La Story Nostalgie

La Story Nostalgie

By Nostalgie BelgiqueMusicMusic History
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La Story Nostalgie episodes

  • La Story de vos vacances
    Vous le sentez ? Ce petit parfum d’iode, de monoï et de gelati qui fondent trop vite ? Ça y est, on y est presque. On est fin juin. Le moment où dans les bureaux,  les écoles, les familles, tout le monde commence à décrocher un peu. Les esprits sont ailleurs. On roule déjà vitres ouvertes, avec le coude qui dépasse de la portière, le soleil sur la nuque.

    Et c’est là que revient dans votre tête, comme chaque année, la bande-son de souvenirs de vos vacances. Enfin certaines. Vous connaissez ça ?

    Le tube de l’été qui tournait sur l’autoradio de papa, une compile gravée sur le PC à la va-vite avant le départ, la cassette qu’on retournait toutes les trente minutes sur le lecteur orange fluo, entre deux plongeons dans la piscine. Et ce CD qu’on glissait dans le changeur 6 disques de la voiture, en espérant qu’il ne saute pas sur les ralentisseurs. Ou ce slow qui était parti en vrille lors d’une soirée en boîte, en Espagne ou à la côte d’Azur, ou au bal du camping sous les lampions. Finalement, en cette époque où la pub veut nous faire croire que c’est sûr, cette fois on va ramasser 250 millions, si c’était ça, le vrai luxe : avoir 15 ans à nouveau le temps d’une chanson.

    Parce qu’on l’oublie trop souvent, mais les vacances, c’est pas seulement le farniente et les files sur l’autoroute du soleil. C’est la famille qui rigole, les copains qu’on revoit, les coups de soleil qu’on n’a pas vu venir et les refrains qu’on n’a jamais oubliés. Ce sont lesquels, dites-moi ?

    Tenez, moi, c’est un été 1973. La première fois qu’on part en Espagne. Ca s’annonce magique, on est coincé dans d’interminables bouchons au poste frontière dans les Pyrénées quand tout à coup, sur les longues ondes, on envoie la chanson d’un groupe au nom improbable, Michel Fugain et le Big Bazar. Où qu’on se trouve, ça vend déjà du rêve, mais là quand vous êtes aux portes d’un pays labellisé terre de vacances comme vous n’en avez encore jamais vu, et pour cause, à onze ans à cette époque, on n’a encore rien vu.

    Les vacances, c’est ça. Ce sont des lieux, des visages, des odeurs mais surtout des musiques. Parce qu’aucun souvenir d’enfance ou d’adolescence n’est complet sans un refrain qui l’accompagne. On n’a jamais embrassé quelqu’un pour la première fois sans une musique en fond sonore. On n’a jamais quitté un endroit, un été, un amour de passage, sans une chanson dans les oreilles et un petit pincement au cœur. Alors cette année, laissez les soucis au bureau, fermez les écrans, et embarquez pour un été que vous allez vivre dans l’instant présent, le seul qui vaille la peine d’être vécu, mais en laissant tourner la musique de ces instants gravés dans votre mémoire avec le volume à fond. Vous allez voir, ça marche.

    4 min
  • En vacances avec Mylène Farmer
    Ah, l’Amérique… Pour certains, c’est le rêve d’une vie. Pour Mylène Farmer, ce fut une échappée presque définitive. Des vacances en mode aller simple pour disparaître. Je vous raconte.

    Nous sommes au milieu des années 90. Mylène a explosé tous les records de vente avec son album Ainsi soit je… , on chante Pourvu qu’elles soient douces et Sans contrefaçon, partout, c’est l’apothéose. Tout le monde dans les médias et le public veut sa part de Mylène. Sauf elle. Parce que derrière le succès, il y a une femme fatiguée. Vidée. Et surtout très marquée par un événement dont on parle peu : l’échec cuisant de son premier film, Giorgino, en 1994. Projet personnel du duo avec son complice Laurent Boutonnat, ce film très esthétique a fait un four monumental en salles, alors que Mylène s’est donnée corps et âme dans cette œuvre sombre. Et voilà que la critique l’enterre sans fleurs ni couronnes et qu’à l’heure des visites, pas de files. Mais où est passé son immense public ? Mylène encaisse mal. Très mal.

