La Story Nostalgie

La Story Nostalgie

By Nostalgie BelgiqueMusicMusic History
Download on the App Store

La Story Nostalgie episodes

  • Bruno Mars : pourquoi il n’a jamais été rétro ?
    Quand vous écoutez sur Spotify l’album Unorthodox Jukebox de Bruno Mars, vous voyez celui avec le gorille qui choisit un morceau sur le clavier d’un vieux Wurlitzer, et ben, vous l’avez vu, l’ancien label de la marque Atlantic tourner en permanence sur l’application, comme si vous écoutiez un vieux 33 Tours.

    Maintes fois imité depuis quinze ans, Bruno Mars est pour nous le roi du funk et du rock vintage. Oh il n’a pas été le premier sur la balle, Lenny Kravitz a publié son premier album rock rétro que Bruno était encore ce petit prodige qui chantait et jouait sur la scène d’une chaîne d’hôtel à Hawaï avec le groupe de ses parents.

    Oui, Bruno Mars a suivi la voie de Lenny Kravitz, mais avec une sensibilité soul, alors qu’il est latino, à nul autre pareil. Laissant à Kravitz les six cordes de Jimi Hendrix, il ressort les batteries et percussions des rythmes funk comme sur son incroyable collaboration avec Mark Ronson ...

    Considéré comme le morceau de la décennie, le moins qu’on puisse dire c’est qu’on y entend la batterie et les cuivres de Earth Wind & Fire et les accents de la voix de James Brown … Il y a dans la musique de Bruno Mars, non pas des airs de marketing vintage qui n’a jamais aussi bien marché mais une allure de destination finale. C’est vrai que la musique pop d’aujourd’hui est sympa mais avouez qu’on n’a jamais rien fait de mieux que dans les années 80, 70, 60. Que la messe est dite !

    Quand on le voit aujourd’hui, costume large, micro à l’ancienne, groove impeccable, on parle souvent de nostalgie, de rétro, d’hommage, d’un gars vivant dans un rétroviseur. Mais en réalité, Bruno Mars n’est jamais revenu en arrière. Il n’est jamais parti. Tout commence bien avant les Grammy, bien avant les stades, bien avant Uptown Funk. À Hawaï, quand il était encore enfant, Bruno montait sur scène déguisé en Elvis Presley. La banane, le costume, le déhanchement, ce n’était pas une attraction, pour lui. C’était son quotidien.

    Alors quand, adulte, on lui demande d’où viennent ces sons, ces grooves, cette façon d’occuper l’espace, il reste interloqué, comme si la question n’avait pas de sens. Ce qu’il fait aujourd’hui, c’est simplement la musique qu’il a toujours entendue à la maison.

    D’ailleurs, après Uptown Funk, on va lui proposer d’être plus moderne. Plus dans l’air du temps. Mais il refuse. Bruno ne joue pas à l’ancien. Il ne fait pas semblant. Il ne singe personne. Il continue simplement une conversation commencée bien avant lui. Le petit garçon qui imitait Elvis sur une scène de Waikiki n’a jamais changé de langage. Il a seulement appris à parler plus fort, à plus de monde.

    Et c’est peut-être ça, le secret de sa longévité. Dans un monde qui change de look sans arrêt, Bruno Mars a compris une chose essentielle : on peut évoluer, grandir, conquérir la planète entière sans jamais renier l’enfant qu’on a été. La modernité la plus intègre, c’est simplement de rester soi-même.
    4 min
  • Bruno Mars : Le jour où le vintage a repris le pouvoir
    Je vais vous parler d’un temps où le rétro était ringard. Dans les années 70 quand les producteurs disco retournent dans les années 20 et 30 chercher des chansons pour les mettre au goût du jour, certaines font des succès, énormes parfois, mais il faut bien en convenir, c’est ringard, à tout le moins qualifié de vintage ou joliment désuet.

    C’est vrai, sauf s’il s’agit de faire une référence au texte de la chanson, on n’imagine pas un Michael Jackson, même s’il est fan de Fred Astaire, ou Alice Cooper, le voisin de Groucho Marx à Hollywood, chanter du Foxtrot. C’est pourtant ce qu’un certain Bruno Mars va faire dans les années 2010.

