La Story Nostalgie

La Story Nostalgie

By Nostalgie BelgiqueMusicMusic History
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La Story Nostalgie episodes

  • Madonna: 1981, le pacte de la dernière chance
    En janvier 81, seule dans son appartement sordide et gelé, Madonna a failli rendre son tablier au Dieu de la réussite mais la visite inopinée de son ami et musicien Gary l’a un peu requinquée. Elle part vivre avec lui et un troisième gars dans une coloc d’une seule pièce située dans l’immeuble où ils louent leur local de répète. Gary ayant obtenu du Max Kansas City la possibilité d’y jouer un soir, c’est l’objectif de la dernière chance pour leur groupe.

    Madonna ne vit que plus que pour ça, pose pour un artiste afin de gagner le strict minimum, vit d’expédients et surtout, elle met tout en œuvre pour attirer l’attention d’une certaine Camille Barbone qui, avec son associé, possède un studio d’enregistrement dans le même building.

    Car Madonna sait que Camille a une ambition : être la manager du plus grand artiste de la planète. Alors, profitant de se retrouver avec elle dans l’ascenseur, elle se fait bien remarquer, engage la conversation et l’invite à venir les voir au Max.

    Cela fait quelques années que le Max est devenu l’endroit le plus branché de Manhattan. On y a assisté aux concerts de Lou Reed et de Blondie, on peut y croiser chaque soir des David Bowie, Miles Davis ou Andy Warhol, mais ce soir où Emmy, le groupe de Madonna se produit, Camille ne vient finalement pas.

    Vous êtes bien comme tous les New Yorkais, vous faites des promesses avant de nous laisser tomber. Madonna est-elle folle de faire irruption dans le bureau de Camille le lendemain et de se fâcher sur elle, son dernier espoir ? Mais voilà, la prestation de son groupe a été appréciée par la direction du Max qui les réengage pour un second soir. Et cette fois, Camille se trouve dans la salle, alors Madonna, coiffée cheveux courts comme une punk, se déchaîne, harangue le public, monte sur les tables et fait un malheur.

    Quelques minutes plus tard, dans ce qui sert de coulisses, Camille arrive tenant à la main un thé au miel, histoire que Madonna se refasse la voix qu’elle a explosée durant sa prestation. Tu veux un manager ?, lui dit-elle en lui tendant la tasse ? Oh oui, répond Madonna en lui sautant au cou.

    Là-dessus, le patron du Max arrive en proposant au groupe un contrat en résidence. La fête devrait être totale, mais voilà, Camille a ajouté que son offre ne valait que pour elle, pas pour le groupe. Elle lui a au passage proposé un appartement correct, celui-là, une somme de cent dollars par semaine et un boulot à mi-temps.

    Que faire ? Quel dilemme ! Choisir entre un manager pour une carrière solo au résultat hypothétique et un contrat de résidence, avec, c’est tombé entre-temps, de disques pour son groupe ?

    Le 17 mars 1981, Madonna signe un contrat avec Gotham Records, oui la référence, la société de Camille, qui va lui permettre d’entrer là où on ne va pas quand personne ne vous connaît. C’est le début d’une histoire qui n’aurait jamais dû commencer car qui aurait pu tenir pareil cap dans une telle tempête ? Il fallait avoir le feu, la détermination pour tenir le coup avant de se trouver enfin. Qui plus dans une pareille ville, afin de gagner le droit à la célébrité mondiale.
    4 min
  • Madonna: ce moment où elle aurait pu tout arrêter... avant de conquérir le monde
    Après plus de quatre décennies vécues en tant que superstar, on n’imagine plus ou pas Madonna, en artiste de l’ombre. Au début des années 80, ce n’est pas qu’elle mange de la vache enragée qui est étonnant, les futurs grands sont presque tous passés par là, c’est surtout qu’elle est la batteuse d’un groupe punk new yorkais.

    Oui, Madonna a beau écrire pas mal de chansons, elle doit attendre que la belle chanteuse et guitariste, celle qui attire tous les regards lors de leurs petits concerts, concert est un bien grand mot, ne soit écartée car elle ne suit plus musicalement.

