La Story Nostalgie

La Story Nostalgie

By Nostalgie BelgiqueMusicMusic History
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La Story Nostalgie episodes

  • A Paris (Episode 1)
    Ce n’est pas un hasard si le film Midnight in Paris a été le plus grand succès de Woody Allen. On y retrouve sa narration particulière, un zeste de Fantastique, beaucoup d’humour, évidemment, mais surtout PARIS.

    Car Paris n’est pas seulement une ville à visiter pour ses bâtiments, ses restaurants et bistrots et ses spectacles. C’est surtout une ville marquée par la légende. Je vous le demande, y a-t-il un quartier dans cette ville où vous ne pouvez pas vous arrêter sans y entendre l’écho d’un souvenir fabuleux ? Oh oui bien sûr, celui de l’Olympia sur le boulevard des Capucines. On les voit, les monumentales lettres rouges former le nom de Johnny Hallyday, Michel Sardou ou Michel Fugain et le Big Bazar sur la grande enseigne de la façade et y rester des mois et des mois, car la salle ne désemplit pas. On les connaît, les photos en noir et blanc des coulisses débordant de monde avec les Beatles et Sylvie Vartan, de la scène noire éclairée par un unique projecteur sur une Edith Piaf droite derrière un micro, ou Madonna sur une chaise avec les 4 lettres MDNA en fond. L’entrée des artistes en a vu passer dans la rue Caumartin … et puis quand vous revenez sur le boulevard, à droite, l’image d’un Johnny arrivant en décapotable avec une équipe de télé nous ramène dans le Paris en noir et blanc de 1961. La nouvelle idole des Copains va tourner devant l’église de la Madeleine, toute proche, un lieu qui résonne différemment dans notre mémoire désormais.

    Mais si l’Olympia, la Madeleine, c’est une évidence, alors filons jusqu’à cet endroit comme il y en a mille autres à Paris, une rue étroite où les bâtiments de cinq étages laissent voir peu de ciel bleu. L’immeuble du N°13 ne paie vraiment pas de mine ; une certaine Hélène Mar y vivait après-guerre, elle y a élevé son neveu Jean-Philippe. Alors on l’imagine, l’ado, futur Johnny Hallyday, faire le mur et rejoindre ses copains. Au carrefour tout proche, se dresse en effet l’église de la Trinité avec, de l’autre côté, devant le parvis, le petit square avec ses arbres.

    Alors qu’est-ce qui nous empêche de nous asseoir sur un banc ? Et de nous demander, qui parmi tous ces passants du Square de la Trinité, ces habitants pour prendre le temps de regarder, d’imaginer, ce qui était à l’époque le repaire de la bande des blousons noirs du quartier. Je dis du quartier car il arrive à la bande à Johnny de se promener en espérant croiser celle du Sacré-Coeur et de pouvoir se friter avec elle.

    Ah il est loin le bébé Jean-Phi qui s’est fait baptiser dans cette église. C’est aujourd’hui un grand gamin de la bande qui tourne à moto comme Marlon Brando dans L'équipée sauvage. Enfin bon, pas en Harley Davidson, hein, mais en Vespa qu’il emprunte sans le consentement de son propriétaire, le plus souvent. Et qui cherche la bagarre aussi, comme dans La fureur de vivre avec James Dean. Sauf que James Dean ne veut pas se battre dans ce film, ils ont pas bien capté, les titis parisiens, trop fascinés par cet univers de l’adolescence américaine qu’ils découvrent pour la première fois au cinéma. Et c’est vrai que transposé dans ce Paris toujours ancré dans le début du siècle, ça ne le fait pas. Son pote du square Claude Moine, qui ne s’appelle pas encore Eddy, est bien de cet avis. Et puis il y aussi Slip, enfin celui qu’ils ont surnommé comme ça, celui qui se trimballe avec une guitare dans le dos comme Johnny et qui se nomme Jacques Dutronc.

