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Rencontre avec l’architecte Philippe Rahm
Comment un grenier à blé a engendré la ville ? Comment les petits pois ont fait s’élever l’architecture gothique ? Comment un brin de menthe a donné naissance aux parcs urbains du XIXe siècle ? Comment l’iode a provoqué l’urbanisation du littoral ? Pourquoi l’architecture moderne est-elle blanche ? Dans son ouvrage Histoire naturelle de l’architecture, Philippe Rahm propose une relecture complète de l’histoire de l’architecture, de la préhistoire à nos jours, et met en lumière les raisons matérielles, énergétiques, physiques (et non plus seulement politiques, sociales ou culturelles), qui ont mené à la fondation des villes et donné leur forme aux bâtiments. À partir de cette analyse historique, il nous fera part de ses propositions pour relever le défi climatique, et nous dira comment les dimensions physiologiques et météorologiques influencent ses propres projets.
Dialogue entre le chef-cuisinier Emmanuel Perrodin et l’écrivaine Ryoko Sekiguchi
Après leur échange sur l’art culinaire japonais et les émotions suscitées par le passage des saisons, Ryoko Sekiguchi et Emmanuel Perrodin poursuivront leur conversation sur le goût du monde. Elle nous entrainera cette fois-ci du côté de Beyrouth, où Ryoko Sekiguchi fut invitée en résidence au printemps 2018, avec le projet de réaliser un portrait de la ville à travers sa cuisine. Quoi de mieux en effet pour prendre le pouls d’une ville que partager des histoires de cuisine avec ses habitants, décrire les gestes de celles et ceux qui la font ? Solidement ancrée dans son bout d’Orient, la cuisine libanaise est pourtant une de celles qui rayonnent et voyagent le plus. Au tour des six rives de la Méditerranée, mais plus loin encore. Elle fait partie de ces rares cuisines que le monde entier se partage, marquée par toutes les diasporas revenues au pays en rapportant odeurs, saveurs et tours de main. Car si la cuisine peut-être un voyage, elle est avant tout une errance, parfois la dernière trace avant l’oubli.
Modératrice : Clémence Denavit, journaliste à RFI
Dialogue entre l’écrivain Michaël Ferrier, l’anthropologue Sophie Houdart et la vidéaste Mélanie Pavy
En mars 2011, un séisme de magnitude 9 au large des côtes de Tôhoku, au nord-est du Japon, déclenchait un tsunami qui allait faire plus de 18 000 morts et disparus et entrainer un accident nucléaire de niveau sept. Dix ans plus tard, Michaël Ferrier a réuni une série d’entretiens avec des artistes japonais leur demandant ce que la triple catastrophe de Fukushima avait changé dans leur pratique artistique et dans leur vision de la société. Comment créer avec et malgré la catastrophe ? Comment dévoiler l’invisible, représenter cette terre désormais contaminée ? Comment repousser les frontières entre documentaire et fiction, démarche personnelle et action collective, domaine artistique et champ scientifique ? Michael Ferrier débattra de ces questions avec la vidéaste Mélanie Pavy et l’anthropologue Sophie Houdart qui mènent ensemble le projet Fukushima : reprises. Partant de l’idée qu’un certain nombre de choses fondamentales avaient été vues, senties, esquissées durant leurs séjours communs dans la région de Fukushima mais n’avaient pu trouver place dans leurs travaux respectifs jusque-là, elles ont décidé d’imaginer des dispositifs capables de revisiter leurs propres archives, leurs « restes », pour explorer ce réel étrange autrement.
Modératrice : Alice Doublier, anthropologue
Rencontre suivant la projection du film Composer les mondes avec la réalisatrice Eliza Levy, l’anthropologue Philippe Descola et des membres du Quartier Libre des Lentillères à Dijon (collectif occupant depuis 11 ans des terres maraichères menacées par l’artificialisation et la normalisation), avec qui nous évoquerons ces alliances vertueuses entre lutte politique et expérimentation concrète et qui nous présenteront la ZEC (Zone d’Écologies Communale), une proposition élaborée par le groupe juridique des Lentillères.
