La Story Nostalgie

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By Nostalgie BelgiqueMusicMusic History
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La Story Nostalgie episodes

  • Une nuit à New York (Episode 1)
    On a tous en nous une image de New York, la nuit, qui nous marquée : les lumières de Manhattan qui se reflètent sur un East River tellement vaste qu’on ne sait plus si c’est encore un fleuve ou déjà la mer. Et le plus fascinant dans cette histoire, c’est que cette ville est tellement peuplée qu’elle ne dort jamais, qu’il s’y passe des choses folles, autant le jour que la nuit.

    Regardez cette jeune femme, très belle d’ailleurs, qui entre dans un immeuble du West Side à la fin du jour. Elle n’y habite pas, non, elle vient juste dire bonjour au concierge avec qui elle a sympathisé. Oh, elle a une idée en tête, oui, elle rêve d’y vivre. Il faut dire qu’avec son compagnon, elle déménage en moyenne une fois par an mais en cet automne 1978, même si Debbie Harry est loin d’être riche, son couple ne tire plus le diable par la queue comme cela a été le cas pendant des années. Dix ans qu’elle s’est installée à New York avec un petit boulot de secrétaire mais là, le troisième album de son groupe Blondie est bien parti pour être celui qui va faire d’eux des stars du rock. Et Debbie a eu raison de lui laisser régulièrement un pourboire pour l’avertir au cas où, elle va l’avoir son appart au dernier étage, qui était au départ, d’après le concierge, la buanderie de l’immeuble. La peinture des murs est out, il y a des fuites et des courants d’air, un toit en goudron qui va les faire cuire en été mais il y a une terrasse sur trois côtés et pour Debbie, ça veut dire tout. Imaginez la vue, de jour, comme de nuit.

    Enfin, la nuit, je veux dire, très tard, le point du jour quand ils rentrent de leur émission de télé. Car oui, Chris et Debbie font de la télé. Avec des artistes qui ont décidé de faire une émission barge et expérimentale tous les jeudis soirs. L’émission s’appelle TV Party et est dirigée par un réalisateur indépendant que Debbie et Chris connaissent bien, Amos Poe, sur une chaîne de télé locale qui loue son antenne à l’heure, à tous ceux qui veulent faire passer un message.

    Dans l’équipe, un artiste bien barré, qui compose des morceaux à l’image de ses graffitis, un certain Jean-Michel Basquiat. Jean-Michel est SDF, en galère, alors il demande à Debbie qui vient de présenter une séquence dans laquelle elle montre comment pogoter avec une béquille, de lui acheter un tableau. Et comme dans un film de Woody Allen, Chris et elle, viennent voir son œuvre monumentale et effrayante et la lui achètent pour 300 dollars. Une vraie fortune pour lui ! Le jeudi suivant, il dira aux autres de l’émission qu’il les a arnaqués. Oui, le Basquiat dont certaines toiles quittent aujourd’hui les salles de vente pour 100 millions de dollars. Quand on pense que le patron de la chaîne a refusé qu’il tague un mur du studio.

    Quant au type derrière la caméra, Freddy, dit Fab Five Freddy, c’est aussi un artiste hip hop. C’est quoi le Hip Hop ? Freddy emmène Debbie et Chris à leur premier concert de rap, on n’a pas encore entendu le Rapper’s Delight des Sugarhill Gang que les deux artistes punks sont sous le charme, voilà pourquoi Debbie lui adressera un clin d’oeil dans le single qui fera d’elle la première rappeuse blanche.
    10 min
  • 1965 L'année Louis de Funès (Episode 5)
    Parlez-en à vos parents, grands-parents, en 1965, ils ne sont pas allés voir que Sean Connery alias James Bond, les Beatles, John Wayne et Omar Sharif. Non, ils sont comme un spectateur sur cinq, allés voir au moins un film avec Louis de Funès.

