Dans le bruit et la fureur du Moyen-Orient, un homme affirme vouloir « remodeler » la région : Benyamin Netanyahu. Une ambition que le Premier ministre israélien présente lui-même comme une mission à la fois « historique et spirituelle ». Derrière cette déclaration, une question : le projet de « Grand Israël » relève-t-il du mythe, de l’idéologie… Ou d’une réalité en construction ?
Né en 1948, l’État d’Israël n’a jamais formellement défini ses frontières. Aujourd’hui, celles reconnues par la communauté internationale situent le pays entre la mer Méditerranée et Gaza à l’ouest, le Liban et la Syrie au nord, la Jordanie et la Cisjordanie à l’est, l’Égypte et la mer Rouge au sud.
Mais une autre lecture, d’ordre religieux cette fois, existe. Dans la Genèse (15:18), les limites de la « Terre promise » s’étendraient du Nil à l’Euphrate. Une vision de la terre qui engloberait, au-delà d’Israël et des territoires palestiniens, le Liban, une grande partie de la Syrie, la Jordanie, ainsi que la moitié de l’Irak et une portion de l’Arabie saoudite.
Du Golan syrien à une présence étendue en Syrie
Sur le plan historique, cette dynamique s’inscrit dans le temps long. En 1967, Israël occupe le plateau du Golan syrien, qu’il annexe en 1981.
Depuis la chute du régime de Bachar el-Assad fin 2024, Israël a étendu son contrôle militaire au-delà de cette zone, dans le sud de la Syrie. Des positions militaires fortifiées y ont été construites, témoignant d’une volonté d’inscription durable.
Au sein du paysage politique israélien, le courant des nationalistes religieux revendique explicitement cette vision maximaliste du territoire. Pour le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, il ne s’agit pas d’un symbole, mais d’un objectif.
Le Liban dans le viseur
Cette semaine, Bezalel Smotrich, également en charge des colonies, a évoqué une nouvelle ligne frontalière potentielle : le fleuve Litani, situé au Liban, à une trentaine de kilomètres au nord de la frontière israélienne actuelle.
Une telle déclaration implique, de facto, l’idée d’un contrôle du sud du Liban. Dans cette zone, les bombardements israéliens ont provoqué un déplacement massif de la population, estimé à un million de personnes. Les infrastructures essentielles, notamment les ponts reliant le sud-Liban au reste du pays, ont été détruites. De nombreux villages : Kfar Kila, Aitaroun, Yaroun, Aita al Shaab, ont été rayés de la carte. Et, comme à Gaza, des soldats israéliens se sont filmés en train de vandaliser des maisons.
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La Palestine, toujours au cœur des convoitises
En Cisjordanie et à Jérusalem-Est occupées, près de 800 000 colons israéliens vivent aujourd’hui dans des colonies illégales au regard du droit international. En Israël, la Cisjordanie occupée est désignée sous son appellation biblique de Judée-Samarie, traduisant là encore une vision historique et religieuse du territoire.
Gaza a récemment été fragmentée, avec une nouvelle ligne de séparation redessinant la carte de l’enclave. Depuis près de 80 ans, les conflits successifs ont tracé de multiples lignes : ligne verte à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, ligne bleue au Liban, ou encore, plus récemment, la « ligne jaune » à Gaza. Ces délimitations, souvent présentées comme nécessaires à la sécurité d’Israël, participent à une recomposition progressive des territoires.
Dans un enregistrement relayé par la presse israélienne, Bezalel Smotrich évoque une stratégie graduelle : « annexer sans employer explicitement le terme annexion ». « Le’at, Le’at », dit-il en hébreu (petit à petit).
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Soutien américain et référence au « droit divin »
Le gouvernement israélien bénéficie également du soutien de son principal allié. Bien que Washington s’oppose à l’annexion formelle de la Cisjordanie occupée, l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, a récemment évoqué un « droit divin » sur ces territoires, suggérant qu’une extension du contrôle israélien serait légitime. « Ce serait bien, s’ils prenaient tout », en référence au Grand Israël. Des propos explicites et radicaux, bien que présentés comme une position personnelle.
Parallèlement, la guerre à Gaza vaut à Israël une lourde accusation sur la scène internationale : celle de crime de génocide. Le Premier ministre Benyamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant, sont recherchés par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.