    Désormais la seule fille du groupe, fait très rare dans le monde du rock, Madonna n’hésite pas en jouer comme cette fois où elle renverse de l’eau sur son chemisier, captant tous les regards jusqu’à la fin de la prestation. Et comme ils jouent régulièrement au CBGB’s, le club d’où sont sortis les Ramones, Talking Heads et Blondie, on la compare régulièrement à Debbie Harry, ce qui lui plaît énormément. Debbie, c’est un modèle.

    Les Talent scout, les découvreurs de talents étant nombreux à New York, un soir, l’un d’eux lui suggère de monter son propre groupe, à elle. Et comme il n’est pas le premier, commence alors un long ballet fait de changements de personnel et de noms, Madonna and the sky, The Millionnaires, Emmy and the Emmys, il existe ainsi des enregistrements où on peut entendre une nette influence de deux groupes : Blondie et les Pretenders.

    Mais toujours pas de résultats, ah si, fin 1980, le groupe est engagé pour une prestation où tout se passe bien. C’est une Madonna revigorée, retourne chez son père, à Detroit, pour fêter Noël.

    Pourtant, quelques jours plus tard, en janvier 1981, un début d’hiver très rude comme il peut y en avoir à New York, a eu raison des canalisations d’eau et de chauffage dans l’immeuble où habite Madonna. Elle a en effet aménagé tout près du Music Building, un immeuble de douze étages sur la 39ème Rue Ouest dont son groupe loue un des 70 locaux de répétitions. Le quartier est sale, dangereux comme Manhattan l’est depuis une bonne dizaine d’années. Il y a des junkies qui hantent les couloirs, des dealers le hall d’entrée, ça sent l’humidité, l’urine et le renfermé.

    Est-ce le retour brutal dans cet univers, revenant de la chaleur du foyer de son père qui a provoqué un choc, lui a fait ouvrir les yeux ? Toujours est-il que Gary, le bassiste qui joue avec Madonna depuis presque deux ans, la retrouve roulée en boule sur le sol de son logement new yorkais, grippée, et en train de sangloter.

    Madonna qui a jusque-là avait fait preuve d’une volonté de fer a fini par craquer. Pas de travail, pas d’argent, et toujours aucune reconnaissance publique, New York a eu raison de sa volonté. Elle parle de rentrer chez elle, à Detroit, alors, Gary s’agenouille et la prend dans ses bras en lui disant, comme les Américains savent le faire, que tout va bien se passer. Mais sachant sa détermination à devenir célèbre, il comprend que pour Madonna puisse conquérir New York, il faudrait désormais un miracle.
    4 min
  • Madonna: l'échec parisien qui a forgé son ambition
    On a tous ou presque entendu l’histoire de Madonna, qui à la fin des années 70 réussit une audition à New York. A 20-21 ans, avec des petits boulots qui ne durent pas, tirant le diable par la queue entre deux cours de danse, elle a été choisie parmi 1500 candidates pour danser et chanter derrière Patrick Hernandez. Elle veut uniquement danser, pas chanter, dit-elle. Mais le rêve français et la fréquentation du showbiz parisien, la font vite fait déchanter. Ça festoie beaucoup, ça voyage mais ça ne bosse pas comme elle l’entend. Elle est venue pour avancer, trouver sa place, pas pour aller de dîner en dîner.

    C’est du moins ce qu’elle raconte à ses amis qu’elle avait quittés quelques mois plus tôt lors de son retour prématuré à New York, où elle retrouve les galères, évidemment. Car c’est vrai qu’après avoir abandonné l’université pour des cours de danse, qu’elle avait ensuite abandonnés pour Paris, où va-t-elle, Madonna ?

    Heureusement qu’elle retrouve les frères Gilroy, artistes musiciens qui ont un joli pied-à-terre d’artistes. Comment Madonna, en logeant chez Ed et Dan, pourrait-elle deviner qu’elle va y trouver la voie royale ? En effet, quand Dan lui montre comment faire un accord avec une guitare, étonnée de pouvoir créer un son qui jusque-là l’impressionnait, Madonna se met à chanter dessus. Ah bon ? C’est aussi simple que ça ?

