La Story Nostalgie

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La Story Nostalgie episodes

  • Septembre 1989 pour Jean-Louis Aubert et toujours en été
    Premier septembre 1989, c’est toujours l’été, les années 80 se terminent sans qu’on ne fasse trop attention à la décennie de fous qu’on vient de vivre. Dix années où tout est arrivé, où la révolution du monde du cinéma, de la musique, de la télé et des jeux vidéos a donné des couleurs comme rarement à deux générations de teenagers qui s’y sont superposés en partageant la même production foisonnante de ce qu’on n’appelle pas encore la Pop Culture.

    Finalement, le seul moment mélancolique de ces années folles ce premier septembre, n’est-il pas la nouvelle chanson de Jean-Louis Aubert qui paraît en single. Il y a évidemment mille façons de comprendre ce texte mais il faut bien avouer qu’elle noue la gorge et l’estomac, elle nous parle ! La fin d’une époque, fin d’un amour et bien sûr, pour Jean-Louis, la fin de Téléphone.

    Alors on les imagine, avec son aide poétique et musicale, les quatre membres de Téléphone qui n’ont pas pu aller plus loin ensemble que le milieu des années 80. Deux par deux, ils ne s’entendent plus. Jean-Louis et Corinne n’aiment pas les nouvelles chansons mièvres de Jean-Louis, malgré les ventes astronomiques du nouveau single. Ils s’entendent sur l’insistance de Jean-Louis et Richard, et puis du manager de Téléphone enregistrer un nouvel album. Puis ils feront un break, pas de tournée. Et certainement pas Bercy, la nouvelle salle qui leur tend les bras.

    Mais dès le premier jour des répétitions, Corinne pose sa basse. Les titres de Jean-Louis, Juste une illusion et Plâtre et ciment, ne sont vraiment pas, dit-elle, des chansons pour Téléphone. Elle n’y arrive pas, n’y arrive plus. La répétition tourne court, on se perd dans de longues discussions stériles sur la direction musicale du groupe, et bien sûr les énormes enjeux financiers désormais autour du groupe. Où est encore le rock’n’roll dans ce qu’ils font ?

    C’est vrai, dit Jean-Louis, j’ai l’impression d’aller à l’usine en venant à cette répétition, ça ne va pas. C’était pas comme ça, avant.

    Une réunion est fixée quelques jours plus tard dans le café de la rue de Belleville qui huit ans plus tôt avait vu les débuts improbables de cette bande de jeunes fous, un peu destroy, dont la vie pulsait au rythme du rock, des copains et de la fête. On n’en est plus là. L’entrevue prend des airs de dernier verre ensemble avec au-dessus de leur tête le nom tout aussi improbable de leur projet commun : Téléphone. Aucun d’eux n’est soulagé ni joyeux, c’est dans une atmosphère de profonde tristesse qu’ils disent adieu au bistrot de quartier de leur jeunesse et à leur aventure folle. Un adieu alourdi par le courrier des fans qui leur reprochent de les abandonner, là, au milieu de cette décennie qui, décidément, n’a pas été avare de surprises, bonnes et mauvaises.
    8 min
  • Septembre 1977 pour Blondie et toujours en été
    L’été 1977 n’est pas seulement celui où Star Wars triomphe dans les salles américaines et où les Bee Gees enregistrent Saturday Night Fever dans un studio de la région parisienne. Ça étonne toujours, hein, que ces chansons qui incarnent tellement les mythiques discothèques d’Amérique aient été enregistrées par des Anglais dans la campagne française. Et encore, s’il n’y avait que ça. Car en cette année 1977, il y a aussi le punk qui explose à Londres avec les Clash et les Sex Pistols, une musique pourtant au départ typiquement américaine. C’est vrai, la principale colonie se développe depuis maintenant trois bonnes années dans les squats et boîtes pourries de Manhattan. Une véritable fourmilière, une jeunesse aussi remuante et active que le furent bien avant eux des Bob Dylan, Lou Reed et autres Andy Warhol. Disons que l’actuelle est plus radicale musicalement, moins optimiste dans l’esprit mais toujours partante pour une partie de rigolade, peu importe le carburant. Ils n’ont pas un balle, vivent de rien, mangent rarement, ingèrent tout ce qui se boit et s’inhale, alors avec un pédigrée pareil, on n’aurait jamais dû entendre parler d’eux. Mais on est à New York, la ville où si on se fait connaître, on devient célèbre dans le monde entier, dit la chanson.

