La Story Nostalgie

La Story Nostalgie

By Nostalgie BelgiqueMusicMusic History
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La Story Nostalgie episodes

  • Gainsbourg : pourquoi il a refusé d'écrire pour Piaf et offert La Javanaise à Gréco
    Ça peut paraître incroyable mais cet énorme classique de Juliette Gréco qui incarne tellement le Paris, la France cliché si répandue à l’étranger est signé Serge Gainsbourg. C’est pas possible, vous allez me dire, c’est pas son genre, un truc pareil ? Et pourtant c’est écrit sur le 45 Tours, pas de doute : paroles et musique : Serge Gainsbourg. Il l’a d’ailleurs chanté, déguisé en clodo, en duo avec son pote Philippe Clay, pour la télévision.

    Mais alors, pourquoi a-t-il refusé d’écrire pour Edith Piaf ? Parce qu’il l’admirait. Bien sûr qu’ils s’étaient rencontrés. Un soir, au théâtre, pour l’anniversaire de Raymond Devos, il jouait de la guitare dans un orchestre improvisé en compagnie de Bourvil, Guy Béart et Claude Nougaro quand Piaf avait demandé, qui est ce guitariste ? Serge Gainsbourg. Ah bon ? Les gens disent qu’il est méchant. Il a l’air plutôt gentil, non ? Faites-le venir. Serge s’est rendu chez elle, boulevard Lannes, à Paris, elle lui a demandé qu’il lui écrive des chansons.

    Sans doute ne veut-il pas faire partie de sa cour d’auteurs compositeurs avec qui il n’a rien en commun. Ou qu’il n’aurait pas supporté qu’elle lui refuse un titre et le sarcasme des autres prétendants. C’est la raison pour laquelle Serge vient en octobre de la même année pour lui rendre hommage, lors de sa disparition. La jeune fille au pair Jane Birkin qui s’y trouve aussi, elle loge dans le même immeuble, remarque d’ailleurs dans le défilé des visiteurs, cet homme sombre au regard triste, un peu en retrait.

    Mais voilà, le succès de l’accordéon vaut à Gainsbourg d’entrer en contact avec Brigitte Bardot. Bardot, star mondiale du cinéma, se met à la chanson et voilà que le grand compositeur de musiques de film et de la télé, Claude Bolling lui présente Serge, venu avec sa partition et qui lui chante trois lignes d’un titre qu’il nomme L’appareil à sous. Pourquoi trois lignes seulement ? Parce que c’est un de ses trucs pour éviter de se faire refuser une chanson, ce dont il a horreur. Trois quatre mesures sur le piano, il présente le meilleur moment en prétendant qu’elle n’est pas finie. Ce qui, cela dit, est probablement vrai.

    La chanson, pour formidable qu’elle soit, ne fait pas un grand succès. Son ami Claude Nougaro décolle avec trois gros succès consécutifs, mais pas Serge. Seule consolation, sa Javanaise par Juliette Gréco qui paraît quelques semaines après la sienne, devient le titre phare de son tour de chant. Serge avait songé la faire chanter par Brigitte Bardot, Gréco l’a sûrement mieux vendue que BB ne l’aurait fait. Il faudra juste 28 ans pour que le grand public ne découvre vraiment sa version sur une compile.

    Incroyable, hein ? On est d’accord, cette chanson est tellement formidable, tellement française, même si c’est la première d’une immense série que Gainsbourg est allé enregistrer à Londres. On l’entend même, l’avez-vous remarqué, dans la bande originale du film de Ron Howard, Le Da Vinci Code.
    4 min
  • Gainsbourg à Kingston : douze pages blanches et un disque de platine
    Janvier 1979, le punk est mort. Mais on ne le pleure pas, pas le temps, il y a tellement de nouvelles musiques qui apparaissent qu’il ne se trouve personne pour s’en plaindre. Non, ce que les punks jouent à présent, ce sont des musiques venues d’une île improbable dont on ignorait jusqu’au nom : la Jamaïque. Ça s'appelle le ska et le reggae. Oh le reggae, on connaît, enfin, un peu. Il y a quatre ans, on a été frappé par la foudre en découvrant le I shot the sheriff d’Eric Clapton qui a attiré l’attention sur leur auteur : Bob Marley.