    Alors quand ils assistent tous les deux au concert d’un groupe montant nommé Get Wet et dont la chanteuse est vêtue d’un bustier et de crinoline, Madonna la voyant danser et chanter, disons, de manière rudimentaire se dit : ça aussi je peux le faire. Et quand Dan lui montre comment on joue de la batterie et que Madonna s'exclame Ce n’est pas possible que tous ces sons viennent de moi, elle se met à écrire sa première chanson.

    La dernière pièce du puzzle est une jeune Néerlandaise avec qui Madonna suit des cours des danses. Car quand elle apprend qu’elle joue de la guitare, elle se dit qu’elle a tout pour former un groupe. Ce que Madonna fait fin de l’été 1979.

    L’anecdote est peu connue mais le groupe se nomme The Breakfast Club. Rien à voir avec le fameux film qui ne sortira que plus tard, c’est Madonna qui a donné l’explication : on s’est appelé ainsi parce qu’on répétait toute la nuit et qu’en sortant du local, on allait prendre notre petit dèj.

    Une première prestation en duo avec Ed sur un trottoir devant un restaurant d’où ils se font virer par la police, aux premiers concerts du groupe, où Madonna tient la batterie, la musique vient très vite à prendre le pas sur la danse. Chaque pause est matière à répétition sur la guitare ou la batterie, on a d’ailleurs spécialement aménagé une pièce Madonna dans la maison tellement elle s'entraîne longtemps. Selon ses propres dires, elle écrit une chanson par jour.

    Mais le soir où le groupe joue dans un bar, et que le public ne manifeste rien à la fin du dernier titre, continuant à parler en regardant les images d’un match sur des écrans, Madonna éprouve une terrible frustration. Pas même un clap, un sifflet. Assise avec un des musiciens dans la ruelle adjacente, elle serre les genoux en disant : Je voudrais tellement être célèbre, je veux être célèbre !
    5 min
  • Madonna: comment sa rencontre avec Christopher Flynn a forgé son identité d'énorme bosseuse
    Nous sommes à Rochester vers le milieu des années 70. Quand je dis Rochester, rien à voir avec la ville médiévale au sud de Londres, non, ici nous sommes dans la banlieue nord de Detroit, la région des grands lacs américains, à deux pas de la frontière canadienne.

    Alors comment un gars comme Christopher Flynn, ex-danseur d’une grande compagnie de ballet, a-t-il atterri là ? Il donne en effet des cours de danse dans la Grand-rue de Rochester et franchement, il a tout de la caricature du prof exigeant, comme on le voit au cinéma, cassant et tortionnaire. Tellement terrible que la petite Madonna Ciccone, 15 ans, n’en mène pas large quand elle se présente à lui. Elle en a peur, comme tous les jeunes de son âge, qui veulent devenir danseurs classiques, notamment une de ses amies qui fait la pom-pom girl avec elle.

    C’est assez incroyable de la voir aussi peu sûre d’elle, avec la voix limite tremblotante, car la petite Madonna est réputée pour ne jamais se laisser démonter, ni par les étudiantes de son école qui la traitent de salope, elle le sait ,elle en a entendu le dire, tout ça parce qu’elle sort avec qui elle veut, et change souvent de copain, ni par son père, à qui elle reproche un manque d’attention, et sa belle-mère, à qui elle en veut d’avoir remplacé sa vraie maman et occupé le centre du foyer.

    Le terrible prof ne manque pas de lui signaler son âge, c’est tard pour commencer, même si elle pratique déjà la danse, le jazz, les claquettes et qu’elle a obtenu des ovations lors de ses prestations dans des comédies musicales à l’école. Mais Madonna sait ce qu’elle veut. Et pour cela, elle va accepter les railleries, les insultes et les mauvais traitements du prof. Il y a les coups de baguette ou les pincettes quand la jambe n’est pas assez tirée, mais plus terrible, le crayon pointu placé entre le menton et la gorge pour qu’elle reste bien droite en dansant.

    Alors bien sûr, en sortant du cours, les filles ne manquent pas de souligner les travers de ce prof sadique, qui se venge sur elles de ne pas avoir réussi dans la vie. Mais peut-être est-ce justement pour qu’elles ne subissent pas que ce qu’il a subi, lui, en approchant du sommet, qu’il veut que seules persévèrent celles pour qui la danse compte plus que tout.