    Et c’est vrai que tous ces groupes punks sont signés les uns après les autres par de grandes firmes de disques, ils s'appellent les Talking Heads, Televison ou encore les Ramones. Les seuls de la bande qui sont à la traîne, ce sont les plus barrés mais aussi les plus actifs artistiquement : Blondie. Pourquoi pas eux ? C’est ce que se disent souvent Debbie Harry, la chanteuse, et son compagnon Chris Stein, photographe et guitariste, et leader du groupe. Et quand enfin, un label daigne enfin s’intéresser à d’eux, c’est pas le plus grand. Loin s’en faut. Tenez, on n’a même pas retenu le nom : Private Stock. Mais ils ont le mérite d’y croire. Un 45 Tours d’abord, qui ne marche pas, puis un album, intitulé Blondie qui ne marche pas terrible non plus, sauf en Australie, où un single devient N°1. 

    Mais quand Blondie débarque en Grande-Bretagne, tout change. Le public, d’abord, punk jusqu’à l’os qui pogote du sol au plafond pendant les concerts, puis la presse. Alors que fait leur manager, il va trouver une des grandes maisons de disques britanniques, très actives dans la new wave et leur vend Blondie. Il fait le truc à l’envers ! Chrysalis, c’est son nom, rachète le contrat au petit label new yorkais, et signe avec Blondie ce premier septembre 1977. Dans les bagages de l’album qui est en cours d’enregistrement, un cover dont Blondie a la spécialité, version dynamitée d’un hit view doo wop de 1963 … Denise devient Denis pour des raisons évidentes, et je vais vous dire : tout le monde aurait aimé se prénommer comme ça, Denis, quand Debbie l’a chanté jusqu’au sommet des hits parades européens.
    6 min
  • Septembre 1965 et toujours en été pour les Rolling Stones
    Je pense ne pas me tromper en disant que certains d’entre vous doivent garder un souvenir de ce mois de septembre 1965. De cet été qui semble ne pas vouloir en finir avec des bandes de jeunes qui tournent à moto sur la place en écoutant les Animals, les Beatles, et bien sûr, les copains, les yéyés. Les deux tubes de cet été, les premiers de l’Histoire de notre pop culture ne sont-ils pas Capri, c’est fini d’Hervé Vilard et Aline de Christophe ?

    Mais en ce mois de septembre 65, c’est une chanson d’un groupe qu’on n’a pas vu venir qui va tout changer dans le monde de l’adolescence. En effet, si les Beatles viennent par la voix de John Lennon de chanter, pour la première fois, autre chose que des histoires de garçons et filles, ce sont les Rolling Stones qui se mettent à tracer clairement une ligne de démarcation entre les deux générations parents – enfants.

    Un peu moins de quatre minutes, quelques riffs de guitare saturée et cinq mots chantés par Mick Jagger en feu d'artifice, et le monde bascule. Car oui les jeunes d’aujourd’hui sont blasés par le monde des aînés. Et pourtant, Mick Jagger le chante : c’est pas faute d’avoir essayé de s’y faire. Le succès prodigieux de ce titre va souder la génération des teenagers sur la piste de danse, et transformer la sortie du samedi soir en communion incantatoire. Et pourtant, il s’en est fallu de peu pour que tout cela n’arrive pas.

    Tout d’abord parce que ce matin-là, quand Keith Richards, le guitariste des Rolling Stones, se réveille chez lui à Londres, il porte encore dans le palais le goût d’une nuit qui a été passablement arosée. Arrivé devant son enregistreur, il est étonné de voir que la cassette qu’il avait glissée dedans la veille, ça il se le rappelle, est au bout de la bande. Alors, il la rebobine et entend ces notes qu’il a enregistrées mais dont il ne garde aucun souvenir. Rapide coup de d’œil dans l’appartement, non il n’y a personne, c’est bien lui qui a joué ces notes, d’ailleurs il s’entend ronfler sur le reste de la bande.

