La Story Nostalgie

La Story Nostalgie

By Nostalgie BelgiqueMusicMusic History
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La Story Nostalgie episodes

  • Neil Diamond : le géant pop que tout le monde a chanté - Hey Crooner
    La sortie de Sur un air de blues avec Hugh Jackman et Kate Hudson va remettre le couvert sur le répertoire d’un des plus grands artistes pops américains, Neil Diamond. Ecrit et réalisé par le New Yorkais Craig Brewer, un disciple de Quentin Tarantino genre “j’assume ma passion référence pour le vintage”, le film raconte l’histoire vraie de deux artistes oubliés avant d’avoir été connus qui vont connaître le succès en faisant des covers de l’homme aux 50 tubes.

    Ça vous étonne, hein ? Et pourtant, c’est le cas, si on a surtout l’image d’un crooner, celui de Jazz Singer, un album qui a rencontré un succès considérable au début des années 80, Neil Diamond à ses débuts, est catalogué pop rock. Dans la deuxième partie des années 60, on le classe avec les Simon & Garfunkel et Leonard Cohen. On l’a oublié mais Neil Diamond a alors aligné un nombre impressionnant de tubes qui sont devenus immortels, dans leur version originale ou grâce aux artistes qui l’ont repris. Allez au hasard, on commence par cet incontournable, dans le Pulp Fiction de Tarantino … puis le fameux Believer popularisé par les Monkees, je m’en voudrais d’oublier le Song Sung Blue qui vient de donner son titre original au film … et enfin celle-ci dont UB40 a livré une version reggae 15 ans après, on était dans les années 80. Et si Neil Diamond a été chanté par tout le monde, de Frank Sinatra à U2, en passant par Joe Dassin et Elvis Presley, il a aussi donné vie à des chansons françaises dans le monde anglo-saxon comme celle de Jacques Brel … ou encore Gilbert Bécaud … Et comment l’oublier, Neil Diamond est à l’affiche de la dernière du groupe The Band de Bob Dylan en 1976, aux côtés d’Eric Clapton, Joni Mitchell ou encore Ron Wood des Rolling Stones, devant les caméras de Martin Scorsese, ça s’appelle The Last Waltz, et c’est à voir, c’est du patrimoine aujourd’hui. Enfin, je vous mets au défi de ne pas trouver dans la maison (salon, bureau, grenier) d’un ami ou membre de votre famille, un exemplaire du fameux Jonathan Livingstone Seagull, la B.O. du film signée et chantée par Neil Diamond. Tenez-vous bien, il s’en est vendu 200.000 rien qu’en Belgique durant les années 70, et après. E-Nor-Me !

    Sûr qu’on va écouter du Neil Diamond, en mode folk rock années 60 et 70 ou crooner, cet hiver, c’est une occasion unique de le redécouvrir, son dernier retour fracassant date des années 2000 avec l’immense succès de son album acoustique 12 songs. L’artiste s’est retiré de la vie publique il y a quelques années, annulant une tournée mondiale, après avoir fait part de sa maladie de Parkinson. Mais son catalogue folk rock, pop, crooner et symphonique est toujours aussi présent, comme en témoignent les 135 millions d’albums qu’il a vendus au cours de l’âge d’or du vinyle et de la cassette.
    8 min
  • Eddy Mitchell : Belleville comme berceau
    Vous êtes déjà allés à Belleville ? Ah il ne figure pas dans le circuit des 90 millions de touristes qui se pressent chaque année dans les rues de Paris. Belleville, c’est pile entre le parc des Buttes Chaumont et le cimetière du Père Lachaise. Un quartier qui portait mal son nom au début, avec ses baraques miséreuses et branlantes, rasées il y a un siècle, après la première guerre mondiale. C’est alors qu’on y a vu pousser des grands immeubles d’habitation, vaguement art déco, séparés par de larges boulevards comme celui d'Algérie, tiens !

    Regardez celui qui porte le numéro 9 et qui est plutôt pas mal avec ses briques rouges et qui occupe tout le pâté de maison. C’est là que vit la famille Moine, dans un petit quatre pièces, deux chambres, une salle à manger et une cuisine qui fait aussi salle de bains. Faut donc se lever tôt le matin pour se laver, enfin en fonction de la complexité du menu du soir. Le petit Claude, teenager des années 50, voit depuis le balcon les anciennes fortifications de Paris abandonnées, dans lesquelles il va jouer aux cowboys et indiens avec ses copains du quartier.