    Car même si les temps ont changé depuis les seventies, que les enfants écoutent les mêmes chansons que leurs parents, leur musique, à eux, est très différente. Que ce soit la pop ou le rap, on est dans le tout électro. Les vedettes mises en avant, ce sont des DJ, des producteurs, plus des musiciens. Et tout est extrêmement calibré, on est obligé de suivre une recette pour passer à la radio. En clair, on ne fait pas de la musique en suivant son inspiration mais en essayant de donner au public ce qu’il a envie d’entendre.

    Du moins, c’est ce qu’on croit. En tout cas, c’est ce que les gars du métier disent.

    Alors, après un premier essai d’album solo couronné de succès, dans un style qui est bien dans l’air du temps, pop crooner sucré, Bruno Mars pourrait se contenter de garder le cap puisqu’il vient déjà d’accomplir un miracle : personne ne croyait en lui. Et ben non, lui qui est fan de Prince, Sting, Michael Jackson, Elvis, James Brown va tous les convier dans son deuxième album. C’est vrai, les gars lui ont dit qu’avec ce qu’il venait de vendre, il pouvait faire tout ce qu’il voulait. Alors, allons-y !

    Et c’est vrai qu’on a tous reconnu la référence à Sting et The Police. Et que ça nous a fait vachement du bien d’entendre ça à la radio. On s’est dit que tout n’était pas perdu, que dans cette mer de produits qui se ressemblent tous, il y a toujours la possibilité d’une île.

    Une île qui va s’avérer être un continent puisque non seulement Bruno Mars va devenir l’artiste N°1 mondial de la décennie mais il va décomplexer tous ceux qui luttaient contre les esprits formatés de l’argent facile. On n’entendra rien de neuf, c’est vrai, Bruno Mars et ceux de sa génération ne sont pas les nouveaux David Bowie ou Stevie Wonder, mais ils marquent le retour des musiciens qui savent jouer, des surdoués de la chanson qui avaient trop manqués aux Ultratop et autres Billboards.
    4 min
  • Avant la gloire : Bruno Mars en featuring
    On connaît tous ce morceau, non ? On l’a entendu mille fois et pourtant en 2009, quand il est N°1 dans de très nombreux pays, on ignore tous le nom de ce chanteur featuring un titre de B.O.B. On ignore qu’il s’agit d’un certain Bruno Mars arrivé à Los Angeles six ans plus tôt dans le but de vivre de sa musique.

    Je devrais dire Peter Hernandez, ou plutôt Bruno Hernandez, ce sera finalement Bruno Mars. Pourquoi ? Parce qu’il lui arrive souvent de répondre aux filles qui lui demandent d’où il vient : de Mars !

    Six ans, c’est long quand on dort à droite, à gauche, sur un canapé. Los Angeles, c’est pas Honolulu, c’est vrai, les possibilités sont immenses pour un musicien. Mais voilà, Bruno est petit, n’a pas un physique de star pour les maisons de disques et pire que tout : on n’arrive pas à lui coller une étiquette. Mais quel genre de musique faites-vous ? Du rock, de la pop, du reggae, du R’N’B, faut vous choisir un public, mon vieux ! Choisir ? Mais c’est impossible ! J’aime toutes ces musiques.

    Et le moins qu’on puisse dire, c’est que commercialement, le présent que vit Bruno Mars ne donne pas tort à tous ces gars qui ne veulent pas de lui. C’est vrai, quand il signe avec la Motown, c’est déjà inespéré, incompréhensible. Pour lui, ce devrait être bingo, il devrait crier vous voyez ? Vous avez tous eu tort, bande de nazes !

    Mais ce n’est pas ce qui se passe. Les années de développement, de tests, de réunions se succèdent sans qu’un disque ne sorte. Un artiste sous contrat qui ne sort pas de disques. Mais quand Bruno finit par se faire remercier par la Motown, tout n’est pas perdu. Il s’y est fait copain avec deux gars qui ont les mêmes intérêts que lui dans cette musique d’hier, qu’on dit vintage, mais, il faut bien le dire, qu’on a jamais vraiment réussi à surpasser.