    Un acteur qui a bien changé de registre car figurez-vous que l’année précédente, l’ORTF, l’unique chaîne de télé a diffusé une quinzaine de films avec lui, dont certains où il tient, déjà, le premier rôle. Mais ce n’est pas celui qui, métamorphosé, explose à l’écran : nerveux, roublard, vaniteux, ignoble avec ses subalternes et larvaire devant les plus grands que lui. Un personnage qu’il a développé en interprétant au théâtre le rôle de Bertrand Barnier dans la pièce Oscar, et qui lui a valu une première consécration. Tout Paris, toute la France et la Belgique ont couru voir cette comédie, attendant la fameuse tirade du nez dont tout le monde parle. Il y a eu, bien sûr, des tests, des répétitions, mises au point au cinéma, comme dans Des pissenlits par la racine, Carambolages, Faites sauter la banque ou encore Pouic Pouic, qui au début des années 60 font des succès mais se noient partie du flux de films qui nourrit la programmation de milliers de salles depuis la fin de la guerre. Des cinémas de 2000 places où on entre sans savoir le film qu’on va voir, avec un premier long métrage, des actualités et un dessin animé, avant le grand film.

    C’est totalement incompréhensible et pourtant qui alors pour remarquer dans le jeu de Louis de Funès autre chose que des grimaces. Car on n’a jamais vu ça, un premier rôle qui utilise autant les mimiques que la parole, … et puis ses colères ! Les gens finissent d’ailleurs par y croire. Il est comme ça dans la vie. Et la rumeur court, dans les milieux du théâtre et du cinéma, comme quoi, Louis de Funès serait colérique, qu’il s’emporterait sur ses partenaires et les techniciens. De Funès s’en amuse mais ne contredit pas, il laisse la rumeur devenir sa réputation. Il se confiera un jour à une journaliste en disant : on dit que je brouiller avec tout le monde. Ça fait tellement peur à la troupe que tous jouent sans rigoler et c’est tant mieux. C’est le public qui doit rire, pas nous. Et comme je suis moi-même rieur et qu’il ne faut pas me pousser, faire régner la terreur est le seul truc que j’ai trouvé pour faire rire le public sérieusement.

    Et puis c’est pour cela que tout le monde s’est pressé en salles en cette année 1965, pour ces colères tellement spectaculaires qu’elles en deviennent irrésistiblement drôles. Cruchot, Saroyan et Juve, flic ou voyou, ont imprimé sur la pellicule une image tellement forte que soixante ans après, ils restent les seuls personnages du cinéma des années 60 à être toujours diffusés sur une chaîne généraliste en prime time avec la certitude que le lendemain, ils figureront en tête du box-office. Comme les Rolling Stones, finalement, pour qui l’année 1965 a aussi été celle de la révélation, du phénomène.

    8 min
  • 1965 L'année Louis de Funès (Episode 4)
    Si vous allez voir sur internet, pas de doute, Le gendarme de St Tropez, c’est le film qui a lancé Louis de Funès à l’automne 1964. Erreur grave. Ce n’est pas comme ça que cela se passait à l’époque. Les films sortaient d’abord, à Paris, dans certaines salles, en exclusivité. Pourquoi ? Parce que les bobines de projection coûtent cher, il n’y en a qu’un nombre limité. C’est la raison pour laquelle les comédies sont non seulement tournées très vite mais de plus, en noir et blanc.

    Donc c’est dans ces salles que vous devez vous rendre pour voir le film dont on parle dans les journaux, à la radio et sur l’unique chaîne de télé. Qu’ont-elles de plus que les autres ? Et bien le prix du ticket, qui est deux fois plus élevé que dans les cinémas de quartier et en province, bien sûr. Et donc, plus il marche, plus vous allez devoir attendre pour voir arriver les bobines dans le cinéma de votre quartier, de votre ville ou village. C’est parfois carrément deux ans. Ainsi ce fameux Gendarme de St Tropez, sorti à Paris le 9 septembre 1964, et ben il arrive à Bruxelles en mars 1965, soit en même temps que Le Corniaud à Paris. Vous imaginez le décalage. Y a le premier Fantômas qui est sorti à Paris, entretemps, et dont on a aussi entendu parler. Lui, il est arrivé chez nous en février 1965, donc un mois avant le Gendarme. La raison, et bien une carrière moins longue en exclusivité dans les salles parisiennes.