    Lorsque quelques jours plus tard, au bord d’une piscine à Miami, en pleine tournée des Stones, il fait entendre ces notes à Mick Jagger, son regard s’illumine. Et voilà qu’il écrit sur le champ le texte de la chanson qu’ils enregistrent aussitôt. Richards joue ses riffs sur sa guitare électrique mais dit au producteur et manager des Rolling Stones qu’il doit les remplacer par des cuivres genre Motown. Andrew Loog Oldham, c’est son nom, n’est pas de cet avis, alors que fait-il : il publie le 45 tours dans cette version, aux Etats-Unis uniquement, fin mai ,sans l’avoir consulté, faisant des Rolling Stones, groupe de blues anglais à succès, des stars mondiales du rock’n’roll. Mieux ! Des modèles pour une génération qui va réclamer un monde nouveau.

    Alors oui, on peut dire que le Summer of love, la contestation contre la guerre au Vietnam, Mai 68, tout cela a pris racine avec le premier numéro 1 américain des Stones, un 3 septembre 1965, grâce à un sillon gravé dans le rock.
    8 min
  • Septembre 1984 et toujours en été pour Tina Turner
    En septembre, l’été n’est pas un vain mot aux Etats-Unis. Et en cette année 1984, il a été sonorisé par les nouveaux albums de Michael Jackson, Prince, Van Halen et The Police, et pour cause, on les écoute encore autant 40 ans après. Mais si ce n’était que ça car ce 1er septembre se produit un événement improbable : Tina Turner est N°1 au Billboard. Qui l’eût cru. Personne n’aurait osé miser un cent sur Tina. En effet, depuis qu’elle avait disparu de la chambre d’hôtel de Las Vegas où elle devait donner un concert avec son mari Ike Turner, si Tina avait mis un terme à sa vie de femme battue, elle avait échoué à retrouver le succès. Le public américain voulait Ike & Tina Turner pas Tina toute seule, comme le prouve l’échec de différents disques dont un carrément disco, l’énergie du désespoir, à la fin des années 70. 

    Aussi quand en 1983, Tina qui n’a plus accès qu’à des salles de seconde zone dans son pays est trop heureuse quand le groupe New Wave anglais Heaven 17 lui propose de produire un titre sur leur label, à Londres. Tina est loin de son univers rock mais le 45 Tours fait un hit en Europe et dans les classements soul en Amérique. La firme Capitol qui a signé Tina Turner à Londres voudrait sortir un album mais voilà, Capitol US refuse. Vous imaginez le truc, c’est son pays, hein, mais non, on estime en haut lieu que la promo va coûter trop cher pour ne pas vendre grand chose. Ce n’est donc pas la joie.

    Mais voilà, au cours de ce printemps - été 1983, une toute nouvelle signature de Capitol America fait exploser les records de vente : David Bowie. Et quand il débarque pour la promotion de son nouvel album, Let’s Dance, alors que le single démarre sur les chapeaux de roue et qu’on entend plus que lui à la radio, les pontes de la firme de disques lui ont préparé une belle soirée new yorkaise avec grand restaurant et tout le toutim.

    Ah non, répond Bowie, j’peux pas, je vais voir ma chanteuse préférée.

    Qui ?

    Tina Turner. 

    Il faut dire que Tina vient de reprendre un de ses vieux titres avec les gars de Heaven 17, le cover figurant en face B, n’est pas génial mais c’est la chanson d’un album dont l’insuccès avait laissé Bowie sur sa faim dix ans auparavant. 