    Le temps que la pression monte, l’année 78 a été celle du reggae, à coups de Is this love, Jammin’, et d’un duo de Mick Jagger et Jimmy Cliff…

    Mais bon, les musiciens qui font le voyage jusqu’à Kingston pour trouver le vrai son du reggae sont rares. Déjà faut oser, c’est une des villes les plus dangereuses au monde. L’a-t-on dit à Serge Gainsbourg ? En tout cas, il y est. Incroyable que son directeur artistique ait obtenu de Philips, leur maison de disques, le budget pour y aller en avion avec hôtel et tout le toutim. Enfin, le toutim, ça coûte rien une fois qu’on est sur place. Et puis, on enregistre avec l’équipe de Bob Marley, il y a même sa femme, Rita, dans les choristes.

    Ce soir, c’est le dernier soir, demain on enregistre les paroles, hein Serge, dit Lerichomme à son artiste attablé dans un restaurant. Ouais ouais ouais, je sais, répond-il, en évacuant la fumée. Aïe ! Pour bien connaître Serge, Lerichomme comprend qu’il n’a pas encore écrit grand-chose. Déjà qu’il y aura peu de titres originaux, ce paresseux a prévu plusieurs reprises comme La Marseillaise qui devient Aux armes etc, ou Marilou reggae, un titre du précédent album L’homme à la tête de chou, qui lui a justement donné l’idée de cet album 100% reggae.

    Mais quand il le raccompagne à sa chambre, ce qu’il voit par la porte entrouverte le terrifie : sur le lit, douze pages blanches avec au-dessus, le titre de chaque chanson. Il n’a encore rien ! Lerichomme n’en dort pas de la nuit. Dans quelle galère s’est-il encore embarqué avec cet artiste qui n’a plus rien vendu depuis dix ans ? L’homme à la tête de chou n’a même pas atteint les 20.000 exemplaires. A quoi cela sert-il que toute la presse ait hurlé au génie si personne n’achète ?

    Le matin d’une interminable nuit noire, quand il frappe à la porte de Gainsbourg, il le trouve totalement éreinté avec ses douze pages toujours sur le lit mais entièrement noircies de mots et ratures. Alors il descend au petit déj avec les feuilles, qu’il met au propre, en restructurant le tout pendant que Serge fait une sieste, puis se prépare. A onze heures du matin, ils arrivent au Dynamic Sound, là où Marley a enregistré No woman No cry. Serge se plante devant le micro pour le quitter à deux heures du matin.

    En repartant du studio dans la chaleur et l’humidité de la nuit jamaïcaine, Serge dit à son complice, Qu’est-ce qu’on a fait ? Je ne sais pas, Serge, mais on l’a fait. L’album Aux armes etc qu’ils vont mixer les deux jours suivants sera disque de platine dans l’année et fera de Gainsbourg la superstar qu’il n’espérait plus devenir après 25 ans de métier.
    4 min
  • 1962 : la nuit chez Juliette Gréco qui a tout changé pour Gainsbourg
    Y a-t-il encore quelqu’un pour s’en souvenir, ce 2 février 1962, le cercle des étudiants en droit de l’ULB organise une soirée avec un groupe bien à la mode du twist : les Cousins. Et pour se souvenir du chanteur qui a assuré la première partie : Serge Gainsbourg.

    On parle un peu de lui depuis quelques années, on connaît sans le savoir deux de ses chansons : L’eau à la bouche, à cause du film et de son rythme exotique, et puis aussi le pas banal Poinçonneur des lilas, auquel même Franquin fait référence dans un gag de Gaston Lagaffe. Mais a-t-on retenu son nom ?, non, pas vraiment. Aucun de ses trois premiers 33 Tours ne s’est vendu. Serge Gainsbourg, c’est le chanteur totalement décalé, coincé dans une grande chanson française qui se réclame du jazz. Il n’a rien du yéyé, comme on va appeler ce mouvement absolument dingue à partir de cette année.