    Alors elle s’en va. Elle s’envole pour Los Angeles, seule, anonyme. Elle loue une maison sur les hauteurs de Beverly Hills, se met à la peinture, au yoga, écrit ses pensées. Elle sort le soir, parfois, flâne sur Melrose Avenue, capuche sur la tête. Personne ne la reconnaît. Elle vit comme une ombre dans la ville des anges et du soleil.

    À ce moment, personne en France ne sait si elle reviendra un jour. Pas même Laurent Boutonnat. Elle pense sérieusement à tout arrêter. Mais c’est là qu’elle commence à écrire ce qui deviendra son grand retour : Anamorphosée. Un peu comme Sting à New York, quelques années plus tôt. Cela donne un album très influencé par ce qui sera une parenthèse américaine, plus rock, plus brut, plus libre.

    La Mylène mystérieuse qu’on connaît aujourd’hui, serait-elle née là-bas, dans cette retraite californienne, entre les doutes existentiels et quelques soirées au Château Marmont. Une star européenne parmi d’autres à L.A., sauf qu’elle, va décider de renaître et qui revient, fin 1995, avec XXL. Une autre Mylène, plus forte, plus directe, mais qui se veut toujours plus insaisissable. Et depuis ? Chaque fois qu’elle disparaît, on se dit qu’elle est peut-être repartie là-bas. Sous le soleil de Californie. Parce que même les icônes ont parfois besoin de vacances, le soleil, c’est pas bon pour elles qui risquent d’en perdre leurs couleurs. Non, ce qui leur convient ce sont de longues pauses à l’ombre, très longues.
    3 min
  • En vacances avec John Lennon
    Hong Kong, été 1977. David Bowie s’ennuie. Ben oui, ça arrive, même aux stars du rock en tournée mondiale qui par définition n’ont pas le temps de voir passer le temps. Mais là, il traîne dans le hall de son hôtel, accompagné de son inséparable et impitoyable assistante Coco Schwab, et de son pote Iggy Pop probablement encore jet-lagué de leur tournée nippone. Les rues moites de la ville ne lui disent rien. Trop chaud, trop loin, trop rien.

    Soudain, une silhouette surgit de l’ascenseur, sourire espiègle, baskets aux pieds, c’est John Lennon. L’ex-Beatle, en vacances anonymes avec son fils Julian, et qui ouvre les bras vers Bowie.

    Hey Dave ! Tu t’en souviens de L.A. ?

    Comment David pourrait-il oublier leur rencontre à Los Angeles trois ans plus tôt lors d’une fête chez Elizabeth Taylor. Bowie est encore timide, Lennon est déjà fan. Ils se sont retrouvés en studio à New York début 75. Bowie a lancé un riff. Lennon a poussé un Fame qui a donné un N°1 mondial.

    Et donc, ces deux grands trentenaires reprennent leur numéro comme s’ils s’étaient quittés la veille. Lennon sort des vannes et Bowie rit. Un vacancier les reconnaît :

    Vous êtes John Lennon ?

    Non, mais j’aimerais avoir son compte en banque, répond John. Bowie adore cette vanne, il va la ressortir plus d’une fois.