    Bruno et eux forment donc un trio de songwriters. Ils vont proposer leurs chansons aux autres, des gars qui ont un physique, une image, et parfois, comme les rappeurs, besoin d’une vraie voix pour chanter les refrains. C’est tout trouvé, ce sera celle de Bruno qui, lui, a appris dès son plus jeune âge à tout donner au public quand il se trouve devant un micro.

    Et ça se vérifie carrément à chaque fois. Vous voulez un autre exemple ? … (Billionaire) et vous avez remarqué, il assure tellement que c’est lui qui attaque, l’intro de la chanson, c’est dire si on a affaire à une perle rare. Et donc après avoir consécutivement volé deux fois la vedette à l’artiste qui a son nom sur la pochette du single, des producteurs se disent enfin : ce Bruno Mars ? Oui, t’as raison, même quand on le laisse au fond de la pièce, c’est quand même lui qui l’éclaire. Alors si on le mettait sur le devant de la scène pour voir ce que ça donne ?

    Deux cents millions de disques vendus et des dizaines de milliards de streams plus tard, ils ne l’ont toujours pas regretté.
    4 min
  • Bruno Mars : quitter Hawaï pour survivre à ses rêves
    1997, c’est la fin d’un monde pour le jeune Peter Hernandez, 12 ans. Nous sommes à Hawaï, et comme l’a montré le très beau film Les descendants, avec George Clooney, ce n’est pas seulement une île idyllique au milieu du Pacifique, mais une terre habitée avec tous ses drames humains. Jusque-là partagé entre l’école et surtout les spectacles dans le groupe de ses parents où il était le petit prodige imitant, entre autres, Elvis Presley, voilà que le groupe éclate avec le divorce de son père et sa mère.

    Les parents n’ayant plus de revenus, tout disparaît y compris le domicile familial. Avec sa mère, frères et sœurs, Peter vit au rythme du système D, logeant à gauche et à droite, là où on veut bien les héberger, toujours provisoirement.

    Avec papa, c’est encore pire, on dort dans la voiture, ou n’importe quel squat comme cette fois où un zoo abandonné fait l’affaire. Alors on l’imagine, le jeune Peter, passer son adolescence à essayer de terminer des études secondaires et enchaîner les petits boulots, et les spectacles, bien sûr, pour ce soir, finir avec le paternel sur un toit où ils seront à l’abri, à la fois du regard des gens sur leur misère et de la délinquance. Dans la rue, on vous agresse pour vous voler trois fois rien. Le soleil se couche sur un pays incroyablement beau et pourtant, Bruno, c’est comme ça que son père l’appelle depuis qu’il est tout môme, rêve d’un ailleurs.

    C’est vrai, c’est beau ici mais tout est vraiment compliqué. Il faut croire que son père a été exaucé quand, devant l’admiration du public pour cet enfant prodige du quartier de Waikiki chantant et dansant comme un adulte, il disait “pourvu qu’il ne grandisse jamais”. A 17 ans, Bruno ne mesure même pas 1m65. Alors il rêve de pousser de manière spectaculaire avant le cap fatal des 18 ans, et puis aussi, surtout, de devenir une star de la musique.

    C’est tout ce qu’il sait faire et tout ce qu’il a envie de faire. Mais le rêve tant attendu d’avoir un jour un grand producteur américain en vacances dans un resort qui vienne le voir après le spectacle pour lui proposer un contrat, a fait long feu.

    Non, Hawaï est trop petit pour ses rêves de réussite. D’ailleurs, que répondrait-il à ce producteur ? Quel est son genre de musique ? Le rock, le reggae, la pop, la soul ? Bruno aime tout. C’est à cause de ses parents, ça, ils écoutent de tout, de Police à James Brown. Alors, il ne lui reste qu’une chose à faire : le grand saut. Partir pour Los Angeles, là où sont les grandes firmes de disques, où habite Michael Jackson et puis Metallica et autrefois, Elvis Presley, quand il tournait ses films, dans les années 60.

    Mais comment vas-tu te débrouiller, là-bas, sans rien ? Et ben ici, alors, comment on fait ? L’errance et l’instabilité à LA vaut bien celle d’Honolulu. Là au moins, il pourra saisir sa chance qui, dit-on, ne sourit qu’aux audacieux.
    4 min
  • Bruno Mars : l’enfant d’Hawaï qui chantait déjà comme Elvis
    Été 1989, la haute saison bat son plein sur l’île d’Hawaï, il y a des touristes partout. Plage et sports aquatiques pour les jeunes, excursions et soirées spectacles pour les parents. Des spectacles musicaux qui ne manquent pas. On a beau être à la fin d’une décennie marquée par les rythmes synthétiques de Depeche Mode à Technotronic et par les guitares survoltées de Metallica, il faut surtout faire plaisir à la génération précédente.