    Alors que fait le staff de Capitol, il accompagne son artiste évidemment, au Ritz, et se retrouvent avec entre autres Keith Richards et le tennisman John McEnroe. Tina est à la hauteur du challenge, elle emballe le public et quand en applaudissant, Bowie se retourne vers eux en disant : vous devriez sortir son album. Mais bien sûr, David. Voilà comment en ce premier septembre 84, grâce au petit coup de pouce de David Bowie, Tina Turner se retrouve N°1 pour la première fois de sa carrière alors que tout le monde s’attendait à la voir disparaître dans l’arrière-boutique du showbiz. Avec un single qu’elle n’aimait pas, en plus ! Non, elle en aurait préféré un autre, plus rock, mais bon, elle ne va pas faire la fine bouche.
    8 min
  • Septembre 2001 et toujours en été pour Michael Jackson
    Le 7 septembre 2001, c’est toujours l’été à New York. Une température qui varie entre 25 et 30°C, de rares passages nuageux, c’est l’été indien comme on l’aime à Manhattan doit avoir lieu l’événement de l’année. En effet, ce soir à Madison Square Garden a lieu la première des deux représentations célébrant les 30 ans de carrière de Michael Jackson ? A 43 ans, c’est pas mal, hein ? Et encore ce sont les 30 ans du premier disque des Jacksons Five, avec qui il va jouer ce soir. Imaginez le truc, tous les frères Jackson seront sur scène pour un bon best of de leurs hits, c’est historique ! Mais ce n’est pas tout puisqu’une pléiade de géants de la pop, de Whitney Houston à Ray Charles en passant par Usher, Britney Spears et les Destiny’s Child, seront aussi de la partie. Et puis bien sûr, Michael terminera seul avec trois titres dont son nouveau single, et oui, il s’agit aussi et surtout d’un programme télé pour CBS afin de lancer le nouvel album de Michael. Un Michael dont les ventes de disques s’éloignent de plus en plus du record de Thriller et qui, aussi, s’est plaint de ne pas avoir eu assez de temps pour répéter un tel événement télévisé.

    20 heures, la salle est en ébullition, avec ses plus de 20.000 sièges occupés mais voilà, Michael, qui est censé assister à la première partie aux premiers rangs, n’est toujours pas arrivé. 20.30, toujours pas de Michael et il ne répond pas au téléphone. Son assistant se fait ouvrir la porte de la chambre d’hôtel où il est descendu et constate que la star de la soirée est au lit. Il dort.

     T’as pris quelque chose ?

    Du Demorol, j’avais trop mal au dos.

    On se fiche de ce que tu as pris. Tu dois monter sur scène.

    Michael arrive très en retard et mal en point, au bras d’Elizabeth Taylor. Sous les flashes des photographes, il répond mécaniquement à une ou deux questions, comme un zombie. Ambiance Thriller. Et arrivé en coulisses, il dort debout. C’est la panique à la production, on a du mal à croire qu’il puisse assurer. Mais il y arrive malgré quelques hésitations, et bien sûr, une légère déception dans le public. Heureusement qu’il y a une seconde représentation dans trois jours, Michael a le temps de mettre au point ce qui ne fonctionne pas, et surtout d’être clair, en forme ce 10 septembre 2001 au soir.

    Même si l’audience cumulée des deux diffusions sur CBS de cette célébration dépassera les 70 millions de téléspectateurs en novembre, un chiffre ahurissant, ce ne seront cependant pas ces images que nous garderons imprimées de ce mois de septembre 2001 et qui vont, on le comprend, faire passer au second plan la sortie du nouvel album de Michael Jackson.
    8 min
  • Laurent Voulzy : là où il va, c'est Mélancollection (Episode 5)
    Laurent Voulzy n’a jamais été un homme pressé. Chaque chanson est un voyage, un paysage sonore où le temps semble s’arrêter ou revenir. Depuis ses débuts avec Rockollection, il a toujours su mêler nostalgie, poésie et mélodies lumineuses. En 1977, à 29 ans, il veut déjà raconter sa jeunesse avec les chansons qui l’ont fait rêver. L’idée est folle : un patchwork de hits anglais des sixties, avec ses propres mots et sa propre voix. Chaque accord, chaque refrain, est un fragment de mémoire. Il trouve même un titre : Mélancollection. Mélancolie + collection. Parce que oui, il y a une douceur triste ou une nostalgie heureuse dans ses souvenirs.

    Le producteur, lui, fronce les sourcils : C’est trop triste, Laurent. Le public ne suivra pas. Voulzy hésite. Il aime ce mot. Cette idée que sa chanson respire un peu de nostalgie. Après quelques discussions, ils trouvent le compromis parfait : Rockollection. Rock, pour le rythme, l’énergie. Collection, pour le côté souvenirs. Et ça fonctionne. Tout est là : la nostalgie reste, mais elle danse. À la sortie du single, c’est l’explosion. Les adolescents encore à l’âge de lire Podium découvrent une manière de revivre leurs propres souvenirs. Les adultes retrouvent les leurs, qui datent de bien avant.

