La Story Nostalgie

La Story Nostalgie

By Nostalgie BelgiqueMusicMusic History
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La Story Nostalgie episodes

  • L'interview du siècle: quand Brel, Brassens et Ferré parlent du monde
    Il était une fois trois géants de la chanson française. Ce 6 janvier 1969, pourtant, on peut dire que la société dans laquelle ils sont devenus, il y a quinze ans, ces fameux géants n’existe plus.

    La télévision occupe toutes les soirées de Monsieur et Madame Tout le Monde tandis que leurs enfants écoutent les Beatles et Michel Polnareff sur un tourne-disque dans leur chambre équipée d’un grand miroir en pied. Et oui, la jeunesse de 1969 aime se regarder même si une partie se laisse pousser les cheveux et la barbe dans tous les sens, préférant les peaux de mouton au manteau gris de papa.

    Franchement, depuis les yéyés au début de la décennie, est-ce qu’on a vu venir ce nouveau courant venu d’Angleterre et d’Amérique ? Les hippies, les rockers, les folkeux, les beatniks qui chantent love, love, love au lieu de trouver du boulot et fonder une famille comme on a toujours fait !

    Alors, que vont dire Brel, Brassens et Ferré qui se retrouvent pour la première fois ensemble autour d’une table. Le rédacteur en chef du jeune magazine Rock & Folk n’y croyait pas et pourtant, l’interview des trois mythes va bien avoir lieu dans ses colonnes et c’est l'œuvre d’un de ses pigistes. Et d’un photographe, ravi de les avoir pour lui tout seul car pas d’encombrantes caméras de télévision, juste quelques micros.

    Mais labellisés une grande station périphérique, tiens. Les trois auteurs, compositeurs, interprètes le remarquent en arrivant, adressant à leur hôte un regard en point d’interrogation. Oui, je n’ai pas eu l’occasion de vous le dire mais au départ, comme je viens d’entrer dans la maison comme assistant, je leur avais proposé et ils m’avaient répondu, oui, euh, pourquoi pas, puis plus rien.

    Et finalement il y a quelques jours ils m’ont dit d’enregistrer, qu’ils comptaient diffuser des extraits dans la semaine. Mais si vous voulez, je les enlève et on en reste au magazine. Brel et Brassens se connaissent depuis leurs débuts mais c’est la première fois qu’ils se trouvent face à Ferré dans de telles circonstances, alors, aucun des trois ne dit quoi que ce soit. On laissera tout comme ça et c’est du bonheur pour la postérité car une telle rencontre, ça n’arrive qu’une fois, comme l’avenir le prouvera. D’ailleurs en s’asseyant, Brassens ne dit-il pas : vous êtes le seul à avoir réalisé ce tour de force.

    Alors on va parler de tout, on va évoquer la poésie, sont-ils les plus grands poètes de leur temps, ils s’en défendent, ils sont chanteurs, et puis on va parler d’amour, du travail, la solitude, la mort, l’anarchie, la publicité et même, le croirez-vous, des Beatles.

    Que faites-vous face à un mur ? Jacques Brel répond : je le défonce, Ferré le contourne, Brassens réfléchit. Et Jacques Brel de conclure : en tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’on veut tous savoir ce qu’il y a derrière !
    3 min
  • Brel, Brassens, Ferré : trois hommes autour d’une table
    On connaît tous cette image de Brel, Brassens et Ferré, ah vous l’avez déjà en tête, vous la voyez. Elle est en noir et blanc. Il en existe beaucoup d’autres, avec des attitudes différentes et puis des films couleurs captés durant les deux heures qu’a duré cette rencontre aujourd’hui historique entre les trois géants de la chanson française.

    Mais pour autant sont-elles intéressantes et frappantes, surtout les images en couleurs, rien à faire, ce n’est pas la même chose que celle qu’on a en nous. Celle qu’on a vue partout dans la chambre d’une copine, la salle d’un restaurant, d’un bistrot, d’un centre culturel.

    Car aujourd’hui, une affiche de récital de Jacques Brel, le portrait stylisé de Léo Ferré sur une pochette de 33 Tours, une photo de concert de Brassens, la guitare posée sur la jambe, ça relève du mythe.

