deus Vult, c’est du latin. Cela signifie « Dieu le veut » et c'était un cri de guerre de ces mêmes croisés au moment de tuer des musulmans. Et pour bien clarifier qu'il n'est pas musulman, il exhibe, depuis un an, un troisième tatouage, en arabe : le mot Kafir, qui signifie mécréant ou infidèle.
Polémiques
Et ça lui a valu des critiques et des problèmes. Parce qu’on est plutôt dans le choc des civilisations que dans le dialogue. Quand il était soldat dans la Garde nationale, ces tatouages, symbole d'appartenance à l'extrême droite nationaliste chrétienne, l'ont fait exclure de l’opération de sécurisation de l’investiture de Joe Biden en 2021 quand des milliers de soldats avaient été déployés à Washington après l’assaut contre le Capitole le 6 janvier.
Dimanche à Rome, Léon XIV, premier pape né aux États-Unis, expliquait que le dieu des catholiques « refuse la guerre et n’écoute pas les prières de ceux qui font la guerre ». Si le vice-président JD Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio sont catholiques, Pete Hegsteh ne l’est pas. Le secrétaire à la Guerre est un chrétien évangélique particulièrement prosélyte. Il a amené avec lui au Pentagone un pasteur opposé, entre autres, au vote des femmes. Pete Hegseth a aussi décidé que désormais, sur leur uniforme, les aumôniers de l’armée américaine ne porteraient plus leur grade, mais un insigne indiquant leur religion. Cela inquiète d’anciens responsables militaires et religieux interrogés par le Washington Post. Ils craignent que ceux qui ne sont pas dans la nouvelle ligne soient marginalisés.
Christianisme électoraliste
C’est une idéologie religieuse qui inspire une bonne partie de la politique actuelle aux États-Unis. Pour des raisons de croyance, mais surtout pour des raisons électorales, évidemment. Les chrétiens évangéliques constituent une part importante de l’électorat MAGA. Durant toute la campagne, Donald Trump leur a envoyé des signaux. Il l’a encore fait récemment en instaurant un bureau de la foi à la Maison Blanche. C’est valable aussi en politique étrangère. Au Nigeria, l’administration Trump a accusé, sans preuve, le gouvernement de laisser commettre des massacres de chrétiens, avant de signer avec lui un accord sur la coopération en matière de santé avec des financements importants pour les établissements de santé chrétiens. Enfin, l’actuelle guerre au Moyen-Orient, aux côtés d’Israël, ne déplaît pas aux évangéliques américains. Leur interprétation très littérale de la Bible les porte à croire que la réussite d’Israël est le préalable du retour du Christ sur Terre à l’issue de l’Apocalypse.