La Story Nostalgie

La Story Nostalgie

By Nostalgie BelgiqueMusicMusic History
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La Story Nostalgie episodes

  • Robert Doisneau et ses instants volés (Episode 1)
    Depuis que je raconte des histoires à la radio, j’ai souvent eu l’occasion de me rendre compte que s’il y a des détenteurs d’anecdotes incroyables du show bizness, ce sont les photographes. Ainsi on connaît tous ou presque le formidable Jean-Marié Périer, témoin de l’époque bénie des yéyés et des débuts du rock britannique. Mais il faut bien le reconnaître, peu d’autres noms sont passés à la postérité alors qu’ils ont approché les plus grands dans leur exercice et bien souvent, ont assisté à ce que personne ne voit : la création d’un disque, les coulisses d’un concert, les voyages promos.

    Le nom de grands témoins belges comme Guido Marcon, Philippe Carly ou Paul Coerten ne vous dit peut-être rien et pourtant, de Jacques Brel à U2, en passant par Queen, Bob Marley et Claude François, ils les ont tous photographiés et fréquentés de leurs débuts au sommet de leur gloire. Et justement, nous avons cet automne et cet hiver l’occasion d’aller admirer en Belgique, à La Boverie, à Liège, les photos du plus célèbre des témoins de l’ère du noir et blanc : Robert Doisneau.

    Vous venez sans doute, à l’évocation de son nom, de vous la projeter dans votre tête, sa légendaire photo du baiser de l’hôtel de ville !

    Doisneau, c’est rien moins que le photographe le plus célèbre du XX° siècle. Et donc, le plus connu de tous les temps. Pas seulement parce qu’il a laissé 450.000 clichés, à une époque où, bien évidemment, on ne trimballe pas un appareil en permanence dans sa poche. Mais surtout parce que ces instants captés majoritairement dans les rues de Paris, sont de véritables témoignages historiques d’une vie quotidienne aujourd’hui disparue. On dit de Robert Doisneau qu’il voyait le monde tel qu’il est mais en soulignant le merveilleux, et tout ça avec la magie du noir et blanc.

    Et si au départ, ces photos étaient destinées à illustrer l’actualité dans de nombreux et prestigieux magazines français et américains, elles ont, avec la notoriété croissante de Doisneau, fini par constituer une bibliothèque d’images qui montre la vie des gens des années 30 à 80, qu’ils soient riches, célèbres, pauvres, défavorisés. Car c’est ça aussi Doisneau : à la fois le photographe de Vogue et de Life, correspondant permanent pour l’Amérique de la vie parisienne, mais aussi l’homme qui parcourt inlassablement et tranquillement les rues de sa ville pour capter le bon moment quand il se présente. Était-il conscient, à ses débuts, qu’il était occupé à découper le temps en lamelles fines pour les générations à venir ? Probablement pas, du moins à ses débuts. On a du mal à imaginer de nos jours où nous prenons des milliers de photos digitales dont l’espoir de vie est d’ailleurs bien maigre, un Robert Doisneau transformant la salle de bains familiale en chambre noire, en laboratoire de développement, avec les négatifs et les tirages qui pendent, accrochés à une corde. L’oeuvre de l’artiste qu’il était, c’est la vision d’un monde qui n’était pas meilleur qu’aujourd’hui et pourtant, quand on visite son expo ou qu’on feuillette un de ses livres, on n’y voit que des gens aimables, montrant que oui, un monde meilleur existe. La preuve : Doisneau l’a photographié.

    7 min
  • 50 ans de Bohemian Rhapsody (Episode 5)
    Cela fait cinquante ans que cette chanson a rejoint le firmament, notre panthéon à tous, ou presque. Et spécialement des Belges auxquels Queen a été particulièrement fidèle. C’est vrai, au moins un concert à Forest National, le plus souvent deux, par tournée, c'est-à-dire, chaque année. Même la dernière et gigantesque tournée des stades en 1986, et ben la Belgique fait exception puisque c’est à nouveau Forest National au programme. Pourtant, on a quand même un problème, nous les Belges. C’est que si le groupe nous a gratifié d’un précoce concert au Théâtre 140, en 1974, on ne l’a pas vu chez nous les deux années suivantes, c’est-à-dire en pleine folie Bohemian Rhapsody. Queen a joué partout, au Japon et aux Etats-Unis, surtout, mais pas en Belgique. On comprend la toute grosse folie au printemps 78 et les soirées consécutives à guichets fermés à Forest ; ils viennent de remettre deux belles couches de hits avec We will rock you et We are the champions. Cela fait alors tout juste deux ans que Freddie Mercury est devenu célibataire en quittant sa femme Mary Austin pour vivre sa sexualité librement mais aussi, et probablement surtout, la vie rêvée de star où tout n’est plus que création, interprétation, divertissement, vie. C’est du moins ce à quoi il aspire.