    Un quartier étonnant que celui de Belleville. Il y a des gens de toutes les nationalités, on ne voit ça nulle part ailleurs. C’est bien simple, le mec qui fait des sandwiches en face, c’est un Tunisien, dans la rue d’à côté, y a un restaurant chinois, et les voisins de palier sont Antillais. C’est toujours l’ambiance le soir, y a un monde là-dedans, mais ils sont gentils, ils apportent souvent des trucs à manger, des spécialités de leur pays. C’est exotique. Pas besoin de partir en vacances, qui d’ailleurs peut se payer un billet d’avion dans ce quartier.

    Alors bien sûr, on n’est pas à Bisounoursland. Claude sait qu’il y a des mafiosi corses et pieds noirs qui se fritent avec des Magrébins. Et ils n’y allaient pas avec le dos de la cuillère, comme il m’a dit un jour dans sa loge avant un concert.

    Plus personne ne l’appelle Claude Moine, depuis longtemps, mais Eddy Mitchell. Les bagarres entre bandes de blousons noirs sur la place du marché où tournaient les vespas étaient passées par là avec l’adolescence.

    Puis il y avait eu la rencontre avec Johnny à la Trinité, de l’autre côté de Paris, l’audition chez Eddie Barclay avec les potes de son groupe qui s’étaient vu bombarder du nom de Chaussettes Noires.

    Mais malgré les disques d’or, les grands espaces de l’Amérique que son succès lui a permis de visiter, les éblouissants plateaux de télévision, Eddy n’a jamais oublié les souvenirs de cinéma du p’tit Claude aux Tourelles, à la porte des Lilas, avec ses portes battantes à hublot, le soleil en céramique sur le sol du hall d’entrée et l’étoile bleue au plafond. Il avait même un toit ouvrant en été. C’était génial mais faut éviter la séance de l’après-midi pour la lumière et surtout les cris et plongeons des nageurs de la piscine juste à côté. Et puis il y avait le théâtre de Belleville où avait lieu l’émission de l’unique chaîne de télé, 36 chandelles. Claude se souvient avoir été très impressionné par un jeune chanteur en complet bleu, Charles Aznavour. On ne voyait que lui ! Le Eddy d’aujourd’hui ne regrette qu’une chose : les jeunes de toute nationalité semblaient s’entendre très bien, tous ensemble, quand il était môme.

    8 min
  • France Gall : une enfance dans les coulisses du showbiz avec son père
    Il y a des mômes, comme on dit à Paris, qui ont vécu une enfance différente. Regardez la petite Isabelle. Dans les années 50, les enfants n’existent pas dans la société : en dehors du cadre familial, ils apparaissent un instant quand il y a des invités à la maison avant de rejoindre leur chambre. Leur univers, c’est l’école, la maison et le chemin qui les relie.

    Et puis il y a Isabelle que son père réveille régulièrement en pleine nuit pour l’emmener à son travail. Où ça ? Dans des théâtres, après un parcours à moto dans les rues de Paris by night. Et la voilà en coulisses. Tiens, tu es venu avec ma petite fiancée, dit par blague un monsieur qu’elle ne connaît que trop bien, Charles Aznavour. Son père travaille avec lui, il l’accompagne parfois en tournée, Isabelle le suit. Imaginez les loges, restaurants, hôtels avec ces gars en costume cravate qui discutent jusqu’à pas d’heure, le verre à la main et la clope au coin du bec.

    Les années 50 ne sont des années en noir et blanc dans les photos d’albums de famille. Pour Isabelle, elles ont les couleurs du showbiz français, foisonnant de rencontres, de gens qui rient, râlent, se donnent au public, gravent des disques. Il n’y en a qu’une qui est toujours, ou déjà, en noir et blanc, c’est Edith Piaf. Quand Isabelle accompagne son père dans son appartement, elle est impressionnée par le personnage et encore plus sur scène, car elle a le privilège de l’observer depuis les coulisses.