    Alors, comment faisait-on, nous, le public ? Et bien, on attendait, tout simplement. On savait qu’il faudrait des mois avant qu’on puisse voir ce qui n’est au départ, pour tout le monde, qu’un petit film. Louis de Funès n’a d’ailleurs pas plus de scènes que les autres dans ce film collectif. Mais tous ses partenaires lui renvoient si bien la balle que son jeu n’en ressort que plus étonnamment.

    Ils sont d’ailleurs tous arrivés, début juin 64, sans aucune ambition, avec juste la joie de passer quelques semaines cool à la Côte d’Azur, aux frais de la production. Mais voilà, ils tournent avec un réalisateur qui sait lâcher la bride à ses comédiens et leur permet d’improviser, de re-tourner une scène le lendemain, si en regardant les rushes, ils trouvent une meilleure idée.

    Et ce n’est pas un hasard, car en 1964, le cinéma français connaît un renouveau et une reconnaissance mondiale, surtout aux Etats-Unis, grâce à la Nouvelle Vague, cette école de jeunes réalisateurs qui font du cinéma comme dans la vraie vie. Alors bien sûr, on tourne en couleurs et surtout plus en studio. On n’a plus besoin de techniciens pour recréer la réalité, on tourne en décors naturels, avec des cadres assez larges pour donner de la liberté aux acteurs.

    Et non seulement, on n’a jamais vu la Côte d’Azur de cette manière, mais de plus, le burlesque qui ne s'embarrasse jamais de la crédibilité ainsi que la parodie, passent d’autant mieux qu’on se dit que, oui, le cinéma comique façon nouvelle vague, ça le fait, et que Louis de Funès, malgré ses mimiques et son interprétation physique manie le verbe, joue la comédie avec une justesse à laquelle peu peuvent prétendre.
    7 min
  • 1965 L'année Louis de Funès (Episode 3)
    Quelques semaines après la sortie de Fantômas, le réalisateur André Hunebelle songe à réaliser une suite. Ça se passera au Sahara et ce sera très exotique, déclare-t-il dans la presse. On sent qu’il a déjà tourné deux OSS 117 et puis il y a les James Bond au sommet du box office. Et oui, ce sera bien évidemment avec Jean Marais et Mylène Demongeot, mais Hunebelle ne mentionne pas Louis de Funès. Pas qu’il soit fâché avec lui, Louis et lui se connaissent depuis près de vingt ans et ont déjà tourné ensemble plusieurs films, mais c’est plutôt parce qu’il souhaite que son Fantômas contre Interpol soit un film d’action pure, pas une comédie.

    Mais voilà, le triomphe exponentiel de Louis de Funès, écrasant même les films d’action au box office, y compris Goldfinger, le dernier James Bond, fait réfléchir le producteur réalisateur. Alors, au grand dam de Jean Marais, de Funès revient au casting et les scènes comiques se multiplient au fur et à mesure de l’écriture du scénario.

    Bien sûr, on remarque les heures de maquillage de Jean Marais pour se transformer en Fantômas, mais aussi en professeur Lefèvre et même en commissaire Juve. Mais il va être éclipsé par les déguisements de Louis de Funès en colonel italien, valet de chambre, contrôleur de train, évêque ou encore pirate de bal masqué. Mais comment fait-il ? Car contrairement à ce qu’on pourrait penser, ou à certains témoignages qui circulent, Louis de Funès, en 1965, amuse les équipes.

    A table, au déjeuner, il est toujours avec Mylène Demongeot, les seconds rôles et les techniciens qu’il ne cesse de faire rire. En clair, Louis teste ce qu’il va faire devant la caméra. C’est vrai, au théâtre, on sait si ce qu’on dit ou ce qu’on fait est drôle : on entend le public rire, retour immédiat. Au cinéma, il faut que le film soit projeté pour le savoir, et là, inutile de dire que si c’est pas drôle, c’est trop tard. Et donc, en bon professionnel, éternel inquiet, Louis fait endosser aux équipes techniques et aux autres acteurs, le rôle du public dont il a besoin pour ne pas se tromper, être le meilleur.