    Cet énorme succès en poche, à travers les années et les décennies qui ont suivi, Laurent Voulzy a tissé patiemment, et lentement, une discographie où la lumière, le rêve et le temps se sont entrelacés. Et le voyage a continué, toujours. C’est d’ailleurs ce fil conducteur qui le mène au succès, encore une fois, de son Là où je vais, une chanson plus récente, du XXI° siècle, mais qui reprend tous les thèmes chers à l’artiste : le périple intérieur, la douceur, et cette capacité à nous transporter ailleurs. Dans ce titre, Voulzy regarde vers l’avenir avec la même poésie qui l’accompagne depuis le début : tendre une main au rêveur qui sommeille en chacun de nous, et rappeler que, peu importe où la vie nous mène, il y a toujours un endroit vers lequel l’âme peut s’envoler.

    Avec Là où je vais, le parcours de Laurent Voulzy trouve une belle conclusion pour une chanson inédite figurant sur une double compilation de hits, mais c’est aussi, en cette année 2003, un nouveau départ. Comme toujours, ses chansons ne vieillissent pas : elles voyagent avec nous, et nous rappellent que la musique est un horizon infini, un chemin qui mène vers un ailleurs.
    8 min
  • Laurent Voulzy & Serge Gainsbourg (Episode 4)
    3 février 1990, les années 80 sont finies. Viendront celles où on les pleurera mais ce n’est pas pour aujourd’hui. Ce soir à Paris, les sièges du Zénith sont occupés par tous les acteurs de la chanson française pour une nouvelle cérémonie des Victoires de la Musique avec en finale, un trophée d’honneur remis à Serge Gainsbourg pour l’ensemble de son œuvre et l’immense influence qu’il exerce.

    Serge est le premier à se dire que ça sent le sapin. Il est aux premières loges. Alors il va donner le meilleur de lui-même, se montrer tel qu’il est vraiment, fini les frasques et la provoc cathodique pour faire les gros titres. Pour ce faire, il a loué le plus beau des costumes avec nœud pap et reste sobre. C’est Michel Sardou qui est chargé du discours et qui entame La Javanaise, suivi par Patrick Bruel, la nouvelle star, un symbole, et Vanessa Paradis, avec qui Gainsbourg travaille actuellement. Et puis, last but not least, il y a Laurent Voulzy. Il t’aimait bien, hein ? lui dit Alain Souchon en regardant les images plus de 20 ans après. C’est vrai que sur le papier Voulzy et Gainsbourg sont deux des artistes qui ont dominé et façonné le son des années 80. On pourrait croire de prime abord qu’ils sont l’eau et le feu, sans doute la raison pour laquelle on n’a pas eu la joie de les voir collaborer.

    Sans doute étaient-ils trop complets musicalement pour avoir à collaborer. Mais il n’empêche, ils partageaient la même passion pour le son et les arrangements. Combien d’ingénieurs du son et d’assistants pourraient témoigner de ces nuits interminables avec un Gainsbourg qui demandait à entendre et réentendre encore chaque piste, remixer, demander à l’interprète qui le chantait de réinterpréter car le résultat ne correspondait pas tout-à-fait au morceau qu’il avait dans la tête.

    Alors c’est vrai que Gainsbourg souffre d’une mauvaise réputation de bâcleur et travailleur de dernière minute, à cause des anecdotes qui ont été trop racontées. Ce n’était vrai que pour les textes, pas la musique. La musique, c’était comme par Voulzy, qui est là, assis dans la salle à reprendre la Javanaise pour lui, et avec lui. Il vient, comme Gainsbourg, de sortir une compile qui casse la baraque chez les disquaires. Tous deux voient leurs singles connus et moins connus alignés sur un même CD suscitant une admiration nouvelle. Et tous deux préparent un nouvel album. Pour Gainsbourg, ce sera un disque de blues qu’il va enregistrer à la Nouvelle Orléans mais que le destin abandonnera à jamais dans les limbes. Quant à Laurent, son Caché Derrière sera son plus grand succès, un des plus grands dans l’histoire de l’industrie de la musique française, un disque aux accents mélancoliques et nostalgiques, il est vrai que Gainsbourg était pour lui une source d’inspiration et de rêve.
    8 min
  • Laurent Voulzy et le temps qui passe (Episode 3)
    Il est désormais loin le temps où tous les artistes, quelle que soit leur nationalité, devaient sortir un album par an et une paire de singles pour espérer rester dans la course impitoyable au succès. Oh il y avait déjà une exception, Laurent Voulzy, qui dès ses débuts a opté pour un album de chansons originales par décennie et un single par an. Et ce n’est pas parce que c’était bon comme ça, non. Laurent a toujours été un orfèvre qui a du mal à laisser partir son bijou, le retaillant sans cesse.