    Alors que la photo des trois parlant autour de verres de bière, de magazines et de cendriers, c’est trois hommes, simplement. Oui, des hommes qui ont vécu un quotidien comme celui qu’on est en train d’observer : même s’il est d’exception, qu’il a marqué une époque, suscité des passions, écrit une légende, c’est un quotidien quand même.

    Quand Ferré exprime sa joie d’être enfin face à Brel qu’il n’a fait que croiser jusque-là, il y a la sincérité, l’empathie d’un homme comme les autres : son art est resté au vestiaire, son humanité n’en est que plus touchante.

    Alors quand ils parlent de la société dans laquelle ils vivent avec l’humour, la poésie et la provocation qui les caractérisent, qu’ils se font rire les uns les autres, se vannent aussi et surtout font part d'énormément d’autodérision, on se dit que vraiment, on ne s’est pas trompé sur les artistes dont on a usé les disques. Que les raccourcis bouleversants dont ils ont truffé leurs textes qui nous ont bousculés avaient un véritable accent de sincérité.

    Et donc, tout dans cette photo, antithèse du show bizness, sans projecteurs de scène, costume de scène ni maquillage, ramène notre chanson française à ce qu’elle est depuis ses débuts. Elle parle de nous, avec des mots qu’on n’a pas, enfin souvent, sur une partition plus ou moins inspirée.

    Voilà pourquoi plus d’un demi-siècle plus tard, cette photo nous parle toujours, même à ceux qui n’étaient pas nés, ou pas encore en âge, ou qui n'aimaient pas à l’époque, parce qu’ils étaient branchés au 220 volts sur les Rolling Stones et Pink Floyd.

    Léo Ferré a parlé d’un moule dans un de ses plus grands classiques. Un moule que certains voudraient faire croire qu’on a cassé après lui, après Brassens, après Jacques Brel. Disons au contraire que le moule de ce genre de solitude qui habitait les trois hommes sur la photo, sur ce poster, n'a jamais existé, sinon, il n’y aurait pas eu assez de place autour de la table.
    3 min
  • 1969- Brassens, Brel, Ferré : trois copains d’abord
    La photo est connue, celle des trois hommes autour d’une table, Brel, Brassens et Ferré, héros de la chanson française qui se rencontrent durant deux heures dans un appartement parisien, un 6 janvier 1969.

    La société de cette fin de décennie est complètement chamboulée. Les jeunes parlent de Mao, de Cuba, de la fin du capitalisme, d’une nouvelle ère de fraternité, d’une société où on ne serait plus obligé de se tuer au travail ni de faire son service militaire. La publicité entre partout dans nos vies, les couleurs explosent en flashy, les jupes sont de plus en plus courtes, les mecs se laissent pousser des barbes à la Jésus Christ superstar, bref, les jeunes n’en ont plus que pour les bonnes vibrations.

    Pourtant, dans cet appartement du VI° arrondissement, rien n’y paraît. Pour peu, on se croirait encore après-guerre, il y a vingt ans, une éternité, pourtant. Ben justement, c’est l’occasion d’en parler de cette société, et puis de la chanson, non ne sommes pas les plus grands, la question les ennuie, les met mal à l’aise. Brel avait bien raison en s’asseyant de dire : Alors, qu’est-ce qu’on va bien raconter comme conneries ?

    C’est une conversation comme on en aurait eu une au bistrot. Et c’est sans doute ça qui la rend exceptionnelle car c’est Brel, Brassens et Ferré. Imaginez ça aujourd’hui ! Déjà en 1992, on avait réuni Francis Cabrel, Jean-Jacques Goldman, Yves Simon et Alain Souchon, en écho à cette fameuse table ronde. Mais qui, déjà, pour s’en souvenir ? La preuve que ces trois-là étaient des mythes de leur vivant. Brel n’avait que 39 ans, Brassens 47, Ferré 52.

    La réunion d’une œuvre monumentale et d’une personnalité exceptionnelle est déjà chose rare mais imaginez-en trois autour de la même table. Et trois artistes qui n’ont que faire à ce moment précis de leur égo, de prouver qu’ils sont meilleurs en ceci ou cela que celui assis à côté de lui. Non, il y a cette absence totale de concurrence qui donne un accent de sincérité comme on n’en a entendu que trop rarement voire jamais. Ferré admire Brel et Brassens, il l’avait déjà dit, mais ça se voit, ça se sent durant ces deux heures de rencontre.