    J’ai dit dingue ? Mais je n’exagère pas. Demandez à Serge : quand il se rend dans un studio ou à sa maison de disques, combien sont-ils, ces jeunes venus de leur province chaque mercredi ou jeudi pour passer une audition. Cent ? Deux cents ? On les parque comme du bétail, on en sélectionne quelques-uns à qui on fait le plan vie de stars. Ils l’ignorent mais ils n’ont que un ou deux 45 Tours pour faire leurs preuves. Si ça marche, ils deviennent les nouveaux chouchous des copains, si pas, on les renvoie dans leur province.

    Et donc comment voulez-vous qu’un dandy branché art comme Gainsbourg les respecte ? Il les méprise d’autant que la presse et le public ne semblent vouloir ni de sa musique, le jazz, ni de ses textes, trop osés ! Non vraiment, il va abandonner la chanson et retourner à la peinture, déclare-t-il à la télé, car il y passe souvent, même s’il ne vend rien.

    Et puis sorti des bureaux de l’ORTF, il se rend chez Juliette Gréco, la première star qui l’a chanté avec succès. Ils vont dîner, en écoutant de bons disques, classiques, bien sûr. La nuit passe au fil de bonnes bouteilles de vin, Juliette se lève pour danser devant lui, Serge revit.

    Le lendemain, elle reçoit un beau bouquet de fleurs avec un mot de remerciement de Serge qui lui dit avoir écrit une chanson en souvenir de cette soirée. Cette chanson que Juliette va immortaliser va faire prendre à la carrière de Serge un tournant aussi inattendu qu’inespéré. La preuve en est son quatrième album, probablement le meilleur de sa carrière. Et même s’il ne va pas se vendre, lui non plus, il contient des classiques qui ne seront découverts que bien plus tard avec les compiles, comme La Javanaise, Baudelaire, L’appareil à sous, bien sûr, et le fameux Black Trombone, aujourd’hui un de ses titres les plus streamés et que personnellement j’use depuis plus de 40 ans.
    4 min
  • La nuit où Drucker a découvert Bardot chez Gainsbourg
    Fin 1967, un certain Michel Drucker, alors débutant à la télévision, attend un invité qui ne vient pas. Mais que fait-il ? Une heure plus tard, le voilà avec un assistant de l’émission devant la porte de l’appartement de Serge Gainsbourg. Il tambourine. Pas de réponse. Alors il frappe, toujours pas de réponse. Il refrappe plus fort, insiste, jusqu’à entendre à l’intérieur la voix de l’homme qui faisait celui qui n’est pas là. Ah j’avais oublié, zut, dit-il, innocemment dans l’entrebâillement de la porte. Et le téléphone, alors ? Michel a du mal à croire que cet artiste qui coure tant après le succès puisse oublier une télé.

    Serge n’est en fait pas seul. Et la personne qui ne se montre pas est la même qui a valu à Serge d’arriver, avec plusieurs jours de retard, à ses séances de travail sur la BO du film Manon 70.

    J’ai du mal à quitter les bras de Brigitte, a-t-il dit à son partenaire Jean-Claude Vannier, en guise d’excuse. Tu te rends compte, chaque fois que j’enfile ma chemise pour sortir, elle me l’enlève.

    Brigitte, c’est Brigitte Bardot, bien sûr. Serge a couru annoncer la nouvelle à son père quand ça lui est tombé dessus. Tellement fier il était, tellement il était heureux de cette revanche sur tous ceux qui disent qu’il est laid, se moquent de son nez et de ses oreilles décollées. Maintenant, sourit-il, on m’envie de tous les côtés.

    Ah c’est vrai que quand elle rentre quelque part, le silence tombe et les regards se tournent. Que ce soit au restaurant, au palais de l’Élysée, et bien sûr dans les studios d’enregistrement et de télé. Ah oui, c’est pareil. Je vous prie de croire que quand on sait que Bardot doit venir, tous les techniciens se bichonnent le matin dans leur salle de bains et mettent leur plus belle tenue. On se croirait un dimanche.

    Évidemment, une fois que tous les yeux se sont portés sur BB pour la scanner en haute définition, ils se dirigent ensuite vers le gars qui l’accompagne. Gainsbourg ? Noooon ! Ben oui mon vieux, il paraît qu’il lui a sauvé la mise sur le Sacha Show.