    Et ça marche ! En 1992, Laurent Voulzy n’est plus seulement le chanteur de Rockollection ou de Belle-Île-en-Mer. Il est devenu un créateur rare et célébré grâce à son troisième et nouvel album, le CD absolu qui ne compte aucun temps mort entre les six tubes qu’il va donner dont plusieurs battent des records de diffusion radio. Cet album dénommé à juste titre Caché derrière est celui qui pousse Laurent à, enfin, monter sur scène, plus de quinze ans après son premier tube. Vous le croyez ça ? On l’a peut-être oublié mais c’est vrai. Ce qui est vrai aussi, c’est que d’emblée il a affiché un tel génie, une telle maîtrise sur scène que ces années d’absence invraisemblable ont d’office été gommées. C’est comme si Laurent avait toujours été sur le devant de la scène.

    Mais voilà, c’est pas pour ça qu’il va aller plus vite pour sortir de nouvelles chansons. Il va falloir attendre le siècle suivant, soit neuf ans en tout, pour entendre un nouveau single de Laurent Voulzy à la radio. Je me rappelle encore du bazar des attachés de presse de la firme de disques autour de l’arrivée de ce disque improbable, inespéré. Le texte, signé Alain Souchon, raconte l’attente, l’absence, la force d’un amour qui se vit comme une épopée intime. Le mot « héroïne » ne désigne pas une guerrière de roman, mais une femme réelle, forte et insaisissable, capable de bouleverser une vie. L’enregistrement est somptueux. Les arrangements, luxuriants, portent la voix de Voulzy comme une vague. La chanson dure plus de six minutes, un format inimaginable pour la radio. Mais c’est aussi ça, Laurent : ne pas céder à la mode, suivre son inspiration.

    Avec Une héroïne, Laurent Voulzy rappelle qu’il est un orfèvre : un artiste qui écrit peu, mais dont chaque chanson compte. Après ce retour triomphal, il pourra à nouveau disparaître, prendre son temps, malgré quelques surprises, mais revenir, toujours avec des mélodies qui marquent des générations entières.
    7 min
  • When Laurent Voulzy Met Paul McCartney (Episode 2)
    Ca nous a sauté aux oreilles dès son premier tube, en 1977 : Laurent Voulzy est un fan des Beatles. Mais pas un « fan » comme on dit vite fait, non. Lui, c’est du sérieux. Les Beatles, il les a écoutés à s’en user les pavillons. À l’âge de douze ans, il a appris la guitare uniquement pour jouer leurs chansons.

    Et justement, un après-midi de 1978, son téléphone sonne. Voulzy décroche.

    — Laurent, it’s Paul here.

    Laurent pense à une blague, un pote qui imite McCartney. Ça doit être ça. Sauf que non. C’est bien Lui au bout du fil, qui a entendu Rockollection, et qui a adoré. Il lui dit même avoir retrouvé dans cette chanson française, l’énergie et la mélancolie des débuts des Beatles. Laurent est sous le choc. Imaginez : vous avez grandi en imitant vos idoles, et un jour, c’est l’une d’elles qui vous appelle pour dire qu’elle aime ce que vous faites.

    Les deux hommes se rencontrent. Paul, en gentleman, demande : Tu veux qu’on joue quelque chose ? Voulzy, paralysé, n’ose pas sortir sa guitare. Il se contente d’écouter, de parler musique, de boire chaque mot comme un gosse. Il dira : Je ne pouvais pas jouer devant Paul. Moi, je suis son fan, pas son confrère.

    Hey Laurent, ça va ?