    David et John sortent dîner, explorent les clubs douteux de Wan Chai, un verre glacé à la main. À un moment, Lennon monte sur scène dans un bar et lance au public un Vous connaissez les Beatles ? histoire de rigoler. Plus tard, dans une échoppe, David trouve un blouson The Beatles. Il insiste pour que John l’essaie, elle ne lui va pas mais on prend une photo souvenir. Malheureusement le temps passe vite, même en vacances. C’est la dernière fois que David et John se voient. Ils devaient se retrouver à New York en décembre 1980 pendant la série de représentations de la pièce Elephant Man que David jouait à Broadway, malheureusement …

    Six ans plus tard, Bowie est de retour à Hong Kong, pour la dernière date de sa tournée Serious Moonlight. Ce soir-là, après un triomphal Let’s dance, il entonne Imagine, les larmes aux yeux. Nous sommes le 8 décembre 1983, trois ans jour pour jour après la mort de John, David ne s’en est jamais vraiment remis. Comme quoi, même les extraterrestres peuvent avoir le cœur brisé avec un souvenir d’été.
    3 min
  • En vacances avec des voisins bruyants
    Aaah ! Vacances. J’oublie tout, dit la chanson depuis des générations. Fini le réveil, rien que le bruit de la mer, comme cette année du début de ce siècle où un jeune homme se paie des vacances à vraiment pas cher sur la Côte d’Azur. Et attention ! Pas un camping à trente kilomètres de la Méditerranée, non à Beaulieu-sur-Mer, entre Nice et Saint-Jean-Cap Ferrat. La maison est de rêve, c’est celle des parents de sa copine qui lui ont demandé de la garder. Alors ce jardin en terrasse, les cactus, la piscine et le chant des oiseaux, il s’apprête à en profiter. Les batteries sont prêtes à la recharge en mode farniente et grasse matinée.

    Mais voilà, à la fin de la première soirée, alors que les cigales viennent de se taire, l’ambiance vespérale prend un tournant inattendu. En effet, les deux jeunes gens entendent des éclats de voix, des rires et des accords de guitare qui semblent venir de la maison d’à côté. À travers la fenêtre, la copine aperçoit en effet deux silhouettes y allant de leurs refrains, le verre à la main.

    À 2 heures du matin, ras-le-bol. Direction la porte des voisins bruyants. Sonnerie. La musique s’arrête net. Un calme gêné s’installe. Qu’est-ce tu vas leur dire ? Mais leur demander de faire un peu moins de bruit, voyons. C’est bien les mecs, ça, t’as peur d’eux ? Je vais leur expliquer, moi, qu’ils ne sont pas les seuls sur terre. Et là, à travers la porte, un éclat de rire contenu, et irrésistiblement communicatif. Pas assez cependant pour la petite amie qui ne semble pas contaminée quand la porte s’ouvre. Et là ? Surprise !

    Face à eux, ou à vous, imaginez que ça vous arrive, enfin ça vous est peut-être arrivé, car oui, là, dans l’embrasure de la porte, se tiennent deux icônes de la chanson française : Alain Souchon et Laurent Voulzy, gais comme des pinsons, beurrés comme des tartines, dégoulinant de bonne humeur à défaut de confiture. Champagne à la main et complices, ils leur expliquent, vous expliquent : Oaaah on fête la fin de la tournée, on a un peu oublié les voisins, désolés mais bon, c’est les vacances, hein ! Excuses acceptées, finalement, aucun reproche, juste des sourires sincères, on se tape dans le dos, bonne nuit, bonnes vacances.

    Vous retournez, ils retournent dans leur maison de vacances, l’été commence plutôt bien avec cette rencontre improbable parce que le lendemain, c’est vous qui allez réveiller deux chanteurs célèbres, enfin eux, car cette histoire est vraiment arrivée, oui avec Souchon et Voulzy. Et pensez à ceux qui ont eu la même blague avec Johnny Hallyday, et Johnny qui a eu la même blague avec le groupe Kiss, alors, vous savez qu’ils ont eu une histoire unique, à raconter lors  d’un repas, un irrésistible clin d’œil à la dolce vita estivale.
    3 min
  • En vacances avec Monsieur Hulot
    Ça y est ? Vous y êtes ? Hé, ces deux mois de vacances, ils nous semblaient à leurs débuts ne jamais devoir prendre fin, tellement le compte des semaines à venir était du haut de nos trois pommes, innombrable. Neuf semaines, c’est interminable sous un ciel bleu. Pas de classe, ni devoirs, ni leçons ni ce soir, ni ce week-end. Demain matin, on se lèvera sans ce maudit réveil ou le clairon des parents avec la voix pleine d’insistance.