    Madonna est de celles-là. L’aurait-il vu ? En tout cas, il commence à lui faire des compliments sur son travail et son ardeur au travail. Et puis, comme il l’a dit le premier jour, tu es spéciale. Un autre jour, il lui dit que son visage avaitla beauté d’une statue de la Rome impériale. Madonna est touchée. Jamais personne ne lui a dit une chose pareille, surtout quelqu’un qui n’attend rien en retour.

    Alors au fil des semaines, Christopher l’emmène dans les musées de Detroit, lui montre ces madones peintes et sculptées de la Renaissance, sur le modèle de l’Antiquité. Elle qui en est aux pulsions adolescentes des poètes romantiques, des anti-héros tragiques genre James Dean dans La fureur de vivre ou Marlon Brando dans Un tramway nommé désir, découvre un autre monde.

    Chaque artiste majeur a eu un pygmalion, quelqu’un qui lui a montré, volontairement ou pas, la part de lui-même qui bientôt fascinera le public. Christopher, lui, a laissé, en plus à Madonna, une passion pour la peinture qui va bien au-delà de celle qu’elle nourrit pour la chanson, comme en témoignent de nombreuses pochettes de ses disques et scènes de clips mythiques.
    4 min
  • Madonna : L'héritage d'une rage de vaincre
    Qu’est-ce qu’on n’a pas dit, que n’a-t-on pas lu sur Madonna ? D’ailleurs, vous vous êtes fait votre propre idée sur elle depuis longtemps. La preuve : une image est apparue dans votre tête quand j’ai cité son nom, pas vrai. Elle a tout fait pour ça, c’est vrai, depuis un peu plus de quarante ans, c’est une des premières stars de la chanson à avoir compris que l’image comptait autant que la musique. Et je ne parle pas que de son goût prononcé pour la provocation, regardez la qualité artistique de ses clips, qui est souvent passée au bleu à cause du tapage médiatique.

    Alors se poser la question de savoir qui est vraiment la personne qui se cache derrière tous ces disques d’or et de platine est sans doute vain. Entre les différents témoignages de ses proches et collaborateurs qui ont chacun leurs propres raisons de s’exprimer, il est difficile de s’y retrouver.

    C’est vrai que depuis ses débuts, tout le monde s’accorde pour dire que Madonna est une énorme bosseuse, très prudente en affaires et dans ses dépenses malgré une immense fortune, contrôlant tout de A à Z. Elle est toujours la première au matin et la dernière à bosser le soir dans les bureaux de l’entreprise Madonna. Et tout ce qu’elle voit et entend peut être une source d’inspiration pour une chanson ou la promo. Tout ce qui lui arrive, tout ce que vous pouvez lui dire est susceptible de s’y retrouver recyclé. Sans doute est-ce là qu’il faut, malgré les échecs, y trouver la clé de sa longévité.

    Mais sans doute la motivation essentielle de ce cap dont elle n’a jamais changé, est à trouver dans ses racines. On connaît la légende de la jeune Madonna arrivant à New York à la fin des années 70 avec seulement quelques dollars en poche, les mois de misère, de privation et d’acharnement au travail qui ont suivi. Ce qu’on sait moins, c’est que Madonna avait un modèle familial, celui de son grand-père Gaetano qui avait débarqué, comme elle, dans cette ville, à l’âge de 19 ans.

    Après avoir traversé l’Atlantique en troisième classe, il était descendu du cargo avec les autres immigrés italiens. Nous étions en 1920, il fuyait avec son maigre baluchon, la misère des ouvriers agricoles de son pays, la grippe espagnole et un continent ravagé par la première guerre. Il avait croisé d’autres migrants qui retournaient au pays, n’ayant pas tenu le coup du passage de l’esclavage agricole à industriel. Mais Gaetano, lui, va tenir, une carrière dans la sidérurgie, des pensions où il partage son lit avec un autre qui bosse à un autre horaire, puis rejoint par sa femme, enfin, il aura droit à une modeste maison appartenant à l’usine qui l’emploie. De toute façon, dans ce trou perdu qu’on appelle la petite Sibérie, tout appartient à l’entreprise, même le personnel.