    Et le dimanche ? Isabelle fait le garçon manqué en allant jouer au foot dans le bois de Vincennes avec ses deux frères et leur père. Elle adore ça, c’est d’ailleurs elle qui a insisté au début pour aller jouer avec eux. C’est vrai, mise à part sa mère, elle est la seule fille du clan Gall, et ne veut pas rester en plan, alors si pour jouer avec eux il faut faire du football, ça lui va. A tel point qu’Isabelle sera championne de son lycée avec son équipe. Un sacré caractère qu’elle ne va pas perdre quand elle changera de prénom pour la scène : France Gall ? C’est une emmerdeuse, mon vieux, si tu veux mon avis. Ah ben oui, on a entendu dire ça dans le métier à l’époque, et pas seulement quand elle est devenue la championne du nombre de l’affluence en salles, non. De toute façon pour moi, ce n’est pas une insulte, disait-elle, c’est un compliment. J’ai du caractère ! C’est vrai, si refuser de dire oui systématiquement à tout ce qu’on vous demande, c’est être une enquiquineuse, alors, oui, j’assume.

    Il faut dire qu’on parle d’une époque où des profs de piano frappent sur les doigts de leurs très jeunes élèves avec une règle. Doit-on s’étonner qu’Isabelle Gall préfère les cours de guitare qu’elle prend avec ses deux frères, eux aussi contaminés par le virus de parents musiciens. Et puis tout a été si vite. Si bien, mais si vite. Avec des complications et de terribles drames, mais vaincus grâce à la résilience que France Gall a acquise quand elle était môme.

    7 min
  • Exil, internat, déracinement et solitude : Freddie Mercury, l’enfance du silence
    On sait peu de choses sur l’enfance de Freddie Mercury. Du moins par lui. Le chanteur se confiait très peu à la presse et même aux amis, sur ses années de Freddie Bulsara.

    Bulsara ? Tiens c’est le nom des deux Indiens qui se sont un jour pointés après un concert de Queen demandant à le voir, ils disaient qu’ils étaient ses cousins. Et alors ? Ben, il a refusé de les voir.

    Est-ce pour faire un trait sur les traumatismes qu’il a vécus ? Freddie était un enfant de bons bourgeois de Zanzibar, cette terre africaine paradisiaque en bord de mer, le père était un fonctionnaire de l’empire britannique. Mais une révolution a tout fait s’écrouler : en quittant précipitamment son poste, Bomi Bulsara et sa famille ont tout perdu. De privilégiés en Afrique, ils sont devenus des riens du tout à Londres où ils ont débarqués après avoir tout abandonné derrière eux. Les voilà devenus des Pakis comme les autres, eux qui sont pourtant issus d’une très ancienne communauté. Mais le premier traumatisme, Freddie l’avait vécu bien plus tôt. C’est celui de l’abandon, du grand départ alors qu’il était encore enfant, pour un internat indien élitiste : soixante jours de voyage au milieu des années 50 pour l’amener au milieu de la jungle, en altitude, dans un collège où il va selon ses dires, devoir soudain grandir terriblement vite pour assurer ses arrières. Port de l’uniforme, lever à six heures, coucher à 21.30, devoirs le soir, inspection dans la cour de récréation, coiffure, uniforme, Freddie a vraiment intérêt à faire tout ce qu’on lui demande. Un collège avec son inévitable attirail de harcèlements divers et variés, celui de Freddie est tout trouvé, on l’a surnommé Bucky, comme Bugs Bunny, à cause de ses dents de lapin. Un harcèlement tellement épuisant qu’il prend des cours de boxe où il excelle. Mais quand elle l’apprend, sa mère prend peur, écrit au directeur et Freddie se retrouve devant une table de ping-pong pendant les heures de gymnastique.

    Heureusement qu’il y a la chorale une fois par semaine et puis les cours particuliers de piano où il se montre excellent. Il est vrai que tout petit, à Zanzibar, Freddie restait des heures devant le pick-up à écouter des symphonies de Beethoven, concertos pour piano de Mozart et même, des cantates de Bach. Mais Freddie ne montre pas d’excellentes prédispositions que pour la musique, il y a aussi la poésie et le dessin. Il écrit et dessine partout et tout le temps. Comme ce jour que sa tante, celle qui vit près de son internat, n’est pas prête d’oublier. Freddie arrive en effet près d’elle et lui offre un dessin représentant deux chevaux pris dans une tempête au bord de la mer. C’est magnifique. Mais qu’est-ce que c’est, Freddie ? Ma sœur et moi, répond-il. Il n’en dira pas plus, Freddie est très réservé. Mais pas asocial, non. A l’école, il s’est entouré d’un petit groupe, comme si, en quête d’affection, il cherchait à se recréer un environnement familial.