    D’ailleurs les résultats du single Bohemian Rhapsody et l’album A night at the opera ne se sont pas fait attendre : les ventes des deux se comptent par millions et les salles pour accueillir Queen s’élargissent chaque soir. Point culminant, l’organisateur d’événements et fondateur de la maison de disques Virgin, Richard Branson monte pour eux un concert à Hyde Park, le quartier où vit Freddie. Le lieu devenu mythique où il organisait un festival à l'américaine au début de l’été à la fin des années 60. Ce sera toujours l’été mais un 18 septembre, en mémoire de Jimi Hendrix, mort pas loin de là, et ce jour-là, quelques années plus tôt.

    Oui, ce 18 septembre 1976, entre 150 et 200.000 fans sont réunis dans l’immense clairière de Hyde Park pour retrouver un Freddie en décolleté vertigineux, et un Brian May avec sa tenue d’Ange blanc. Il y a quelques premières parties qui vont entraîner du retard, Queen va devoir faire l’impasse sur les rappels, la police menaçant de couper l’électricité. Mais l’événement est considérable, il dope les membres du groupe à la testostérone et à la confiance en leur art. Le concert filmé pour être diffusé à la télé, l’année suivante, ne le sera pas mais il constitue un document incroyable à une époque où personne ou presque ne filme les concerts.

    C’était il y a un demi-siècle, une nouvelle génération appelée new wave frappe déjà à la porte du succès et du grand public, elle va engouffrer la plupart des stars de la première partie des années 70, leur filant un méchant coup de vieux. Mais pas Queen, non, et malgré le dénigrement incessant de la presse rock alors toute puissante, la pompe à succès ne va faire que s’amplifier avec notamment la sortie du fameux Greatest Hits, la compile la plus vendue de tous les temps. En attendant, Roger Taylor a rencontré ce 18 septembre une certaine Dominique Beyrand, l’assistante de Richard Branson qu’il va lui ravir pour en faire sa femme, la mère de ses deux aînés. Quant à Freddie, il mène désormais une vie de bâton de chaise, à la recherche d’un amour improbable.
    9 min
  • 50 ans de Bohemian Rhapsody (Episode 4)
    Il paraît que tout le monde se souvient de ce qu’il faisait quand il a entendu pour la première fois Bohemian Rhapsody. Voilà qui est différent du 11 septembre 2001 ou de la mort de Claude François, JFK ou John Lennon. Il n’y a pas de communion médiatique et instantanée ici, et de plus, elle a lieu sur plusieurs générations, son streaming record aujourd’hui en est la preuve, 3 milliards d’écoutes, rien que sur Spotify.

    C’est comme si vous aviez vu un paysage, un animal fabuleux, comme vous ne saviez même pas que cela pouvait exister, pas vrai ? Le plus étrange est que, malgré son immense succès, Freddie Mercury s’est toujours refusé à donner une explication à cette œuvre qui apparaît d’emblée aussi belle que complexe. On sent que ça le concerne. Qu’a-t-il voulu raconter ? On dirait au départ, les derniers mots d’un condamné, et puis il y a cette allusion à un opéra qui met en scène des personnages célèbres de son répertoire comme Figaro ou le ballet de Scaramouche mais on sent dans l’adresse la voix du Diable ou du Commandeur qui l’appelle, d’ailleurs il le dit : Belzébuth a mis un démon de côté pour moi.

    Certains prétendent que ce n’est pas pour rien qu’à ce moment, le manager John Reid fait irruption dans la vie de Queen, le groupe a en effet engagé l’homme d’affaires d’Elton John alors assis au sommet du monde, pour s’occuper de la promo de ce nouveau disque. John Reid qui est aussi l’amant d’Elton John. Et là, pour la première fois, Freddie se retrouve à vraiment cotoyer le milieu gay londonien dont jusque-là, il s’était tenu éloigné.