    Et il y arrive. Si Fantômas se déchaîne, car Hunebelle a finalement abandonné les titres de Fantômas contre Interpol et Fantômas revient, n’arrive pas à la hauteur du score du premier. Il bat malgré tout Le gendarme à New York dont la réalisation hâtée a finalement eu raison du bouche-à-oreilles.

    Mais qu’on ne s’y trompe pas, c’est à coup de millions que les gens se sont déplacés pour ces deux films qui vont tenir l’affiche une éternité dans les salles les plus reculées de France et d’Europe. Vraiment, en ces fêtes de fin d’année 1965, quand Louis de Funès tient le compte depuis Pouic Pouic, deux ans plus tôt, il s’est retrouvé à l’affiche dix fois, pas un semestre sans film avec lui. Il est devenu une vedette énorme, lui, le spécialiste de la figuration dans les années 40, du petit rôle la décennie suivante, et a vécu une année 1965 comme aucun comédien n’en a vécu, même dans l’histoire d’Hollywood. Et si l’Amérique ne succombe pas à son jeu, la belle affaire !
    6 min
  • 1965 L'année Louis de Funès (Episode 2)
    Festival de Cannes 65, les professionnels ne parlent que d’un film français, Le gendarme de St Tropez : douze millions de recettes en France, 26 semaines qu’il est à l’affiche à Bruxelles, 23 à Montréal, il est vendu dans toute l’Europe, même en URSS, aux Etats-Unis, en Amérique latine, Hong Kong, jusqu’au Pakistan. Et le prochain est déjà prévendu partout, annonce le producteur.

    Le prochain ? Un gendarme 2 ? Oui, le tournage est commencé depuis quelques jours. Incroyable mais vrai, quand on sait que le film n’est sorti qu’en automne dernier, et que depuis, Louis de Funès en a tourné trois autres, dont un avec le duo Lautner-Audiard, oui celui des Tontons flingueurs. C’est le plus méconnu, je vais vous expliquer pourquoi.

    Si autant de pays font un triomphe au Gendarme de St Tropez, il faut qu’il s’exporte, cette fois. Mais où ? New York étant la ville la plus familière auprès du public mondial, banco, les gendarmes vont se rendre à un congrès sur le paquebot France, évidemment, où ils vont tourner quelques scènes d’anthologie. Cela dit, la réalité dépasse souvent la fiction. Ainsi, vous vous souvenez que Jean Lefèvre se casse une jambe à l’arrivée et se retrouve à l'hôpital durant tout le séjour à New York. Et bien c’est parce qu’au cours du voyage, il s’est violemment disputé avec le réalisateur et a quitté le tournage. Toutes les scènes à New York vont donc se faire sans lui. Et donc le problème résolu, tous les plans avec lui seront filmés en France, dont le taxi, l'hôpital et la chambre d’hôtel.

    Mais ce n’est pas le seul problème que rencontre Louis de Funès dans sa toute nouvelle carrière de star car alors que Le Corniaud, Fantômas et le premier Gendarme triomphent dans toute la France et ailleurs, ce vendredi 29 octobre 1965, on ne parle que de la sortie du Gendarme à New York. Mais voilà, la veille vient de sortir Les bons vivants, le fameux film en noir et blanc de Lautner dans lequel de Funès joue un bon et prude bourgeois de province qui va se retrouver maquereau malgré lui. Aucun des deux distributeurs n’a voulu céder sa place à l’autre, révélateur du fait que Louis de Funès est désormais le plus bankable des comédiens français, que dis-je, européens. Le Gendarme à New York est un nouveau triomphe, Louis de Funès a demandé d’éviter les invités les premiers jours de la sortie, et il a bien fait. Un spectateur pas comme les autres a ainsi payé sa place et devant la salle comble, il est rassuré. Ce spectateur se nomme André Hunebelle, vieil ami de Louis de Funès avec qui il vient de tourner un deuxième Fantômas, qui se passe à Rome, cette fois, comme Le Corniaud. Il faut dire que le public italien fait un triomphe à de Funès, et que cet été-là, en France, on danse le slow sur le nom d’une île italienne.
    7 min
  • 1965 L'année Louis de Funès (Episode 1)
    Il faudra attendre un jour lointain pour que les historiens qualifient notre époque de charnière. Ainsi, 60 ans après, nous pouvons dire que 1965 en a été une avec l’entrée de l’Amérique dans la Guerre du Vietnam, le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis mais aussi le succès mondial d’artistes rock comme les Rolling Stones, Bob Dylan et bien sûr, les Beatles qui ont eu un impact considérable sur toute une génération et au-delà. Et c’est au milieu de ce bouleversement qu’un petit acteur français, présent dans le métier depuis vingt ans, spécialiste des seconds rôles, avec plus de cent films au compteur, va se hisser au sommet du box-office européen.

