La Story Nostalgie

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La Story Nostalgie episodes

  • Les étoiles de Nostalgie (1) : Richard Chamberlain
    Le 17 mars 2025, nous avons appris la disparition de Richard Chamberlain, à l’âge de 90 ans. Et tout de suite, une génération entière s’est revue, adolescente ou pas, le cœur battant devant ce sourire parfait sur le petit écran regardant la mini-série Les oiseaux se cachent pour mourir et Shogun. Car c’est aussi ça, la légende des années 80 ...
    4 min
  • Les années MTV (Episode 5)
    Nous n’y étions pas mais les raconteurs d’anecdotes n’arrêtent pas de nous dire que la première chanson diffusée par MTV fut Video Killed the Radio Stars. C’est un peu court, jeune homme, dirait Cyrano de Bergerac. Et comme nous avons dû attendre les années 90 avant de recevoir MTV chez nous, cette première journée de MTV, je m’en vais vous la raconter grâce à notre machine à remonter le temps, ça vaut le voyage. Nous sommes le 1er août 1981 dans le New Jersey. On y va ?

    Aujourd’hui, seuls les abonnés au câble de quelques états américains vont avoir droit à ce lancement historique d’une chaîne de télé 100% musicale et qui doit être exclusivement rock. Budget minuscule, peu de gens y croient, on a envoyé quelques communiqués de presse et placé des affiches dans les magasins de disques pour l’annoncer. Pas de panique dit le patron à ses quelques employés, y aura personne devant le poste, le premier jour. Ah ben ouais, certains membres de l’équipe se sont offusqués que la première vidéo soit celle d’un groupe anglais, les Buggles, avec un titre qui n’a même pas fait un succès aux USA. Mais avouez qu’avec un titre pareil, cette chanson s’impose pour ouvrir le programme.

    Et puis il y a eu le problème Neil Armstrong, le premier homme sur la Lune les a en effet menacés d’un procès s’ils utilisaient l’image de ses fameux premiers pas pour le lancement d’une chaîne privée, il a fallu bidouiller sur l’image même à la dernière minute pour éviter les ennuis. Mais bon, c’est parti. Avec les moyens du bord évidemment. C’est-à-dire un magnéto professionnel de location et certaines bandes fournies par les firmes de disques qui ne sont pas au bon format.

    Quant aux animateurs, les VJ, Vidéo Jockey comme on les appelle, pas de loge, ils doivent se changer dans les toilettes. On ne s’étonnera pas que la jeune animatrice de 19 ans ait gardé le même pull à l’écran toute la journée. Ah en parlant d’animer, elle a souffert : le prompteur va trop vite, pas le temps de tout lire, donc elle improvise. Et puis quand un autre animateur prend le relais, il annonce The Who You better you bet, et c’est Pat Benatar qui apparaît à l’écran, avec You Better Run. Mais c’est pas graaave, je vous dis, y a personne qui regarde. Personne, y a quand même un gars qui a appelé en disant “Arrêtez de passer des trucs zarrebis, mettez du Journey.” Il appelait d’où ? De l’Oklahoma. De l’Oklahoma ? Mince ! La secrétaire note ça sur un post-it, le premier feedback du public de MTV, qu’elle pose sur le bureau du dirlo qui n’est pas là, ce premier jour, c’est pour ça qu’il a enregistré les premiers mots prononcés à l’ouverture du canal.

    Bref, nous voilà à la fin de cette première journée de programme. On y est arrivé ! Il y a eu 7 enchaînements loupés, 4 écrans noirs et le magnéto a surchauffé, heureusement qu’il a supporté le vent frais d’un gros ventilateur dirigé sur lui en catastrophe. Quant au fait qu’il n’y aurait personne, ils étaient 250.000 devant leur poste à regarder ces clips nonstop. La chaîne en espère 500.000 au bout d’une année, elle passera la barre du million en neuf mois. Quant aux Buggles, ils sont repassés une seconde fois, à la fin de cette journée avec ce clip qui ouvrait un chemin inattendu à l’industrie du disque. Car non, MTV n’a pas tué les stars de la radio.
    7 min
  • Les années MTV (Episode 4)
    Même si elle ne date pas de cette époque, la musique acoustique a été particulièrement populaire au cours de la première partie des années nonante. C’est d’autant plus étonnant qu’on nage déjà dans l’ère électro à cause de MTV, et que c’est pourtant cette même chaîne qui va populariser l'acoustique avec un mot : Unplugged !