    Alors il y a sûrement beaucoup de Gaetano dans le regard de Madonna. C’est de lui que vient sûrement la rage de persévérer quand elle squatte dans des colocs et bosse dans un restau le soir pour payer ses cours de danse, le jour. Des mois à manger un yaourt et un fruit par jour, sans que cela la dérange, dit-elle, elle n’est pas à New York pour manger mais pour devenir une star de la danse. Et si la ville qui ne dort jamais a fait d’elle finalement une star de la chanson, Madonna n’a jamais chanté que ce qu’elle pouvait danser, et n’a jamais perdu l’urgence de l’ambition de la réussite.
    4 min
  • Blondie : Le secret de "Heart of Glass" ou quand le Punk défie le Disco
    A la fin des années 70, le disco est le plus incroyable phénomène musical qu’on n’ait jamais vu et vécu. Il a durant deux bonnes années tellement tout englobé qu’on aurait cru qu’il n’y avait plus de place pour quoi que ce soit d’autre. Même les plus grandes stars du rock comme Rod Stewart ou Kiss s’y sont mis. Et avec quel succès !

    Et puis un autre aussi. Plus improbable puisqu’il est punk. Et le punk, l’avez-vous remarqué, est cet autre courant musical apparu pile en même temps que le disco. Il est tout aussi phénoménal qu’éphémère et pourtant, de ses racines vont pousser tout ce qui va dominer les années 80.

    Et autant vous dire une chose, s’il y a un milieu où le disco est détesté à la fin des années 70, c’est bien le milieu punk. C’est clair que ces gens-là sont opposés à tout ce qui est blink blink. Et donc, malheur à celui qui dans ses rangs en jouera, il va se prendre des bouteilles en concert et ne plus vendre un disque.

    Et pourtant, en pleine fièvre du samedi soir, quand le groupe punk new yorkais Blondie doit enregistrer son troisième album (qui se vendra à 30 millions d’exemplaires, mais ça, ils ne le savent pas encore) ils sortent de leurs cartons parmi les Sunday Girl et autres Hanging on the telephone, un titre qu’ils ont appelé The Disco Song. Oh, il ne l’aurait pas mentionné si le producteur n’avait pas dit “vous n’avez rien d’autre ?” au cours d’une réunion préparatoire où ils lui font entendre les cassettes de leurs nouveaux morceaux.

    Debbie lui explique qu’ils ne l’ont pas sélectionnée au départ car leur local de répète était tellement pourri par l’humidité qu’ils n’arrivaient pas à accorder leurs instruments. Mais le producteur accroche et le place dans la sélection.

    Arrivés en studio, ils améliorent le morceau grâce aux synthés et une boîte à rythme genre Kraftwerk, un groupe allemand électro d’avant garde que David Bowie leur a fait découvrir en tournée, quand ils assuraient sa première partie quelques semaines plus tôt.

    C’est du disco sans en être mais les critiques rock ne vont pas les louper à la sortie de l’album. Heureusement, leur premier single est un succès bien rock qui fait oublier un temps le torrent de boue qui a été déversé sur ce titre incongru, cette concession lâche à la mode, exclusivement motivée par l’argent. Blondie aurait-il vendu son âme au dieu disco?

    Voilà sur quoi Debbie Harry et son groupe en étaient restés en partant jouer en Europe, quand arrivés à Milan, quelle n’est pas leur surprise de tomber sur le producteur qui les attend au bar lounge de leur hôtel, une bouteille de champagne à la main. Les amis, on est N°1 aux Etats-Unis, à la maison ! Ça se fête ! Cette fois, ça y est, dit Chris Stein, le mari de Debbie et leader de Blondie : nous sommes les punks des punks !
    4 min
  • Nile Rodgers : Comment un camouflet au Studio 54 a donné naissance au tube "Le Freak"
    Il est aujourd’hui une des grandes stars hsitoriques de la musique, un des rares producteurs à l’être devenu réellement. C’est un type adorable, un des plus doués de sa génération, il se nomme Nile Rodgers. Sûrement la plus brillante des étoiles filantes de l’époque disco. Jugez plutôt, il débarque avec Chic en 1977, multiplie les hits mais aussi les collaborations.