    7 min
  • Le génie du pianiste, Michel Berger (Ep.5)
    Michel Berger, ce bourreau de travail qui ne savait pas s’arrêter de peur d’être rattrapé par ses angoisses d’homme abandonné, oui, ce Michel Berger avait-il des rêves ? En tout cas, au début des années 80, un immense bonheur lui tombe dessus. Lui qui quinze ans plus tôt avait arrêté de chanter car, disait-il, les Français ne pouvaient pas suivre les Américains et les Anglais sur leur propre terrain, enregistre désormais à Hollywood, Los Angeles. Auteur, compositeur, producteur et mari de France Gall, Berger s’est non seulement remis à la chanson mais en est déjà à son sixième album. 1980 a d’ailleurs été l’année de France et Michel : 5 tubes à eux d’eux et leurs albums respectifs au sommet des ventes, ils ont même séduit Elton John qui souhaite travailler avec France Gall, et lui, bien sûr.

    Fin août, Michel est donc en studio à Hollywood avec la déjà légendaire équipe d’Elton John pour l’enregistrement des trois premiers titres d’un album à venir. Michel a écrit et composé le premier titre, et écrit le texte du second sur une musique d’Elton qui lui demande des conseils de prononciation en français. Le courant passe très bien entre les deux hommes : Michel tente de s’adapter à son style, Elton lui laisse le champ libre à la production. Précisons qu’il en profite aussi pour essayer les costumes de la prochaine tournée dans le studio juste à côté. Le troisième titre sur lequel ils travaillent ne sera jamais terminé, comme le reste de l’album du duo France Gall – Elton John. Il n’y aura pas de tournée non plus mais un nouvel album pour France Gall qui atteindra pour la première fois le million d‘exemplaires. L’adolescente star des sixties devient alors la favorite des nouvelles radios libres ouvrant le robinet des années Berger qui assoit son influence jusqu’à l’improbable mais très réussi nouvel album de Johnny Hallyday en 1985.

    Pourtant, la fortune et la gloire ne parviennent pas à tuer cette mélancolie qui pèse sur la vie de Michel Berger. La série noire des proches qui partent trop tôt ne semble pas vouloir cesser : Joe Dassin en 1980, Bernard Hamburger, son frère aîné deux ans plus tard, Daniel Balavoine et Coluche (le parrain de son fils) en 1986.

    De plus, Michel souffre de ne pas être reconnu par le vrai bizness, celui des anglophones. Son album en anglais n’a pas trouvé preneur en 1982. Quatre ans plus tard, il doit produire Diana Ross mais sa maison de disques ne veut pas d’un inconnu, ce seront finalement les Bee Gees. Enfin, affront suprême, la même année Les Misérables de son vieux copain Claude-Michel Schoenberg triomphent sans partage au box-office américain et anglais.

    Et puis, coup de pouce d’un fan haut placé en 1988, François Mitterrand fait jouer Starmania à l’Elysée pour Lady Di et le Prince Charles. Et neuf mois plus tard, Michel entame une production de Starmania rebaptisé Tycoon en anglais pour lequel il va réunir une brochette de stars dont le chanteur de Cock Robin qui lui offre son premier hit britannique. Malheureusement Tycoon ne sera jamais joué ni à Londres, ni à Broadway, emporté au paradis par la disparition brutale de son compositeur.
    8 min
  • Le génie du pianiste, Michel Berger (Ep.4)
    “Il n’y a pas de hasard”. Une phrase qu’on entend régulièrement aujourd’hui dans la conversation. Et qui convient admirablement à propos de l’union artistique et amoureuse de Michel Berger et Véronique Sanson. Est-ce un hasard si leurs deux pères se sont rencontrés, avant leur naissance, dans la résistance, sans pour autant nouer de liens. L’affaire aurait dû rester sans suite mais voilà que les deux mamans aussi se connaissent, et se fréquentent. Mais alors qu’on pourrait croire qu’à l’occasion des dîners qu’elles organisent ou des goûters d’anniversaire de leurs enfants, les deux jeunes ont commencé à se fréquenter, et bien, non, à nouveau pas du tout. Il ne se passe rien durant leur enfance ni adolescence.

    Ce n’est que, alors qu’il fréquente les bancs de l’université, Michel Berger se retrouve dans un pool de directeurs artistiques chez Pathé Marconi qui entre parenthèses deviendront tous riches et célèbres comme Gérard Manset (et oui, c’est lui), ou Claude Michel Schönberg, le compositeur de la fameuse comédie musicale Misérables, que Michel Berger est convié par Madame Colette Sanson à un goûter où elle a demandé à ses deux filles d’interpréter leur répertoire. Violaine et Véronique forment en effet avec un certain François Bernheim un trio qu’elles ont nommé les Roche Martin.