    Le truc ? Demander à des artistes de venir jouer en live sur un plateau, leur répertoire en débranchant l'électricité de leurs instruments. Le seul courant qui doit passer est celui des micros et celui qui relie le musicien au public. Bien sûr, MTV n’invente pas le concept. Ainsi dans son célèbre show télé, Le comeback special en 1969, Elvis Presley joue une partie de son répertoire avec ses musiciens uniquement sur des guitares acoustiques. Et puis Led Zeppelin, au cours des années 70 faisait un break au milieu du concert en jouant un set tous les quatre sur des instruments acoustiques sur le devant de la scène, assis sur des tabourets. Mais bon, ici il s’agit d’une émission de télévision. Elle démarre en 1989. Au début, ça ne se bouscule pas au portillon avec des seconds couteaux, au demeurant excellents comme Squeeze, The Alarm et l’excellent Joe Walsh, guitariste des Eagles.

    Ça commence en fait à bouger l’année suivante avec la venue de quelques grands formats du hard rock américain comme Aerosmith mais aussi des stars telles que Hall & Oates et Elton John. Mais c’est la publication en CD de la prestation de Paul McCartney en 1991 qui donne un statut culte à l’émission. Le disque qui se nomme Official Bootleg est de plus une totale réussite de la part de l’ex-Beatle qui se réaffirme de plus en plus comme une bête de scène. Avec le passage des Cure, R.E.M., Elvis Costello et Sting, MTV Unplugged devient un rendez-vous prisé pour les artistes qui maintenant sont en demande d’y participer.

    Parmi les Eurythmics, Springsteen, ou Pearl Jam qui s’y produisent cette année-là, on trouve aussi Eric Clapton. Au terme de l’enregistrement, quelqu’un suggère de le sortir en CD. Clapton n’est pas chaud : il a commis quelques petites erreurs par ci par là et surtout il n’y croit absolument pas. Qui va acheter ça ? Warner, sa firme de disques, n'y croit pas non plus. Mais enfin, Clapton n’a pas sorti de disque depuis trois ans et ça commence à faire long. On en vendra toujours aux fans.

    Unplugged figure aujourd’hui parmi les albums les plus vendus de tous les temps. Le succès a été immédiat : N°1 dans beaucoup de pays, multi platine, il se vend rien qu’aux Etats-Unis à 10 millions d’exemplaires faisant la fortune de Clapton et donnant à l’émission un statut de reine. Les grands moments vont alors se multiplier comme les passages de Bob Dylan et de Nirvana, la reformation des Eagles et de Kiss. Mais alors que tous ces grands moments télévisés se vendent par millions en CD, l’électro prend toujours de plus en plus de place dans la programmation de MTV, il faut dire que cette musique mise pleinement sur l’image.
    8 min
  • Les années MTV (Episode 3)
    En 2001, on n’a pas eu droit à une odyssée de l’espace mais à la mue de MTV. En effet, le Musical de MTV est de moins en moins visible face à la montée de la télé-réalité sur son antenne. Mais bon, il reste encore de la zikmu comme dans la très populaire émission Total Request Live qui réunit l’après-midi deux millions de téléspectateurs pour regarder les clips les plus demandés par téléphone, et déjà, par internet.

    Mais ce 2 avril 2001, son animateur Carson Daly, va vivre quelques moments de solitude. En effet vers 15h27, au lieu d'un bon clip pop, l'écran vire au noir, et boom, apparaît Johnny Knoxville, l'un des piliers de Jackass, l’émission de cascades absurdes lancée quelques mois plus tôt. Et que voit-on, cette bourrique de Knoxville se faire électrocuter avec un Taser de 50.000 volts. Il tombe dans les pommes durant quelques secondes interminables, sans avertissement préalable, rien. Le clip enchaîne sur Steve-O, un autre sociétaire de l’émission qui avale un poisson rouge vivant, avant de le recracher. Le poisson vit toujours, ok, mais qu’est-ce que c’est que ce truc de dingues ?

    Et ben, les créateurs de Jackass ont glissé ces extraits dans la rotation de TRL pour booster l’audience de leur émission en soirée, sans prévenir la régie MTV, pensant que ça passerait dans le flux.

