La Story Nostalgie

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La Story Nostalgie episodes

  • 2013, David Bowie : le retour inattendu d’un maître du temps
    En 2013, David Bowie revenait après dix interminables années de silence avec un album tonitruant, probablement le meilleur qu’il ait jamais enregistré. Trente ans tout pile après Let’s Dance, il accumulait les N°1 partout autour de la planète avec cet album réalisé dans le plus grand secret et sorti par surprise, comme un diable sortant d’une boîte. La pochette, des gimmicks sonores, des paroles évocatrices, les références à un passé fameux ne manquent pas et pourtant, The Next Day est une totale réussite, à la hauteur d’un artiste qui a toujours refusé de nager là où il avait pied. Sans doute la raison pour laquelle, il n’y avait pas eu de Let’s Dance bis ou deux, 30 ans plus tôt, en 1984. C’eût été trop facile. Et puis, son entourage le sait : David Bowie s’ennuie vite en studio. C’est ainsi qu’il refuse en novembre de chanter les deux premières lignes de la chanson Do they know it’s Xmas time ? pour, par contre, s’impliquer totalement dans le Live Aid. On l’ignore mais en plus de la magistrale prestation qu’il livre sur scène, juste après Queen, Bowie ayant vu le reportage tourné au Soudan, renonce à interpréter une dernière chanson pour qu’on ait le temps de le diffuser. Son discours et le document sont tellement forts que le montant des dons explose …

    David doit d’ailleurs interpréter en duo une chanson avec Mick Jagger, lui à Wembley, Mick à Philadelphie. Mais conçu comme l’autre attraction technologique de l’événement avec la prestation de Phil Collins des deux côtés de l’Atlantique grâce au Concorde, il doit y renoncer lors de répétitions : malgré les efforts des techniciens, un décalage entre l’image et le son subsiste, rendant le duo en live impossible.

    Et donc, ce samedi du mois de juin 1985, alors que Bowie est occupé à enregistrer la chanson d’un film dans lequel il joue, Absolute Beginners, un titre qui, de l’avis de tous, va faire un malheur, il dit : “Est-ce qu’on peut finir à 6 heures, ce soir, j’ai Mick qui doit venir.” Ah ben oui, à défaut de pouvoir la jouer en live, ils vont faire un clip de ce duo phare du Live Aid. Alors, une heure avant l’arrivée de Mick, on sort le 45 Tours dont on va faire un cover et on l’écoute, avant de s’y mettre. Ce sont des pros, et pas des moindres, mais la première tentative est catastrophique, on dirait un orchestre de bal de province. Pas mieux. Qu’est-ce que c’est que ce merdier ? Le producteur n’a pas le temps de finir sa phrase qu’entre Mick Jagger, et qui file directement à la cabine de son d’un air “Mick est là, on y va”. Ça tombe bien, Bowie est en train de chanter, Jagger accroche son wagon et c’est parti, tous les musiciens du band se mettent à jouer comme des dieux comme s’ils n’avaient jamais joué autre chose.

    Ce fut en 1985 le dernier N°1 britannique de David Bowie, avant ce fameux, inattendu et nostalgique Where are we now ? en 2013, sonnant la fin d’un long entr’acte, c’est vrai, mais débutant un cinquième acte, toujours aussi misérablement court.

    8 min
  • David Bowie : comment “Heroes” est entré dans l’Histoire
    Il suffit que dans une conversation, je mentionne, pas souvent hein, avoir rencontré David Bowie pour lire dans la réaction des gens à quel point son statut est passé de personnage légendaire à aujourd’hui, historique. La preuve : lors de ce dixième anniversaire de sa disparition, on n’a pas compté le nombre de chroniqueurs qui ont parlé de sa trilogie berlinoise comme d’une évidence. Il n’y en a sûrement pas un pour savoir qu’en réalité, Bowie n’a enregistré qu’un album et demi à Berlin. Mais c’est justement quand les gens évoquent un fait comme certain sans le vérifier qu’on voit qu’il est devenu historique. Ah c’est vrai que le titre Heroes et l’album du même nom, enregistrés intégralement à Berlin, ceux-là, ont marqué les esprits. La pochette déjà, immédiatement identifiable et identifiée, est iconique. Et si l’album est loin d’être le plus vendu de sa carrière, peu d’entre nous le connaissent par cœur, la chanson titre est aujourd’hui la plus streamée de son répertoire.