    C’est pourquoi sur la scène d’un de ces hôtels, ce soir, comme tous les soirs, le groupe de covers The Love Notes, va faire un carton avec des reprises qui vont rappeler bien des souvenirs aux touristes venus du continent. Les Love Notes, les notes d’amour, tout un programme pour une soirée lounge, c’est un groupe familial, formé par les Hernandez. Peter est New Yorkais d’origine, de Brooklyn, un beau cocktail de sang portoricain et d’Europe centrale, Bernadette, sa femme, elle, est d’origine philippine mais aussi portoricaine, comme lui. C’est ici à Hawaï qu’ils se sont rencontrés et étant musiciens tous les deux, l’idée du groupe familial est venue naturellement.

    Je dis familial car le clou du spectacle c’est l’arrivée sur scène de leur fils de quatre ans, habillé en Elvis Presley dans la tenue miniature de son légendaire concert à Hawaï en 1973. L’image de ce costume a beau être, pour cause de diffusion en mondovision par satellite, une première à l’époque, tellement ancrée dans la culture populaire, ce n’est pas ce déguisement ni la coiffure en banane qui provoquent l’émerveillement du public. C’est surtout la parfaite imitation du chant et du déhanchement d’Elvis par le petit Peter qui soulève l’enthousiasme. Quel talent !

    Les gens applaudissent, rappellent, Peter se démène à fond comme un adulte, mieux, comme vingt ans auparavant le petit Michael Jackson car Peter fait aussi bien qu’un adulte. Et c’est ça qui est époustouflant : sa façon d’aller chercher le public, le timing et la justesse absolus dans le chant, tout y est déjà. Et il n’a que quatre ans. A cet âge-là, les enfants commencent à peine à apprendre à lire et compter. Lui, sait déjà comment porter toute une salle.

    Une salle qui l’acclame debout, la soirée a été excellente. Le public, les patrons, les parents et le petit prodige sont heureux. Il faudrait que Bruno ne grandisse jamais, dit Peter en plaisantant. Ah oui, Bruno est le surnom qu’il lui a donné car, bébé, il était tellement costaud et trapu qu’il lui faisait penser à une star du catch des années 60 et 70, Bruno Sammartino. Un truc idiot dit comme ça mais c’est souvent ainsi que ça se passe dans nos vies, une référence, une identification rassurante à notre jeune temps. Comment pourraient-ils deviner que ce surnom va être celui que portera Peter Junior quand, devenu adulte, il deviendra la plus grande star de la planète sous le nom de Bruno Mars, une star qui revendique toujours le Elvis Presley des années 50 comme influence majeure.
    4 min
  • Chrissie Hynde : au cœur du punk, avant les Pretenders
    Vous connaissez ce morceau ? C’est un des tubes de Grace Jones et qui est en fait un titre signé Chrissie Hynde, enregistré sur le premier album des Pretenders. Il faut dire qu’à partir du milieu des années 70, Chrissie a fréquenté tout le monde. Tout d’abord elle a travaillé dans le magasin de Vivien Westwood et Malcolm McLaren, l’homme qui va inventer les Sex Pistols. Dans le quartier de sa coloc habite un gars nommé Captain Sensible ; il vit toujours chez ses parents mais son groupe, les Damned, c’est quelque chose. Il y a toute la bande des Sex Pistols, évidemment, et puis bien sûr, les Clash.

    Seul bémol, aucun de ces groupes ne veut d’une fille comme guitariste. Chrissie en rêve pourtant. Enfin, disons plutôt qu’elle remise à y rêver. C’est vrai, à 23 - 24 ans, on ne démarre plus une carrière dans le rock’n’roll ! La trentaine approche et on ne connaît aucun rocker digne de ce nom qui a la trentaine ? Oui, Elvis mais il est fini, retraité à Vegas !