    S’ils savaient que c’est même lui qui l’a contactée pour lui proposer une chanson, Harley Davidson. C’est pas qu’il soit porté sur les motos, non. Ni qu’il soit en mal d’interprètes. Il a refusé d’écrire pour Johnny Hallyday, Sheila et Sylvie Vartan. C’était pourtant du tout cuit. Et ben il a dit non, il ne veut pas rentrer dans le rang, dit-il. Puis on le retrouve avec Mireille Mathieu, vous le croyez, ça ? Si c’est pas de la provoc dirigée vers ce métier qui ne voulait pas de lui. Mais bon, Brigitte Bardot, c’est autre chose, d’autant plus que si c’est lui qui a décroché son téléphone pour lui proposer des chansons, c’est elle qui a pris l’initiative de leur relation. Alors cette Harley Davidson, quel cadeau ! Car non seulement la chanson a tout pour s’inscrire dans le temps mais elle coïncide avec l’arrivée d’une nouvelle mode, les posters grands formats. On va voir BB partout sur les murs.
    4 min
  • Gainsbourg, 1975 : un fusil, une chanson nulle et un chef-d'œuvre dans le tiroir
    A Paris, rue de Verneuil, à deux pas de la Seine et du boulevard St Germain, il ne se passe pas une heure sans que des personnes ne quittent la maison du 5bis, les larmes aux yeux. Ne vous en faites pas, vous n’êtes pas les seuls, croyez-moi, dit un des gardiens de ce qui était encore, il y a tout juste 35 ans, le domicile de Serge Gainsbourg.

    Oui, qui aurait pu soupçonner ce 3 mars 1991, alors que des dizaines de fans très émus par la nouvelle, viennent se recueillir devant la déjà célèbre façade, que rien n’y bougerait durant les 30 années à venir et que la maison deviendrait un musée qui ne désemplit pas. Et pour tous ceux qui en font la visite, guidés par la voix de Charlotte, quelle surprise, quel choc, de découvrir non pas le provocateur Gainsbarre superstar des années 80, à l’alcool mauvais, mais le vrai Serge Gainsbourg, celui de La Javanaise, sensible, touchant.

    Et donc, 35 ans après sa disparition, que peut-on encore raconter sur lui qui n’ait été dit ?, - vous allez me dire. Et ben justement, c’est ce qu’on vous propose cette semaine, comme on a toujours fait.

    Vous entendez ? A travers le volet baissé, ce piano ? C’est Serge qui compose. Nous sommes en 1975, et mis à part les passages radio de Je suis venu te dire que je m’en vais, Serge est à nouveau en panne de succès. Son Je t’aime moi non plus en 1969 a été sans lendemain. Pire, un chef d'œuvre comme L’histoire de Melody Nelson a été un cinglant échec commercial. Oh il a signé pas mal de hits récemment mais ce sont toujours des chansons écrites pour les autres, des femmes, Jane Birkin, en premier.

    Seul bémol, l’incroyable titre qu’il vient écrire pour que sa copine Dani le chante à l’Eurovision a été refusé : trop provocateur ! Serge s’est vexé, pas question de changer quoi que ce soit. Alors pour se prouver qu’il peut faire un tube comme il veut, quand il veut, il a enregistré L’ami caouette. Gros succès évidemment, tout le monde le lui demande, même les gosses dans la rue, l’apostrophent en disant : Hé, l’ami Caouette !

    Le fond du fond est atteint quand, un soir au restaurant, il sympathise avec le maître d’hôtel et sort avec lui après son service boire des coups. Bonne ambiance avec ce partenaire de ribote d’un soir. Et si on allait boire le dernier chez moi ? OK ! Arrivés chez lui, le fameux maître d’hôtel dit alors sur le ton d’un ordre : Et maintenant, tu vas me chanter l’Ami Caouette ! Ah non mon p’tit père, je ne chante que pour du blé et jamais en privé, pas même dans ma salle de bain. Le gars furibard saisit alors un fusil de chasse et crie : Tu vas chanter l’ami Caouette, oui ou merde !