    Brel et Brassens sont copains de galères, celles des débuts, d’avant la reconnaissance du public. Et puis finalement, aucun n’exerce un métier. Ils revendiquent tous les trois être des hommes qui ont eu la chance de ne pas devoir entrer dans le moule d’une société qui broie les personnalités et les rêves d’enfant. Ce sont des gamins lucides, travailleurs, qui donnent de leur personne, allez chanter 300 galas par an loin de chez vous et puis en plus écrire des chansons, faire des disques et donner des interviews. Ce n’est en clair pas trois interviews parallèles mais une conversation de trois copains d’alors, trois copains d’abord qui ont soulevé plus de passion et d’admiration sincères que l’ensemble de tous les réseaux sociaux réunis.
    4 min
  • Brassens, Brel, Ferré : La conversation que l’on aurait voulu entendre
    On a tous vu au moins une fois cette photo en noir et blanc dans un magazine, sur un mur : Jacques Brel, Léo Ferré et Georges Brassens engagés dans une discussion qui semble passionnante. Brel et Ferré écoutent, la cigarette à la main, attablés devant des micros, des verres et bouteilles de bière vides, Brassens, tenant son éternelle pipe, raconter quelque chose qu’on voudrait bien partager aussi.

    La magie d’une photo captant un 60ème de seconde d’une rencontre aujourd’hui historique. Car contrairement à tous ceux qui ont laissé leur nom dans la grande histoire, ceux-là n’ont tué personne, n’ont pas propagé la haine, ni harangué les foules pour le pouvoir. Ils sont tous le contraire. Ils ne sont pas parfaits ni irréprochables, personne ne l’est, mais ce sont des poètes, des musiciens, des chanteurs. Et les plus grands, en ce 6 janvier 1969.

    Brassens et Brel ont connu leurs premiers succès au milieu des années 50 après avoir écumé, parfois ensemble, les cabarets de Montmartre et de la Rive Gauche pour trois francs et six sous par récital. Et les voilà devenus les idoles d’à présent deux générations. Oh surtout ne leur dites pas ça, ils détestent ce statut qu’ils ont acquis un peu malgré eux.

    Et Léo Ferré ? Encore moins. Il est de loin le plus libertaire, individualiste et anti-système des trois, ce qui n’est pas peu dire. C’est le plus ancien, aussi. Si Brel aura 40 en avril et Brassens vient de fêter son 48ème anniversaire, Léo Ferré en a 52 ans depuis l’été dernier. Il est né durant la première guerre, lui, et avait déjà 31 ans quand il est monté à Paris, en 1946 pour faire ses débuts dans un cabaret.

    Alors, même s’ils nourrissent une immense admiration l’un envers l’autre, les voir réunis tous les trois autour d’une même table est de l’ordre de l’impossible. Cela fait des mois qu’un jeune journaliste de 24 ans tente de fixer ce fameux rendez-vous pour un mensuel, tout aussi jeune, Rock & Folk. Le casse-tête ! Brel est sur scène, à Bruxelles, au Théâtre de la Monnaie, rien moins, où il joue sa comédie musicale, L’homme de la Mancha. Mais le voilà à présent à Paris pour y jouer son œuvre qui rencontre un grand succès. L’occasion est trop belle !

    Nous sommes fin 1968, il n’y a que des téléphones et des agendas, pas de répondeur, encore moins d’outils électroniques, et le temps passe. Mais ce 6 janvier 1969, ils arrivent, l’un après l’autre, dans l’appartement du journaliste, enfin de sa belle-mère, dans le sixième arrondissement, celui d’un Quartier où le printemps précédent il a régné une atmosphère révolutionnaire. En Angleterre, les Rolling Stones ont été arrêtés par la police, on a vu 2001 Odyssée de l’espace. Dans six mois, des hommes marcheront sur la Lune et 500.000 autres se réuniront à Woodstock, quant aux Beatles, ils joueront fin de ce mois de janvier sur le toit de LEUR propre maison de disques. Les temps changent, cette fois, c’est sûr, que vont en dire ces trois hommes qui n’ont pas la langue de bois, dans l’intimité de cet appartement au cours de ce qu’on pourrait appeler l’interview du siècle ? On aurait voulu y être, pas vrai ?
    4 min
  • Janvier 1969: Brassens, Brel, Ferré : la photo qui a figé la chanson française
    Je vous ai raconté récemment la photo de Robert Doisneau, et son fameux baiser de l’hôtel de ville, un des posters les plus vendus de l’histoire. Ça vous a fait sourire, vous l’aviez épinglé sur le mur de votre chambre quand vous étiez ado. On pouvait la regarder pendant des heures, hein, cette photo en noir et blanc qui montrait une époque révolue et pourtant, les murs étaient toujours là, intacts, et puis l’amour, surtout.