    8 min
  • Adele : grandir à Tottenham entre famille nombreuses et chansons partagées
    Il y a ceux qui ont connu, pleinement vécu les années 80. Et puis il y a ceux qui y sont nés. Et franchement, on en est tous fiers, hein, d’avoir eu le compteur qui tourne au cours de ces fameuses années. Tenez, en 1988, nous sommes allés voir Rain Man, Le Grand Bleu et Piège de Cristal, c’est l’année où Ayrton Senna était champion du Monde de F1 et Tottenham terminait sixième du championnat de foot britannique. Ah c’est vrai que ce club a fait connaître le nom de ce quartier de l’extrême- nord du grand Londres dans le monde entier. Pas toujours en bien d’ailleurs, à cause de ses supporters hooligans. Et ben justement, c’est dans ce quartier très remuant et populaire qu’en 1988, naît la petite Adele Adkins, et c’est là qu’elle va se construire une personnalité et une histoire qui lui vaudront un succès prodigieux dans les années 2000.

    Oui c’est dans le quartier de Tottenham, avec ses deux cents nationalités différentes recensées, ses gangs qui livrent des batailles rangées avec la police ou avec d’autres bandes que la môme Adele a grandi. Si elle a été élevée par une mère seule, elle a été très entourée par une trentaine d’oncles, tantes et cousins qui vivent tous dans le voisinage. On ne tombe jamais bien loin de l’arbre dans la banlieue londonienne. On n’avait pas d’argent mais j’ai eu la meilleure enfance qui soit, dira Adele. A cinq ans déjà, on ne la met pas au lit le soir lors des fréquentes réunions de famille. Elle reste à table, au milieu des rires et des cris de la tribu qui se retrouve autour d’une bonne tourte et d’une flopée de bouteilles en tout genre. Et bien sûr, tout le monde chante, on est en Angleterre, et quand Adele reprend Gabrielle (Dreams) et les Spice Girls, là, tout le monde se tait et écoute, tout sourire, le petit prodige de la famille, avant d'applaudir.

    Non vraiment, Adele n’a pas loupé son rendez-vous avec la musique durant son enfance. Si je vous dis qu’elle assiste à son premier concert de rock cette année-là, vous n’allez pas le croire et pourtant c’est vrai. Nous sommes à Finsbury Park, un autre quartier métissé de la capitale. Et vous avez raison, elle est trop petite pour voir ce qui se passe sur scène. Alors sa mère demande au mec bâti comme une armoire à glace à côté d’elle s’il ne pourrait pas prendre la petite sur ses épaules. Et là, la gamine s’envole, vous vous souvenez quand vous étiez môme et qu’on vous soulevait, avec cette impression de voler, si pas, de flotter dans les airs. Et puis surtout de découvrir un point de vue incroyable. Plus besoin de lever les yeux pour avoir de toute façon la vue bouchée par une armée d’épaules, voilà Adele voguant sur une mer de têtes avec à l’horizon, des musiciens, des lumières et de la musique à fond les manettes. Ça va si fort qu’elle en a les larmes aux yeux. Pas étonnant que sur son album le plus vendu, on y retrouve un cover des Cure chargé d’émotion. Et même si ce n’est pas ce jour-là qu’Adele a décidé qu’elle serait chanteuse et rien d’autre, il est des moments de notre vie en mode jeune pousse qui impriment en nous tout ce que nous allons inexorablement devenir.

    9 min
  • Quand Mylène Farmer était canadienne
    Ça y est, nous y sommes. Avec le retour du Nostalgie Magic Tour, c’est déjà la St Nicolas, puis les autres fêtes de la fin d’année. Et bien sûr, si on s’attarde sur les vitrines de lumières, les artisans qui débarquent les sapins destinés à orner notre salon-salle à manger, on ne peut pas empêcher nos souvenirs de remonter. C’est étrange, tous ces moments oubliés, ces sensations disparues de la magie de Noël qui pétillait en nous quand on était môme. L’impatience des derniers jours d’école mêlée à celle de recevoir les cadeaux à la Noël, la joie indéfinissable qu’on sentait monter dans la maison, les dessins animés à la télé, tout prenait les couleurs d’un moment d’exception. Il faut dire que ça nous semblait long, une année. Il y en avait des étapes entre deux Noël : des trimestres d’école, sessions d’examens, Pâques, les interminables grandes vacances surtout vues depuis le trente juin, la Toussaint, alors quand St Nicolas arrivait et que Noël approchait, c’était comme si c’était la première fois. C’est vrai qu’on a oublié, perdu, gommé l’enthousiasme des fêtes quand on était gosse.