    Une réussite que Bowie ne doit qu’à lui et à son producteur et ami Tony Visconti. Le choix du studio Hansa, tout d’abord, avec sa cabine de son immense, et pour cause, une ancienne salle de concert, qui avait d’ailleurs servi de salle de réunion à la Gestapo. Tony a donc prévu de ne pas isoler David dans une cabine son comme on le fait habituellement pour les chanteurs, afin de bénéficier d’une réverbération dans la voix, 100% naturelle. Un enregistrement qui se fait quasiment en même temps que l’écriture. David va plusieurs fois demander une pause pour changer des phrases. Et c’est là que le génie se manifeste. Car arrivés au studio, quel n’est pas l’étonnement des musiciens en ouvrant grand les tentures lourdes de découvrir une baie vitrée donnant sur le Mur de Berlin, avec à 500 mètres, des gardes soviétiques qui les observent à la jumelle depuis un mirador.

    Berlin est alors une ville sinistre, du moins les quartiers, les rues et les boîtes où Bowie son équipe le soir, après la session. Il ne veut pas qu’elle soit distraite par autre chose que le travail auquel elle est occupée : son disque. Quant à lui, il fait flèche de tout bois. Ainsi, la chanteuse d’un cabaret que Tony a ramenée, participe aux chœurs sur la chanson. Et au cours d’une des pauses demandée par David, Tony sort avec elle pour le laisser écrire et au cours de leur promenade, l’embrasse près du mur. Bowie les voyant depuis la fameuse baie vitrée a alors l’idée d’un fameux couplet. En moins de deux heures, tout est terminé.

    Oui, David Bowie est entré dans l’Histoire. Non pas parce qu’il nous a quittés il y a dix ans mais parce que plus aucune page de son fabuleux parcours ne sera écrite. Sans doute la raison pour laquelle il a tenu la plume jusqu’au dernier week-end de son existence.
    9 min
  • De New York à Los Angeles: l'histoire américaine intime et musicale de David Bowie
    On ne peut pas ne pas en parler avec l’image que ses dirigeants nous renvoient de nos jours, David Bowie a vécu une histoire d’amour complexe avec l’Amérique, faite de passion, de fantasmes, de peur et de malentendus. Les Etats-Unis, c’est tout d’abord pour le jeune artiste dans l’âme qu’il est, la terre des libertés et de la musique. Un immense décor fait des grands espaces vus dans les films au cinéma, des longues routes vers l’aventure avec la voiture pleine de copains façon Jack Kerouac, avec la musique d’Elvis Presley, etc

    Ses premiers séjours à New York ne font que le conforter dans le genre l’Amérique est un pays de liberté avec “s”. Rien à voir avec l’éducation étriquée des Anglais, ses rencontres avec Andy Warhol, Iggy Pop et Lou Reed puis ses premières tournées en Ziggy Stardust le confirment. Évidemment, il s’est fait traiter de femmelette, de gonzesse par des mecs au chapeau de cowboy. Ca aurait dû l’alerter mais bon, il s’installe quand même à Los Angeles où il se fait dévorer par ses excès d’alcool et de drogue. David n’est plus qu’une ombre, un homme encore jeune mais aux yeux creusés quand il rentre en Europe en 1976, on le voit à Paris, à Berlin et à Londres, sa musique est métamorphosée, elle ne se vend plus qu’à certains initiés.