Rencontre avec l’anthropologue Tim Ingold (G.B.)
Il y a tout juste dix ans paraissait Une brève histoire des lignes, un des ouvrages de sciences sociales les plus originaux et les plus stimulants de ces dernières années. Partant du postulat que les activités humaines ont de tout temps tracé et fabriqué des lignes – que ce soit dans la marche, l’écriture, le dessin ou le tissage – et qu’une « étude des hommes et des choses est une étude des lignes dont ils sont faits », Tim Ingold nous invitait à considérer cet entrelacement de gestes et de lignes comme la texture du monde, dans une approche écologique de l’homme dans son milieu. Cette anthropologie comparée des lignes soulevait également une série de questions fondamentales ; qu’est-ce qu’habiter un lieu ? Qu’est-ce que produire quelque chose ? Pourquoi notre monde ne se réduit-il pas à des « réseaux » ? Comment la ligne droite est devenue l’idéal de la modernité ? Nous reviendrons avec Tim Ingold sur la genèse de ce livre et sur son itinéraire débuté auprès d’une communauté d’éleveurs de rennes en Laponie dans les années 1970. Nous verrons comment son approche environnementale et sa manière de faire appel aux sciences naturelles, à l’artisanat ou à l’art ont participé au renouveau de l’anthropologie tout en formant une véritable écologie du sensible.
Modérateur : Mathieu Potte-Bonneville
Dialogue entre la philosophe Vinciane Despret, la cinéaste Marion Neumann et l’artiste Tomas Saraceno
Quoi de plus troublant, de plus poétique, de plus radical, de plus enthousiasmant, que de débuter une édition sur les lignes en conviant les araignées et leurs toiles, les champignons et leurs vastes réseaux souterrains ; que d’accorder une attention toute particulière aux pouvoirs de ces êtres non humains et aux histoires qu’ils racontent ? À notre époque d’urgence climatique, où les écosystèmes sont menacés, les nouvelles possibilités de cohabitation et d’alliances multispécifiques transforment les enquêtes scientifiques et les pratiques artistiques. Ainsi celle de Tomas Saraceno, dont l’intérêt profond pour les araignées l’a conduit à les placer au centre de ses derniers projets et à explorer les concepts et les idées liés à leurs facultés cognitives dans des disciplines comme la communication vibratoire, l’architecture, l’ingénierie, l’éthologie, les études sonores et la musique. Ou celle de Marion Neumann, pour qui les champignons et leurs apports en termes de dépollution, de santé ou de symbiose, tiennent lieu de laboratoire artistique et social. Avec Vinciane Despret, qui ne cesse de décloisonner les savoirs et d’opérer des déplacements sur ces questions, nous verrons comment ces forces créatrices peuvent ouvrir la voie à d’autres manières de vivre ensemble et de partager des mondes.
Modérateur : Emmanuel Favre
Rencontre avec la chercheuse Silvia Ferrara
Pour quelle raison l’écriture a-t-elle été inventée ? Où et comment cette révolution a-t-elle eu lieu ? Est-elle constitutive de la naissance de l’État et d’une culture bureaucratique ? Silvia Ferrara nous fournira quelques éléments de réponse en nous faisant voyager dans l’espace et dans le temps. Si la Mésopotamie a longtemps été considérée comme le berceau mondial de l’écriture il y a environ 4000 ans, nous savons désormais que des formes d’écriture sont apparues à plusieurs reprises dans l’histoire de l’humanité, notamment en Égypte, en Chine ou au Mexique avec les Mayas. Silvia Ferrara retracera les conditions d’émergence et les processus de formation de ces systèmes d’écriture. Elle nous conduira également jusqu’aux pourtours de la Mer Égée et sur l’île de Pâques, où avec un groupe de recherches elle tente de percer le mystère de ces écritures insulaires indéchiffrées (le crétois hiéroglyphique, le chypro-minoen, le rongorongo de l’île de Pâques) en ayant recours à la linguistique, à l’archéologie, à l’anthropologie, aux études cognitives ou aux humanités numériques.