    Il en va ainsi des Noël sous la neige, dans la ville de Pierrefonds, en banlieue de Montréal, où Mylène Gautier est née au début des années 60. Elle n’a gardé que peu de souvenirs précis de cette époque car elle avait huit ans quand ses parents sont revenus en France, mais elle se rappelle du piano que son père avait fait installer dans la maison pour qu’elle en joue avec sa grand-mère. Il faut dire qu’il était souvent absent, ingénieur sur le chantier d’un immense barrage. Les hivers canadiens sont longs. Mylène joue souvent dans la neige avec ses frère et sœur, et aussi les enfants des voisins. Est-ce un hasard si la neige est très présente dans l’imagerie cinématographique de celle qui deviendra Mylène Farmer. Et que dire du premier film qu’elle voit, Bambi ? C’est tellement triste, ce qui lui arrive au début. Sans oublier la fête d’Halloween alors totalement inconnue en France et en Belgique.

    Et puis, il y a le bus jaune qui emmène à l’école la petite fille qu’elle est, avec son uniforme à carreaux verts et bleus. Et en arrivant ce matin, l’institutrice trouve que Mylène dégage une odeur épouvantable. Mais elle est toute propre, c’est à n’y rien comprendre, alors elle appelle sa maman qui lui explique que la veille au soir Mylène a trouvé dans le garage une mouffette qui, bien sûr, l’a arrosée. Et comme dans Bambi, cette cousine de Fleur a un fumet tenace. Et donc imaginez Mylène, cinq ans, qui en fin de journée, en a marre des tu pues que lui crient les autres gosses ; elle ne monte pas dans le bus et rentre chez elle, à pied.

    A la maison, vous devinez, c’est l’inquiétude quand on ne la voit pas arriver. Au bout de plusieurs heures de recherche, on finit par la retrouver dans les bois où elle s’est perdue. Pour la débarrasser de cette odeur, un seul remède, dit la voisine, un bon bain de jus de tomate. Ah c’est efficace, elle avait raison. Mais c’est un moment de vie spectaculaire et sûrement marquant pour la petite fille qui va revenir inévitablement hanter l’univers de ses chansons et ses clips.
    8 min
  • Beatles Anthology 2025 (Episode 5)
    Ce “sortie de scène hélicoptère pour échapper à la foule”, c’est l’image forte que Laurent Voulzy utilise en 1977 pour flasher les Beatles dans sa chanson, Rockollection. Et c’est vrai qu’elle a marqué les esprits. Jusque-là, l’hélico était réservé au président des Etats-Unis ou au Pape, mais pas à des stars du rock, un genre nouveau d’ailleurs. C’est en 1965 la fameuse image des Beatles arrivant en hélico au Shea Stadium, la première fois de l’histoire qu’un groupe de rock joue dans un stade. 55.000 personnes placées trop loin de la scène, il est vrai, mais la police redoute tellement la violence des fans, un John Lennon qui s’amuse beaucoup et un volume sonore inégalé, non pas celui de la sono des Beatles mais du cri de la foule.

    Pourtant, ce n’est pas pour les Beatles, le sommet de cette tournée américaine, non, car une rencontre privée doit avoir lieu avec Elvis Presley. Où ? A Hollywood. Et oui, les Beatles, comme Elvis, sont toujours en route, donc difficile de les avoir dans la même ville au même moment. Mais là, ils ont une semaine off avant leurs concerts à Los Angeles, ils louent donc la maison d’une star d’Hollywood alors que Elvis y tourne justement, un de ses nombreux films.