    Cela fait cinq ans en effet que Freddie vit avec Mary Austin. Ils se sont connus avant Queen, bien avant même qu’il ne prenne le nom de Mercury. C’était Brian May, au départ, qui était amoureux d’elle. Il l’avait remarquée dans un célèbre magasin de fringues de Kensington où elle était vendeuse et l’avait invitée plusieurs fois à venir le voir jouer avec son groupe, Smile. Mais un ou deux verres au pub n’y avait rien fait, Mary ne semblait pas être intéressée. C’est du moins ce qu’il a dit à son pote Freddie Bulsara, le cocoteur de Roger Taylor, le batteur avec qui Brian joue. Sentant Freddie intéressé, lui aussi, Brian avait tenté de le décourager.

    Et de fait, Freddie s’était pris un râteau à sa première invitation, Mary avait prétexté devoir aller aux toilettes et ne s’était pas repointée durant la soirée au pub, pensant que Freddie était branché sur la fille avec qui elle était venue au rancard. Freddie était revenu à la charge, durant des semaines, en faisant mine de rien, en clair fou de trac, jusqu’au jour où il était arrivé avec un bouquet de fleurs.

    Et depuis, Freddie et Mary, c’était le couple classique qui recevait ses amis dans le petit appart de Kensington que Mary tenait impeccablement malgré leurs maigres revenus et que Freddie décorait de trouvailles chez les antiquaires. Et donc, la fréquentation de tous ces hommes libérés place Freddie dans un drame cornélien, lui qui avait jusque-là réussi à cloisonner les deux mondes entre lesquels il était partagé. Freddie ne supporte pas l’abandon et pourtant, il y fonce tout droit avec ce nouvel album et ça s’entend.

    Reste l’humour, celui qui l’accompagne depuis son enfance, A night at the opera n’en est pas exclu, les Beatles ont montré la voie, comme le prouve ce titre, une suite encore plus légère au Killer Queen de l’album précédent. Il est méconnu sauf de ceux qui ont usé le disque mais il mérite le détour, imaginez les stations balnéaires anglaises de la Belle époque, vous y êtes ?

    7 min
  • 50 ans de Bohemian Rhapsody (Episode 2)
    Au milieu des années 70, des albums qui sortent avec des pochettes extraordinaires, on ne va pas dire que c’est normal, c’est plutôt que c’est obligé. Avec leur trente centimètres de côté, c'est non seulement un appel aux artistes plasticiens à se dépasser pour y réaliser une œuvre digne de ce nom, mais c’est surtout pour ceux qui y mettent des sous, l’obligation d’attirer l’attention pour vendre le disque qui se trouve à l’intérieur. Car les enquêtes ne mentent pas : la pochette peut être responsable jusqu’à 50% du succès d’un album. On est entré chez le disquaire, on l’a vu, on l’a acheté. Alors, cette pochette blanche, avec un blason multicolore qui fait furieusement penser à celui de la couronne britannique, on ne voit que ça. Il faut dire que le nom du groupe, Queen, nous aiguille déjà fortement. C’est d’ailleurs son chanteur, un certain Freddie Mercury, graphiste de formation, qui a dessiné ce qui va devenir le logo du groupe.

    Si le quatuor londonien est déjà familier auprès de certains fans de rock chez nous, 400 d’entre eux sont allés les voir au Théâtre 140 à Bruxelles l’année précédente, c’est le succès hors norme que rencontre leur nouveau single en Angleterre depuis un mois qui fait bouger les lignes. Ah oui, un truc de dingue. Personne ne voulait de cette chanson comme single. Déjà six minutes sur un 45 Tours, c’est costaud, mais surtout quelle radio diffuserait une chanson aussi longue ? Aucune ! En plus, avec du chant d’opéra dessus, c’est un sketch. Non, c’est un titre d’album. Alors, Freddie Mercury, l’auteur de la chanson mais aussi son arrangeur et co-producteur, se rend chez une connaissance, Kenny Everett, l’animateur très populaire de Capital Radio, à Londres, avec un pressage test.