    Gainsbourg sans se démonter prend Jane par la main et lui dit : allez, on se casse. Voilà ce qui se passe quand on chante des conneries. Et dire qu’ils n’ont pas voulu de son Boomerang, c’est pourtant pas la chanson de tout le monde. Il a raison Serge, et pourtant, on va mettre des décennies avant de l’entendre.
    4 min
  • Band on the Run : Paul McCartney au bout du monde
    1er septembre 1973, nous sommes au cœur de l’Afrique, au Nigeria, un pays étonnant dont les incroyables ressources en pétrole, gaz, fer et charbon ont produit une société à deux vitesses. Sa capitale, Lagos, est une ville étonnante, grouillante de population, polluée sous un climat tropical, et ceinturée de forêts luxuriantes.

    Alors qu’est-ce que vient y faire Paul McCartney, ancien leader des Beatles qui n’ont jamais vendu autant de disques avec les rééditions de tous les 45 Tours et des deux doubles 33 Tours, rouge et bleu ? Pas y fêter son premier succès mondial, Live and Let Die… Un triomphe, comme le film d’ailleurs, qui impose un nouvel acteur dans les habits de James Bond.

    Et bien figurez-vous que c’est encore une de ses idées à lui pour tirer le meilleur de sa créativité. Maintenant qu’il est bien rôdé avec un nouveau groupe, il compte y retrouver les grandes heures qui lui ont permis d’enregistrer des disques novateurs comme Sgt Pepper Lonely Hearts Club Band, tellement génial que quelques jours après sa sortie, Jimi Hendrix, en faisait déjà un cover sur scène, Paul avait éprouvé un indicible frisson en assistant au concert.

    Et donc, il demande à EMI, la multinationale qui le distribue, où ils possédent des studios. Un peu partout dans le Commonwealth. Los Angeles, Paris, Berlin, Tokyo, Athènes. Oui, euh, vous n’avez rien de plus … exotique ? Exotique ? Attendez … Johannesbourg, Bombay, Hong Kong, Lagos … Lagos, c’est où ? Au Nigeria.

    Paul se voyait en touriste la journée avec son band, au boulot le soir et la nuit, ce n’est pas exactement ça qui se produit. Déjà, juste avant le grand départ, il perd son bassiste et son batteur qui n’ont pas envie de risquer leur vie dans ce coupe-gorge. On leur en a parlé de Lagos !

    Et donc, les Wings sont réduit à trois quand, sortis de l’aéroport, ils découvrent des rues encombrées et des trottoirs débordant de miséreux, de malades, errant devant des maisons délabrées … et un studio entouré de hauts murs protégés par des bouquets de fils barbelés. Ambiance. Un studio … pas exactement comme celui d’Abbey Road. Un matériel très ancien, des micros qui ont souffert, des pièces mal insonorisées où il règne une chaleur humide insupportable. Et si ce n’était que ça. Rentrant un soir avec Linda, Paul subit un vol à main armée, entendez-moi, les mecs ont des armes de guerre, et perd ainsi les cassettes démos de tous ses titres. Il est aussi dérangé par Ginger Baker, l’ancien batteur du groupe Cream et partenaire d’Eric Clapton, expatrié là-bas, et franchement menacé par Fela, pape du jazz africain, et surtout chef tribal, qui n’entend pas non plus qu’un ex-Beatle enregistre à Lagos sans son autorisation.

    Mais rien n’y fait, on n’arrête pas un passionné, Paul arrondit les angles, sympathise avec tout le monde et enregistre un album aux sonorités franchement nouvelles, la pochette d’ailleurs, fallait oser. Le disque fait un triomphe montrant que, contre toute attente, non seulement, il peut y avoir un “après Beatles” mais surtout qu’il en était la machine débridée à entraîner la création. Et un musicien de scène qui n’a depuis jamais perdu l’enthousiasme de se retrouver face à un public …
    5 min
  • Paul McCartney : du mini-van au générique de James Bond
    Alors que John Lennon a quitté Londres pour New York après avoir retrouvé le sommet des classements et que George Harrison est devenu l’improbable N°1 des ex-Beatles toutes catégories de classement, Paul McCartney écume les cercles étudiants des Midlands au sud de l’Angleterre en passant par le Pays de Galles. L’aventure s’est d’ailleurs terminée à Oxford avec le ras-le-bol des musiciens qu’il a recrutés. C‘est vrai, les gars croyaient avoir une vie de palaces, avions et restos 3 étoiles en tournant avec un ex-Beatles, ils n’ont que le droit de s’entasser dans un mini van et partager la recette de concerts improvisés.