    Lui qui tirait le diable par la queue avec son complice Bernard Edwards est à présent demandé partout comme cette nuit de la St Sylvestre où Grace Jones les a invités à venir voir son show au Studio 54, LA boîte de nuit new yorkaise du moment. C’est là où il faut être pour rencontrer tout le monde dans une ambiance de folie.

    Frappant à l’entrée des artistes comme Grace le leur a dit de faire, la porte s’ouvre sur une armoire à glaces qui ne veut rien entendre. Il ne sait pas qui ils sont et n’a rien à faire de leur excuse. C’est raté, les mecs, allez vous faire foutre, crie-t-il en claquant la porte !

    Tu vois, tu t’es trompé. Elle a sûrement laissé nos noms à l’entrée.

    Mais à l’entrée. Rebelotte. Après avoir remonté le long fleuve de la queue, ils ont beau dire qu’ils sont invités par Grace Jones, vous n’êtes pas sur la liste. Après un classique, vous êtes sûr ? Regardez bien, Nile Rodgers, Bernard Edwards, il leur tourne le dos pour reprendre le cours des invités de prestige dans la file. Bernard et Nile savent qu’ils ne rentreront pas dans ce temple du disco qui joue pourtant leurs chansons mais qui a aussi bâti sa notoriété sur la capacité de son personnel à refuser des gens à l’entrée.

    Alors pour fêter l’année nouvelle, ils s’achètent des bouteilles de Dom Pérignon et rentrent à l’appartement qu’un pote de Nile lui prête tant qu’il est en tournée. Ils trinquent puis comme ils font toujours, l’un à la guitare, l’autre à la basse, ils font les fous en criant leur frustration : Fuck Off Studio 54. Mais après avoir répété ce délire un grand nombre de fois, Bernard dit à Nile : dis, je crois qu’on tient quelque chose, là. Tu rigoles, Fuck Off ? Personne ne passera ça à la radio. Mais non, attend, il suffit de changer. Qu’est-ce qui pourrait bien fonctionner, aaah freak off, Ouais ça marche ! Mais ça ne veut rien dire. Non mais Freak out ! Ah ouais, comme perdre le contrôle sur la piste de danse, pas bête. Puis un verre plus tard, hé The freak, c’est aussi une danse, et le freak avec les filles, c’est chic!

    Douze millions de singles vendus plus tard, la naissance de ce classique du disco, maintes fois racontée par Nile lui vaudra d’être contacté par un gars sur les réseaux sociaux. Il se présentera comme celui qui l’a jeté ce soir du 31 décembre 1977 et que s’il avait su qui il était … enfin, il est désolé. Mais comment être désolé, se dit Nile, c’est son karma qui a transformé ce qu’il n’a pas pu avoir, lui faisant gagner plus que ce qu’il aurait jamais pu imaginer.
    4 min
  • Bee Gees et Saturday Night Fever : comment un trio folk a déclenché la folie Disco
    S’il n’y avait eu que Boney M, Village People ou Donna Summer, le disco aurait-il autant marqué l’Histoire ? Je veux dire, sans les Bee Gees et leur fièvre du samedi soir. Car c’est vrai qu’avec ce film et sa musique, une mode devenait un phénomène de société. Tout qui avait plus de seize ans est allé le voir, s’est habillé comme les acteurs du film et a été pris d’une irrésistible fringale de sortir en boîte de nuit le samedi soir pour danser comme Travolta.

    On ne compte pas chez nous le nombre de discothèques sorties de nulle part, avec leurs installations de projecteurs qui illuminent la piste cernée par une puissante installation sonore qui fait s’entrechoquer les glaçons dans les verres de Cuba Libre. Un double album qui se vend à 40 millions d’exemplaires, une première, un film qui rapporte plus 200 fois la mise de départ, personne n’a vu venir la folie du disco.

    Pourtant les locomotives de ce succès prodigieux ne sont ni américaines, ni allemandes comme les producteurs de Boney M et Donna Summer, non ils sont Anglais, enfin à l’époque on les croit Australiens. Eux non plus n’ont pas vu venir le truc, ils ont même failli ne pas le faire.