    Panique immédiate à la maison-mère de MTV, les plaintes affluent, 400 appels en deux minutes au standard, dont beaucoup de parents furieux. Le CSA américain, reçoit, lui, douze signalements en cinq minutes, un record pour un après-midi. Carson Daly, rouge vif, apparaît à l'antenne : "Euh… c'était Jackass. On revient après la pub." Une pub pour des céréales pour les mômes, la totale. Pendant ce temps, le big boss de MTV Networks reçoit un coup de fil de celui de Nickelodeon qui partage son signal sur le câble : "Vos tarés polluent mon réseau familial !"

    Le VJ et la régie improvisent : ils ajoutent un bandeau géant disant "Ne faites pas ça chez vous", mais c’est trop tard pour les scènes déjà passées comme celle du gars se faisant mordre par un alligator ou celui poursuivi par un taureau en string. L'audience explose à 4,2 millions de téléspectateurs, un record pour TRL, mais de très gros annonceurs retirent leurs campagnes, et un sénateur menace d'une enquête fédérale.

    En réunion d'urgence, MTV hésite à tout stopper. Knoxville et l'équipe menacent de claquer la porte si on censure. Jackass survit, mais avec des avertissements obligatoires. Ironie du sort, cette diffusion sauvage booste l'émission (+40 % d'audience les jours suivants), il y aura même un film au cinéma, puis d’autres. Cette journée marque le pic du "chaos créatif" de MTV : un pari risqué où on a frôlé la catastrophe mais qui a immortalisé Jackass comme un phénomène de la contre-culture, aujourd’hui bien dépassé par toutes les gamelles qu’on regarde sur Youtube. Pendant ce temps, cette année-là, y avait la chanson de la B.O. de Moulin Rouge qui passait sur MTV.
    7 min
  • Les années MTV (Episode 2)
    Je ne pense pas être le seul, vous avez sans doute remarqué qu’au cours de ces vingt dernières années, le rock et les groupes en général ont perdu du terrain dans les classements et les ventes. Et même si depuis peu, il y a un retour du rock, nous vivons une époque où il n’y en a plus que pour les chanteurs, rappeurs et les DJ bien sûr, qui chipotent seuls dans leur coin ou s’invitent les uns les autres sur leurs singles désincarnés en streaming. Si on vend encore beaucoup de 33 Tours de groupes de rock ou de musiciens soul, il faut bien reconnaître que ce sont ceux d’anciens des années 60, 70, 80 et 90. De cette époque où pour exister, créer dans le monde de l’industrie musicale et face au public, rien ne valait être dans un groupe. Cette époque où tous se rêvaient devenir les prochains Beatles, Earth Wind & Fire ou Nirvana.

    Et tout ça, s’était amplifié dans les années 80 et 90 avec l’arrivée des clips vidéos, du CD aussi, qu’on emmenait partout avec nous, et bien sûr des télés musicales. Les années MTV, quoi. Dans les années 80, on n’imaginait pas un monde où n’apparaîtrait pas chaque semaine un nouveau et sensationnel groupe pop. Et dans les années 90, l’arrivée du grunge des Etats-Unis et de la Britpop d’Angleterre nous faisait croire que la relève allait continuer à sortir des caves et des greniers de manière permanente avec un nouveau son. On ne savait pas encore que c’était la dernière fois, mais ne cassons pas le rêve, nous sommes en 1993. La radio et la télé diffusent alors nonstop les nouveaux titres de Nirvana, REM et Red Hot Chili Peppers quand sort le single d’un groupe qu’on croirait sorti tout droit de Seattle. Vrai, en les entendant à la radio, on imagine les Radiohead portant des jeans troués, de longues chemises de bûcheron et des cheveux bien gras.

    Mais rien à voir ; ces petits nouveaux ne vivent pas très loin de chez nous, ils sont de Oxford et comme leurs aînés de Pink Floyd, ils sortent de l’université. Ils ont commencé à jouer ensemble durant leurs humanités et ne se sont pas perdus de vue pendant leurs études supérieures. L’un d’eux jobant dans un magasin de disques a ainsi donné la cassette qu’ils ont enregistrée à un représentant de la firme EMI et bingo, ils ont dit ça nous intéresse. Et justement, pour Thom Yorke, le chanteur et guitariste, on ne dit pas non à EMI, la firme de disques de Queen. C’est parce qu’il était fan de Brian May que le père de Thom lui avait acheté une guitare acoustique, et c’est en voyant à 17 ans jouer le groupe new wave Siouxsie Sioux and The Banshees qu’il a décidé de se mettre au chant. Quant au nom de Radiohead, il vient d’une chanson des Talking Heads, un autre groupe qu’il a beaucoup écouté.