    Mais il n’y a pas que le baiser de l’hôtel de ville à avoir fleuri sur nos murs, tenez depuis les années 70, le poster français en noir et blanc le plus vendu, reste cette photo prise en 1969 dans un appartement du VI° arrondissement de Paris.

    Un appartement qui n’a rien de remarquable, on en est loin, trois hommes qui discutent autour d’une table encombrée, devant une grande fenêtre rideaux et tentures clairs, murs blancs et une porte ouverte sur une pièce plongée dans le noir. C’est le soir, pas de doute, ou alors un mois d’hiver en fin d’après-midi.

    Et c’est le cas, nous sommes le 6 janvier 1969 dans l’appartement de la belle-maman d’un jeune journaliste de 24 ans nommé François-René Cristiani. Bien sûr qu’elle est d’accord de recevoir chez elle un peu de monde si c’est pour permettre à son beau-fils de publier un article en couverture de magazine.

    Oh c’est pas Le Figaro, ni Paris Match, non, c’est un mensuel qui n’existe que depuis deux ans à tout casser. C’est pour les jeunes. Mais attention, Rock & Folk, c’est pas Salut les copains, non, ce sont des jeunes de leur temps, mai 68, ça leur parle, ils y étaient. La couverture de leur premier numéro à l’automne 66, c’était d’ailleurs Michel Polnareff, le petit nouveau de la chanson française, un génie.

    Oui, Rock & Folk c’est la version intello du magazine musical. Quand on y parle des Beatles ou Pink Floyd, c’est pour évoquer leurs textes de dingue et cette musique incroyable qui casse tous les codes. Alors, pourquoi pas une interview commune de Georges Brassens et Jacques Brel ? Brassens va faire sa rentrée à l’automne sur scène et Jacques Brel, qui a abandonné les récitals, fait un malheur dans une comédie musicale, jamais encore ce n’était arrivé à Paris. Génial !

    Voilà qui va mettre un peu de beurre dans les épinards, dit François-René, à sa femme en rentrant. Il est seulement pigiste chez Rock & Folk, payé à la ligne, alors être en Une, c’est non seulement incroyable mais surtout, il va toucher plus. Mais enfin, François, tu n’as pas pensé à Léo ?

    Léo Ferré, le héros des jeunes anarchistes, des mouvements libertaires étudiants, ils sont allés le voir à La Mutualité en mai l’an dernier, l’atmosphère était chauffée à blanc dans la salle. Ils en étaient sortis enthousiastes, le cœur gonflé par la conquête du monde, l’avènement prochain d’une société nouvelle. Comment n’y a-t-il pas pensé ? En plus, il s’entend super bien avec lui, alors oui, ils seront trois. Du moins, on va essayer, ce n’est pas gagné.

    Mais comment le saurait-il, il n’a pas vu l’émission où Léo Ferré dit récemment que oui, Brel et Brassens, il les a déjà croisés comme ça, mais ce sont les deux seuls chanteurs qu’il aimerait vraiment rencontrer, alors, il regarde la caméra et leur dit, passez à la maison, ça me ferait plaisir de boire un coup avec vous.
    8 min
  • Lenny Kravitz : de New York à Los Angeles, le grand basculement
    Woody Allen et Martin Scorsese en ont fait des classiques du cinéma, Billy Joël et Frank Sinatra de la chanson, les New Yorkais sont d’autant plus attachés à leur ville qu’elle est follement réjouissante par son architecture mais surtout son immense réservoir de rencontres. A New York, une nouvelle histoire vous attend à chaque coin de rue.

    Et c’est déjà ce que vit le jeune Lenny Kravitz, onze ans, à la fin de l’année 1974 quand sa maman, comédienne, remporte un gros succès au théâtre sur Broadway, qui lui vaut d’être contactée pour jouer dans une sitcom, à Los Angeles.