    Et les mecs, on va voir Elvis ! Ah ouais, merde, j’avais oublié … Je ne vous raconte pas l’ambiance dans la limousine à qui les conduit au rendez-vous. A cette époque, il est vrai, ils sont encore tous les quatre à se marrer constamment comme des baleines. En arrivant, l’ambiance change. Si la maison est aussi hollywoodienne que celle dans laquelle ils résident, il y a un nombre incroyable de mecs dans tous les coins depuis le portail jusque dans l’arrière-cuisine. La première chose qui les impressionne, en dehors de rencontrer le King dont ils sont fans fondus depuis l’adolescence, c’est l’immense billard dont le Colonel Parker, le manager d’Elvis, semble très fier.

    Puis on s’avance vers une autre pièce, en compagnie de plus de gardes que pour un parrain de la mafia. Elvis est là, la télé allumée, un écran géant ce qui est inimaginable en 1965. Il les salue. Vous voulez quelque chose à boire ? On s’assied en rond et quand le colonel demande une chaise pour Mr Epstein, le manager des Beatles, quinze gars se précipitent aussitôt avec autant de chaises.

    Mais personne n’ose lancer le premier mot, les Beatles sont tétanisés. Finalement une question part, vous avez un projet de film ? Bien sûr ! Ça parle quoi ? Un gars du pays qui se promène avec sa guitare et qui rencontre quelques filles et chantent quelques chansons. Les Beatles échangent un regard interrogateur, c’est une blague ?, mais le Colonel Parker renchérit en disant : c’est vrai ! Les fois où on a changé de scénario, on a perdu de l’argent. Tout le monde se marre, la glace est brisée, du moins celle qui ne se trouve pas dans les verres. Bien sûr, on a amené des guitares, ils jouent ensemble, et pas que de la musique, au billard, aussi, évidemment. Vers 22 heures, Priscilla fait une apparition éclair mais remarquée, en tenue de soirée. On est bien à Hollywood. Puis elle disparaît après ce moment d’émotion, que n’a pas partagé George. Il n’a rien vu, penché sur sa guitare.

    Comme le dira John, cette rencontre était une nécessité pour les Beatles, ils devaient tout à Elvis. Mais il faut bien dire qu’en 1965, ces mêmes Beatles apportent un tel changement dans la musique qu’ils mettent Elvis hors course pour la jeune génération. C’était il y a soixante ans. On disait alors que les Beatles et Elvis seraient oubliés en l’an 2000 mais ils sont toujours là, quelque part, avec nous.
    9 min
  • Beatles Anthology 2025 (Episode 4)
    25 février 1964, George Harrison fête ses 21 ans. Le plus jeune de la bande des quatre a bien du mal à le croire quand on lui montre les 30.000 cartes postales et lettres reçues pour son anniversaire. Il a ensuite droit à une conférence de presse, les journalistes veulent tout savoir sur la fête de ce soir. Entre parenthèses, Georges recevra une montre de Brian Epstein le manager des Beatles qui depuis trois ans se coupe en quatre pour eux. Trois ans. Il s’en est passé des choses depuis cet automne 1961, c’était d’ailleurs à ce moment que John avait fêté ses 21 ans. Il avait reçu en cadeau de Paul, un hamburger et un coca, c’était alors tout ce qu’ils pouvaient s’offrir.

    Oui, début 1964, les Beatles sont les gars les plus sollicités au monde. Comme ils disent, il y a dans une journée de quoi remplir l’agenda d’une semaine. On est passé du « personne ne veut de nous » à « tout le monde nous veut et tout de suite, maintenant ». Quelques jours après l’anniversaire de Georges, ils commencent le tournage de leur premier film en tant qu’acteurs, comme Elvis, une comédie loufoque, à l’humour limite Monty Python, dont ils vont composer et enregistrer les treize titres en neuf jours. Et donc, à un tel rythme, apparaît très vite la nécessité de prendre des vacances avant ce qui doit être leur première tournée mondiale. Mais où ? Impossible d’aller quelque part sans se faire accoster quand ce n’est pas carrément se faire sauter dessus par une horde de jeunes filles hurlantes. McCartney en est déjà à porter un chapeau, des fausses lunettes et une barbe postiche.

    Si on allait dans les îles, au soleil ?