    Alors grunge, les Radiohead ? Pas du tout. Ils sont plutôt Pink Floyd, les mecs de Cambridge : pas le même coin ni la même époque mais la démarche est la même. Des guitares, oui, mais aussi et surtout de l’électronique et cette volonté de travailler en vase clos, de chercher, de créer des choses qui n’ont jamais été entendues. C’est pas un chouïa déprimant ? disent des gars à la BBC qui ne les diffusent pas au départ mais vont y être obligés à cause de MTV qui elle, les matraque. Oui, mais c’est dans l’air du temps en 1993, écoutez Pearl Jam et Nirvana. Et puis Pink Floyd l’était aussi, un peu déprimant, même Coluche le disait …
    8 min
  • Les années MTV (Episode 1)
    Chaque jour depuis des décennies, nous sommes des millions à regarder la télévision. Quel succès pour un meuble ! Cette vanne de Coluche nous avait bien fait rire à l’époque. Et depuis cette époque, elle a bien changé, notre télé. Je ne parle pas du fait qu’elle soit devenue ultra plate avec un son de cinéma, non. Mais plutôt qu’elle offre une myriade de chaînes et de plateformes. C’est vrai, aujourd’hui, tous les soirs, c’est “chacun regarde ce qui lui plaît”.

    Et donc, on a perdu la grande communion télévisuelle, celle qui faisait que le lendemain, on avait quasiment tous vu le même programme : on pouvait partager les émotions qu’on avait ressenties. Et justement, ce week-end, je me suis arrêté sur une chaîne que ça faisait plus de vingt ans que je ne l’avais plus regardée : MTV. Et ben, ça m’a fichu un coup parce que MTV, ça a quand même été une fête quand elle a débarqué en Belgique et en France au début des années 90. C’est vrai qu'on en entendait parler depuis dix ans sans pouvoir la regarder. On se disait que ça devait être le pied de pouvoir regarder des clips à n’importe quelle heure de la journée ; il suffisait d’allumer sa télé et hop, c’était parti. Ça devait vraiment être magique, MTV. C’était l’époque où le groupe Police en faisait la pub. C’est d’ailleurs ce qui avait donné l’inspiration à Mark Knopfler de ce fameux titre de Dire Straits en 1985 …

    Et donc début 90, quand cette chaîne musicale est enfin arrivée chez nous, on s’est calé devant le poste et c’est vrai qu’on a découvert un autre univers, à la fois américain et britannique. Alors pour ceux qui n’ont pas connu, ce n’était pas seulement un défilé de clips. Il y avait un tas d’émissions musicales dont certaines nous ont tous réunis en soirée comme MTV Unplugged. Combien d’entre vous ont regardé celui de Nirvana, Bob Dylan, Page et Plant, le presque Led Zeppelin, ou encore Rod Stewart. Des CD de l’émission figurent parmi les plus grands best sellers des années 90 comme celui d’Eric Clapton. Et puis les autres soirs on regardait Most Wanted avec l’incroyable Ray Cookes qui ne se contentait pas de lancer des vidéos. Nous, en Belgique, on le connaissait déjà car il avait été animateur télé sur la chaîne publique avant, mais là, il était déchaîné ! Il nous parlait tout près de la caméra comme s’il était dans notre salon, et il dialoguait avec le cameraman qui parfois répondait et dont on n’a jamais vu que l’ombre sur le décor. Et ça c’était une première dans l’histoire de la télé qu’un technicien donne la réplique à un animateur.

    Bref, on a encore tous quelque part dans notre tête, je vous l’ai rappelé, le I want my MTV, alors moi je dis I want my MTV back, rendez-nous notre MTV, celle qui nous a fait découvrir tant d’artistes dans les années 90 comme, tenez, TLC, qu’est-ce qu’il a tourné ce clip soul, cool et rafraîchissant, souvenez-vous ...
    7 min
  • Robert Doisneau et ses instants volés (Episode 5)
    Un homme et son chien. Un gros Briard noir frisé dont les poils hirsutes cachent le regard bravement couché au pied de la chaise de son maître assis à la terrasse d’une buvette parisienne. L’homme porte le costume cravate et chapeau classique comme tout le monde après-guerre mais il se tient légèrement avachi face à son verre de guignolet, la clope au bec et le regard dans le vide. On devine que son esprit est perdu dans une probable inspiration, assemblant des phrases et des rimes puisque l’homme en question se nomme Jacques Prévert, immédiatement reconnaissable, il est le poète le plus connu de sa génération.