    L’audition se passe on ne peut mieux, on lui propose tout de suite le rôle, mais attention, lui dit-on, elle doit bien comprendre qu’elle va jouer la femme du premier couple interracial de l’histoire de la télé, elle va devoir embrasser un homme blanc. Sans rien dire, Roxie sort de son sac la photo de son mari, Sy Kravitz, d’origine russe, le producteur sourit, tout est dit.

    De retour à New York, la réaction à l’incroyable nouvelle est mitigée pour Lenny qui craint de devoir vivre seul avec un père beaucoup trop rigide : il craint que sa vie se transforme en cauchemar. Roxie a beau le rassurer en lui disant qu’il faudra d’abord passer le cap du premier tournage et de la diffusion du pilote, la nouvelle ne tarde pas à tomber : immense succès public, la saison est confirmée, le départ est donc inévitable.

    Si Lenny est rassuré d’apprendre qu’il part avec sa mère, il est dévasté par le fait de quitter ses copains alors qu’il va entrer en dernière année de primaire. Il allait enfin être le grand de l’école et voilà qu’il part vers l’inconnu. L’inconnu est en fait la maison de Joan, une de ses cinq marraines, c’est dans un divan lit qu’il va passer ses nuits avec sa mère. Ça ne le dérange pas, il dort avec sa grand-mère Bessie le week-end, non, le problème, déjà, c’est le silence de la ville. Santa Monica, c’est pas Manhattan. Où sont partis les gens ? Se demande-t-il le premier matin. Ici, rien n’est vertical, tout est horizontal, les gens ne vivent pas les uns sur les autres, tout est loin de tout.

    Sa mère met d’ailleurs une heure et demie, deux lignes de bus, pour se rendre chaque jour au studio. Et là, quand Lenny s’y rend avec elle le premier jour, grosse surprise et paradoxe : l’histoire se passe à New York. Il vient donc de quitter le vrai pour se retrouver dans un décor de gratte-ciel en carton-pâte. Par contre, les enregistrements sont tops. Les acteurs jouent deux fois le même programme, un l’après-midi, un le soir, devant deux publics différents, on choisit la meilleure prise. Ne t’en fais pas, ça ne durera peut-être pas, tu sais le succès à la télé, ça ne dure pas.

    Mais Roxie, même si elle est new-yorkaise jusqu’au bout des ongles, va bientôt quitter le plan logement provisoire on ne sait jamais chez son amie, car elle va tourner 200 épisodes des Jefferson. C’est Sy Kravitz qui va devoir franchir l’Amérique pour les rejoindre, pour une vie plus confortable, certes, mais la nécessité pour Lenny de se faire à Los Angeles. C’est là qu’il va découvrir Elton John, le skateboard et les tagueurs des débuts du hip hop mais surtout Led Zeppelin sur la cassette d’un copain. Décharge électrique, dernière révélation, le tableau est désormais complet. On devra juste attendre une quinzaine d’années avant le premier album d’un Lenny Kravitzdans lequel on peut, déjà, entendre toute son histoire.
    9 min
  • Quand James Brown bouleverse Lenny Kravitz
    L’enfance de Lenny Kravitz a été partagée entre deux mondes, celui de la communauté juive, du côté de son père, et de la communauté noire caribéenne, du côté de sa mère. Fils unique, il aurait dû se sentir seul mais ça n’a jamais été le cas, que du contraire. Principalement grâce aux cinq marraines que sa mère lui a choisies. Cinq marraines, ça n’existe nulle part ! Ben si. Tout d’abord Cicely, qui a joué au théâtre avec sa mère. Tout comme Shauneille, écrivaine et actrice reconnue, dont l’immense salon a été transformé en centre culturel du mouvement Black Arts. Sa fille et Lenny ont été élevés comme frères et sœurs. La troisième marraine, Diahann, la première noire à avoir reçu le prix de la meilleure actrice de théâtre, a joué au cinéma avec sa mère, aux côtés de James Earl Jones, trois ans avant qu’il ne devienne la voix de Dark Vador. Ça s'appelle Claudine, et c’est à voir. Et puis la marraine de Los Angeles, tante Joan et enfin, tante Joy du Queens.

    Pour Lenny, c’est son étoile à cinq branches, l’impression d’être très entouré et qui l’empêche de pousser de travers car tout n’aura été que bienveillance et joie de vivre, malgré les malheurs, les problèmes, malgré le fait qu’on est noir et que la vie est une lutte.