    Et quand en 1980, alors qu’il triomphe à Broadway dans la pièce Elephant Man, son ami John Lennon est assassiné par un gars venu exprès de Hawaï pour se faire un nom, David Bowie prend brutalement conscience que l’Amérique n’est pas seulement le pays de l’énergie artistique et de l’avant-garde, mais aussi celui où une légende du rock peut finir sur un trottoir. Lui, mieux que tout autre, savait que John Lennon avait quitté l’Angleterre pour vivre libre à New York, il y avait trouvé la mort à tout juste 40 ans. David rentre à nouveau en Europe, en Suisse cette fois, où il trouve refuge près du lac Léman. Il aime toujours New York, certes, mais à distance. Il n’y revient que deux ans plus tard, au sein d’une équipe de cinéma, en compagnie de Catherine Deneuve et Susan Sarandon qui deviendra sa maîtresse, le temps du tournage d’un film où il incarne un vampire lié à la même femme depuis des siècles.

    Et pourtant c’est à New York que va repartir de plus belle son histoire d’amour avec le public pop, une rencontre avec Nile Rodgers le propulse au sommet des années 80. L’Amérique lui rend la gloire, celle qu’il avait d’ailleurs, ironie du sort, chantée en duo avec John Lennon au milieu des années 70 et lui avait valu son dernier N°1 américain en date.

    Oui, David Bowie a peur des Américains, c’est certainement un des singles les plus marquants des années 90 et l’un des plus autobiographiques …

    Et pourtant, Bowie va finalement se fixer à New York, à un moment où il s’est fait beaucoup plus discret sur sa vie privée qui est désormais totalement apaisée. Homme marié assumé, papa gâteau mais avec une âme d’artiste intacte, grand faiseur de chansons et éclaireur de l’avant-garde, pour autant que ce mot signifie encore quelque chose, ici, comme en Amérique. Mais qu’est-ce que l’Amérique si ce n’est un mythe ?
    8 min
  • Pourquoi David Bowie, au sommet avec Scary Monsters, a-t-il fui la scène?
    Mi-novembre 1981, les fans de David Bowie que nous sommes commencent à trouver le temps long. Cela fait à présent plus d’un an qu’il a fait ce retour incroyable et inattendu au sommet des hits parades avec son fabuleux album Scary Monsters, et son redoutable single Ashes to Ashes. Mais pas de concerts à Bruxelles, ni ailleurs, pas de tournée, ça l’a foutu mal. Il paraît qu’il était pris par une pièce de théâtre à New York. Puis il y a eu le film, Moi Christiane F… On avait couru le voir au cinéma mais il n’y apparaissait que quelques minutes dans son propre rôle. Mais bon, ça nous permettait de voir des images de concert sur grand écran, alors rien que ça, ça valait le déplacement. Un copain avait acheté le 33 Tours pour sa collection, un autre avait le poster épinglé sur un mur de sa chambre. David Bowie était devenu un chanteur culte, un type qui faisait une musique très compliquée, c’est pas un truc pour toi qu’on disait aux potes, et puis aux filles, histoire de se rendre intéressant du haut de notre adolescence.

    Alors quand paraît le nouveau disque de Bowie en cette mi-novembre où on ne jure plus que par la New Wave, on est déçus car Changes Two, c’est la suite du Changes One, un best of qui n’en est pas un, David ne fait rien comme les autres.

    Et ce n’est pas prêt de changer. Bien sûr, on ignore que le théâtre où il a joué l’an dernier se trouvait à quelques dizaines de mètres de l’endroit où a été assassiné John Lennon, le 8 décembre. John et lui étaient devenus potes au milieu des années 70 alors qu’ils habitaient tous les deux Los Angeles. Beaucoup de fêtes mais aussi quelques enregistrements mémorables ensemble, leur duo avait donné un N°1 au Billboard américain … et puis David avait aussi repris un titre des Beatles signé John Lennon ...