    Dialoguiste d’une vingtaine de classiques du cinéma des Enfants du Paradis aux Visiteurs du soir, en passant par Quai des brumes et Drôle de drame… (bizarre, bizarre), Prévert a été chanté avec succès par son ami Yves Montand, Les feuilles mortes, et puis par Juliette Gréco, Serge Reggiani, et même Serge Gainsbourg qui lui rend hommage dans un superbe titre … Un Prévert qui à Paris, a longtemps préféré vivre à l’hôtel ou dans des meublés. Et quand il s’installe enfin dans un appartement, c’est derrière le Moulin Rouge, dans une rue en cul-de-sac, avec pour voisin de pallier, Boris Vian …

    L’homme qui prend cette photo sous les platanes d’un trottoir parisien, c’est bien évidemment Robert Doisneau. Prévert et lui se sont rencontrés grâce à son frère Pierre qui bosse dans un cabaret. Prévert et Doisneau se sont très vite trouvés. Je devrais dire, reconnus car ils partagent l’amour des petites gens : tu dois mettre dans le rectangle les laissés pour compte envoyés par le hasard pour en faire un bouquet, dit le poète au photographe.

    L’exposition de photos montées sur des planches dans ledit cabaret est un succès éclair puisque l’acteur Anthony Quinn, star d’Hollywood, Zorba le Grec et Quasimodo de Notre-Dame de Paris, achète toutes les photos. Il avait raison, Prévert. C’est autrement plus passionnant et enrichissant de cadrer les gens du peuple dans leur quotidien que d’aller photographier les têtes couronnées pour une couverture de magazine ou la nouvelle Renault pour une pub. Alors quand son ami Prévert, dont l’âme poétique accorde une importance particulière au nom des rues, l’appelle pour lui dire : Tu sais qu’il existe une rue des cinq diamants ? Viens, on va la photographier. Il est fréquent pour les Parisiens de croiser Prévert et Doisneau, dans l’improbable rue du Pont-aux-biches, comment auraient-ils pu louper ça, ou en train de flâner rue du Dessous-des-Berges ou encore au Passage de la Main d’Or.

    On ne croit donc pas au hasard de cette photo mythique de Prévert à la terrasse de La buvette du pont, sous les platanes, avec des tractions sur la rue en arrière-plan, les deux amis se complétaient à merveille, l’un faisait danser les mots, l’autre donnait une vie rêvée aux images.
    7 min
  • Robert Doisneau et ses instants volés (Episode 4)
    Au printemps 1945, il y a du monde au Louvre, aujourd’hui. Les visiteurs ont tous revêtu leur tenue du dimanche pour venir au grand musée. On n’imagine plus ça, aujourd’hui. Ils sont venus voir, entre autres, mais principalement elle, La Joconde, évidemment. Une Joconde placée sur un chevalet, de sorte que le public puisse faire le tour du tableau. On n’imagine plus ça, non plus.

    Pourquoi je vous raconte ça ? Et bien parce qu’un jeune photographe de 32 ans s’y trouve pour un reportage et qu’il va prendre une photo comme on le fait encore rarement, sinon jamais. En effet, au lieu de prendre l’image de Mona Lisa, ce qui n’aurait pas manqué d’intéresser les lecteurs de publications, il photographie le public, six personnes en plan rapproché, trois hommes, deux femmes et un enfant dont on devine l’émotion dans le regard ébloui, interpellé, fasciné, pris dans son flash. Sans doute faut-il voir dans ce coup de génie, la trace d’un homme qui connaît aussi bien les gens, le public qu’il capte à toute heure dans les rues, que les peintres. Certains des plus grands plus d'entre eux sont d’ailleurs ses voisins, à Montrouge.