    Les Bee Gees, c’est en 1977, le trio folk britannique de la génération Beatles & Bob Dylan. Mais les énormes tubes qu’ils ont produits dans les années 60 ont perdu de leur superbe avec l’explosion du rock au cours de la décennie suivante. Il est loin le temps de la guitare acoustique, le trio de frères originaire de Manchester et de l’île de Man, essaie de survivre dans le monde de la pop, avec en 1976, un tube américain, franchement barré. Ah il est gonflé ce titre rock sur un rythme disco, le hit de l’été 1976, leur premier numéro un en dix ans, là-bas.

    Or, il se fait que leur producteur, qui est aussi celui d’Eric Clapton, est également à ses heures, un solide producteur de cinéma qui adapte des musicals de Londres et Broadway. Ainsi les fameux films Jesus Christ Superstar ou Tommy, des Who, c’est lui.

    Et justement, son nouveau film, est musical sans l’être. Il parle de ces mecs de la classe ouvrière new yorkaise qui jouent les stars de la piste de danse le samedi soir. Ajouter ce récent tube des Bee Gees, qui de plus lui appartient, est une évidence. Et si le groupe lui faisait en plus quatre ou cinq nouveaux titres ? Ce serait vraiment un atout pour faire parler du film. Et bien, figurez-vous qu’ils vont dire non. C’est vrai, ils sont en France, occupés à enregistrer leur nouvel album. Pas le temps, non, désolé. Mais Robert Stigwood a de la suite dans les idées, il débarque au fameux Château d’Hérouville dans sa grosse voiture, insiste, et à peine est-il parti que Barry Gibb entend quelque chose trotter dans sa tête, une mélodie, un rythme. Il dit à ses frères, je tiens quelque chose, venez. Et semaines plus tard, leur vie ne sera plus jamais plus pareille quand ce 45 Tours sortira …
    4 min
  • Donna Summer : Le secret de "Love to Love You Baby" ou l'invention du format Maxi
    Clairement, quand en 1969 Serge Gainsbourg explose les séries de slows en boîte sur sonJe t’aime … moi non plus, on pense que jamais personne n’osera aller plus loin. C’est justement le genre de prédiction qu’il ne faut pas faire, surtout dans la pop musique, un domaine où la création et les résultats financiers font bon ménage. En fait, il suffit d’y aller franco, au premier degré.

    Et justement, une musique alors naissante va s’y prêter particulièrement. Au milieu des années 70, à Munich, deux producteurs d’origine anglo-italienne, Giorgio Moroder et Pete Bellotte, s’intéressent au succès gigantesque de titres comme Rock the Boat et Rock you Baby.

    Qu’est-ce qui peut bien plaire au public là-dedans ?

    Ils identifient dans le rythme un quatre temps joué par la grosse caisse et le charleston de la batterie. C’est ça ! Il n’y a plus qu’à faire pareil.

    Et justement, ils ont sous la main une artiste américaine vivant en Allemagne, une certaine Donna Summer, dont ils viennent de produire un premier album mais qui, mis à part en Belgique et en Hollande, n’a pas trouvé son public.

    Et comme le Je t’aime moi non plus de Gainsbourg et Birkin vient de ressortir avec succès chez Warner, Moroder dit à Donna Summer pourquoi on ferait pas un truc dans le genre ? Pourquoi pas, répond la chanteuse. Et pour éviter une comparaison en leur défaveur, ils décident de ne pas y aller avec le dos d'une cuillère.

    Mais voilà, une fois la chanson écrite et qu’il faut l’enregistrer, Donna éprouve beaucoup de mal à se lâcher : elle est horriblement gênée, ça ne donne rien !

    Alors Moroder et Bellotte virent du studio tout le personnel qui n’est pas nécessaire et font baisser les lumières au maximum.

    Donna, pour la prochaine prise, tu vas pousser tes gémissements couchée sur le dos, on va t’installer le micro.

    M’enfin, Giorgio, tu ne veux quand même pas …

    Mais nooon ! juste que comme ça, personne ne te verra et tu seras seule.