    Mais mis à part une formidable soirée passée ensemble lors d’une rencontre inopinée dans un hôtel de Hong Kong en 1977, ils ne s’étaient plus revus. John devait venir le voir sur la scène du Booth Theater, il n’en aurait jamais l’occasion.

    Si la terrible nouvelle affecte David quand il l’apprend, bien évidemment, il est horrifié d’apprendre dans la presse ce que son meurtrier a avoué aux enquêteurs : Chapman est en effet venu au théâtre voir Elephant Man, quelques jours avant son crime. Et ayant du mal à croiser Lennon au pied de son immeuble, il avait projeté de venir tuer David Bowie en pleine représentation, au cas où il raterait l’ex-Beatle. Vous vous rendez compte que pour ce genre de dingue, un artiste de scène, c’est du tir à pipe ! David avait annulé les prolongations, la tournée de la pièce et les concerts. On l’ignorait quand on a  regardé le clip nouvellement enregistré de cet ancien titre, Bowie ne voulait plus alors apparaître seul, raison pour laquelle il allait se faire diriger dans des films, à l’abri de la foule et aussi, enregistrer quelques B.O.
    9 min
  • David Bowie : le jour où tout a commencé
    Dix ans déjà que David Bowie nous a quittés. J’ignore si vous vous souvenez de ce que vous faisiez quand vous avez appris la nouvelle, le lundi 11 janvier 2016 au matin. Son dernier album, fascinant en diable comme à sa meilleure époque, était sorti le vendredi précédent, on attendait la suite de l’histoire, on avait eu droit à la fin. David Bowie avait orchestré sa sortie de scène de main de maître, lui qui avait eu tant de mal à y entrer sous les ovations et les projecteurs. J’avais accueilli la nouvelle presque en larmes, il fallait que je rejoigne la radio au plus vite, la nouvelle nous avait tous surpris. Ce n’était pas facile de se dire que désormais l’artiste qui nous accompagnait depuis tant de décennies était parti et que nous allions désormais devoir vivre dans un monde sans David Bowie.

    Et c’est vrai qu’il s’était donné tant de mal, David, pour être présent dans notre vie. Tenez, au printemps 1969, à Beckenham, dans le sud du Grand Londres, une certaine Mary Finnigan, jeune trentenaire fraîchement divorcée avec deux enfants, entend par la fenêtre ouverte de ses voisins du dessus, une musique magnifique mais très particulière. Elle appelle pour savoir qui peut sortir un son pareil dans son immeuble et voit passer la tête blonde d’un jeune gars. Ne voudrait-il pas descendre boire un thé ? L’homme s’avère de bonne éducation, conversation et surtout, c’est pas le gars genre qui va changer le monde comme on en rencontre à tous les coins de rue en cette époque hippie. Mais bon, il n’est pas très heureux. Sa compagne vient de le quitter et il est retourné vivre chez ses parents, à Bromley, le patelin d’à côté. Il a sorti un album qui n‘a pas marché, aucune promo, et son manager s’entête à vouloir faire de lui un chanteur de variétés qu’il n’est pas.  Et s’il venait sous-louer une chambre chez elle ? La réponse est oui, immédiatement.