    La bonne idée. Mais prudence. A la moindre fuite, la presse quotidienne mondiale va sortir ça, en feuilleton. On prend donc des billets d’avion avec deux destinations différentes pour éviter les rapprochements : Paul McCartney et Ringo Starr vont aux îles Vierges, dans les Antilles, avec leur compagne, tandis que George Harrison et John Lennon vont en Polynésie française sur un atoll perdu au milieu du Pacifique. Ca fait une paire d’avions à prendre, alors on se choisit des pseudos pour les réservations, à l’époque, c’était possible, mais non sans humour, Beatles oblige, ce qui nous vaut des Mrs Bond ou Mr Stone. Sauf que quand un douanier dit en regardant Mr Stone, alias Paul McCartney, mais ce n’est pas vous, ça, en montrant la photo, c’est l’incident. Ils ont mélangé leurs passeports. C’est vrai, dit Ringo, ils se ressemblent tous, ces carnets.

    Mais bon, après quelques péripéties, tout le monde arrive à bon port, c’est le cas de le dire, ils ont chacun leur bateau pour profiter de la mer. Et c’est vrai que les photos dans les îles de John et George avec Cynthia et Pattie, blondes emblématiques des golden sixties, sont merveilleuses. Le premier matin quand George Harrison, qui a vécu les vingt premières années de sa vie dans une minuscule maison de corons, se retrouve en se levant dans le décor idyllique d’un lagon avec son eau transparente et ses cocotiers, il est émerveillé. Quant à John Lennon, ben, il n'en a rien à faire de rester allongé comme une crêpe sur la plage. Il a entrepris d’écrire un livre, il vient d’ailleurs de publier son premier. C’est vrai, dit-il, on va rentrer noirs comme des myrtilles et le lendemain, ça sera déjà parti, alors à quoi ça sert ? En plus, on sera pas reposés mais morts de fatigue avant de partir en tournée. Je m’en fous du soleil. Mais pas George, sans doute la raison pour laquelle sa chanson est, de loin, la plus écoutée des Beatles sur internet.
    7 min
  • Beatles Anthology 2025 (Episode 3)
    Que vous soyez de Liège, Charleroi ou Bruxelles, imaginez-vous, devenu artiste, que vous ayez quitté votre ville pour y revenir quelques mois plus tard et que les trottoirs soient partout où vous passez, accueillis par une foule qui vous applaudit. Et ben c’est ce qui arrive aux Beatles en ce début d’été 1964. Ils viennent de boucler leur première tournée de l’autre côté de la Terre (Japon, Australie, Nouvelle Zélande) et voilà qu’ils reprennent un avion cette fois pour Liverpool pour la première de leur premier film, A Hard Days Night. Tout a été si vite. Qu’est-ce qui peut bien se passer dans la tête de ces petits gars qui ont la petite vingtaine, en voyant tous ces lieux qu’ils ont arpentés depuis tout môme, où ils ont eu une vie normale et anonyme, soudain remplis de gens de chez eux mais qu’ils ne connaissent pas et qui les acclament, alors que leur cortège de voitures se rend en centre ville depuis l’aéroport ?

    Oh ils ont bien entendu des rumeurs comme quoi on leur en voulait d’être partis, qu’ils se croyaient trop bien pour eux maintenant qu’ils avaient le monde à leurs pieds. Et c’est vrai qu’ils l’ont. Un peu trop d’ailleurs. Et c’est à Liverpool que les Beatles prennent vraiment conscience du prix de la célébrité quand le succès prend de telles proportions : la fin de la liberté. Déjà, la liberté d’aller faire les courses dans un magasin ou d’aller au pub. Ce n’est plus possible sans entourage. Ou alors tout seul. Ca ils le découvrent avec surprise. Les gens s’imaginent que nous sommes toujours à quatre, alors quand on arrive seuls, souvent, ils ne nous reconnaissent pas.

    Et aux Etats-Unis, où ils se rendent ensuite pour leur deuxième tournée, les choses prennent une tournure totalement hors de contrôle. C’est bien pire que les images pourtant célèbres qu’on a tous en tête lors de leur première visite l’hiver dernier avec la foule à l’aéroport et devant l’hôtel. Il est désormais à présent impossible aux Beatles de sortir sans escorte policière. On en est là.

    Et si ce n’était que ça. Tout le monde veut les voir, en privé. Pas un gouverneur, un maire, un chef de la police qui ne souhaite que leur femme ou leurs filles rencontrent les Beatles. Comme cette fois où en pleine nuit, arrive à leur hôtel la femme du maire qui demande à voir les Beatles. On appelle Derek Taylor, leur attaché de presse qui descend. Mais madame, c’est impossible, ils dorment, ils ont un agenda de concerts, voyage et promo infernal, ils sont crevés. Réveillez-les ! Non ! Réveillez-les, je vous dis, ou j’ameute la presse.