    Innocemment, il est venu pour lui demander conseil : Dis, tu te rends compte, ils ne veulent pas en faire un single, qu’est-ce que t’en penses, toi ? Freddie le lui laisse en lui faisant promettre de ne pas passer la chanson dans son émission. Promis, hein ? Je vais avoir des ennuis sinon.

    Mais bien sûr qu’il va le faire ! Et logiquement, le standard téléphonique de Capital Radio est rapidement saturé : c’est quoi ? ça sort quand ? On veut le réentendre. Il va passer 14 fois le même week-end provoquant une ruée chez les disquaires qui, eux-mêmes, exigent le 45 Tours à la firme de disques. Ils en ont marre de ces mecs qui n’arrêtent de rentrer dans le magasin pour demander ce disque. Le plus fou, c’est que le même cinéma a lieu aux États-Unis via la chaîne de radio RKO, un type diffuse en effet une cassette qu’il a enregistrée alors qu’il était en Angleterre. Rapidement un million de 45 tours se vend de chaque côté de l’Atlantique, on en est à 15 millions de singles aujourd’hui.

    Alors un mois plus tard, quand vient la sortie de l’album A night at the opera, on est bien en peine de raconter ce qu’on a entendu à la fin du disque, quand l’hymne du God Save the Queen version rock a fini de retentir dans nos baffles. Une chose est sûre, Bohemian Rhapsody n’est pas la seule perle sur ce disque, on va s’intéresser à tout ce que Queen a fait précédemment. Les albums se vendent par camions, les critiques rock détestent, disant que Mercury y gagnerait s’il ne se prenait pas, par moments, pour Tino Rossi. On sait un demi siècle plus tard que l’artiste était dans le bon : le cœur du public, qu’il a su saisir avec un son et une musique atypiques, la maîtrise d’un art qui ne craint pas d’être populaire.
    7 min
  • 50 ans de Bohemian Rhapsody (Episode 3)
    Cela fait désormais un demi-siècle que sortait cette chanson, Bohemian Rhapsody, devenue depuis longtemps votre préférée dans les sondages. Ça ne rajeunit pas ceux qui, comme certains d’entre vous et moi, étaient déjà en âge de tomber sous son charme imparable. Et paradoxalement, c’est ce qui nous garde tous jeunes dans notre tête, quelle que soit notre génération.

    Alors imaginez toute l’histoire autour de sa naissance. D’une part vous avez les membres du groupe Queen, qui après trois albums à succès ne gagnent que des cacahuètes car ils ont signé le contrat qu’il fallait pas avec un studio, à un moment où personne ne voulait d’eux. Alors ils ont engagé un avocat spécialisé qui casse le contrat, et leur mince tirelire pour les en sortir. D’autre part, vous avez l’énorme succès qui est déjà le leur et qui leur permet de convaincre leur firme de disques de mettre de l’argent sur le tapis pour enregistrer l’album le plus cher de l’époque. Jugez plutôt, Bohemian Rhapsody, c’est plus de 180 pistes d’enregistrement. Ah oui, c’est ça le son si particulier de Queen, ces chœurs qu’ils enregistrent à trois pendant douze heures d’affilée. Et comme il n’y a alors que 24 pistes sur les enregistreurs, ça veut dire qu’on en réunit, par exemple, dix sur une bande qu’on remet ensuite en deux pistes sur une autre. Tant et si bien que les bandes finissent parfois par être transparentes tellement elles sont passées par l'aimant de la tête d’enregistrement, jusqu’à en perdre leur vernis. Alors pour éviter qu’elles ne se rompent, on prend parfois des ciseaux pour découper des bouts de bande et les coller afin de leur éviter un ou plusieurs passages supplémentaires sur la matrice finale.