    Et donc quelques jours plus tard, le jeune artiste débarque avec une valise et la guitare à douze cordes qu’elle avait entendue par la fenêtre ouverte. Les deux enfants de Mary étant alors déjà rentrés de l’école, il propose de leur chanter une chanson. Oh ouiiii disent les deux mômes de 8 et 10 ans. Un pied posé sur la chaise, la guitare électrique sur la cuisse, l’auteur-compositeur-interprète, comme il s’est présenté, entame la chanson qu’il doit bientôt enregistrer avec son partenaire puisqu’ils comptent devenir les nouveaux Simon & Garfunkel. Cette chanson est magnifique, dit Mary en applaudissant avec ses enfants, mais ça va faire un hit énorme ! Le cadet des deux garçons revient de sa chambre avec le dessin que lui a inspiré la chanson du nouveau colocataire et bientôt amant de sa maman, on y voit un astronaute sortant d’une fusée dans l’espace avec en fond, la Terre et la Lune … il doit sans doute toujours y être, là où David Bowie l’a abandonné à la fin de sa chanson, le début d’un long chemin qu’il allait parcourir avec nous, le public.
    8 min
  • Véronique Sanson : chanter l’amour impossible
    Fin septembre 1999, Véronique Sanson étonne tout le monde en publiant un album constitué intégralement de reprises de Michel Berger, disparu quelques années plus tôt et dont sa veuve France Gall vient également de sortir un CD. La démarche a de quoi étonner venant d’une des très rares auteures et compositrices de la chanson, qui plus est une artiste qui a imposé un style. La musique de Véronique Sanson est unique et son succès ne s’est jamais démenti depuis le début des années 70.

    L’autre surprise à l’écoute D’un papillon à une étoile, c’est la manière dont Véronique Sanson s’approprie le style de Berger. Bien sûr, en 1999, on sait dans le métier qu’ils ont eu une histoire ensemble à leurs débuts mais internet ne révèle pas encore  les détails biographiques dans chaque chaumière. De toute façon, comment raconter une histoire qui n’a jamais vraiment commencé. Même eux n’auraient pu dire quand exactement ils s’étaient rencontrés. En effet, leur maman respective se connaissant, Michel et Véronique se croisaient régulièrement depuis toujours. Mais aucune camaraderie n’était ressortie des goûters d’anniversaire et autres dîners où ils s’étaient vus. Il faudra une passion commune pour la musique pour les réunir alors qu’ils sont devenus de jeunes adultes.

    Ce jour-là, Michel Berger est convié par Madame Colette Sanson à un goûter où elle demande à ses deux filles d’interpréter leur répertoire. Violaine et Véronique forment en effet un trio avec un certain François Bernheim qu’elles ont nommé les Roche Martin. L’invitation n’est pas innocente car Berger est à présent le très jeune directeur artistique d’une firme de disques qui ne veut pas rater la future star Yéyé, même si ce mot ne veut alors plus dire grand-chose. Et elle ne sera pas sans conséquence car Michel semble découvrir Véronique pour la première fois : il n’a d’yeux que pour elle. L’affaire est dans la poche : son collègue Claude-Michel Schönberg et lui vont s’occuper des Roche-Martin.

    Si leur premier 45Tours paraît au printemps 1967, le second bien que pressé n’a pas le temps de sortir que François Bernheim quitte le navire en décembre. En coulisses, on n’en fait pas un drame : passe ton bac d’abord disent les Sanson à leur fille Véronique qui le rate à deux reprises. Entretemps, lors d’un weekend organisé chez Claude-Michel Schönberg, futur compositeur des Misérables et d’un grand tube, Véro devient la maîtresse de Michel Berger.

    Commencent alors plusieurs années de vie cachée mais commune, tant amoureusement qu’artistiquement, au cours de laquelle ils forgent leur style qui de l’avis de tous sera d’une gémellité rare dans l’histoire de la chanson. Lequel a déteint sur l’autre ? Allez savoir, à moins qu’aucun n’ait vraiment dominé. Une formation classique, une même approche du chant, un goût identique pour le rock américain et britannique, un amour intense, Michel et Véronique se complètent et trouvent leur identité côte-à-côte, sans doute la raison pour laquelle la célébrité les a séparés. Bien des années sont passées sur cet amour malheureux qui a laissé de terribles traces chez l’un et chez l’autre, comme une blessure jamais cicatrisée.
    9 min
  • Véronique Sanson : survivre aux années 80 (divorce, combat judiciaire, panne d'inspiration...)
    Fin des années 70, Véronique Sanson est la plus grande star féminine du métier français. Elle est ainsi la première chanteuse à tenir l’affiche du Palais des Sports, à Paris, trois soirs à 4600 sièges en 1979, ce seront trois semaines deux ans plus tard. Mais si sa carrière atteint des sommets, on ne peut pas en dire autant de sa vie privée : le rêve américain du mariage sans attendre avec Stephen Stills a cédé la place au cauchemar de la femme battue. Mais si l’alcool, cocaïne et violence conjugale sont au menu du quotidien, rien ne transparaît en public.