    Et oui, bien avant qu’on y entende résonner la voix du jeune Jean-Jacques Goldman, à Montrouge, cette localité collée à Paris, au-delà du périphérique parisien, abrite l’atelier de photographie de Robert Doisneau, originaire d’une commune voisine. Et de l‘atelier du célébrissime Fernand Léger, il passera à celui de Picasso avec des portraits qui ne manquent pas d’humour, l’incroyable Giacometti au milieu de ses statues longilignes, Niki de Saint Phalle, à table entre deux de ses monumentales nanas ou encore le dessinateur Sempé qui projette sur le mur et lui-même une de ses foules innombrables de petits personnages qui tentent de monter dans le même bus.

    Ami de Jacques Prévert, Robert Doisneau est un artiste qui aime les artistes. Cela lui permet d’approcher tout le monde, même avant la starification comme la jeune Brigitte Bardot encore mannequin, 16 ans, mais déjà la coqueluche d’un magazine féminin. Resplendissante en tenue de bal, elle contraste avec un Orson Welles gouailleur, un ballon à la main au comptoir d’un bistrot. Le bistrot est un incontournable chez Doisneau, comme pour la majorité des Parisiens de l’époque, la pièce supplémentaire de tous les appartements du quartier, comme il aimait à le dire. Alors, quoi de plus normal de prendre une photo de la jeune et rebelle Isabelle Huppert se faisant servir un canon de rouge au comptoir, sous le regard de tous ces messieurs autour d’elle. Ou la même année 1985, et toujours en noir et blanc, la merveilleuse Sabine Azéma, buvant à la paille à la terrasse de chez Gégène.

    D’ailleurs, c’est simple, si vous aviez voulu croiser Robert Doisneau, à l’époque, il suffisait de vous pointer en fin de journée au café Chez Fraysse, rue de Seine, à St Germain. C’est là qu’il retrouvait quelques amis écrivains dont Jacques Prévert mais aussi Robert Giraud, frère d’argot de René Falet et Michel Audiard. Et puis des peintres, un patron de presse, un prof des Beaux-Arts, l’école est juste en face. Et tout ça, discute, boit le coup, Doisneau qui n’a jamais fini sa journée sortira plus d’une fois son appareil pour prendre des clichés d’une époque où on savait encore vivre ensemble. On terminera le parcours avec un splendide cliché de la grande Simone de Beauvoir, seule à table, sur la moleskine d’une banquette du Café de Flore, à l’époque où il était encore exclusivement le rendez-vous d’artistes. On veut cette époque authentique, elle nous appelle, dommage qu’on n’y ait pas plus prêté attention à l’époque, et heureusement qu’il y avait des gens comme Doisneau pour l’immortaliser en soulignant le merveilleux qui planait dans l’air.
    8 min
  • Robert Doisneau et ses instants volés (Episode 3)
    On a tous en nous quelque chose de Robert Doisneau. De ce baiser de l’hôtel de ville qu’une copine avait en poster dans sa chambre ou un pote dans son kot, une affiche sur un mur, une couverture de farde de cours. Cette image a fait plus que le tour du monde, c’est un vrai tube, celui qui a fait connaître le nom d’un artiste dont la destinée n’est justement pas d’être connu de tous.

    Tout a commencé au printemps 1950 quand le magazine américain Life demande à Doisneau un reportage photo sur l’amour à la parisienne. Car c’est bien connu, les Américains le savent, que les Français ont une façon de vivre qu’ils n’imaginent pas, qu’on ne tolérerait pas aux Etats-Unis. Les hommes et les femmes n’hésitent pas à s’embrasser dans la rue, mieux, ou pire, personne n’y prête attention. Et donc dans ce numéro de Life qui, croyez-moi, va faire grand bruit et circuler partout suscitant fantasmes et envie de voir Paris, bref qui va créer un véritable mythe, on voit donc en grand sur la page de gauche, un homme et une femme s’embrasser sur un escalier, au milieu de la foule.

    Ah non, ce n’est pas le fameux baiser de l'hôtel de ville. Lui, il partage la page suivante avec d’autres clichés dont celui des amants qui se bécottent sur un banc public sous le regard d’une vieille dame en noir, bien en évidence. Non, coincé entre deux photos en haut de page, et recadré, ne permettant pas de reconnaître l’hôtel de ville, ce cliché ne ressort pas du lot de toutes ces images réalisées par Doisneau et qui ont fait rêver ou choqué plus d’un Américain.