Interprète : Christine Ribbes
Dialogue entre l’écrivaine Marie Cosnay, l’anthropologue Carolina Kobelinsky et la géographe Camille Schmoll
En matière de migrations, d’exils ou de déplacements, que peut-on opposer au lexique des « flux », aux hantises de submersion qu’il charrie, à l’indifférenciation des corps qu’il suggère et à l’indifférence qu’il instille ? Penser par lignes peut-être : apprendre à reconnaître et distinguer des trajectoires si par là on entend à la fois des trajets d’un continent l’autre, et des parcours de vie où se lient géographie et biographie. Comprendre, aussi, comment ces lignes viennent se briser sur d’autres, le long de frontières dont les exilé.e.s savent que leur tracé ne se contente pas de séparer d’un trait net les États, mais doit pour isoler l’Europe s’insinuer au cœur des pays et hachurer les existences. Décrire, aussi, les destins de celles et ceux qui y survivent, et de tant d’autres que ces lignes brisées tuent, noient, dispersent : quelle écriture, combien de lignes pour témoigner de ces existences survivantes ou brisées, pour refuser qu’elles s’effacent à l’horizon de nos consciences ? Vers quels croisements et quelles lignes de front porter notre solidarité ?
Modérateur : Mathieu Potte-Bonneville, Directeur du département du développement culturel du Centre Pompidou
Dialogue entre l’écrivain Jean-Christophe Bailly et l’historien Hervé Mazurel
Le 26 mai 1828, un jeune homme de 16 ou 17 ans fit son apparition sur un place de Nuremberg. Sachant à peine marcher, à peine parler, il ne pouvait dire d’où il venait, ni où il allait. On découvrit qu’il avait grandi séquestré, coupé de tout contact humain. Son nom : Kaspar Hauser. Qui était-il ? Un « enfant sauvage » ? Un idiot ? Un imposteur ? Le plus probable est qu’il ait été un prince héritier écarté d’une succession, comme son assassinat, cinq ans plus tard, semble l’accréditer. Avec Jean-Christophe Bailly et Hervé Mazurel, il ne s’agira pas de résoudre cette énigme qui passionna toute l’Europe, mais de comprendre ce que ce destin exceptionnel et la nature même de cette expérience disent de notre rapport au monde, des façons dont nos corps et nos inconscients sont imprimés de social et d’histoire. Qu’on imagine en effet tout ce que cet être ignorant dû appréhender au sortir de son enfermement : depuis la lumière du jour, l’existence des autres créatures, le langage, les objets de la nature et de la civilisation, jusqu’à l’expression des émotions.
Modérateur : Emmanuel Laurentin, producteur à France Culture
Rencontre suivant la projection du film Monsieur Deligny, vagabond efficace, avec le réalisateur Richard Copans et la philosophe Catherine Perret
De plus en plus étudié en Europe et aux États-Unis, Fernand Deligny reste aujourd’hui encore un célèbre inconnu. Cet instituteur, éducateur, mais aussi conteur, écrivain, cinéaste, s’inscrit pourtant dans l’histoire des révolutions psychiatriques et de l’éducation spécialisée. De 1966 à sa mort en 1996, il accueille des enfants autistes dans les Cévennes en créant des lieux à leur mesure et un dispositif de prise en charge : un réseau d’aires de séjour, des éducateurs comme lui non-spécialistes, un « coutumier » ritualisé à l’extrême inspiré de l’agir et de l’immuable autistiques. Il invente une cartographie, les fameuses « lignes d’erre », pour étudier comment les enfants autistes et les personnes encadrantes partagent un territoire en dehors du langage. À l’issue de la projection du très beau film de Richard Copans qui suit les traces de Deligny sur les lieux de ses tentatives et souligne son intérêt pour les images ou son usage du cinéma, nous verrons comment les inventions plastiques et poétiques de ce bricoleur de génie ont nourri ses expérimentations cliniques, et comment celles-ci entrent en résonance avec des pratiques chorégraphiques ou dessinent une anthropologie politique.
Modérateur : Fabien David
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