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Dialogue entre l’historien Dipesh Chakrabarty et le philosophe Mathieu Potte-Bonneville
Dipesh Chakrabarty s’est fait connaitre dans le monde entier avec Provincialiser l’Europe, la pensée postcoloniale et la différence historique, devenu un des essais phares des études postcoloniales aux débuts des années 2000. L’ouvrage entendait sortir de l’histoire linéaire de la modernité régie par l’occident pour faire entendre d’autre voix et d’autres temporalités. C’est à un nouveau déplacement que l’historien indien nous invite avec Après le changement climatique, penser l’histoire, fruit d’une réflexion engagée depuis une dizaine d’années sur les effets du changement climatique. Selon lui, il faut distinguer le « global » et le « planétaire », le temps de la mondialisation et celui du changement climatique. Ce que nous appelons l’anthropocène est précisément la collision entre l’histoire des hommes et celle de la planète. Lors de son échange avec Mathieu Potte-Bonneville, il nous dira ce qu’induit ce changement de perspective et cette nouvelle conception du temps.
En partenariat avec le Centre Pompidou (département culture et création).
Dialogue entre l’historienne de l’art Bénédicte Savoy et le chorégraphe Faustin Linyekula
Pendant des décennies, les nations africaines ont lutté pour la restitution d’innombrables œuvres d’art volées pendant l’ère coloniale afin d’être exposées dans des musées occidentaux. Pourquoi le retour de ces objets qui semblait engagé dans les années 1970, au moment de l’indépendance d’anciennes colonies d’Afrique, a-t-il été empêché ? Bénédicte Savoy retracera ces combats et nous révèlera comment les musées européens impliqués dans l’extraction massive et souvent violente de biens culturels ont tenté de dissimuler des informations sur leurs collections. Elle s’interrogera avec Faustin Linyekula sur les manières d’opérer une « reconnexion patrimoniale », sortir ces discussions sur la restitution des cercles des élites politiques et intellectuelles pour atteindre les communautés locales.
Modérateur : Emmanuel Laurentin, producteur à France Culture (Le Temps du débat)
Projection suivie d’une rencontre avec la cinéaste Pauline Julier et Donna Haraway
Hiver 2021. Désert d’Atacama, Chili.
Grand entretien avec Donna Haraway
Donna Haraway est sans conteste l’une des intellectuelles les plus marquantes et singulières de notre temps. Ses ouvrages ont joué un rôle considérable dans l’étude des sciences et des humanités environnementales. Elle s’est fait connaitre au milieu des années 1980 avec le Manifeste cyborg. Un essai devenu culte, profondément créatif et iconoclaste, à l’image de son auteure, biologiste, philosophe, historienne des sciences, féministe et formidable raconteuse d’histoires. Aiguillonnée par les bouleversements écologiques, elle a depuis réorienté son travail sur les relations entre les êtres humains et les vivants non humains. Des liens qu’elle cherche à faire émerger à travers des enquêtes et des terrains très divers, entre sciences et arts, pensée et pratique, fiction et non fiction. Dans son dernier livre, Vivre avec le trouble, elle nous invite à ouvrir de nouvelles possibilités de cohabitation avec les animaux, les plantes et les micro-organismes. Lors de cette rencontre exceptionnelle, nous verrons avec elle comment penser et agir avec la catastrophe écologique.
Modérateur : Xavier de La Porte, journaliste à L’Obs
Interprète : Dawn Sheridan
Dialogue entre l’historien François Jarrige, l’anthropologue Vanessa Manceron et la dramaturge Claire de Ribaupierre
Cohabiter, se nourrir, travailler… À quelles conditions l’animal peut-il être une ressource ? Peut-on prélever, coopérer en échappant à l’exploitation ? En écho au travail de Massimo Furlan et Claire de Ribaupierre, François Jarrige élargira le panorama des relations entre humains et animaux en évoquant le rôle du travail des animaux prolétaires dans le développement industriel occidental, notamment à travers la question de la traction animale. Bien souvent, hors du champ des luttes politiques et des débats idéologiques, la pratique des naturalistes amateurs, leurs observations immersives, alimentent une connaissance précieuse de ceux avec qui nous cohabitons, en vue de leur préservation. C’est auprès d’eux que l’anthropologue Vanessa Manceron a étudié l’émergence d’une éthique communautaire élargie aux non humains.