    L’enregistrement sulfureux terminé, Donna Summer a du mal à croire que c’est elle qu’elle entend en cabine de son. Moroder, par contre, n’a aucun mal à trouver des distributeurs. Aux Etats-Unis, c’est Neil Bogaert, l’éditeur du groupe Kiss qui est à la manœuvre. Comme il organise fréquemment des fêtes démentes dans sa propriété de Los Angeles, il passe le disque pour le tester. Sur la piste, c’est de la folie, les invités viennent sans arrêt lui demander de le rejouer.

    A 3 heures du matin, un téléphone sonne à Munich :

    Pete, c’est Neil ! Il faut que tu me fasses une version longue, mon vieux. Les gens adorent, c’est dingue.

    Avec ses 16 minutes 50, Love to Love You sort en version maxi qui, vendu à des millions d’exemplaires, va populariser définitivement ce format auprès des DJ.

    Gigantesque succès, Donna Summer arrêtera toutefois de le chanter sur scène, le jour où en Italie, elle devra quitter la scène en courant, poursuivie par des hommes survoltés. Se réfugiant dans la caravane qui lui sert de loge, elle est terrorisée par les coups que ceux-ci donnent dans la porte et les vitres jusqu’à ce que le service d’ordre vienne la libérer. Et oui, c’était une époque de dingues mais c’était tout simplement la nôtre.
    4 min
  • La fièvre du Disco : pourquoi cette époque rutilante nous fait toujours rêver
    Le Disco ! Quelle histoire, hein ? Je devrais dire : quelles histoires ! Car on en raconte des trucs depuis une vingtaine d’années sur cette musique qui, après avoir été maudite au début des années 80, est devenue grâce à la Pop Culture, un des grands moments du siècle dernier. Carrément ! Y a des gars qui en rêvent aujourd’hui de cette époque où on se promenait sapé comme Starsky et Hutch ou John Travolta, côté mecs, Donna Summer, Cher ou Sheila, côté filles. Non, je n’ai pas dit les Village People, vous voyez le truc dans la rue.

    Et c’est vrai que, autant on n’a pas eu l’occasion de se demander ce qui nous arrivait tellement la mode a passé vite, autant une époque n'est jamais apparue aussi rutilante que celle du disco. Les projecteurs des boîtes de nuit, les miroirs des boules à facettes, un rythme net, rapide et régulier, des arrangements de violons classe, des cuivres qui claquent, des plateaux d’émissions de télé qui se transforment en piste de danse, qu’est-ce qui nous a pris ? On ne sait pas mais on a dansé. Et on en a acheté, des disques. Un peu n’importe quoi, parfois, juste parce qu’un mec avait imprimé un faux cachet Disco sur la pochette.

    Alors bien sûr, des types ont essayé de nous donner des cours là-dessus, dans la pose de ceux qui se veulent intéressants : Voici le premier titre de disco, jamais enregistré. Nous vantant des pionniers, des musiciens qui avaient tout compris avant tout le monde ou étaient arrivés trop tôt.

    Ça n'a pas beaucoup de sens. Tout d’abord parce que quand on invente une mode, généralement, on est le dernier à deviner que ça va partir en vrille. Et puis surtout parce que le disco, c’est beaucoup plus une époque, qu’une musique particulière avec un charleston, une grosse caisse et des violons.

    Oui, au milieu des années 70, les fringues de couleurs, la piste de danse qui s’éclaire pour que le spectacle y prenne place, les godasses à haut talons, les DJ qui font leur show au lieu de gentiment passer des disques, des Européens blancs qui font de la musique soul, tout ça se met en scène pour rehausser un monde de la nuit qui a pris un coup dans l’aile à cause de la télé.

    C’est vrai ! Plus besoin de se bouger pour voir des chanteurs, ils arrivent tous les soirs dans notre salon grâce aux émissions de variétés. Evidemment, si le son est poussé à fond de balle, comme c’est le cas à présent en boîte, ça prend une autre dimension, et si en plus vous pouvez devenir une attraction sans avoir à faire la conversation, simplement en dansant, ça vaut peut-être le coup de sortir le samedi soir plutôt que de regarder le Hit Parade de Guy Lux ou les shows des Carpentier.

    Voilà qui, sans doute, a aidé Harold Melvin à faire de sa chanson, le premier hit disco fin 1973, enfin à ce qu’il paraît.
    4 min

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Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Ce podcast incontournable vous fait voyager à travers les époques, en…

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