    Alors oui, Chrissie arrive à se faire adopter par un groupe ou l’autre mais bon, soit ils n’arrivent pas à trouver le moindre concert, soit ça part en eau de boudin comme ce jour où elle découvre dans une petite annonce que son groupe cherche un nouveau guitariste. Elle téléphone au numéro indiqué et à l’autre bout du fil, un membre du groupe lui dit, merde, il a complètement oublié de lui dire qu’elle était virée. Rock’n’roll, hein ? D’autant plus qu’elle sera la seule à appeler pour l’annonce.

    Heureusement que les Clash l’invitent à les accompagner sur leur première tournée nationale. C’est un grand moment de joie et de rigolade sur la route, dans les cercles d’étudiants où ils enchaînent les verres après avoir mis le feu à toute une salle. Car il fallait voir ce que c’était la scène punk, ska, reggae dans les années 70 en Grande-Bretagne : les Clash, Jam ou Police faire pogoter un hall entier plein à craquer, comme un seul homme.

    Car Joe Strummer, le leader charismatique du groupe, n’était pas qu’un gars dont le but était de s’éclater jour et nuit, il avait un véritable message social, une idéologie face à un monde qui exploitait les masses en leur racontant ce qu’elles veulent entendre pour mieux les utiliser. On sortait gonflé à bloc d’un concert des Clash, on le sentait que le monde allait changer parce qu’on le voulait, qu’on était la génération qui un jour serait à la place des vieux.

    Oh il y a bien ce gars, Tony, un patron de label de disques qui ayant entendu qu’il y avait une guitariste américaine : il voudrait la produire mais elle lui a répondu OK mais le jour où j’aurai un groupe.

    Quelques semaines plus tard, alors qu’elle est en train de laver les vitres de la personne qui l’héberge, Chrissie voit passer sur Portobello Road un musicien que Lemmy, le leader de Mötörhead, lui a recommandé. Il lui a décrit son look d’enfer avec jean moulant, perfecto et ceinture à clous. Ça ne peut être que lui ! Chrissie se bat avec le bow window pour l’ouvrir, passe la tête par la fenêtre et hurle Hé, c’est toi Gass Wild ? Qui le demande ? Ça te dit de jouer dans un groupe ? Ouais mais j’ai plus de batterie. T’inquiète, j’en trouverai une, monte ! Chrissie lance un trousseau de clés depuis l’étage : ainsi que commence la fabuleuse histoire des Pretenders.
    4 min
  • Chrissie Hynde : serveuse, Américaine… et bientôt punk à Londres
    Ceux qui ont assisté à la première apparition de Chrissie Hynde à la télé dans le clip de Brass in Pocket fin 1979 - début 80, savent de quoi je parle : on a été charmé, à défaut d’avoir été vachement ému. Mais ce qu’on ignore bien sûr à cette époque, c'est que la serveuse qu’elle incarne pour illustrer cette magnifique chanson qui nous tombe dessus comme une révélation, c’est que ce n’est pas un rôle de composition.

    Car Chrissie a bien travaillé dans l’horeca. Vous voyez ces rades, restos routiers, genre Breakfast in America, avec ces femmes en tablier blanc sur une robe rouge avec un filet dans les cheveux, donnant du “vous le voulez à la fraise ou à la banane votre milk shake ? Grand, moyen ou petit ?”

    Oh et bien sûr, au fil des jobs dans la ville universitaire de Kent dans l’Ohio dont elle a aussi fréquenté les bancs, elle a aussi connu la “jupe noire et chemise blanche” où là, c’était : “votre steak, à point ou saignant ?”.

    Chrissie était étudiante en art, enfin un peu, mais elle rêvait surtout d’une chose : l’Angleterre. Ça peut paraître fou pour une Américaine, la terre d’Elvis Presley et Bill Haley mais depuis les années 60, la capitale du rock, c’est Londres. Et c’est surtout les filles qui en rêvent pour une bonne raison. Chrissie a ainsi au milieu des années 60 possédé tout le brol de produits dérivés que les Amerloques ont créés autour des Beatles. Elle a tout jeté à la poubelle lors de ses 16 ans comme d’autres générations l’ont fait avec les Spice Girls ou les Pokemon. Et même si elle le regrette aujourd’hui, elle n’a par contre pas raté son rendez-vous avec ses rêves d’adolescente. A l’âge de 21 ans, elle est partie.