    Laurent sort du vieux rêve qu’il avait fait à la sortie de Rockollection, s’imaginant fraterniser avec McCartney. Nous sommes dix ans plus tard, et il est dans les coulisses d’un studio télé, face à Michel Drucker. Oui, Laurent Voulzy est assis face à la porte fermée d’une loge sur laquelle il est écrit Paul McCartney, avec un poster et un feutre en main. Devinant qu’il a l’air d’un gamin, lui la désormais star française aux multiples tubes, il dit d’emblée à l’animateur :

    J’attendrai le temps qu’il faut. T’imagine pas ce qu’il représente pour moi.

    Attends, dit Drucker, je vais lui dire qui tu es.

    Drucker entre la loge de McCartney qui a accepté de venir chanter pour le Téléthon, son dernier tube en date, qui faisait lui aussi référence, comme la chanson de Voulzy, à cette période qu’il trouve déjà très lointaine. Vingt ans ! Et aussi sept ans après la mort brutale de son ami John, Paul n’est pas encore débarrassé de sa peur du public. Il n’y en aura d’ailleurs pas, à sa demande, sur le plateau.

    Paul, le gars qui attend devant ta porte, c’est un chanteur très célèbre ici, et un excellent guitariste. Il a un son ! Tu n’imagines pas à quel point tu comptes pour lui.

    McCartney fait un signe de la main signifiant OK, OK, il n’en est pas à sa première star qui est fan de lui. Michel appelle Laurent qui entre. McCartney vient vers lui et lui serre la main sans que Voulzy n’arrive pas à sortir un mot car, comme il le dira, c’était comme si l’ex-Beatle venait de tomber d’un poster.
    8 min
  • Larent Voulzy et nous (Episode 1)
    Vous connaissez sans doute l’histoire de ce titre de Laurent Voulzy qui à la fin des années 80 avait été élu par le public français, meilleure chanson de la décennie. En effet en 1980, Laurent cherche l’idée du prochain single quand là, dans un livre de voyage, il tombe sur une photo de Belle-Île-en-Mer. Le nom l’interpelle et le paysage le fait rêver. Pas de Google image à l’époque, mais n’empêche, c’est ça être compositeur, quelques accords lui viennent, puis des mots : Belle-Île-en-Mer, Ouessant, Marie-Galante, Saint-Vincent… Il aligne des noms comme on enfile des perles. Des lieux réels, mais pour lui, encore imaginaires et qui, sous la plume de Souchon, se transforment en une carte postale envoyée d’un endroit où il n’est jamais allé.

    Quelques mois plus tard, Voulzy finit par se rendre dans cette île qui est désormais célèbre grâce à lui. Et là, surprise, car les Bellilois l’attendent. Tu as chanté notre île mieux que nous, lui dit-on. Laurent, ému, avoue qu’il ne la connaissait pas, qu’il a écrit la chanson en rêvant. Son rêve a parlé juste …

    Et huit ans plus tard, Laurent Voulzy sort un titre qui, au premier abord, peut également faire croire à une chanson d’été mais qui est, en fait, bien plus qu’un air de plage. L’histoire commence en Guadeloupe. Laurent est en vacances, il a emporté avec lui un petit synthé, un instrument minuscule sur lequel il bidouille une suite d’accords qu’il pense d’abord utiliser pour une face B mais très vite, il sent qu’il tient quelque chose. Quelques mots lui viennent, en anglais : « In the sun down… » Et soudain, la phrase claque : Le Soleil donne. Simple, évident.

    De retour à Paris, il en parle à son complice Alain Souchon qui lui écrit des paroles limpides : Le soleil donne la même couleur aux gens. Tout est dit dans ce message universel car bien sûr que le soleil se fiche de nos origines, de nos différences. Il éclaire tout le monde pareil. Laurent, qui a connu le racisme dans son enfance de métis, y met beaucoup de lui-même. Et comme le message ne doit pas avoir de frontières, il reprend les paroles en plusieurs langues. En studio, l’ambiance est particulière. Voulzy veut que la chanson reste légère, mais que le fond transparaisse.

    À sa sortie, en 1988, Le Soleil donne devient un tube. On le chante en France, en Belgique, en Suisse, au Québec. Dans les écoles, les colonies de vacances, les veillées, tout le monde s’en empare. C’est une chanson simple, facile à fredonner, mais qui, mine de rien, porte un message profond, comme celui de Bob Marley : sous la peau coule un même sang rouge, nous sommes tous pareils.

    7 min

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Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Ce podcast incontournable vous fait voyager à travers les époques, en…

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