    Et puis on oublie tout ça dans les années 60, 70, jusqu’à ce qu’un éditeur, en 1985, demande à Robert Doisneau, les droits pour en faire un poster. Doisneau signe mais quand même, il doute que ça marche. Des milliers et des milliers de cartes postales, affiches et une foule de produits dérivés plus tard, sa fortune faite et tombée du ciel sans prévenir, Doisneau profite de cette notoriété mondiale inattendue et sur le tard, quand un couple lui intente un procès, lui reprochant d’avoir utilisé leur image. Mais devant le tribunal, c’est un Robert Doisneau bien embêté qui vient leur dire qu’ils se trompent, ce n’est pas eux qu’il a photographié 40 ans plus tôtmais deux comédiens du cours Simon auxquels il avait proposé de poser pour 500 francs de l’époque. Françoise, la modèle, vient d’ailleurs confirmer à la barre, tenant dans les mains un tirage original signé par l’artiste.

    Le procès remporté par Doisneau casse un peu le mythe. Mais il est bien la preuve que l’artiste avait raison de recourir à deux modèles pour illustrer le Paris romantique cher aux Américains. Il n’avait pas le droit d’exploiter l’image de deux personnes à leur insu. Et demander le consentement des gens dans la rue aurait autant brisé la spontanéité. Le fait que vous n’ayez probablement pas entendu parler de cette affaire judiciaire illustre parfaitement la totale réussite de cette image, le mouvement, l’attitude des passants impassibles qui, eux, n’étaient pas dans le coup. Dernière preuve, s’il en faut : en novembre 2015, on a vu s’afficher Place de la République en réponse aux attentats qui venaient de blesser Paris, la photo du baiser de l’hôtel de ville avec cette légende : Même pas mal !

    7 min
  • Robert Doisneau et ses instants volés (Episode 2)
    On a tous des scènes de notre enfance bien ancrées dans notre mémoire. Ce n’est pas un hasard si ce sont celles que nous avons pris l’habitude d’évoquer quand il s’agit de raconter des souvenirs de cette époque où le monde nous paraissait beaucoup plus grand. Mais à présent, si je vous demande de chercher dans les coins de votre mémoire d’autres scènes que celles-là, des banales de votre quotidien quand vous étiez mômes, comme disaient les Parisiens. Tenez, vous l’entendez sonner, la cloche de la récréation, vous la reconnaissez. Vous vous voyez en train de courir quand la porte s’ouvre et crier en vous élançant dans la cour de l’école. Et tous ces rires, et puis les jeux avec vos camarades. Vous jouiez à quoi d’ailleurs ?

    Une chose est sûre : ceux qui ont vécu leur enfance dans les années d’avant et après-guerre, disposent d’images de ces instants incroyables que furent leurs jeux durant l’enfance. Grâce à Robert Doisneau, l’homme du baiser de l’hôtel de ville qui a autant profité de la fabuleuse notoriété acquise par cette photo qu’elle en cache les 450.000 autres. Car ce que Doisneau a photographié le plus, ce sont les enfants qui, à l’époque, jouaient dans les rues et les terrains vagues de la capitale française.

    Ainsi en 1944, sa photo d’un groupe d’enfants courant et sautant en criant au pied de la Tour Eiffel est aussi passée à la postérité. Comment ne pas être sensible à cette explosion de jeunesse, cette joie de tout découvrir et expérimenter, de former un chouette groupe, aussi. Doisneau dira que pour être bien lisible, une image doit avoir la forme d’une lettre. La Tour Eiffel est ici un “I”, c’est une évidence, quant à la nuée d’enfants à ses pieds, elle ressemble à une vague déferlante de lettres. Et quand on sait que Doisneau a perdu son job chez Renault car il était toujours en retard et trafiquait l’heure de son arrivée sur ses cartes de présence, s’il est devenu un artiste, c’est probablement parce qu’il était resté l’enfant qu’il cherchait en vain dans le regard des adultes photographiés pour ses magazines.

    Des photos, il a commencé à en prendre dès l’adolescence. Il préfère ça de loin à la profession que tentent de lui imposer ses parents. Apprends d’abord un métier, entend-il quand il leur montre fièrement ses premiers clichés. C’est vrai, ils sont tous d’accord dans la famille : les photos de Robert, c’est de la pellicule gâchée. Ça coûte cher, un film !

    Je m’en fous, confie Doisneau, à sa plume et son cahier de brouillon, je continuerai quand même. Un jour peut-être quelqu’un y verra autre chose que de la pellicule Kodak gâchée.
    7 min

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Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Ce podcast incontournable vous fait voyager à travers les époques, en…

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