    C’est vrai, les images incroyables de ces années folles passent sous silence les nombreuses humiliations que les Beatles ont subies durant ces moments hors de la réalité que sont les tournées de superstar hors normes qu’ils étaient. Rien d’étonnant qu’au bout de trois ans, ils jetteront l’éponge et préfèreront se concentrer uniquement sur la création de leur musique, si particulière.
    7 min
  • Beatles Anthology 2025 (Episode 2)
    On ne racontera jamais assez comment l’incroyable aventure des Beatles a failli cent fois prendre fin avant de trouver la voie du succès. Ainsi quand ces gamins rentrent quasiment les uns après les autres de leur première et longue série d’engagements à Hambourg. George Harrison qui n’était pas encore majeur a en effet été expulsé du territoire suite à une dénonciation aux autorités par le patron d’un bar avec qui ils s’étaient brouillés. Pete Best et Paul McCartney avaient été arrêtés peu de temps après, eux aussi, ils jouaient sans permis de travail, John Lennon et Stuart Sutcliffe, eux, étaient rentrés à Liverpool les derniers. C’est la débâcle. Paul voit les semaines passer sans nouvelles des autres. Personne ne semble appeler personne. C’est fini.

    Ne reste pas comme ça. Trouve-toi un job, dit le père McCartney. Alors Paul trouve un. Les jours passent, l’hiver est bien avancé quand John et George arrivent chez Massey and Coggins, trouvant Paul en train de balayer la cour.

    Tu viens ? On a trouvé un engagement au Cavern ?

    Le Cavern est alors un club de jazz ouvert quelques années plus tôt dans les sous-sols d’un entrepôt, près des quais. Les jeunes s’y rendent pour écouter des groupes jouer en soirée et sur le temps de midi, on y sert du café et de la soupe, l’endroit est glauque mais c’est mieux que rien. D’ailleurs la vie pour les jeunes à cette époque, c’est rien.

    J’peux pas, répond Paul, j’ai un job fixe maintenant. Je gagne 7 livres et 10 shillings par semaine, ils m’apprennent un boulot, j’peux pas rêver mieux.

    John et George traînent Paul jusqu’au Cavern. Tu devrais arrêter de faire tout ce que dit ton père, lui dit John, dis-lui d’aller se faire foutre. Il ne va pas te tuer, il est trop vieux pour ça.

    Paul sent la vibration du public, ce soir au Cavern Club. Et après avoir dormi dessus, il ne met plus un pied chez Massey and Coggins. Tant pis pour ce que son père va dire.

    Le Cavern Club a annoncé sur les affiches une représentation unique des Beatles avec, en sous-titre, « directement débarqué de Hambourg ». Mais vous parlez drôlement bien Anglais, leur disent des filles après leur prestation. Tu te rends compte Paul, elles nous prennent pour des Allemands, rit John Lennon.

    Oui, ce soir du 9 février 1961, les Beatles, que les trois quarts de la salle pensent être des Allemands, rencontrent leur premier vrai succès. Eux qui jusque-là, étaient le groupe de bal ou du bar, sont cette fois écoutés comme de vrais artistes, avec un public qui vient les voir après pour les féliciter. Et croyez-moi, ça fait du bien quand on sort de scène. Et oui, ils réalisent qu’ils ont changé en jouant six heures par soir durant trois mois sans interruption à Hambourg. Ils sont passés du bon groupe, comme les autres, à des gars qui font ce que personne ne fait. Hé les Beatles, bravo, hein, votre rock’n’roll, c’est autre chose que la bouillie de Cliff Richard, dit un Teddy Boy. Quant à leur nationalité allemande, il va falloir deux bonnes années pour que cette légende disparaisse, il faut dire que les Beatles vont encore retourner jouer plus de deux cents soirs à Hambourg. Et à chaque retour à Liverpool, le public sort du Cavern Club en se disant que non, décidément, personne ne met l’ambiance comme les Beatles.
    7 min

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Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Ce podcast incontournable vous fait voyager à travers les époques, en…

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