    Au centre de l’étoile, la délicieuse Maman. D’autant plus délicieuse que tous les hommes semblent l’admirer. Et à qui Lenny doit la deuxième révélation de sa vie en l'emmenant un jour à l'Apollo Theatre, le temple de la musique soul à New York. Les voilà en train de remonter la 125ème rue à pied avec le son du rythm and blues qui sort par la porte ouverte de magasins de disques et d'instruments. Le monde se presse devant la salle de concert mais l’ambiance est sereine, à la fête, il va se passer quelque chose de pas banal pour tous ces gens, ils le savent, ça se voit, Lenny le sent quand il s’assied à la cinquième rangée avec sa mère, il ne l’oubliera jamais.

    Comme le soir où il a vu les Jackson Five, deux ans plus tôt, quand la lumière s’éteint, une ferveur indicible saisit la salle. Mais l’atmosphère de ce vieux théâtre alourdie par la fumée et les projecteurs est différente quand James Brown apparaît sur la scène : le public se lève aussitôt et ne va jamais se rasseoir. On croit sans peine en ce souvenir d’un garçon de huit ans au milieu de tous ces adultes qui tapent dans les mains. Comme il le dira : James Brown ne danse pas en rythme, il EST le rythme, chantant, criant, dansant, tournoyant et finissant à genoux en jouant avec son micro comme le magicien Gandalf avec son bâton pour maintenir la salle entière sous le charme.

    Après le spectacle, Lenny et sa mère arrivent à accéder aux coulisses. Comment a-t-elle fait ? Il ne s’en souvient pas. Mais par contre, l’image de James Brown en sueur, torse nu, dans sa loge lorsqu’ils passent devant, il ne pourra pas l’oublier, dans les coulisses de cette salle qu’il a lui-même rendue mythique en enregistrant un live mémorable l’année de sa naissance.

    Et puis Maman lui lance un petit bonjour, James lui répond, au milieu de la pièce remplie de gens. Elle s’apprête à entrer, pour lui présenter son fils, puis devant tous ces gens, elle se ravise et ils sortent par la porte des artistes, à l’arrière du théâtre.
    7 min
  • Lenny Kravitz: Stevie Wonder, une guitare et la musique
    Aimer le même disque que ses parents dans les années 70, ce n’est pas dans toutes les maisons que ça se produit. Le monde entre les deux générations s’est depuis quelques années tellement éloigné que c’en est devenu abyssal, jamais l’expression Le fossé des générations n’a été aussi vraie.

    Et pourtant, l’album préféré de Lenny Kravitz, 10 ans, est le même que sa mère, il se nomme Innervisions et est signé Stevie Wonder. Comment vous expliquer ? Déjà vous le savez pour l’avoir vécu, à cet âge-là, on est capable d’écouter le même disque cent fois sans s’en lasser. A chaque écoute, on découvre de nouveaux arrangements, de nouveaux instruments. Ce n’est pas un album de chansons, c’est une œuvre d’art. A ce stade, ça devient carrément spirituel, quand Lenny s’assied et regarde le disque tourner, le temps n’existe plus, il est, comme disait Stevie Wonder, dans la paume de Dieu.

    Et donc, quand au cours de cet été, ses parents l’envoient en colonie de vacances à la campagne, Lenny emporte avec lui la guitare électrique que lui a offert sa grand-mère Bessie. Et comme l’un des jeunes moniteurs en joue, il lui apprend des morceaux et lui fait intégrer la fanfare du camp. Quelle n’est pas la surprise de ses parents de le voir interpréter des morceaux à la guitare avec les autres lors d’une visite organisée.

    Mais c’est formidable, Lenny, lui disent-ils après, c’est la chose la plus drôle qu’on ait jamais vue.

    Plus drôle ? Je n’étais pas bon ?

    Lenny ne leur pose pas la question mais à son retour, une surprise l’attend. Ils l’ont inscrit à des cours de guitare qui se donnent à la Harlem School of Arts. Harlem, c’est pas à côté de Central Park, la maison, alors Maman lui montre comment prendre le bus pour s’y rendre. Vous vous rendez compte ? A dix ans, seul dans les rues de New York, avec sa guitare. Quel sentiment d’être déjà grand. Le rêve de beaucoup d’enfants de l’époque, trop pressés de vieillir pour être indépendants. Celui de Lenny se double du plaisir de jouer de la guitare, correctement, à présent. Bon, c’est vrai que les cours de solfège lui donnent bien du souci, car c’est fastidieux de retenir tous ces signes sur une partition.