    Alors la suite, c’est-à-dire le continent européen, doit être un peu mieux organisée. Déjà, le bus de la tournée est un vieux double deck britannique repeint aux couleurs des Wings. Ça le fait pour la promo, en arrivant en ville, personne ne peut les louper, et sur la route, on peut profiter du ciel ouvert aménagé pour admirer le paysage pleinement et bronzer avec les enfants.

    Alors bien sûr, c’est pas top quand on doit annuler, faute de réservations. Oui, ça arrive, comme à Lyon. Les jeunes Français ont la tête ailleurs avec Led Zeppelin et Pink Floyd, la musique a vraiment changé, hein. Mais à l’Olympia, c’est le frisson, huit ans après la fameuse série avec les Beatles. Et que dire de ce vieux cinéma d’Anvers, juste après, le tout premier concert d’un Beatles en Belgique, car ils n’y ont jamais joué ! Vous y étiez peut-être, l’atmosphère est magique, et surtout, la surprise de pouvoir le regarder d’aussi près est totale.

    Mais bon ! Où est-il, le génie qui nous a donné Sgt Pepper, qui a entraîné tout le mouvement psychédélique, cassé les codes de la chanson, amené la musique baroque dans le rock ? La comparaison que font les journalistes, alors tout puissants sur les ventes de disques, n'est pas à l'avantage de la musique que propose McCartney. Lui, repart de zéro volontairement, à tous les niveaux, eux exigent la suite, un toujours plus haut, toujours plus fort.

    Et c’est là qu’intervient à nouveau George Martin, l’ancien producteur des Beatles, l’homme qui a composé leurs fabuleux arrangements orchestraux car il lui a été justement proposé de composer la BO du nouveau James Bond. Pourquoi ne demandez-vous pas à Paul McCartney de composer la chanson, dit-il au producteur Harry Saltzman ? OK, mais juste écrire alors, les génériques de James Bond, ce sont des interprètes soul.

    Après avoir lu le roman, McCartney, très inspiré, écrit le titre d’un trait au piano mais exige que son groupe en soit l’interprète.

    Quand Saltzman s’apprête à dire non, il resonge à ce moment où dix ans plus tôt, il a refusé de produire le film des Beatles A Hard days Night, n’y croyant pas un instant, et laissant la société de Charlie Chaplin, la United Artists, réaliser une excellente affaire. Alors il se ravise, dit oui, ouvrant, sans le savoir, un boulevard au retour de Paul McCartney sur le devant de la scène mondiale …
    4 min
  • Paul McCartney : recommencer à zéro après les Beatles
    Février 1971, Paul McCartney enfile le veston qu’il portait deux ans plus tôt sur la pochette de l’album déjà mythique, Abbey Road. Seule différence, il ne se rendra pas pieds nus mais avec de belles chaussures, à son audience devant la Haute Cour de Londres où il va demander la dissolution des Beatles et de son contrat avec leur manager. En effet, le redoutable requin américain leur avait fait accepter de mettre même les revenus de leurs carrières solos dans leur label Apple. Il gardait donc la main sur tout et McCartney pouvait vendre autant de disques qu’il voulait, il allait continuer à gagner peu d’argent.

    Oh ça ne le dérange pas, vous savez. La preuve : il s’apprête à faire un truc impensable, une fois son procès gagné, un procès qui l’a affecté car il a été obligé de l’intenter contre ses copains d’adolescence. C’est la guerre !

    Ainsi, il fait venir de New York les musiciens avec qui il vient d’enregistrer son nouvel album solo, RAM, une merveille entre nous, hein, même si la presse le descend joyeusement. Et quand les gars arrivent dans son repère de la presqu’île de Kintyre, ils découvrent qu’ils ne sont pas là pour des vacances écossaises mais pour créer un vrai groupe qui va enregistrer, là, dans cette ferme spartiate, au milieu des moutons.

    Le guitariste repart aussitôt pour New York mais les autres restent, alors Paul file au village téléphoner à Londres à son pote Denny Laine, ex-guitariste et chanteur des Moody Blues … ah non, c’est pas lui qui chante ce tube immortel des Moody blues, c’est Justin Hayward, le gars qui l’a remplacé quand il s’est barré en 1966. Qu’est-ce qu’il est devenu depuis, Denny Laine ? Et ben, pas grand chose, la preuve, après le coup de fil, il rapplique aussitôt après avoir accepté un salaire à la semaine.