    Enregistrant les titres au gré des tournées, les artistes sortent un album tous les ans au plus tard à l’époque, pas le temps de s’arrêter, Queen a fréquenté sept studios différents pour réunir les titres de ce nouvel album intitulé A night at the opera. Beau titre. Une nuit à l’opéra, ça sonne ! C’est ambitieux ! Et c’est tendance en 1975 en plein triomphe du rock progressif, aussi appelé symphonique. Mais la référence n’est pas là, il s’agit du titre d’un des meilleurs films des Marx Brothers que les membres de Queen ont regardé ensemble à la télé pendant les sessions d’enregistrement. Comédie musicale hollywoodienne, bien que atypique au moment de sa sortie, elle est dépassée en 1975, il faut bien le dire. Mais ses gags explosifs, et la maîtrise artistique totale des trois frères, de la danse au piano en passant par la harpe, ont bien diverti les quatre musiciens britanniques dont l’humour fait bien évidemment partie du Way of life. Et donc, on ne s’étonnera pas d’entendre une harpe sur ce disque, en plus du piano de Freddie sur un titre qui va être particulièrement remarqué, combien d’entre nous l’ont expérimenté pendant les séries de slows dans les boums de la génération des années 70. Il faut dire que les filles que ça a mis du rose dans la chambre des filles, en voilà une déclaration d’amour ! dont on apprendra bien plus tard qu’il s’agissait d’une situation vécue pour Freddie, un amour qui entrera dans la légende des belles histoires.
    7 min
  • 50 ans de Bohemian Rhapsody (Episode 1)
    En 1975, on en a écouté des trucs incroyables à la radio et chez le disquaire. C’est vrai, un sur deux parmi nous est allé acheter un album de Pink Floyd, on a entendu tout l’été Le Sud de Nino Ferrer, I’m not in love de 10cc et bien sûr, L’Été indien de Joe Dassin. Et puis, en vrac, on a découvert un chanteur espagnol, improbable … Manuela, un comique français … Le schmilblick, et des Allemands qui jouent sur des machines … Autobahn. Mais voilà qu’à la fin de l’année, alors qu’un soir, on joue aux cartes avec mon frère en écoutant l’unique émission de rock à la radio, on entend ceci … Bohemian Rhapsody.

    Alors, faut bien dire une chose, des gars qui mélangent la musique classique et le rock, depuis les Beatles, on connaît, c’est même devenu une mode énorme, on appelle ça le rock progressif : de Yes à Pink Floyd, justement, en passant par Genesis et Deep Purple, cette musique fait un carton. Et c’est une spécialité britannique. Mais là, cette façon que ces gars ont d’y amener l’opéra, non sans humour, et que cela donne un résultat aussi aérien que percutant, non, on n’a jamais entendu un truc pareil. Autant dire qu’on n’a pas trop fait attention à notre jeu jusqu’à la fin de cet improbable Bohemian Rhapsody, joué par un groupe dont on n’a pas encore entendu parler au fond de notre province. On apprendra les jours suivants qu’ils n’en sont pas à leur coup d’essai, c’est leur quatrième album, ils sont déjà des stars au Royaume-Uni et se sont même fendus d’un concert, confidentiel, dans une petite salle bruxelloise l’année précédente. Et oui, les informations ne circulaient pas de la même façon à l'époque, ce qui apportait une part de mystère à la musique. D’ailleurs, le parcours de Queen, en cette fin novembre 1975 où ils sortent un album intitulé A night at the opera, Une nuit à l’opéra, d’après le titre d’un film burlesque des Marx Brothers, leur parcours, donc, a été long et pénible.

    Car un an plus tôt, avec ce qui est déjà un deuxième tube dans son pays d’origine, le groupe Queen débarque au Japon où ses membres découvrent qu’ils sont des énormes stars. La preuve : à la différence des autres artistes, ils ne vont pas simplement jouer à Tokyo mais parcourir le pays, en tournée. Dès l’aéroport, ils sont accueillis par des fans qui hurlent leur nom. Freddie Mercury en a le vertige mais en même temps la confirmation qu’ils ne se sont pas trompés de route : Queen est vraiment le meilleur groupe du moment. D’ailleurs le premier concert à Tokyo est interrompu par une horde de jeunes qui arrivent à monter sur scène. Alors, quand en rentrant chez eux, les quatre musiciens en reviennent à leur précarité : impossible de louer un appart décent dans Londres, s’acheter une voiture, même en se mettant à genoux devant leurs producteurs. Ils décident donc de tout foutre en l’air. Ça va se traduire par un album en guise de mue, le papillon va s’envoler avec une chanson dans laquelle, évidemment, personne ne voit venir, ni leurs producteurs, ni leur firme de disques. Queen est le seul à croire en sa destinée et pourtant, cinquante ans plus tard, leur chanson se trouve toujours sur la première marche du podium des titres que vous préférez.