    Oui, contre toute attente, c’est ce second couteau, devenu récemment vedette du théâtre de boulevard, qui va, entre guillemets, sauver le cinéma européen de l’effondrement des fréquentations en salle : - 75% ces dix dernières années. On ne compte plus les fermetures des cinémas de village et de quartier, partout en France, Angleterre, Belgique, Allemagne. Sauf que depuis le début de l’année, le vaste public qui avait abandonné les salles obscures pour la télévision, y revient en courant pour voir deux films dont tout le monde parle : Le gendarme de St Tropez et Fantômas. Oui, même Fantômas, où il n’a que le second rôle derrière Jean Marais, c’est à peine la presse parle de lui, fait un malheur grâce à Louis de Funès.

    L’acteur est au courant de son soudain succès mais entre ceux qui disent que c’est un hasard, un long tournage en Italie qui l’emmène loin de Paris, et puis, comment savoir que ses films remplissent à Liège, Bordeaux, Nice, allez vous faire une certitude. Ça fait tellement longtemps que Louis est noyé dans la masse de ceux se battent pour un jour ou deux de tournage !

    Mais voilà, ce 25 mars 1965, jour de la sortie du Corniaud, première grosse production où son nom figure en haut de l’affiche, va tout changer. Les critiques de presse, tout d’abord, puis les entrées en salles qui semaine après semaine augmentent. Je vous le demande, quand a-t-on vu ça ? 71.000 spectateurs à Paris, la première semaine, plus de 900.000 à la fin de l’année. Et puis il y a la province, et l’étranger, chez nous, le film ne sort qu’en octobre, sous le titre De snul en Flandre, tant et si bien que fin de l’année suivante, Le Corniaud franchit la barre des 8 millions d’entrées. Fin de l’année suivante, … Ah c’est certain, le monde a bien changé. Aujourd’hui sur les plateformes, nous sommes parfois des millions à regarder un même film ou épisode de série, le premier jour de sa diffusion. En 1965, à Bruxelles, les quatre derniers de Funès sont à l’affiche en même temps, en 25ème, voire en 50ème semaine. Car on en parle : je suis allé voir, j’ai ri du début à la fin. Il est incroyable.

    Alors oui, même si on évoque surtout la sortie de Thunderball, le 4ème James Bond, du Docteur Jivago, avec ses cinq Oscars, de Pierrot le fou de Godard, avec Belmondo, et du Help! des Beatles, 1965 fut bel et bien, l’année Louis de Funès, et le début du règne d’un acteur, à l’échelle de l’Europe.

    6 min
  • La Story Supertramp (Episode 4)
    La lecture des biographies de Supertramp sur internet nous inspire une réflexion  immédiate : et ben ils en ont mis du temps à avoir du succès. Et c’est vrai : six années entre la formation du groupe et le premier tube cela doit paraître bien long.

    Et pourtant, ce n’est pas parce que la case tube est vide que les musiciens sont restés les bras croisés. Ils ont pendant ce temps composé un tas de chansons, publié quatre albums et donné un tas de concerts. Et surtout commencé à gagner leur vie correctement : un toit et de la nourriture, une maison de disques et des tournées, quand on fait de la musique rock dans les années septante c’est déjà pas si mal. C’est même très bien.