    Oui, il a fallu attendre ce jour-là, pour que Michel Berger accompagné de Schönberg, semble enfin voir Véronique Sanson et sa sœur pour la première fois. Il n’a d’yeux désormais que pour elles, l’affaire est entendue : Schönberg et lui vont s’occuper d’elles. La suite on la connaît. Le travail en commun débouche sur une histoire commune. Puis vient la révélation de la chanteuse Véronique Sanson mais aussi du style Berger.

    Ainsi quand France Gall entend pour la première fois à la radio un extrait du premier album de Michel Berger et file l’acheter chez un disquaire pour l’écouter. Elle est tellement frappée par la ressemblance avec Véronique Sanson qu’elle en vient à croire qu’il imite, et imagine même casser le 33 Tours, avant d’apprendre que Michel est à la base de sa carrière. Un Michel Berger n’est plus le garçon réservé qu’il a été. C’est un homme meurtri par un amour malheureux et le terrible choc d’un abandon brutal. Partie acheter des cigarettes et jamais revenue. Véronique s’envole pour les Etats-Unis, suivant une rockstar américaine, sans crier gare, sans une explication. Michel est dévasté, il se retrouve une fois de plus, une fois de trop dans la situation de l’abandonné, comme quand son père a déclaré ne plus le reconnaître et a coupé les ponts pour refaire sa vie ailleurs.

    Michel se révèle inflexible, il ne veut pas travailler avec France Gall et le lui dit sans ménagement. Mais France ne lâche rien, fait le siège de la forteresse, jusqu’à ce que l’opportunité de faire une voix sur l’album de Michel se présente. Berger est alors frappé par ce qu’il entend, loin du souvenir qu’il avait gardé de celle qu’il avait bien évidemment croisée du temps des yéyés et qui n’est plus une ado à présent, comme lui après tout, même si elle en a toujours le physique et les traits. Alors, à l’heure où Berger remet la carrière de Françoise Hardy en selle, il reprend aussi celle de France Gall, qui a dit “à corps perdu”.
    11 min
  • Le génie du pianiste, Michel Berger (Ep.3)
    Juin 1963, si les Britanniques commencent à se méconduire quand elles voient leurs nouvelles idoles, les Beatles ne sont pas encore arrivés en France. La jeunesse parisienne vit encore à l’heure américaine grâce à Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et Dick Rivers. On les appelle les Yéyés et il en pousse quinze nouveaux par mois dont presque tous disparaissent aussitôt qu’ils sont arrivés. Il faut dire que les firmes de disques signent tout ce qui passe, enregistrent et abandonnent aussi sec si le premier single, pressé à 200 exemplaires, ne marche pas.

    Heureusement pour Michel Berger, 16 ans, son disque est le « Chouchou de la semaine » de l’émission Salut les Copains sur Europe 1. Michel a donc droit à un passage au début et à la fin de l’émission, écoutée par un million de paires d’oreilles, au moins, et article dans le magazine pour lequel Jean-Marie Périer fait le déplacement jusqu’à la maison de vacances de la nouvelle vedette. Pour l’occasion, la jeune Première Marlène Jobert pose avec lui sur les photos du reportage. Elle n’est pas là par hasard : Marlène est une amie de sa sœur aînée, Franka, et elle est aussi courtisée par son frère Bernard.

    Contrairement à Eddy, Johnny et Dick, Michel ne change rien à son quotidien qui se résume en dehors de la promotion et des galas, aux cours et aux devoirs. L’argent ne change rien puisqu’il n’en a jamais manqué à la maison. Bien sûr qu’il a le trac lors de sa première télé. Il ne remarque d’ailleurs pas une débutante comme lui qui vient y chanter son premier tube. Oui, à part quelques mauvaises expériences comme la huée du public de l’Olympia alors qu’il assure la première partie des Kinks (c’était pas vraiment une bonne idée, pas le même public), Michel Berger est un Yéyé à succès. Les sept disques qu’il publie ont plutôt bien marché, sans casser la baraque, hein, et même si pour s’en défendre, Michel dira plus tard : ça ne veut rien dire, tout marchait à l’époque. Une politesse de plus car cela est faux, bien évidemment.