Modérateur : Emmanuel Laurentin, producteur à France Culture (Le Temps du débat)
Conférence du biologiste Marc-André Selosse
Nous méconnaissons que la vie se passe surtout… sous terre. Le sol héberge 25 % des espèces connues ! Celles-ci assurent le fonctionnement des écosystèmes terrestres et des plantes. Le sol fertilise aussi des océans, régule le cours des rivières et même le climat. Mais, opaque et considéré comme sale, nous l’avons ignoré et endommagé des millénaires durant. Urbanisation, agricultures inadaptées, salinisation, pollution… l’empêchent d’assurer ses services inestimables et il disparait sous nos yeux par érosion. Marc-André Selosse nous le fera mieux découvrir pour mieux le soigner demain et ainsi retisser notre lien perdu au monde naturel.
Dialogue entre la journaliste Florence Aubenas et l’écrivain Arno Bertina
Parler d’autres vies que les leurs oblige-t-il les écrivain.e.s ? Doivent-ils se sentir tenus par une sorte de loyauté à l’égard de ceux qui se sont confiés, et ne s’autoriser qu’un strict verbatim ? Peuvent-ils au contraire aller jusqu’à forcer les situations, en déguisant certaines choses dans « l’intérêt du livre » – quitte à décevoir ou mettre mal à l’aise les personnes mises en scène ? L’écriture documentaire peut-elle se mâtiner de fiction ? Florence Aubenas – dont le dernier livre reconstituant le meurtre d’une postière il y a une douzaine d’années dans l’Ain, et les reportages récents en Ukraine, dans un Ehpad lors du premier confinement ou auprès des Gilets jaunes, ont de nouveau marqué les esprits par leur engagement – et Arno Bertina, dont le récit, Ceux qui trop supportent, retrace la lutte des ex-salariés de l’usine GM&S et célèbre leur fierté ouvrière et leur résistance inventive, confronteront leurs points de vue sur ces questions.
Modérateur : Emmanuel Favre
Rencontre avec l’historienne Zrinka Stahuljak
Depuis l’engagement occidental en Afghanistan, en Irak, puis en Syrie, le terme de « fixeur » est devenu fréquent pour désigner, presque toujours, des hommes qui rendent des services multiples aux journalistes et aux armées étrangères : à la fois interprètes, informateurs, guides, médiateurs, chauffeurs, ils fournissent ce qui est nécessaire pour survivre et travailler en terrain hostile. Le fixeur n’est pas pour autant une profession, mais une position très ancienne que l’on trouve déjà au Moyen Âge dans toutes les situations de rencontre entre langues (croisades, pèlerinages, explorations). À partir de son expérience personnelle lors la guerre en ex-Yougoslavie, Zrinka Stahuljak évoquera ces « invisibles de l’histoire ». Florence Aubenas rejoindra la discussion pour témoigner du rôle tenu par les fixeurs dans ses reportages.
Modérateur : Emmanuel Laurentin, producteur à France Culture (Le Temps du débat)
Dialogue entre l’écrivaine et traductrice Luba Jurgenson et l’écrivain Camille de Toledo
Comment l’histoire générale de la destruction, des humains et des autres formes de vie, engendre une spectralité : une présence des absents, des disparus dans notre présent ? Et comment le langage, l’écriture, la traduction peuvent, partant de là, se penser comme une intercession – une traduction – entre les absents et les vies à venir, pour reconnaitre une puissance d’agir des fantômes, pour répondre aux crimes du passé en parlant, en écrivant, depuis ces manquants, ces manquements de l’histoire ? Ces deux questions, cruciales pour saisir ce qui lie les crimes contre l’humanité et les crimes d’écocide, seront au coeur de la discussion entre Luba Jurgenson et Camille de Toledo.
Modérateur : Johan Faerber, rédacteur en chef de Diacritik
Dialogue entre le socio-anthropologue Nicolas Nova et l’artiste Maria Roszkowska, membre de DISNOVATION. ORG.
Que se passe-t-il lorsque les technologies et leurs conséquences involontaires deviennent si omniprésentes qu’il est difficile de définir ce qui est « naturel » ou non ? Quels nouveaux spécimens peuplent actuellement notre planète ? Inspiré à la fois des bestiaires médiévaux et des observations de notre planète endommagée, A Bestiary of the Anthropocene est une compilation illustrée de créatures hybrides de notre temps. Plastiglomérats, arbres à antennes, montagnes décapitées, Sars-Covid 2, aigles combattant les drones… chacun de ces spécimens est symptomatique de l’ère « post-naturelle » dans laquelle nous vivons. Souvent sans même que nous les remarquions, ces créatures se répandent de manière exponentielle et coexistent avec nous. Nicolas Nova et Maria Roszkowska, du groupe DISNOVATION.ORG, qui ont codirigé l’ouvrage, nous inviteront à nous saisir de ces nouvelles représentations du réel pour mieux appréhender et penser l’anthropocène.
Modérateur : Matthieu Duperrex, maitre de conférences à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Marseille
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