    Oui, leur premier album a été enregistré entre minuit et six heures du matin avec un ingénieur du son qui piquait du nez vers trois heures, raide épuisé mais ils l’ont fait ce disque … qui ne s’est pas vendu. Et comme tout était payé par un mécène hollandais, Supertramp a pu en enregistrer un second album sans se faire virer. Bon, mauvaise idée cette femme tatouée torse nu, même si le torse était plutôt pas mal, sur la pochette de leur second 33 tours qui ne s’est pas vendu non plus.

    Là le mécène, il jette l’éponge. Nous sommes en 1972, quelques membres du groupe ont quitté le navire et ont été remplacés. Supertamp met deux ans avant de sortir le disque de la dernière chance et … bingo. C’est le hit en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis où les musiciens ont fini par conquérir un public qui leur permet de gagner leur vie en jouant pas mal.

    Il n’en faut pas plus pour que plusieurs d’entre eux élisent domicile en Californie, aux Etats-Unis, où ils enregistrent leur nouvel album en 1976. Là, vous vous attendez à ce que je vous raconte un studio à Los Angeles, sous le soleil, pas loin de la plage dorée, le ciel bleu intense limite mauve et les bars en paillote … et bien non, la bande se retrouve dans les montagnes, au Caribou Ranch Studio, à Nederland, dans le Colorado. Quand on sait que leur ancien mécène était Hollandais, c’est un signe.

    Pas étonnant donc que l’album qui en sort se nomme Even in the quietest moments, même dans les moments les plus calmes. Hé, vous avez vu la vue ? Les montagnes enneigées derrière le piano ? C’est beau, hein ? Ben, allez voir sur Google Images. Et pas de trucage à l’époque, une équipe a dû monter le piano jusqu’au sommet de la montagne pour réaliser la photo de couverture du 33 tours.

    La partition sur le piano à queue est intitulée Fool’s ouverture, un long titre de près de 11 minutes qui encore aujourd’hui est dans toutes les oreilles. Pour les fans, pas de doute, c’est le meilleur de leur carrière. C’est d’ailleurs celui qu’on fait écouter aux copains sur disque ou sur cassette, il n’y a ni Facebook, ni Youtube à l’époque : comment tu ne connais pas ? C’est super, il a plein de bruitages et quand le morceau démarre enfin, tu décolles avec lui.

    La tournée qui passe par chez nous se déroule sur 130 concerts, un vrai triomphe pour Supertramp longtemps espéré par ses membres. Ca y est, se disent-ils : on est au sommet, on n’ira pas plus haut.

    Et pourtant …

    11 min
  • La Story Supertramp (Episode 3)
    Il a raison Voulzy. Londres en 1966 est véritablement coupée en deux mondes qui semblent ne pas pouvoir se rejoindre. D’un côté vous avez les bobbys, les hommes en costumes noirs, les façades sombres, bref à part le rouge des cabines téléphoniques et des autobus, la capitale de l’ex-empire britannique n’a pas changé malgré la reconstruction d’après-guerre.

    Et puis de l’autre côté, vous avez quelques quartiers où la folie explose : ça s’appelle la pop. Elle s’écoute sur quelques nouvelles radios de la BBC et de la Mer du Nord embarquant la jeunesse anglaise dans un monde de couleurs. Les jupes sont courtes à faire peur, les cheveux longs à en rire, et puis surtout il a ces danses où les jeunes font n’importe quoi.

    Dans cette ville où l’industrie du disque règne grâce aux ventes mondiales des Beatles, Tom Jones, Eric Clapton, des Who et autres Rolling Stones, l’argent coule à flots. Tout est permis surtout de rêver dans sa cave, son grenier, le garage des parents, qu’on peut réussir comme eux.

    C’est tellement possible que même les Américains quittent New York pour Londres afin de se faire connaître chez eux. Ainsi le jeune Jimi Hendrix qui vient de recruter deux Anglais pour former son groupe : the Experience. Il a pour ce faire, dévoyé un certain Noel Redding de son groupe les Lovely Ones qui se retrouve sans claviériste. Je peux le remplacer si vous voulez ? Tu sais jouer de l’orgue ? Bien sûr.