    Mais Lenny a l’oreille. Depuis toujours, il est capable de retenir toutes les notes qu’il entend et désormais, il peut les reproduire sans avoir besoin de les lire. Voilà qui rend plus facile la vie avec un papa, aimant certes, y a pas à redire, mais qui ne supporte pas le désordre et ne comprend pas que son fils ne soit pas comme lui. Son retour du Vietnam après un an de guerre comme journaliste en armes, a été une bénédiction mais à part ça, le Lenny, range ta chambre, bon Dieu !, c’est pénible.

    Heureusement qu’il y a les sorties entre hommes. Les glaces, les courses, les visites chez les amis, dont le parrain Vinnie n’est pas des moindres. Il aime beaucoup Maman, à qui il fait de splendides cadeaux. Et comment oublier ce soir où, au restaurant, Sammy Davis Jr, le grand crooner, partenaire de Frank Sinatra, entre dans le restaurant où ils dînent et vient directement le saluer en l’embrassant sur les deux joues. Tu vois Lenny, c’est pas juste parce qu’on a fait le Vietnam, tous les deux, non, ton parrain Vinnie sera toujours là pour toi.
    8 min
  • «I want you back» : comment les Jackson Five ont bouleversé la vie de Lenny Kravitz
    Madame demande ce que tu chantes, Lenny ?

    Le petit Lenny regarde, étonné, sa grand-mère Bessie tournée vers lui. Puis croisant le regard interrogateur de la caissière du supermarché, il répond que c’est du Tchaïkovski.

    Tchaïkovski ? Mais où as-tu entendu ça?

    Lenny explique alors qu’il s’agit d’un air diffusé par un de ses jouets. Comment expliquer à cette dame qu’il a beau être noir, le jouet lui a été offert par son grand-père juif russe, tailleur à Brooklyn. Nous sommes dans les années 60, il y a quelques mois encore, dans une grande partie des Etats-Unis, les noirs n’avaient pas le droit de s’asseoir avec les blancs.

    Mais c’est une mélodie très compliquée à retenir pour un enfant de son âge. Votre petit a un don, dit la caissière à la grand-mère. Lenny hausse les épaules : mais bien sûr que c’est de son âge, ça lui est très facile de retenir les musicals de Broadway, les symphonies de Beethoven, les Beatles, James Brown, il mémorise toutes les musiques qu’il entend.

    Tout aurait pu en rester là. Les enfants que nous avons tous été ont un rapport privilégié avec la musique, comme avec le dessin. Mais quelques jours plus tard, la vie de Lenny Kravitz, cinq ans, va basculer. Nous sommes en 1969 quand il entend ceci : I want you back.

    Avec leurs cinq premiers singles N°1, les Jackson Five sont plus qu’une révélation pour Lenny. Comme il le dit lui-même, c’est une chose de dire que vous aimez un groupe, c’en est une autre d’affirmer qu’il a changé votre vie.

    Car imaginez le petit Lenny, à présent six ans, devant le poste de télé à regarder les Jackson Five avec leurs tenues psychédéliques hyper colorées jouant et dansant une chorégraphie très élaborée. Avec bien sûr, au centre, un petit bonhomme qui fait beaucoup moins que son âge, onze ans. Et Michael, c’est pas juste un enfant auquel les autres mômes peuvent s‘identifier, c’est un prodige du niveau des adultes. Du jamais vu. Du moins dans le monde de la pop music.

    Et donc, vous le voyez l’enfant des Kravitz foncer dans leurs affaires pour en tirer des bottes, des écharpes et se planter devant le miroir sapé comme un Jackson ? Pardon, en tenant un grand feutre en main en guise de micro, C’EST un Jackson. Le sixième ! D’ailleurs il l’a écrit dans son cahier d’école, son nom est Lennie Jackson, le frère perdu de Michael.