    Paul a trouvé un nom pour ce groupe, Wings, les ailes, comme s’il allait s’envoler à nouveau. Et repartir vraiment à zéro, avec un premier album quasiment improvisé à la pochette bucolique, un peu trop d’ailleurs, on le reconnaît à peine. Tout comme la tournée. C’est vrai ! Après quelques coups de fil donnés depuis le village, les voilà partis avec un petit camion de location et un mini van dans lequel ils s’entassent.

    Oui, alors qu’il aurait été si simple de jouer sur le nom de Paul McCartney, ex-Beatle, toutes les portes se seraient ouvertes, Paul veut rejouer ses débuts. Ainsi en février 1972, une étudiante responsable d’un cercle de l’université de Nottingham se retrouve devant deux jeunes chevelus qui lui demandent s’ils ont une salle. Ben oui ? Vous pourriez venir, on est avec un artiste qui voudrait jouer ici ce soir ? Imaginez sa tête quand arrivée sur le trottoir, elle reconnaît dans le van, Paul McCartney qui lui tend la main, en disant qu’il est d’accord de jouer aux entrées.

    Le concert aura lieu le lendemain finalement, devant plus de 750 jeunes, imaginez l’ambiance. Et même s’il n’y aura pas une seule chanson des Beatles, le premier concert de Paul depuis ce stade de San Francisco en 1966 est une réussite. Ils ont même gagné 30 livres sterling chacun.
    4 min
  • Kintyre : la renaissance de Paul McCartney
    Quand Paul McCartney a acheté ce tas de pierre en 1966 pour une croûte de pain, il ne se doutait pas qu’il s’y réfugierait trois ans plus tard. Là-bas, au bout de la presqu’île de Kintyre en Ecosse, dans l’inconfort le plus total, il a entrepris de tout installer ou réparer lui-même, avec Linda, sa femme, leurs deux enfants et bien sûr, Martha, son chien, qu’il a rendu célèbre grâce à une chanson des Beatles.

    Paul est comme ça depuis l’adolescence. Il gamberge sans cesse, il a besoin d’être occupé sur un projet. Le duo Lennon-McCartney, le premier cahier de chansons composées à l’adolescence, les albums Sgt Pepper, Abbey Road, Let It Be, c’est lui. Faut toujours qu’il ait une idée pour aller plus loin. Mais aujourd’hui, il n’y a plus rien, John Lennon a jeté l’éponge, alors Paul apprend à bricoler dans sa maison, vivant avec la nature, il est sans cesse occupé, ce qui l’empêche de réfléchir et lui permet de sortir de la dépression.

    Les journalistes qui arrivent à le retrouver malgré son éloignement de tout, l’énervent, surtout quand il les aperçoit au sommet d’une colline avec des jumelles. Alors, à contrecœur, il reçoit la BBC et le magazine Life pour couper l’herbe sous le pied des candidats au scoop.

    Pour la première fois depuis l’adolescence, Paul affronte le vide vertigineux de ne plus penser à la musique, et cela, durant des semaines, vous pensez ! John et lui écrivaient puis enregistraient avec George et Ringo tout un album, tout en donnant une vingtaine de concerts, en l’espace de cinq-six semaines. Heureusement, il y a la joie des enfants. C’est aussi une première pour lui. Deux filles en plus ! Lui qui, orphelin à l’adolescence, a vécu avec un père et un frère, trois gars à la maison !

    Et donc, un soir Heather, la fille de Linda qu’il adoptera bientôt, lui demande de jouer une nouvelle chanson. Paul essaie de refuser gentiment, tente un “pas ce soir”, mais la petite lui tend déjà une guitare en disant : “allez, une chanson qui parle de maman”.