    Rick Davies, 22 ans, a menti. Mais la perspective de partir enregistrer de la musique en Allemagne l’a poussé à raconter cette carbistouille.

    Après une solide formation musicale à la batterie, Rick a appris tout seul le piano il y a quelques années pour jouer du rock’n’roll. Mais l’orgue électrique, c’est autre chose.

    Sauf qu’en 1966 à Londres, tout est possible, je vous l’ai dit.

    Rick apprend vite.

    Le groupe ne fait pas d’étincelles mais lors d’une session de studio à Munich, Rick rencontre un riche Hollandais qui lui fait une proposition dingue : tu es vraiment doué. Si tu montes un groupe, je le finance. Je paie tout : matériel, enregistrement.

    Produire un groupe du pays des Beatles, un hobby de millionaire du continent. Et il tient parole. Rick organise un casting en 1969 en publiant une petite annonce à laquelle répondent de nombreux musiciens dont un multi-instrumentiste à la voix haut perchée nommé Rodger Hodgson. C’est le coup de foudre artistique, un nouveau duo de la trempe Lennon-McCartney vient de naître. Il faudra juste six ans pour que leurs compatriotes en entendent parler et presque dix pour qu’ils soient populaires dans le monde entier.

    Comment ont-ils tenus tout ce temps ? Tout simplement parce que gagner des fortunes n’était pas leur but. A l’époque, tout ce qu’ils voulaient, c’est créer de la musique et la jouer, si possible devant des salles pleines et accueillantes.

    8 min
  • La Story Supertramp (Episode 2)
    Ceux qui ont connu une star de la pop ou du cinéma sur les bancs de l’école ont tous dit la même chose : on n’aurait jamais cru.

    Oui, qui peut affirmer : « J’ai toujours su que Mick deviendrait une star.

    John ? On était tous d’accord au lycée : un jour, on le verrait passer à la télé. »

    Non, bien sûr. Les profs et les camarades de classe ont tous été étonnés du destin d’un Michel Polnareff ou d’un Paul McCartney. Mais alors puisqu’il n’y a pas d’école de stars où elles grandissent toutes ensemble, qu’est-ce qui fait qu’un jour Michael devient Mick Jagger ou un Farokh Boulsara, Freddie Mercury ?

    Et bien, le plus souvent, un drame, une fêlure, un manque, bref un gros problème non résolu qui poussent ces enfants à développer un talent dans lequel ils vont tout donner, s’engouffrer, et qui va un jour être reconnu par tous car, oui, on n’a jamais vu ou entendu un truc pareil.

    Et en 1962, à Windlesham, une petite ville de la campagne londonienne près du fameux champ de course hippique d’Ascot, le jeune Roger Hodgson vit un drame avec le divorce de ses parents. Avant de quitter la maison familiale, son père lui fait un incroyable cadeau : une guitare électrique.

    A cette époque, je peux vous dire que des guitares électriques, on n’en voit pas beaucoup. D’ailleurs pourquoi deviendrait-on guitariste ? Les membres de l’orchestre sont toujours dans l’ombre, regardez, derrière Elvis Presley ou Frank Sinatra. Ce sont les Beatles qui dans quelques mois vont devenir les premiers premiers musiciens superstars et envoyer des milliers d’adolescents britanniques dans les magasins d’instruments, créant une génération de surdoués.

    Voilà donc notre jeune Roger replié sur sa guitare électrique. Il est tellement attaché à ce cadeau de son père que, pour combler le vide, se protéger du complexe d’être désormais un enfant de divorcé, il se rend à l’école avec elle. Et surprise, il ne se fait pas montrer du doigt en classe, miuex, son instituteur lui apprend à jouer les trois accords principaux.

    Rodger fusionne alors avec sa guitare. Un an plus tard, il donne déjà un concert dans son école en duo avec un autre élève avec qui il interprète neuf chansons qu’il a lui-même composées. La musique et lui font désormais UN. Rodger apprend aussi à jouer de nombreux instruments, rien ne lui résiste.