    Et puis il y a le départ en vacances et l’excitation quand la date approche. Voilà sans doute ce qui a expliqué l’énorme succès international d’un petit film français au milieu des années 50 : Les vacances de Mr Hulot. Et aussi le fait qu’il ait traversé les décennies. Notre quotidien ne ressemble plus en rien à cette époque ni aux bonnes manières de sa société stricte mais le film marche toujours aussi efficacement, malgré le noir et blanc. Il faut dire que les personnages correspondent toujours à ceux sur qui on tombe en vacances. Les gosses qui crient et font des conneries, l’homme d’affaires très pris et très imbu de sa réussite, la belle pour qui on va en pincer et qui voit les matins se lever en se demandant quand on va se décider. J’allais oublier la bande de scouts, le gars qui s’y croit, le patron d’hôtel très sérieux et le garçon j’en foutre, le couple de vieux qui se promène tout le temps et arrive en premier à l’heure du souper, non vraiment, les temps changent mais les comportements restent les mêmes. Jacques Tati met toujours dans le mille.

    Et puis, il y a la mer, la plage, le soleil. Ces jeunes gens qui vivent le meilleur moment de leur vie et vont peut-être mettre le reste à s’en remettre. Sérieux, on a tous laissé un bout de nous-mêmes en vacances, avec un Monsieur Hulot ou pas. Et quel que soit l’âge où on a vécu cet été pas comme les autres, celui qui nous revient plus ou moins régulièrement avec force, au détour d’une photo, un film, une chanson.

    Alors je ne sais pas si vous allez vous les refaire à la télé, ces Vacances de Mr Hulot, ce moment de bonheur, que vous avez peut-être connu avec Les bronzés,  Hôtel de la plage ou Camping. Le plus important est de ne pas perdre de vue que  malgré ce que vous pouvez croire parfois, quand vous y repensez, non, vous n’avez rien raté. Vous avez été, vous êtes à la hauteur des rêves de cette fille, de ce gamin que vous étiez, cet été-là. Car le présent, c’est plus que le moment plus important de votre vie, c’est le seul que vous vivrez jamais. Alors, bonnes vacances !
    4 min
  • Sur scène avec Paul McCartney
    Le rideau est encore baissé mais dans les coulisses, l’air est déjà chargé d’électricité. On entend des cordes de guitares grattées nerveusement, des pas précipités, des talkies-walkies qui crachent. Et au milieu de ce chaos organisé, debout, tranquille, presque zen… Paul McCartney. Ex-Beatle, ex-Wings, et ce soir, redevenu tout simplement rock star solo.

    Nous sommes dans la banlieue d’Oslo en 1989, le premier soir de la première véritable tournée mondiale de Paul depuis les années 70. Autant dire un événement. Et en coulisses, ça se sent. Il y a cette tension qu’on sent juste avant un premier baiser ou un saut dans le vide. Même les musiciens sont un peu nerveux. Il faut dire que jouer aux côtés d’un Beatle, ce n’est pas rien. Même pour des pros. Et lui ? Lui, il rigole. Il grignote une banane. Oui, une banane. Un petit rituel. Pour l’énergie, dit-il avec un clin d’œil. Puis il attrape sa basse Höfner, en forme de violon. Le public, lui, n’en peut plus. Il crie, il scande « Paul ! Paul ! ». Dans la salle, il y a des gens qui ont grandi avec les Beatles, d’autres avec Live and let die, et puis leurs enfants. Des familles entières venues voir une légende marcher sur les braises de sa propre histoire. Et là, d’un coup, blackout. Un silence qui ne dure que trois secondes mais qui semble suspendre le monde entier. Puis les lumières explosent, et McCartney entre sur scène. Et là… c’est la décharge. Il commence avec deux nouveaux titres et un tube des Wings, faut oser. Riff costaud, voix impeccable. Et tout de suite après, sans prévenir, Got to Get You Into My Life. Et là, c’est Hiroshima dans la salle. Les gens pleurent. Dansent. Hurlent. Certains sont pétrifiés. Lui, il sourit. Ce sourire qu’on connaît par cœur, mais qui, vu d’aussi près, paraît presque irréel.