    Arriver à Londres en 1973, pour une Américaine, c’est un choc. Premièrement, il faut apprendre à être poli avec les commerçants, on dit d’abord bonjour comment ça va, et puis s’il vous plaît aussi. On ne demande pas la salle de bains pour aller aux toilettes, le métro, c’est un tube. Et puis aussi, les gens sont tous minces, les parents écoutent la même musique pop que les mômes dans les pubs, on n’y vend pas de vin ni de Tequila mais de la bière crèmeuse ou du whisky. Et puis c’est là qu’on va commencer à l’appeler Chrissie au lieu de Christine ou Chris.

    Par contre, où sont passées toutes les filles en mini jupes couleurs flashy et les mecs en costards hyper chics, les Mods, les psychédéliques ? Chrissie est arrivée trop tard pour voir l’Angleterre qu’elle avait rêvée étant ado en regardant les photos dans les magazines. Les Beatles ne sont plus là, les filles sont amoureuses de chanteurs glam rock comme Gary Glitter et Slade mais attention, pas de garçons dans les colocs après 22 heures !

    Mais bon, malgré le décalage avec l’Amérique, Chrissie adore la ville qu’elle découvre. Les gens surtout. On peut devenir ami avec quelqu’un en parlant à un arrêt de bus, comme ça ! Et attention, c’est une vraie conversation, pas un étalage de phrases convenues, comme dans son pays d’origine. Non, vraiment, si un Américain à Paris, c’est fait depuis longtemps, une Américaine à Londres, ça commence aujourd’hui. Chrissie va entrer partout, fréquenter et jouer avec les membres des Kinks, des Clash ou futurs Culture Club, bref, elle va être la petite fiancée des punks, autant dire qu’elle ne verra pas souvent son lit.
    3 min
  • Chrissie Hynde : quand Ziggy Stardust est passé à un mètre
    Ce 22 septembre 1972 est une date que la jeune Christine Hynde n’oubliera jamais. Cela fait plus un an qu’elle a découvert un type extraordinaire grâce à un album : David Bowie. Un album qui parle d’un tas de choses, de littérature et de contre culture, sur une musique à nulle autre pareille … (Life on Mars ?). Elle en parle à tout le monde, y compris ses collègues serveuses, car elle jobbe pour financer ses activités, les études ne l’intéressent plus du tout.

    Et bien figurez-vous que c’est dans son trou perdu de l’Ohio que David Bowie alias Ziggy Stardust va donner son tout premier concert aux Etats-Unis. La voilà partie avec sa meilleure copine, Sue, pour Cleveland, c’est pas loin, dans la voiture de sa mère. Chrissie, 21 ans à peine, adore les concerts. Elle aime TOUT dans les concerts, y compris l’ambiance avant et après. Et donc, arrivée très tôt et patientant dans le froid, elle entend le groupe répéter quelques morceaux pour la balance. Et peu de temps après, que voit-elle ? David Bowie en Ziggy, immédiatement reconnaissable avec ses cheveux rouges, sortir à pied avec son entourage pour se rendre àl’hôtel.

    Vêtu d’un blouson vert et un jean sur ses plateformes, il passe à moins d’un mètre d’elle, comme dans un rêve. Puis, au moment de traverser la rue, il se retourne, la voit, semble hésiter, puis regarde de l’autre côté en disant quelque chose. Un de ses gardes du corps, du moins c’est ce qu’elle croit, le plus beau en plus, propose à sa copine et elle, de les accompagner.

    Chrissie n’a pas à se retourner, c’est bien à elles qu’il parle, il n’y a qu’elles deux  sur ce trottoir. Pourtant avec leurs fringues en laine torsadée, elles n’ont pas le profil de fans de Ziggy.

    C’est tremblante d’émotion que Chrissie entre dans la suite du groupe anglais. Elle meurt d’envie d'engager la conversation alors, sans regarder Bowie, enfin Ziggy, dans les yeux, elle lui dit que le public de Cleveland va l’adorer s’il chante le titre de Lou Reed et du Velvet Underground qu’ils ont joué à la répétition. Ah, on va peut-être la faire, alors, répond Bowie en plaisantant. Il joue ce titre chaque soir, mais comment le saurait-elle ?