    Et pourtant, alors que le 12 avril 1966, il pose avec tous les Copains yéyés pour ce qu’on appellera un jour la photo du siècle, devant l’objectif de Jean-Marie Périer, Michel Berger décide d’arrêter les frais. En effet, en cette année où les Américains et surtout les Anglais comme les Beatles, Rolling Stones et Bob Dylan publient chef d’œuvre sur chef d’œuvre, Michel dit qu’ils ont pris trop d’avance : les Français ne peuvent plus les suivre sur leur terrain. Michel arrête la chanson, passe son bac et rentre à la Fac. Oui, après un bac philo, il entame une maîtrise de Philosophie, dit-il, parce son voisin est un passionné, ce dont Jacques Attali, le voisin, c’était lui, a eu l’occasion depuis de démentir : Michel était modeste, il avait de solides bases en philo, et pas que. D’ailleurs les examinateurs de sa maîtrise ne sont pas près d’en oublier le thème : L’esthétique de la musique pop, dans laquelle il se lance dans l’exégèse de deux albums de Jimi Hendrix.

    Car si Michel a quitté le monde de la chanson en tant qu’interprète, il a accepté de sa maison de disques un rôle de directeur artistique. Alors qu’il est toujours étudiant, vous le croyez ça. Bon, on est dans les années 60, alors c’est vrai, pour tous ces gars qui gèrent la carrière d’Edith Piaf ou des Compagnons de la Chanson, qui mieux qu’un Yéyé de bonne famille pour dénicher et s’occuper d’autres yéyés.
    9 min
  • Le génie du pianiste, Michel Berger (Ep.2)
    Ce n’est un secret pour personne, il y a dans la musique de Michel Berger et les histoires qu’il raconte, une infinie mélancolie. Et tous ceux de sa génération qui l’ont vu évoluer et parler à la télé ont ressenti que malgré la réussite artistique et la vie du couple idéalisé qu’il formait avec France Gall, cet homme n’a pas été heureux. Il a connu des joies, nombreuses, mais il n’a pas réussi à se construire un monde achevé, encore moins parfait dans sa tête. Sans doute est-ce ce qui nous a touché le plus dans sa musique.

    Bien sûr, je vous ai parlé du drame de sa vie avec un père célèbre qui prétexte l’amnésie pour abandonner sa famille. Mais il y a bien plus encore. Regardez Michel jouer du piano : il a tout du concertiste, n’est-ce pas ? Il a sûrement fait le conservatoire. Et bien pas du tout. Non, Michel, quand il suit les cours de piano, à domicile, a bien du mal à se concentrer sur Chopin et Beethoven. Il faut dire que les professeurs ennuyeux ont du mal à rivaliser en cette fin des années cinquante avec cette musique qui vient des Etats-Unis, le rock’n’roll.

    Pour Michel, comme pour la plupart des jeunes de sa génération, cette musique occupe toute la place dans sa vie. Il passe ainsi des heures à écouter le single  What’d I Say de Ray Charles. Et que dire du grand Jerry Lee Lewis qui, lui, a trouvé comment jouer du piano d’une manière intéressante. Mais voilà, jamais dans sa famille qui vit dans un hôtel particulier avec personnel de maison, où on doit toujours bien se tenir y compris le dimanche, il ne pourrait pas ôter sa cravate, ni monter sur son piano et encore moins, en jouer debout. Non, lui, le seul truc rythmé qu’on l’autorise à jouer, c’est du Gershwin. Mais Michel ne se révolte pas : pas assez de force ni de soutien pour briser la couche formée par les convenances de la haute société et le drame qui pèse sur le noyau familial, autant qu’il ne l’a soudé.

    Même quand Michel commence à jouer du rock avec deux copains de lycée, aussi guindés que lui, il demeure un Hamburger ou un Haas-Guggenheim selon qu’on lui trouve une ressemblance avec son père ou sa mère.

    Alors quand avec ses comparses, il se rend à l’audition des disques Pathé-Marconi annoncée par le journal France Soir, Michel a du mal de jouer à être un autre que lui-même. Difficile. Impossible, coincé dans l’uniforme de son école, de faire comme Dick Rivers des Chats Sauvages, ce Niçois de 16 ans, un an de plus que lui, devenu une star et découvert par Jacques Scingland, l’homme devant lequel Michel se tient.