    10 min
  • Kylie Minogue, La petite princesse de la pop (Episode 5)
    1988, Kylie Minogue, à peine 20 ans, est une sensation pop avec un album et des singles qui cartonnent mondialement. C’est arrivé par accident, en pleine seconde saison de la série dans laquelle elle tourne. Mais Kylie aspire déjà à plus qu’à la télé ; elle veut prouver son talent d'actrice au cinéma.

    C’est là qu’un producteur lui propose le rôle d’une ado rebelle des années 50, inspirée d’un roman semi-autobiographique. Kylie devient une blonde platine pour le rôle, qui va inspirer le Suicide Blonde d'INXS, elle se prépare intensément. En lisant le roman, tout d’abord, elle répète des accents des années 50, et s'immerge dans l'époque avec des costumes rétro. Il faut dire que la presse australienne met la pression en prédisant un flop, elle doute qu'une "pop star" aussi jeune qu’elle puisse porter un drame sérieux.

    Le tournage commence fin 1988 dans le Queensland australien, sous un soleil écrasant. L'ambiance sur le plateau est un mélange d'excitation et de chaos : Kylie, encore inexpérimentée au cinéma, arrive avec une énergie spontanée, mais se sent vulnérable face à une équipe de cent personnes. Ce n’est plus le même genre de tournage que pour les séries. Elle est nerveuse, elle tremble avant chaque prise, notamment celle où elle fuit sa famille en courant dans les rues poussiéreuses, les larmes aux yeux, sous une pluie artificielle pour ajouter du drame. Ou la naissance de son bébé dans une école de redressement. Kylie simule des contractions sous des lumières crues ; elle pleure pour de vrai, épuisée par les prises répétées. Elle fête ses 21 ans sur le plateau, un gâteau et des chants entonnés par toute l’équipe, un moment joyeux au milieu du stress. Il faut dire que les producteurs américains poussent pour plus de romance et moins de "réalisme australien", menant à des réécritures nocturnes et des changements de script. Kylie a les larmes aux yeux, le dernier jour du tournage, elle s’est donnée à fond.

    Le film sort en décembre 1989 et rencontre un beau succès commercial en Australie, mais beaucoup plus mitigé en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Les critiques de cinéma ne croient pas en elle, en tout cas pas pour l’instant écrit le Variety, LE magazine cinéma de référence. Les dés sont-ils jetés ? Une carrière commencée prématurément en tant que comédienne à la télé australienne bifurque vers un succès planétaire dans la chanson. Kylie ne sera pas la comédienne qui chante mais la chanteuse qui fait parfois du cinéma. Les grands films seront rares, c’est vrai, mais il y en aura au moins un. La vie des stars n’est pas aussi réussie que ne laisse penser les résultats au box office, l’histoire est connue. Il n’en reste pas moins un parcours hors du commun, une longévité à laquelle seule une poignée de chanteuses a pu prétendre. C’est plus qu’une réussite artistique, ça tient à la personnalité et au travail, comme Kylie en avait usé lors du tournage de ce film aujourd’hui oublié.
    8 min
  • Kylie Minogue, La petite princesse de la pop (Episode 4)
    Tous ceux qui se souviennent de l’époque vous le diront, à la fin des années 80, Kylie Minogue était l’incarnation de la fille d’à côté, The girl next door, comme disent les anglo-saxons. En admettant, évidemment, que votre voisine soit une Barbie. L’image renvoyée par les pochettes de disques et les clips vidéos est en effet aussi aseptisée que les partenaires féminines d’Elvis Presley dans ses films des années 60. Sa relation avec Jason Donovan, partenaire de la série qui l’a rendue célèbre et également membre de l’écurie Stock Aitken Waterman n’arrange rien. Alors, y a-t-il un lien entre sa rupture avec lui et le fait que Kylie veuille s’émanciper de ses producteurs ?

    Ou est-ce parce que le hasard lui a fait croiser la route, sinueuse s’il en est, de Michael Hutchence, le très charismatique chanteur du groupe INXS ? Un groupe australien. Au succès le plus spectaculaire qu’on ait vu depuis AC/DC. Mais bien plus sulfureux ! Michael est totalement sex and drugs and rock’n’roll, que va faire la jeune et jolie Kylie Minogue avec ce suppôt de Satan? Vous les entendez les voix ?