    L’histoire devient vertigineuse quand il lui demande si elle connaît un chouette endroit pour aller manger, carrément dingue quand elle abaisse le siège passager de la voiture de sa mère pour qu’il monte à l’arrière. David Bowie dans l’Oldsmobile de sa maman, elle rêve !

    C’est d’autant plus incroyable que ce à quoi Chrissie va assister ce soir-là est un show comme on n’en a jamais vu et qui va influencer des générations de musiciens. Quinze jours plus tard, Chrissie le rejoint sur un autre concert, à Detroit, même extase, et quand la salle se vide, Chrissie reste comme à son habitude pour prolonger la vibration et s’approche de la scène où s’activent les roadies.

    Allez Chris, faut y aller, dit Sue. Et là, dans le parterre, au milieu du personnel, un grand blond shote dans des gobelets, désabusé. C’est Iggy Pop ! Chrissie est pétrifiée quand il plante ses yeux verts dans les siens. A-t-il deviné qu’elle est sa plus grande fan ? En tout cas, Chrissie ne sortira pas un mot dans la voiture au cours des 100 miles du chemin de retour.
    4 min
  • Chrissie Hynde : le jour où l’Amérique a tiré sur sa jeunesse
    L’actualité nous fait sans cesse tourner les yeux vers l’Amérique. Et les images que nous avons reçues de Minneapolis, Los Angeles ou Chicago ne sont pas sans rappeler les mouvements de la jeunesse des années 60 contre la guerre au Vietnam et pour les droits civiques.

    Ainsi ce jour maudit du 4 mai 1970 est-il entré dans l’Histoire contemporaine américaine. Nous sommes sur le campus de la Kent State University. Kent est une jolie ville de 25.000 habitants au sud de Cleveland dans l’Ohio, à mi-chemin entre Chicago et Washington. C’est sur les bancs de l’Université de Kent, une petite fac pas très regardante sur ses notes moyennes de secondaire, que la jeune Chrissie Hynde a finalement trouvé la voie de l’enseignement supérieur. En clair, elle ne s’est pas encore fait virer de ses cours, ce qui pour elle, qui n’en touche pas une, pas plus que le strict nécessaire, est un exploit.

    C’est pour ses parents qu’elle fait des études car elle n’a d’intérêt que pour deux choses : la musique rock et la défonce. Et puis son statut de jeune Américaine qui va, avec des centaines de milliers de ses semblables, changer l’horrible monde des adultes. Ces gens qui ne pensent pas à vivre, seulement à gagner de l’argent, d’en amasser, pour ne rien en faire. Et dans les années 60, c’est aussi un monde qui impose le cauchemar au présent de sa génération en l’envoyant se faire tuer dans l’enfer d’une guerre lointaine qui n’est pas la sienne.

    Alors elle proteste. Sauf que le Give Peace a Chance de John Lennon, c’est bien gentil, mais c’est pas ça qui va faire entendre raison au président Nixon qui envoie tous ces jeunes au Vietnam et à présent, au Cambodge ! C’en est trop, le 2 mai, les étudiants mettent le feu avec des fusées éclairantes au bâtiment en bois des officiers de réserve sur le campus de Kent. La garde nationale intervient, c’est la pagaille, Chrissie s’en sort de justesse, et oui, elle en est.

    Mais le surlendemain, lors d’une nouvelle manifestation malgré le couvre-feu imposé, les soldats qui gardent les cendres du bâtiment incendié tirent sur la foule.

    Des gens tombent, des ambulances arrivent, il y a des morts, entend-elle crier.

    Chrissie est dégrisée. Elle regarde ces militaires qui sont des jeunes gosses de 19-20 ans, comme elle, et qui ont l’air tout aussi surpris par ces coups de feu. Elle s’assied et reste prostrée, figée, en contestation, quand des mains la saisissent.