    Paul saisit l’instrument et se lance dans une improvisation …

    Est-ce un hasard ? Un besoin de soleil, de mer et de plage se fait alors sentir. Voilà la famille envolée quelques jours plus tard vers une île des Antilles puisretour à Londres où Paul se fait livrer à domicile un enregistreur à quatre pistes. Il pourrait se faire aider par la terre entière, et ben non ! Puisqu’il est désormais seul, il va faire un truc incroyable pour l’époque, fin 1969, il va enregistrer un album tout seul, en jouant de tous les instruments. L’album s’intitulera tout simplement Paul McCartney, il ne lui vaudra aucun hit, c’est vrai, même s’il est N°1 à sa sortie.

    Mais Paul n’attendra pas longtemps, l’année suivante déjà, ce sera le premier hit, le début d’une domination sur la décennie suivante après avoir été le maître des sixties. Non, qui aurait dit que ce gamin de Liverpool connaîtrait un tel destin.
    4 min
  • 1969 : Paul McCartney sans les Beatles
    Je ne vous apprends rien, on en a raconté de belles histoires, des trucs de fou sur la musique pop et on en raconte encore tous les jours. Et pourtant, la plus incroyable d’entre elles, on ne l’a jamais vraiment racontée. Ou plutôt, on ne l’a pas écoutée. Elle n’avait pourtant aucune chance de passer inaperçue puisque ses protagonistes étaient alors les gens les plus médiatisés au monde. Non vraiment, qui aurait pu se remettre en selle pour courir à la victoire après une chute pareille ?

    En effet, ce 20 septembre 1969, les Beatles sont réunis dans le quartier général de Apple, la firme de disques qu’ils ont créée il y a même pas deux ans. Et pourtant, il s’y est passé tellement de choses que cela semble déjà une éternité. En janvier dernier, ils jouaient sur le toit devant des caméras et un public médusé, après être passés à deux doigts de la séparation. Et puis Paul McCartney avait réussi à réunir tout le monde durant l’été pour un album qui allait sortir bientôt et qui s’annonçait déjà comme le meilleur qu’ils aient jamais enregistré. Une merveille !

    Et justement, Paul, qui depuis deux ans, joue le rôle de locomotive pour que le groupe compose et enregistre, face à un John Lennon complètement démobilisé, est aujourd’hui, gonflé à bloc. Leur nouveau manager, dont il se méfie comme de la peste entre parenthèses, a en effet renégocié le contrat des Beatles avec EMI à un très bon tarif pour les 7 années à venir. Alors ils sont venus tous les quatre pour le signer quand John Lennon annonce à Paul qu’il quitte le groupe. C’est fini, les Beatles ! Mais bon, on n’en dit rien, hein, ce ne serait pas bon pour les affaires et le disque qui va sortir.

    Paul quitte les bureaux rapidement, en premier, il fait bonne figure devant les fans fidèles qui font le pied de grue, puis monte dans sa mini Morris pour regagner son domicile. Et là, durant tout le trajet, il est en pilote automatique. Mettez vous à sa place. Depuis l’adolescence, il n’a connu que les Beatles, un groupe local d’une ville ouvrière, devenu le plus grand phénomène que la Terre ait jamais porté. Lui, la superstar, est à présent sans-emploi.

    Alors Paul rentre chez lui et n’en sort plus. Il boit du soir au matin au grand désespoir de sa jeune épouse Linda. La rumeur idiote mais persistante prétendant qu’il est mort et a été remplacé par un sosie n’arrange rien, elle fait les gros titres, et voilà qu’il plonge dans la dépression. Il n’a plus rien dans la vie, même l’argent est bloqué à cause de leurs affaires. Plus rien ? Ah bon.

    Linda et lui, enfin surtout Linda, décident donc de repartir de rien, c’est-à-dire d’une ferme abandonnée du bout du monde qu’il a achetée trois ans plus tôt, en Ecosse. Aucun équipement, ça tombe bien, personne ne viendra l’ennuyer. Le début de l’histoire d’un improbable retour, celui d’un artiste condamné selon toute probabilité à prendre sa retraite à l’âge de 27 ans car brutalement privé de ses partenaires. Elle va démontrer que Paul avait bien été le moteur de la créativité spectaculaire des Beatles car il a continué à tourner à plein régime chez lui. Cette chanson que vous ne connaissez probablement pas et qui date de 1971, le prouve à l’envi.
    4 min

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Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Ce podcast incontournable vous fait voyager à travers les époques, en…

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