    Au départ, ce sont des rumeurs, des “il paraît”. On les a vus ensemble, à Hong Kong, Paris, Amsterdam. Il y aurait eu des voyages en jet privé, à l’abri des objectifs et regards indiscrets. Il n’en faut pas plus pour que la presse people se branche sur le sujet tant le rapprochement torride de l’eau et du feu est une formule qui fait toujours vendre du papier. Oui, la Suicide blonde, c’est Kylie. Michael l’a écrite en pensant à elle qui, à présent, ne se reconnaît plus et souhaite quitter ses producteurs, changer de musique. Changer d’image, elle s’en charge. Kylie choisit les tenues sexy qui font d’elles une femme fatale dans ce clip qui date des heures folles passées avec un amant qu’elle finit par ne plus cacher au public. On parle de soirées débridées à absorber tout ce qui passe, de virées au bout de la nuit, d’excès, et on compare leur course éperdue à celle de Jim Morrison et sa maîtresse Pamela Courson, à la fin des années 60. Une histoire qui finit mal.

    Oui, avouera-t-elle, Michael m’a ouvert de nouveaux horizons. J’avais envie de tout tester et il était le partenaire idéal.

    En tout cas, la fin de leur histoire est à l’image de celle trimballée par le personnage puisque Hutchence rompt avec elle par téléphone, en transit entre deux avions, enfin c’est ce qu’on raconte. En tout cas, c’est aussi brutalement qu’il lui avoue avoir rencontré une autre femme, un mannequin danois, et c’est d’une violence rare. Ces deux années auront été comme une chevauchée sauvage dont je suis sortie plus forte, dira-t-elle, Michael a éveillé en moi un appétit insoupçonné. Mais n’empêche, elle est sous le choc, dévastée. Ainsi va la vie.
    7 min
  • Kylie Minogue, La petite princesse de la pop (Episode 3)
    Les innombrables succès que Kylie Minogue a alignés grâce à ses producteurs, auteurs compositeurs britanniques Stock Aitken et Waterman ont été à double tranchant. Car autant la formule sur laquelle ces gars travaillaient faisaient mouche, non seulement avec elle, mais avec un tas d’autres artistes comme son petit ami Jason Donovan ou Donna Summer, autant ils lui ont valu d’être cataloguée dans le registre bubble gum. En d’autres mots, des hits jetables. Ça a un goût sucré, c’est sympa mais artificiel.

    La première rencontre entre l’interprète et le trio est d’ailleurs totalement révélatrice de la manière dont ces gars travaillaient. Un vrai sketch. Suite au succès de son single en Australie, produit par un assistant du trio, Kylie Minogue profite de quelques jours off du tournage de la série australienne dont elle est devenue l’actrice star pour faire un saut à leur bureau de l’autre côté de la Terre. Elle dispose de peu de temps. Mais quand on leur dit qu’ils ont rendez-vous avec la jeune fille qui est dans la salle d’attente, aucun des trois ne sait. Qui a oublié ce rendez-vous ? Qui est-ce ? Une star de la télé. D’où vient-elle ? D’Australie. Quoi ? On va la recevoir.

    Et de fait, elle est belle. La voix, rien de spécial. Mais son tube et sa notoriété là-bas, c’est énorme. On va vous trouver quelque chose à chanter. Rentrez à l’hôtel. Kylie ne le croit pas : faire 17.000 kilomètres pour découvrir des mecs qui l’ont oubliée. Et elle ignore que les trois gus vont plier la chanson en 40 minutes, certains disent même 20. Leur formule est, faut-il le répéter, rodée avec les nombreux interprètes de l’écurie. Mais ils attendent le dernier moment où Kylie se trouve à Londres pour lui faire interpréter le texte en studio, ligne après ligne, sans qu’elle puisse entendre le résultat en entier, avant de remonter dans l’avion. Elle est furieuse.

    Le tube gigantesque qui s’ensuit et les autres qui vont enchaîner durant quatre albums vont assimiler Kylie à ses producteurs dont la cote chute au début des années 90. Et elle souffre de l’étiquette que le public mais aussi le métier a collé sur elle. D’autant plus qu’elle partage alors la vie d’une star du rock, Michael Hutchence, chanteur d’INXS, un gras bien destroy, on est très loin de l’univers bubble gum.