    Sur scène, McCartney est comme un gamin qui aurait retrouvé ses jouets préférés : sa voix, sa basse, et le public. Il bouge, plaisante, balance des anecdotes. Et quand il s’assoit au piano, tout chavire. Il prend une longue respiration. Un silence se fait. Et là, tout doucement, Let it be. Le temps s’arrête, la salle entière l’accompagne, comme quand il chante seul Yesterday.

    1989, c’est bien plus qu’un comeback. C’est McCartney qui reprend possession de sa légende, debout, vivant, devant des milliers de gens qui n’ont jamais cessé d’y croire. Et quand il quitte le public ce soir-là, en balançant un see you next time, on sent bien que quelque chose vient de se passer. Que l’histoire recommence, qu’il ne va plus jamais redescendre de scène. Car malgré les millions, malgré un succès complètement hors norme, jouer de la musique en public, c’est toute sa vie, à Paul McCartney, depuis ses quinze ans.
    4 min
  • Sur scène avec Serge Gainsbourg
    5 janvier 1980, le thermomètre est ce soir proche du zéro et pourtant le quartier de la colonne du congrès pourtant habitué à la foule des spectacles du Cirque Royal connaît une agitation inhabituelle. Ce soir Serge Gainsbourg va s’y produire à deux reprises, un truc de fou, car il s’agit de répondre à l’énorme demande qui a assailli le bureau de location dès l’annonce de sa venue. Cela fait donc deux fois plus de monde qui se croise à l’entrée et la sortie, entre les deux représentations. Et bien plus de monde encore que d’habitude puisqu’ayant ôté les sièges du parterre, c’est près de deux fois 2.500 personnes qui se croisent et se pressent dans la salle.

    La première explication, c’est que malgré 25 ans de carrière, personne ou presque en Belgique n’a encore vu Gainsbourg sur scène, puisqu’il l’a abandonnée en 1964, épuisé par les mauvaises réflexions à propos de sa voix et les insultes aussi au sujet de son physique. La seconde c’est que son album Aux armes etc paru au printemps dernier est un énorme succès en France et encore plus en Belgique, un disque 100% reggae, un genre musical qui est au sommet de sa popularité. Le reggae, c’est LA musique jeune. Alors les rythmes ronds et chauds joués par les potes de Bob Marley associés aux textes transgressifs, potaches ou joyeusement défoulatoires de Gainsbourg font un malheur. 

    Le voilà d’ailleurs qui entre sur scène avec son personnage de dandy désabusé, jean, chemise légèrement ouverte et clope au bec. Pas de paras français aux premiers rangs comme la veille à Strasbourg pour l’empêcher de chanter sa version reggae de la Marseillaise. Au contraire, c’est la clameur d’un public conquis d’avance qui l’accueille et le rassure après un sérieux traumatisme. Il faut dire que ce public est une mosaïque : des étudiants, des couples fauchés, des fans de la première heure et des curieux. Tous scotchés. Ce n’est pas le Gainsbourg provoc’ de la télé. Pas besoin de pyrotechnie. C’est un type en état de grâce, pas encore le gars qui susurre, il a encore sa voix claire., diablement magnétique. Gainsbourg danse à peine, balance doucement les hanches, l’œil rieur. On sent déjà pointer Gainsbarre, son double mal léché, mais ce soir, il reste à distance. Serge est encore poète. Il chante Aux armes et cætera une seconde fois pour notre plus grand plaisir. Et cette fois, les gens chantent avec lui. Une salle belge emportée par une chanson française née en Jamaïque. Faut le faire.