    Pourtant, en 1980, Véronique Sanson est de retour en France. Elle a obtenu le divorce de Stephen Stills mais pas le passeport de leur fils de six ans, qui lui permettrait de le faire sortir des États-Unis. La bataille judiciaire va durer des mois et des années, une bataille durant laquelle la panne d’inspiration s’installe. Elle qui pouvait composer le matériel d’un album en une semaine ne sort plus rien, trouvant sa musique vieille et dépassée, au milieu du grand tourbillon de ces années-là.

    Le retour a lieu avec un album à la pochette blanche : un immense point d’interrogation pour ceux qui le sortent du bac des disquaires en cette année 1985. Car oui, Véro a raison, la musique a sérieusement changé avec la New Wave et le hard rock britannique, le funk et le métal américain. France Gall occupe toute la place, Jean-Jacques Goldman s’impose, alors la question est : son public existe-t-il encore ? La réponse est oui : les réactions de la presse sont excellentes et les ventes d’albums suivent car les nouvelles chansons de Véronique Sanson tournent sur les toutes nouvelles radios libres de la bande FM. Rien n’a donc changé dans le cœur des Belges et des Français, elle joue tout le mois de novembre à l’Olympia avant d’innover l’année suivante, avec Chacun son tour, la double tournée en compagnie d’Alain Souchon.

    Trois ans plus tard, son nouvel album confirme qu’elle fait plus que survivre aux années 80, un succès qui lui vaut à la fin de la décennie de rejoindre la bande des Enfoirés en compagnie de Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Michel Sardou et Jean-Jacques Goldman. Tant d’artistes dits de Variétés n’ont pas réussi à garder leur public durant les années 80, probablement les plus foisonnantes de l’histoire de l’industrie musicale. Ce ne fut pas le cas de Véronique qui après un coup de mou pour cause de vie privée gardera sans faille son statut de star établie, bien que plus discrète, et bien que toujours aussi fragilement reliée au monde qui l’entoure.

    6 min
  • Véronique Sanson : 1973, l’appel de l’Amérique
    Mars 1973, Véronique Sanson est partie. Entendez par là qu’elle a brusquement quitté la France pour l’Angleterre où elle s’est mariée dans l’urgence avant de s’envoler pour les Etats-Unis où elle va vivre désormais. L’élu de son cœur n’est autre qu’une star du rock, l’Américain Stephen Stills, oui le Stills de Crosby, Stills and Nash. Véronique est aux anges de vivre là-bas : imaginez pour une jeune artiste française dans les années 70, le privilège de vivre au quotidien avec des musiciens américains, a fortiori, les fabuleusement doués partenaires de son mari. Personne à Paris ne dispose d’un tel environnement musical, c’est le paradis. Car c’est vrai, si depuis Serge Gainsbourg, beaucoup de chanteurs français enregistrent en Angleterre, peu arrivent à réunir les fonds pour franchir l’Atlantique où se trouve le son original du rock’n’roll.