    Alors, le jour de son anniversaire, quand son père vient le chercher à l’école, ce qu’il ne fait jamais, c’est pour l’emmener à un concert à Madison Square Garden, la grande salle aux 20.000 sièges. Et pourtant, ils sont assis au premier rang, juste devant la scène. D’ailleurs, quel brouhaha quand vient s’asseoir derrière eux Aretha Franklin, avec tout son entourage. Et puis boum, la lumière s’éteint et Lenny assiste à son premier concert live. Le groupe s’appelle les Commodores, il ne les connaît pas mais c’est formidable de les voir tous jouer. A la fin, croyant le spectacle terminé, son père lui dit que non, c’est juste la première partie. Les gens tapent du pied, une folie débordante saisit toute la salle autour de lui quand les Jackson Five déboulent sur scène. Lenny exulte, c’est mille fois mieux que sur son disque, avec Michael, juste devant lui. Sy Kravitz est venu avec son appareil sachant ce que cela représente pour son fils. Plus d’un demi-siècle plus tard, la photo est toujours là sur son mur. Il est de ces moments où notre avenir s’écrit dans le présent, et ce n’est pas tous les jours.
    8 min
  • Lenny Kravitz: son enfance à New York
    Nous sommes à Manhattan en 1963. Dans le quartier de l’Upper East Side exactement, un endroit où aujourd’hui le plus petit logement est hors de prix. Mais ce n’est pas le cas à l’époque, c’est là que vit Sy Kravitz, 39 ans, divorcé et deux enfants, journaliste producteur sur NBC, quand il entreprend de plaire à Roxy Roker, cinq ans plus jeune que lui, célibataire et assistante d’un des grands directeurs de la chaîne.

    Roxy n’est jamais sortie avec un blanc. Mais ce n’est pas cela qui la retient au début, quand elle imagine que ce Juif d’origine russe va avoir bien du mal à faire accepter à sa famille, une Goy chrétienne et noire de peau. Non, ce qui l’inquiète, c’est d’entretenir une relation avec quelqu’un du même bureau. Et puis, il est un peu inquiétant ce type, qui d’après ce qu’elle a compris, n’a plus aucun contact avec ses filles.

    Mais bon, il lui plaît, il l’emmène à des concerts de jazz mais aussi au théâtre, à Broadway, elle qui est diplômée de l’Université Shakespeare en Angleterre et comédienne à ses heures. Et surtout, il la soutient, enthousiaste, en venant la voir jouer, le soir, quand elle interprète sur une scène du Off Broadway, une pièce d’avant-garde que seule une élite new-yorkaise semble apprécier.

    Le mariage a lieu dans l’intimité. L’absence des parents de Sy est remarquée, ils ne reviendront qu’avec la naissance de leur enfant, qu’ils ont prénommé Leonard Albert, mais que tout le monde va très vite appeler Lenny.

    Si New York est déjà la ville rêvée pour le monde entier, le pâté de maisons où il grandit, et qui est longé par Central Park, n’est pas encore le plus glamour de Manhattan, même s’il est déjà chic. Mais les fenêtres du petit appartement loti dans une ancienne maison de quatre étages, j’allais dire seulement, donnent sur un mur. Lenny occupe l’unique chambre, ses parents dorment dans un canapé lit, dans le living, ce qui leur permet de recevoir leurs nombreux amis, sans le réveiller.

    Car oui, si Lenny vit une enfance très particulière, avec d’une part une famille juive russe et d’autre part, une noire américaine chrétienne, ça ne lui pose aucun problème, c’est une évidence. Le fait que les murs du domicile de ses parents soient recouverts de livres et de disques de jazz doit y être pour beaucoup. On peut vivre dans un petit espace avec l’esprit grand ouvert.

    Lenny garde d’ailleurs un beau souvenir d’une manifestation pour la paix au Vietnam à laquelle il ne comprend pas grand-chose. Assis sur les épaules d’un membre de sa famille, il éprouve un tel sentiment de sécurité au milieu de tous ces gens, lui qui se trouve au carrefour de deux mondes qui ne communiquent pas entre eux, ou si peu. Entre les squats pourris des frères noirs qui sortent sapés comme des princes avec leurs pantalons pattes d’eph et chaînes en or, et les boucheries casher, synagogues et boutiques de tailleurs, Lenny grandit dans le monde des grands-parents. On devine de quel côté sa musique vient. Mais pourtant, c’est bien le grand-père Kravitz qui lui met son premier micro en main, celui du magnétophone dans lequel il chante, à ses heures perdues.
    8 min

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