    Mais il faut du temps et de la patience pour qu’une chenille se transforme en papillon. Ainsi de sa rencontre avec l’artiste post punk Nick Cave dont le groupe The Birthday Party avait agité le monde alternatif australien au début des années 80. Les paroles de sa chanson apparemment légère Better the devil you know l’ont interpellé. Ce n’est pas une sucrerie adolescente, loin de là. Alors, pourquoi ne ferait-elle pas la partenaire idéale d’un duo où chantent l’amant et sa maîtresse qu’il a assassinée. On est très loin de son public, avec une telle démarche artistique, rare et culottée, vous en conviendrez. La chanson est devenue un hit d’autant plus inattendu qu’elle est restée dans les mémoires et les playlists de la génération Nirvana. Kylie Minogue réussit le pari impossible de gommer son image d’éternelle ado, de femme enfant dans laquelle la musique de ses producteurs l’avaient enfermée. Ceux qui l’entendent réciter en public cette année-là, I should be so lucky comme un poème, une autre suggestion de Nick Cave, vous le confirmeront.

    8 min
  • Kylie Minogue, La petite princesse de la pop (Episode 2)
    Ils ne sont pas nombreux mais quand on voit comment des carrières ont basculé pour certains artistes, du cinéma à la chanson ou vice versa, on se dit que les gens ont bien tort de coller des étiquettes aux uns et aux autres, et de leur fermer des portes. C’est vrai, ils sont comédiens, alors pourquoi veulent-ils chanter ?

    Prenons l’exemple de la jeune Kylie Minogue, à peine 17 ans, dont c’est le premier rôle important dans une série télé. Ça s'appelle les enfants Henderson, avec parmi la bande de copains, le beau Ben Mendelsohn, qui, lui, va faire aussi connaître une longue carrière. Et alors que Kylie vit ce tournage comme le début d’une grande histoire, ça ne se passe pas bien. Oui, elle oublie souvent son texte, trop souvent. Et il arrive plus d’une fois que le réalisateur ou le producteur se fâche, hurle sur elle. Kylie se retrouve en pleurs, désespérée, elle qui s’est battue avec sa mère pour abandonner ses études pour la comédie. Et ce qui doit arriver arrive : Kylie n’est pas retenue pour la seconde saison de la série. Le drame.

    La chanson, alors ? Elle envoie une démo au producteur de l’émission Young Talent Time ; elle a pris assez de cours de musique, de chant et de danse. Et puis sa sœur Dannii fait déjà partie de la troupe, elle y chante régulièrement. C’est ainsi que Kylie fait sa première apparition en tant que chanteuse à la télévision australienne en 1985 … mais n’est finalement pas reprise dans la troupe, ça reste sans suite. Heureusement, les castings se succèdent, elle réussit l’audition pour une série qui doit redémarrer la saison suivante. En effet, Neighbours, Les voisins, qui racontent la vie quotidienne des habitants d’une rue imaginaire de Melbourne, n’ont pas connu un grand succès en 1985. La chaîne a jeté l’éponge mais une autre y croit, la reprend et envisage d’étoffer le casting avec de jeunes prometteurs comme Guy Pearce et Kylie Minogue. Elle doit y incarner une étudiante qui quitte l’école pour devenir mécano dans un garage. Et, le croirez-vous, non seulement ce rôle lui convient à merveille, mais sa proximité avec un autre comédien de la distribution, le jeune Jason Donovan, braque les projecteurs de la presse sur elle, y compris en Grande-Bretagne où la série est diffusée. L’épisode de leur mariage, de fiction, réunit 20 millions de téléspectateurs en 1987, les producteurs sont enchantés, la promo tourne toute seule grâce à ces deux jeunes premiers amoureux à l’écran comme à la ville.

    Et quand on dit que le showbiz est imprévisible, la semaine suivant ce fameux épisode sort le single d’un cover que Kylie a interprété lors d’un événement qui réunissait tout le casting de la série. Une firme de disques s’est dit que ce serait du tout cuit vu la notoriété de la jeune comédienne, et elle met dans le mille, c’est le plus gros succès jamais enregistré en Australie pour un single. Le succès de ce disque en entraîne un autre, Kylie Minogue ne prolongera pas sa participation à la série Neighbours qui ne s’est arrêtée, le saviez-vous, qu’en 2022, c’est fou. Quant à Kylie, elle a continué à chanter cette chanson par laquelle tout est arrivé, lors de toutes ses tournées.

    7 min

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