    Un paradis dont la fresque idéale se complète par la naissance d’un garçon, Christopher, le 19 avril 1974. Alors imaginez la sortie de son nouvel album, 100% américain, Le Maudit, qui lui vaut un double disque d’or en France et deux titres qui deviendront des classiques … (Alia Souza et On m’attend là-bas). Voilà qui lui donne enfin la force de monter sur scène en vedette. On commence par la maison, entendez le Canada, Vancouver, juste de l’autre côté de la frontière américaine, avant de jouer en France. Et non, les spectateurs de l’Olympia ne rêvent pas, c’est bien Stephen Stills de Crosby Stills Nash and Young, qui est à la basse. Ah l’Amérique ! La fascination des grands espaces, et des grands studios, avec ses musiciens de légende. Pourtant, c’est en Angleterre que Véronique Sanson enregistre en 1976 ce qui reste son plus grand classique … Vancouver. Il faut dire que nous sommes au studio Trident, dans une étroite rue londonienne qui voit à l’époque passer George Harrison, David Bowie, Elton John, Queen, inutile de continuer l’énumération. C’est le seul succès de l’album mais quel hit ! Triple disque d’or, deux semaines à l’affiche de l’Olympia, Véronique Sanson est devenue une des grandes vedettes de la chanson en France et chez nous.

    La peur du public est désormais une affaire classée, Véro est à présentcataloguée bête de scène, la preuve avec son premier album live qui paraît également en cette année 1976.

    Mais malgré le fait qu’elle soit mariée à une star mondiale du rock et qu’elle habite Denver, dans le Colorado, Véronique ne va jamais tenter une carrière américaine. Il lui serait pourtant si facile de frapper à la porte de l’immense label Atlantic qui édite Stephen Stills et son groupe. Si son nouvel album se nomme Hollywood, c’est juste parce qu’elle vient d’y emménager avec sa famille. Il comprend deux nouveaux tubes, classiques, Bernard’s Song et surtout ce Féminin qui lui sied tellement bien.
    7 min
  • Véronique Sanson & Michel Berger : l’amour, la musique, la légende
    Le couple Véronique Sanson et Michel Berger a aujourd’hui sa place dans la légende de la chanson française. Outre le fait essentiel qu’il s’agisse de deux auteurs compositeurs qui ont révolutionné le genre, leur histoire d’amour qui s’est mal terminée avait tout pour créer un mythe. Et pour ceux qui l’avaient oublié ou l’ignoraient, Véronique avait sorti au grand jour cette histoire qu’on ne racontait jusque-là qu’à mots couverts, grâce à  l'énorme succès de son improbable mais ô combien réussi, album de reprises à la fin du XX° siècle.

    Si Michel Berger et Véronique Sanson se connaissent depuis l’enfance, leurs parents sont en effet amis, ils ne se découvrent vraiment qu’à la fin de leur adolescence. Michel est à présent devenu le plus jeune directeur artistique de la firme de disques Pathé Marconi, qui vient de sortir le 45 Tours du groupe Les Roche Martin, formé autour du duo des sœurs Sanson. Il faut dire que la maman avait astucieusement convoqué Michel à une Tea Party où ses filles avaient interprété quelques morceaux. Michel était venu avec son collègue, Claude-Michel Schönberg, futur compositeur des Misérables. Ils avaient craqué, surtout Michel, sur Véro.

    Le succès des deux super 45 Tours n’est pas au rendez-vous. Dommage, le trio que les sœurs forment avec François Bernheim est un de ces condensés de génies, de faiseurs, comme on en voit rarement. Des Poppys à Quentin Mosimann, en passant par Renaud, Patricia Kaas et Melissa Mars, François Bernheim a en effet fait chanter des générations.

    Mais pas question de se décourager, Berger incite sa compagne à se lancer seule. Malheureusement le single ne marche pas. Trois échecs consécutifs pour la même voix, Pathé Marconi abandonne Véronique Sanson, nous sommes en 1969. Les deux jeunes artistes qui vivent alors une histoire d’amour développent à ce moment un style dont on serait bien en peine de dire qui a influencé l’autre. Un piano maître de cérémonie, un vibrato dans la voix, à la Julien Clerc, serait-on tenté de dire, il est immensément populaire en cette année 1971 où Véronique Sanson travaille dans l’ombre les chansons d’un premier album que beaucoup considèrent comme son meilleur. Ah on l’entend et on la voit partout ! Mais pas sur scène : Véronique est en effet échaudée par sa première mauvaise expérience de chanteuse pour touristes au Cabaret de la Tour Eiffel. C’est vrai, elle a beau chaque soir dominer la Rive Droite et la Rive Gauche de la ville lumière, le Jules Verne, c’est un restaurant, il ne faut pas s‘étonner que le public s’intéresse plus au contenu de son assiette qu’aux quatre chansons interprétées par une chanteuse qu’ils ne connaissent pas.