    Et quand il entend dire cet homme à qui il faut plaire lors de cette audition des idoles de demain : C’est bien, ça, Petit, ce que vous venez de jouer. Tu t’appelles comment ?, Michel n’en croit pas ses oreilles. Comment a-t-il pu déceler dans le jeune bourge qu’il est, qui est loin d’avoir l’insolence d’Eddy Mitchell ni le charisme de Johnny Hallyday, l'attraction qu’il va exercer sur le public et le métier de la chanson ? C’est vrai, quand on vous dit ça, c’est qu’on va vous engager. Mais quelle était sa question déjà ? Ah oui, tu t'appelles comment.

    Et là, Michel, qui en a assez qu’on lui parle de pommes frites à cause du nom de ce père qu’il ne connaît pas, répond : Berger, Monsieur, je m’appelle Michel Berger.

    8 min
  • Le génie du pianiste, Michel Berger (Ep.1)
    On garde de Michel Berger, de très nombreuses mélodies et un son, celui du piano, son compagnon depuis la tendre enfance. Une enfance qui entre un père, héritier d’une dynastie d’antiquaires d’Amsterdam et une mère, fille de bijoutiers et amie de Francis Poulenc, l’immense compositeur du Paris de l’âge d’or, une enfance donc qui aurait dû être heureuse. Mais il n’en a rien été.

    Car quand est né Michel Berger ? En 1947, sous le nom de Michel-Jean Hamburger ? Ou plutôt ce terrible jour de 1954 quand il rend visite à son père qui a subi une terrible opération chirurgicale où il a failli rester.

    Que faites-vous là ? Qui êtes-vous ?, s’exclame-t-il depuis son lit en le désignant avec sa mère, son frère et sa sœur. Infirmière, pouvez-vous demander à ces gens de partir ? Je ne les connais pas et ils me fatiguent. 

    Votre papa est devenu amnésique. Il ne nous reconnaît plus mais ne vous inquiétez pas, la mémoire lui reviendra.

    Annette, la maman, écrit donc une lettre à son mari chaque lundi pour lui donner des nouvelles, espérant l’aider à retrouver la mémoire. Elle va le faire durant près de quarante ans sans jamais obtenir de réponse. Amnésie étrange car Jean Hamburger, brillant académicien, philosophe et médecin, n’a par contre rien oublié de ses immenses connaissances et va continuer à faire progresser la médecine à l’échelle planétaire.

    Avec les années, il reverra son fils, lors de déjeuners occasionnels, extrêmement froids et distants. Le personnage public qu’il est, admet admirer ce que son fils est devenu lors d’interviews à la télé et la radio. Mais il se montre irrité quand on lui demande s’il est le père de Michel Berger ? Michel, comme sa sœur cadette Franka, pas dupes, ont abandonné la première syllabe du nom de cet homme qui les a, lui, abandonnés pour vivre libre entre guillemets, de la manière la plus lâche qui soit. Alors oui, la musique de Michel, d’une éternelle mélancolie, sa façon singulière de jouer du piano et de composer trouvent sûrement, aux côtés d’une passion pour le rock anglo-saxon, son origine dans ce drame de l’abandon précoce et de l’absence de réponse.

    Car pour le reste, Michel et sa famille ne sont heureusement pas dans le besoin. Michel a grandi dans un monde aisé marqué par la culture française de l’entre-deux-guerres, le paradis blanc du grand salon familial où brillent un Steinway et un Pleyel.

    Signe du destin ? Son père Jean Hamburger est parti quelques mois avant lui, en février 1992. Présents à la lecture du testament, Michel et sa sœur découvrent que leur père ne les y cite même pas : il les a déshérités sachant pertinemment que la loi le lui interdisait. Et pourtant, en vidant l’appartement paternel, découvrant enfin son univers, Franka découvre une grande valise contenant toutes les lettres que sa mère a écrites à son père. Le plus étrange est qu’elles ont toutes été ouvertes, lues et relues. Un nouveau mystère qui restera sans réponse. On ne s’étonnera donc pas que Michel se soit si jeune créé un univers dans lequel il a trouvé refuge toute sa vie : la musique. Mais écoutez bien les paroles de Quelques mots d'amour ...
    8 min
  • Une nuit à New York (Episode 5)
    Ces quelques notes de piano sur lesquelles viennent se poser un harmonica, ce n’est pas banal. C’est vrai, dans notre inconscient collectif, la guitare et l’harmonica sont inséparables pour un chanteur folk. Si le chanteur Billy Joël voulait se faire remarquer, il a mis dans le mille. Mais bon, c’est surtout de sa propre histoire dont il est question dans cette chanson, qui est en tout point singulière et rappelle que le succès est parfois, souvent, le résultat de nos échecs. Je vous raconte.