    Entre les deux concerts, à peine une pause. Le public du deuxième round est tout aussi brûlant. Moins surpris, peut-être, mais encore plus prêt. Ce soir-là, tout le monde repart avec un truc en plus. Une vibration. Une fièvre. Gilles Verlant, l’animateur de la seule émission de télé rock belge et coorganisateur de ce concert fou, est heureux. Il a le sentiment d’avoir vécu quelque chose de rare, loin de se douter que dans pas longtemps, il écrira la biographie de référence de l’artiste qui vient de sortir de scène.

    Gainsbourg au Cirque Royal, c’est pas juste un souvenir. C’est un parfum. Celui d’un moment suspendu, où un artiste a touché quelque chose de sacré. Et nous “avec”, comme on disait à Bruxelles, en ce temps-là.
    4 min
  • Sur scène avec Bob Marley
    Ceux qui ont vu Bob Marley sur scène n’ont jamais pu l’oublier.

    Ceux qui ont vu Bob Marley savent ce qui se passait quand il était dans la salle. Je vous raconte ?

    Fermez les yeux une seconde. Imaginez… la grande fosse de Forest National en 1978, le moment où on éteint les lumières, la clameur, la chaleur presque moite, et voilà le lieu devenu subitement un temple. Un projo sur scène, il est là. Bob Marley. Silhouette fine, dreadlocks dansant au rythme du groove de son discours de bienvenue et sa voix, … Ah, sa voix, elle s’élève comme un cri d’espoir, comme une prière musicale. La foule est déjà conquise. Ce n’est pas un concert. C’est une cérémonie. Une messe rasta. Les bras se lèvent, les corps ondulent doucement, comme portés par un courant invisible. Pas besoin de savoir danser, ici c’est l’âme qui bouge. Même les plus raides deviennent fluides. Et Marley, lui, il est comme toujours, habité. Yeux mi-clos, sourire discret, il prêche, en musique.

    Déjà en arrivant, devant Forest National il y avait cette foule immense, colorée, bigarrée, des jeans pattes d’eph et des chemises bariolées, évidemment, mais aussi des écharpes rasta, et des effluves qui chatouillaient les narines. Ça parlait français, flamand, anglais, ça rigolait, ça planait déjà un peu. Ce soir, Bob Marley est à Bruxelles. Un Bob qui, si ne parle pas beaucoup entre les chansons, rayonne. Il est le chef d’orchestre d’un truc bien plus fort que lui. Quand il entonne Punky Reggae Party, Forest devient un village. On se connaît pas, mais on se serre. On chante. Y a cette nana juste devant, les larmes aux yeux et ce gars torse nu qui bat le rythme comme s’il était en transe. C’est que Bob, il chante pas seulement pour les oreilles, il chante pour les tripes. Et puis arrive No Woman No Cry. Là, tout le monde se lève, bien sûr. Mais c’est plus que ça. C’est une clameur. Une déclaration. Comme si pendant quelques minutes, la Belgique entière se dressait contre l’injustice du monde. Dans le noir de Forest National, on voit s’allumer des centaines de petites flammes humaines et des briquets aussi. Une communion.

    Quand les lumières se rallument à la fin, les gens ne bougent pas. Ils restent là, hébétés, rincés, heureux. Comme si un prophète venait de passer, avec une guitare, un sourire, et une vérité simple : l’amour, la paix, la dignité. Ce soir de 1978, comme toutes les autres fois, à Bruxelles, Bob Marley n’a pas donné un concert. Il a allumé la lumière.