    Mais quelques mois plus tard, paraît déjà son second album, toujours produit par Michel Berger, évidemment. Un Michel Berger dont la vie va basculer le jour où celle qui partage sa vie descend acheter des cigarettes pour ne jamais revenir.

    8 min
  • Véronique Sanson : le piano comme destin
    Comment imaginer Véronique Sanson autrement que, assise devant son piano ? Il faut dire que sa sœur Violaine et elle, s’y sont trouvées depuis leur plus âge, celui auquel leurs parents les ont inscrites au cours de piano.

    Violaine et Véro. Vous avez remarqué ? Deux prénoms en V. Ce n’est pas un hasard, leurs parents se sont rencontrés durant la guerre au sein du réseau de la Résistance et ont voulu marquer cette alliance dans l’initiale du prénom de leurs filles, V comme Victoire, signe des deux doigts affiché par Winston Churchill.

    Colette et René Sanson veulent donner à leurs filles la meilleure éducation qui soit dans la société d’après-guerre où on veut, plus que jamais, que les enfants aient un avenir meilleur que ce qu’ils ont vécu.

    Le piano va logiquement toute la place, au propre comme au figuré, dans la vie de la jeune Véronique et de sa sœur aînée. On ne s’étonnera donc pas quand à l’âge de 18 et 20 ans, elles enregistrent ensemble leur premier 45 Tours au sein d’un groupe nommé Les Roche Martin.

    Classe, hein ! La différence avec les Chaussettes Noires, les Toréros ou les Chats sauvages saute aux yeux.

    Mais le trio aura une vie aussi éphémère que la confidentialité de leur succès ; en 1969, Véronique Sanson publie son premier 45 Tours solo, un disque qui, lui non plus, ne trouve pas son public.

    Trois ans plus tard, nous la retrouvons au Cabaret Jules Verne, au premier étage de la Tour Eiffel. J’aime autant vous dire qu’après un numéro de jongleur et de prestidigitateur, ce lieu à touristes est une grosse galère pour une délicate et jeune chanteuse qui vient y interpréter ses propres compositions, autrement dit des chansons inconnues du public.

    Mais sa voix et son style sont exceptionnels, c’est pour cela qu’elle affronte chaque soir une audience aussi ingrate, il faut se faire connaître à tout prix, en allant au charbon, c’est ce que pense l’homme qui partage alors sa vie : Michel Berger.

    L’expérience, traumatisante pour Véronique, ne dure heureusement pas : la même année 1972 sort son premier album, produit par Michel, alors le jeune directeur artistique parisien qui monte. Amoureuse, la première chanson qui accroche les médias et le grand public, n’est pas encore le titre de cet album qui ne le prendra que bien plus tard, lors de la réédition en CD.

    Mais c’est le single suivant, Besoin de personne, qui est le déclencheur de la notoriété de Véro et lui vaut de passer partout à la télé, enfin, sur les deux seules chaînes françaises qui existent alors. Véronique Sanson s’impose comme une artiste atypique, du sang neuf, comme on en réclame sans cesse dans le monde de la musique qui en plein âge d’or. Fini le cabaret Jules Verne, elle assure la première partie d’autres artistes eux-mêmes atypiques que sont Julien Clerc, Claude François et Michel Polnareff.

    6 min

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Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Ce podcast incontournable vous fait voyager à travers les époques, en…

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