    En 1973, lorsque les Américains et les Européens découvrent ce qui est le premier tube de Billy Joël, qui pour se douter que ce musicien de 34 ans a déjà plusieurs vies derrière lui. Tout a commencé dans son New Jersey natal, à un saut de puce de New York où jeune pianiste et organiste surdoué, Billy, dopé par la musique des Beatles connaît dans les années 60 son premier hit local avec un groupe de bal. Et ça change tout dans leur existence : les voilà qui passent des salles de fêtes à la télé, locale aussi, mais enfin New York et le New Jersey, c’est déjà pas mal !

    Ils ne gagnent pas des fortunes, alors Billy loge dans la maison du batteur du groupe qui est aussi son meilleur ami, et de sa famille. Ils en profitent pour y installer le local de répétition et l’ont surnommé logiquement The rock house. Mais voilà catastrophe, Billy tombe amoureux de la femme de son logeur et meilleur pote, une femme qui répond à ses sentiments. Vous imaginez le drame, la séparation du couple et du groupe, tout le monde finit par se retrouver seul et Billy, rongé par la culpabilité, lâche prise, fait une tentative de suicide, se retrouve SDF, avant de remonter la pente car, coup de bol, un producteur de Los Angeles a entendu ses chansons et veut le signer.

    Billy qui s’est finalement mis en ménage avec la femme de son pote, qui lui a entretemps pardonné, fait le grand saut avec elle jusqu’à L.A. et enregistre un album en 1971 qui ne le mène nulle part. La firme de disques ne suit pas, le groupe en tournée n’est pas payé, bref, il se retrouve à nouveau sans le sou mais avec cette fois, une famille à nourrir et une maison à payer. Alors, pour gagner sa vie, il se fait engager comme pianiste du bar d’un hôtel, sous le nom de Bill Martin, au cas où quelqu’un le reconnaîtrait. Évidemment, avec un talent pareil, pas une semaine sans qu’un gars ne lui dise, je suis agent, je suis producteur, je pourrais produire votre disque. Billy se garde bien de dire qu’il a déjà un contrat, et dont il voudrait sortir. Mais voilà, il tire de la faune qu’il fréquente dans ce bar tous les samedis soirs une histoire qui devient une chanson bouleversante, un premier tube qui lui permet de revenir dans sa ville, New York, à la Columbia, la firme qui édite déjà d’autres grandes incarnations de cette ville : Bob Dylan, Simon & Garfunkel et à présent, Bruce Springsteen.

    Alors, il va la raconter, la vie et la faune new yorkaise, avec ses gens simples, ses bars et restaurants italiens. Et parmi tout cet extraordinaire répertoire, une chanson montre à quel point il est fier et heureux d’être revenu dans sa ville. C’est celle qu’il a écrite dès son retour, dans un bus, le long de l’East River. A peine le temps de rentrer à la maison, la chanson était écrite, sa vie pouvait enfin commencer, à New York, de jour, comme de nuit, et où il retrouve les habitués de bars qui écoutent le pianiste pour oublier, le temps d’un morceau, tous les rêves qu’ils ont laissé s’échapper avec leur jeunesse.

    10 min
  • Une nuit à New York (Episode 4)
    New York est la ville la plus photographiée et la plus filmée au monde. La plus racontée aussi. Tellement que nous en avons tous une image. Là je suis sûr qu’en m’écoutant, vous en avez une en tête. Je ne sais plus qui a dit que c’est la seule ville à être mieux en vrai que sur les cartes postales mais que dire alors de New York, la nuit. C’est vrai qu’à l’heure où le soleil se couche, où des centaines de milliers de fenêtres et enseignes s’éclairent à l’électricité, cette ville étonnante change de visage, devient féérique. Sans doute parce que chaque lumière nous dit : hé, il y a quelqu'un, là-dedans, une histoire se déroule à l’intérieur, et peut-être, sans doute que cette histoire est passionnante.