    Et pendant qu’on l’emmène de force, Chrissie se dit qu’elle ne reconnaît plus son pays. Le lendemain, le campus est vidé, les étudiants sont renvoyés chez eux, entassés dans des voitures qui alimentent des bouchons vers Chicago, Philadelphie, New York. Le Sex and drugs and rock’n’roll semble être la solution immédiate face à ce monde qu’elle ne peut plus voir, les sixties qui ont vu fleurir son adolescence sont bien terminées. Et pourtant, au bout de cette errance que vont être les années 70, il y aura les Pretenders.
    4 min
  • Chrissie Hynde : la liberté avant la gloire
    Je n’aurais pas pu raconter tout ça du vivant de mes parents. Ainsi commencent les mémoires de la voix des Pretenders, Chrissie Hynde, une des plus grandes figures féminines du rock’n’roll, cette musique qui fait vibrer le monde depuis 70 ans.

    Apparue dans un clip à la toute fin des années 70 en serveuse de coffee shop dans cette Angleterre qui s’apprêtait une nouvelle fois à devenir la vitrine du monde avec à présent, la New Wave, on la croyait logiquement Britannique. Chrissie était en fait Américaine, originaire de l’Ohio, elle vivait en Angleterre depuis six ans avec une longue parenthèse parisienne.

    Comme Debbie Harry et Blondie, Chrissie est un pur produit du mouvement punk américain de la fin des années 60. Il suffit de citer les noms d’Iggy Pop et de Lou Reed, les deux plus célèbres icônes, pour qu’on comprenne à quel point le rock’n’roll était à l’époque un mode de vie destroy.

    Et Chrissie Hynde en a été. Sauf que son parcours dans l’ombre a été très long, faisant d’elle un témoin rare et privilégié de cette époque où le punk s’est installé à Londres. Un mouvement que les British vont s’approprier pour le mettre à leur sauce, l’histoire se répétait dix ans après les Beatles et les Stones. C’est vrai, c’est tout juste si les gens savent que cette musique est née en Amérique tellement l’empreinte de groupes comme les Clash et les Sex Pistols a définitivement associé le mot punk à l’Angleterre à coups de God Save the Queen et de London Calling.

    Pas étonnant donc que la voix de Chrissie Hynde ne soit pas sortie d’un squat de New York mais d’un studio londonien. A la Noël 1979, quand Brass in Pocket passe partout à la radio et à la télé en Europe et en Amérique, elle vit toujours sans le moindre penny. Une coloc à Covent Garden avec un matelas par terre, une guitare, quelques vêtements et un radio cassette, le truc le plus cher qu’elle ait possédé jusque-là. Et encore, un cadeau.

    Ses colocataires et elle ont reçu un avis d’expulsion, les cartons seront vite faits. Dans quinze jours, ce titre dont Chrissie était la seule du groupe à ne pas vouloir le sortir tel quel, sera N°1 mais rien ne changera. Elle ne s’écoutera pas à la radio, ne se regardera pas à la télé et ne jettera jamais un œil sur le montant de son compte en banque. La célébrité, ce n’est pas pour elle, c’est une cage dorée. Elle, la rockeuse, veut être libre de sortir, prendre le métro, faire la fête avec qui elle veut, quand elle le veut, sans être désignée du doigt le lendemain en découvrant une photo ou un article désobligeant dans la presse. Maman, Papa, je suis désolée d’avoir menti sur ce que j’ai fait durant tout ce temps où j’ai été partie. Je sais que vous étiez fiers de moi. Je regrette la moitié de mon histoire, la seconde, c’est la musique que vous avez entendue …
    4 min

About La Story Nostalgie

From the publisher's feed

Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Ce podcast incontournable vous fait voyager à travers les époques, en…

More shows like La Story Nostalgie

Laurent Gerra by RTL

Laurent Gerra

127 Listeners

Affaires sensibles by France Inter

Affaires sensibles

239 Listeners

Grand bien vous fasse ! by France Inter

Grand bien vous fasse !

73 Listeners

L'angle éco de François Lenglet by RTL

L'angle éco de François Lenglet

24 Listeners

Les Clés by RTBF

Les Clés

4 Listeners

L'œil de Philippe Caverivière by RTL

L'œil de Philippe Caverivière

57 Listeners

Entrez dans l'Histoire by RTL

Entrez dans l'Histoire

129 Listeners

LEGEND by Guillaume Pley

LEGEND

167 Listeners

Scandales by Madame Figaro

Scandales

24 Listeners

La face sombre de l'Histoire by RTL

La face sombre de l'Histoire

15 Listeners