    Au sortir de l’école, en 1969, Rodger Hodgson enregistre déjà un disque pour le label Island qui avant de produire Bob Marley et U2, publie alors Steve Winwood et Eric Clapton. Il faut dire que Rodger a croisé le chemin d’un autre surdoué nommé Reginald Dwight avec qui il chante sous le nom de Argosy.

    Malheureusement après un premier 45 tours, Reginald le quitte avec le batteur et l’autre guitariste pour faire une carrière solo sous le nom de Elton John.

    Se retrouvant seul, Roger Hodgson répond alors à la petite annonce d’un certain Rick Davies : cherche guitariste. Le jour de l’audition, ils sont une petite centaine à faire la file. Pourtant, immédiatement, Rick dira : C’est lui ! Quel talent ! Je n’ai jamais entendu un truc pareil.

    9 min
  • La Story Supertramp (Episode 1)
    Si on prend les exemples les plus connus de la légende du rock, les Beatles, les Rolling Stones ou encore Queen, on apprend qu’ils ont vécu des débuts très difficiles avec un métier qui ne croit pas en eux, ne leur laissant qu’une misère et la foi en leur musique pour vivre.



    Et bien si cela a été le cas pour les membres de Supertramp, sachez que nous n’aurions en fait jamais dû en entendre parler, ils n’auraient jamais commis les tubes et les albums que nous connaissons par cœur s’ils n’avaient pas été aidé par un homme totalement désintéressé, ou presque. Et ça, c’est une belle story.



    Au début des années 50, dans le sud de l’Angleterre, un défilé militaire défile à Swindon, une ville ouvrière de la taille de Liège. A son passage un petit garçon nommé Rick Davies ouvre la porte de sa maison pour les voir passer. Il ne rate jamais une fanfare, il adore ça. Particulièrement le son métallique du tambour, c’est ça qui le fait vibrer.



    Aussi, à l’occasion d’un anniversaire, un ami de la famille qui est bricoleur lui offre une batterie qu’il a fabriquée lui-même à l’aide de boîtes de biscuit en métal. Ca fait un boucan d’enfer, au grand dam des parents mais le petit adore ça et il se débrouille drôlement bien. En faut-il plus pour qu’il entre à l’académie ?



    Du tout, Rick est super motivé et il apprend le solfège, la musique, la batterie. A l’âge de douze ans, ça y est : il en possède une vraie. Un véritable événement, ses parents ne sont pas riches avec un père dans la marine marchande et une maman coiffeuse dans un petit salon.



    A l’âge de 15 ans, Rick découvre le rock’n’roll avec Cliff Richard et les Shadows, c’est le coup de foudre. Il s’est mis entretemps au piano et à l’orgue électrique dont il a appris tout seul à jouer. Une nouvelle fois, admiration de ses parents et de ses amis.



    Sûr, ce gamin ne mérite pas la vie dure de ses parents, aussi ils l’envoient dans l’enseignement supérieur où Rick rencontre d’autres musiciens avec qui il forme un groupe de rock. Le batteur se nomme Gilbert O’Sullivan. Oui, LE Gilbert O’Sullivan qui sera un jour une superstar mondiale et à qui, il le clamera haut et fort, Rick Davies a tout appris puisqu’au départ il n’est que le batteur du groupe.



    Mais voilà, son père tombé gravement malade et pour longtemps, Rick doit abandonner les études et son groupe pour travailler : c’est sur lui que pèse désormais la charge de faire rentrer de l’argent à la maison.



    La soudure à l’usine, ça n’a rien à voir avec la musique : jour après jour, mois après mois, la routine s’installe. Ce n’est plus dans la vie rêvée des Beatles dans A Hard Days Night mais plutôt Le Voyage au bout de l’enfer avec Robert de Niro et Meryl Streep.



    Qui pourrait croire que ce jeune type qui arrive l’usine le matin, la mine sombre avec dans son sac sa boîte et son thermos va un jour écrire et chanter des chansons que le monde entier reprendra durant des décennies ? Seul un rêveur pourrait y croire.

    8 min

About La Story Nostalgie

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Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Ce podcast incontournable vous fait voyager à travers les époques, en…

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