    Regardez la porte de cet immeuble s’ouvrir, à deux pas de l’East River, vous voyez le type qui en sort ? Oui, il est deux heures du matin, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle ce Londonien est venu vivre ici, en 1980, dans cette ville qui ne dort jamais. Il est vrai que pour un gars qui souffre d’insomnie, Londres et l’Angleterre en général, ne sont pas réputés pour la densité de leur vie nocturne. Par contre, ici, quelle que soit l’heure, Freddie sait qu’il peut appeler un taxi pour se faire conduire en boîte et rencontrer des gens. En plus, les Américains n’ont pas encore imprimé son nouveau look cheveux courts et moustaches, on ne le reconnaît pas d’emblée. Le temps de descendre les 33 étages en ascenseur, le taxi l’attend en bas de son immeuble, le Sovereign, qui possède une vue imprenable sur Manhattan depuis l’East River.

    Et c’est vrai que c’est superbe depuis le balcon de son appart. Mais vu de si haut, la solitude, la nuit, n’en est que plus grande, elle vous donne autant l’impression de survoler la ville que d’en être exclu. Alors souvent, Freddie Mercury craque et sort. Un regard vers l’ombre du pont devenu célèbre depuis peu grâce à l’affiche du film de Woody Allen, Manhattan. Freddie est allé voir jusque-là, c’est tout près, mais le banc où le héros passe la fin de nuit avec sa maîtresse en attendant le moment où sa myriade de lumières s’éteint au lever du jour, n’existe pas. Il paraît qu’il a été placé juste pour le film.

    Freddie donne une adresse au taximan qui démarre, comme la conversation. Arrivés à un grand carrefour, le chauffeur lui demande de regarder à droite, par la vitre, un immeuble qu’il désigne.

    • Ça ne vous dit rien ?
    Freddie scrute une façade franchement décrépie mais non, rien.

    • Et ça ?
    Il lui tend alors une cassette préenregistrée que Freddie reconnaît, c’est l’album le plus vendu du moment, celui de Billy Joël, et de son tube, Honesty. Tout le monde l’a acheté à New York, dit-il. Et pas qu’ici. Freddie écoute le chauffeur lui raconter fièrement avoir assisté par hasard à la séance photo il y a quelques mois. Il avait ralenti en voyant un coin de façade éclairé par des parapluies de photographe au milieu de quelques badauds, et il avait reconnu Billy Joël. Il était, bien sûr, déjà fan ; comment ne pas l’être du type qui a chanté Piano Man, cette chanson qui raconte si justement l’Amérique la nuit, celle des bars. Il était descendu de son taxi mais avait été tenu à l’écart.

    • Quelle aventure, ironise Freddie. C’est fou les rencontres qu’on peut faire quand on est à New York. Bon, chéri, on y va ? Tu m'emmènes en boîte ?
    8 min
  • Une nuit à New York (Episode 3)
    Octobre 1987, Sting publie ce qui est déjà son troisième album solo en deux ans et une fois de plus, il s’agit d’un disque radicalement différent. Si le fait d’avoir l’année précédente perdu sa mère mais aussi participé à la tournée d’Amnesty International a assombri sa vision du monde, c’est surtout son séjour à New York qui est à l’origine de cette nouvelle métamorphose qui le place désormais très loin de ce qu’il faisait avec The Police. Un séjour que l’artiste a voulu en mode terre brûlée. Il loue un appartement simplement meublé, juste un lit et un piano, avec le téléphone débranché, il ne veut aucune distraction qui puisse nuire à une inspiration nouvelle. Pas de femmes, ni enfants, ni maîtresse, dit-il en plaisantant. OK, j’irai parfois en boîte, pour me bourrer la gueule, c’est lui qui le dit, hein. Mais la cause est entendue, l’objectif clair : une vie monacale, exclusivement consacrée à la composition et l’écriture. Sting veut ouvrir de nouveaux horizons pour sa musique. C’est vrai, en 1985, lorsqu’il a sorti son premier album solo, un énorme succès, il a trop entendu, trop lu, que c’était la suite logique de Synchronicity, le dernier album de Police.

    Alors, pourquoi New York ? Sans doute a-t-il été justement inspiré par ce qu’a déclaré Robert de Niro : « Je vais à Paris, je vais à Londres, je vais à Rome, et je dis toujours : « il n’y a pas d’autre endroit comme New York ». C’est la ville la plus excitante au monde aujourd’hui. C’est comme ça. C’est tout. ».

    Et donc chaque matin, Sting se lève, prépare lui-même sa bouffe, se rend à la salle de sport, ah oui, les années 80, c’est le grand boom du culturisme avec Schwarzie et Stallone. Il prend même des cours de piano, car ne plus composer à la guitare va l’aider à tout changer. Et dès midi, il bosse jusqu’à pas d’heure. Et puis quand au milieu de la nuit, il sent la solitude le gagner, et bien il sort. New York, la nuit. Et sa faune. Ainsi quand un gars l’arrête et lui demande Quelle est la beauté de la lune ?, au lieu de passer son chemin, Sting s’arrête et lui répond avec une citation de Shakespeare : My mistress’ eyes are nothing like the sun, le regard de ma maîtresse est un rayon de soleil. Et il repart avec ce qui va devenir la chanson Sister Moon, et en même temps, le titre du nouvel album.

    Étonnant que, Sting trouve l’inspiration d’une chanson grâce à un type bourré dans la rue, comme les Clash, sept ans plus tôt, pour une chanson de leur célèbre album Sandinista. C’est vrai qu’à Manhattan, il y a toujours quelqu’un pour vous adresser la parole dans la rue. Les Américains doivent tenir ça des Britanniques, c’est logique que les gens se parlent, mais enfin, à Londres, on dort plus la nuit qu’on ne vit, aime dire Sting.

    Et puis, au fil de ses promenades nocturnes, il rencontre aussi une grande figure de la contre-culture britannique, l’écrivain Quentin Crisp, qui est venu chercher dans cette ville un regard plus bienveillant, à tout le moins tolérant, vis-à-vis de son homosexualité. Mais voilà, l’accent et l'attitude font que même à New York, un Anglais reste un étranger, voire, un extraterrestre.





    8 min
  • Une nuit à New York (Episode 2)
    Certains d’entre vous ont déjà vu durant leurs vacances, New York la nuit. Comment résister à une balade qui nous met inévitablement dans les pas de tant de cinéastes, photographes, chanteurs, compositeurs, écrivains et acteurs qui ont marqué notre imagination. Et vous vous y êtes cru, hein ? Vous vous êtes revu dans votre fauteuil à regarder Breakfast at Tiffany’s, Vous avez un message ou encore Mad Men. Tant de films, tant de séries, impossible de les citer tous. Et puis il y a les chansons, de Bob Dylan à Lady Gaga, en passant par Simon & Garfunkel, Bruce Springsteen et Taylor Swift.

    New York, la nuit. La ville qui ne dort jamais, comme dit la chanson. Tout le monde connaît New York New York. Les néons de Times Square qui éclaboussent Broadway de leurs couleurs, les sirènes de police qui déchirent l’air, les taxis jaunes qui filent vers le pont de Brooklyn, les patineurs en décembre sur Rockfeller Plaza, chaque quartier ou coin de rue a déjà été filmé, chanté, raconté, bref, a été immortalisé. Robert De Niro, en Taxi Driver, fou de solitude, Al Pacino dans la peau de Serpico, le flic désabusé, Woody Allen qui regarde l’aube se lever sur Manhattan, et John Travolta dansant dans une discothèque de Brooklyn sur un titre des Bee Gees ; la nuit new-yorkaise, c’est cette promesse de fiction qui se transforme en réalité.

    Car la nuit à New York, c’est le grand écart : les paillettes et la misère, les comédies musicales de Broadway et le jazz enfumé dans les clubs de Harlem, la réussite et la ruine à Wall Street et bien sûr l’Empire State Building et les façades sombres du Bronx. Les rêves s’y font et s’y brisent, mais toujours sur fond de musique et d’histoires, comme si la ville refusait le silence.

    Et la chanson ne dément pas. Frank Sinatra, je vous l’ai dit. Mais aussi Madonna, dansant sur un taxi, Lou Reed qui erre poétiquement dans l’underground, les bas-fonds, et à l’opposé Jay-Z et Alicia Keys érigeant New York en cathédrale pop avec Empire State of Mind.

    Alors chaque soir, le rideau se lève. Vous le savez, vous y avez assisté. Les projecteurs éclairent Manhattan, un réalisateur invisible crie « Action ! ». Et vous, simple passant, devenez pour quelques heures l’acteur d’un film plus grand que vous. Parce qu’à New York, la nuit, la légende ne s’arrête jamais. Comme disait Simone de Beauvoir : “Il y a quelque chose dans l’air de New York qui rend le sommeil inutile.”
    8 min

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Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Ce podcast incontournable vous fait voyager à travers les époques, en…

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