    Et ceux qui y étaient s’en souviennent encore, pas vrai, le cœur qui bat un peu plus lentement, mais toujours en rythme.
    4 min
  • Sur scène avec Michel Polnareff
    Quand la dernière note du dernier concert de Michel Polnareff retentit dans l'arène de Forest National en ce printemps 2025, sa derrière tournée comme il dit, il règne un air de nostalgie sertie de souvenirs de moments légendaires. Car depuis qu’il est monté sur la scène de l’Ancienne Belgique il y a plus d’un demi-siècle, jusqu’aux grands soirs de la salle de Forest en passant par celle du Cirque Royal, Michel Polnareff a offert des concerts d’exception au public de chanceux amoureux de musique qui sont allés l’applaudir.

    On repense à son piano transparent et aux tenues futuristes de ses musiciens dont certains ne sont rien moins que les plus grands de l’histoire de la pop anglo-saxonne. Qui sait que lors de ce fameux concert à Forest National retransmis en direct sur une radio périphérique pour que toute la France l’entende, se tenait derrière les claviers l’homme qui un jour écrira et produira pour Whitney Houston, Céline Dion ou Earth Wind & Fire. Tenez, ce fameux concert, oui, c’est celui où le matériel, la sono n’arrive pas. Imaginez le truc, l'ambiance dans les coulisses et la loge. La salle est pleine d’attente, comble de ces fans venus de loin car Michel est parti pour l’Amérique et ne peut plus remettre un pied en France, sous la menace d’une contrainte du fisc.

    Mais Michel ne se contente pas d’être le roi des studios, le plus inventif des compositeurs, arrangeur de génie, c’est aussi une bête de scène. Il n’a peur de rien, et certainement pas de son public. Il monte sur le podium, s’assied à son piano en expliquant avec humour ce qui se passe, donc, à la salle, mais aussi à la France entière, je le répète. Comment il se fait entendre ? Avec un haut parleur, un gueulophone comme disent les jeunes. Puis Michel se met à jouer pour ce public qui n’est pas venu pour rien, et chante dans le gueulophone. Imaginez la scène, ou plutôt, écoutez. Ah c’est clair que ce type est un artiste à part, rien à voir avec le monde bien encadré de la variété qui est alors au sommet de sa popularité grâce à un nombre ahurissant d’émissions de télévision que tout le monde regarde, et qui réunit toutes les générations, en famille, le soir devant le poste. Michel n’est pas là que pour l’argent et la gloire. Ainsi de ce soir ou par blague, en province, il se glisse sur scène pendant un concert de son ami Johnny Hallyday. La surprise est totale, Johnny et lui s’amusent. Au point qu’ils décident de faire le Palais des Sports ensemble en octobre 1971. Michel en pianiste de Johnny. Spectacle total mais surtout, grande prestation d’artistes fous de rock’n’roll.

    Les occasions ont été rares de voir Polnareff en concert et de profiter des arrangements de fous qu’il offrait de ses tubes, de ses envolées au piano et surtout de son humour car il nous parlait comme si on était dans son salon. Alors comme une chanson vaut mieux qu’un long discours, je vous propose de découvrir un enregistrement live rare, que seuls connaissent ceux qui avaient été assez vite pour l’acheter en 1981. Montez le son, c’est maintenant.
    4 min
  • Sur scène avec Joe Cocker
    Il n’y a rien à faire, l’émotion suscitée par un disque est décuplée quand l’artiste est là devant vous à jouer son répertoire. Bien sûr, tout dépend du talent d’interprète, du niveau des musiciens et de leur authenticité. Et puis, il y a les phénomènes, ceux qui vivent leur musique comme personne, au point qu’on en reste bouche bée devant le spectacle prodigieux de leur performance, voire nous font carrément perdre les pédales. Alors, je vous emmène avec moi sur scène, au plus près de ces artistes d’exception qui ont, grâce à leur charisme et leur génie, fait du concert pop, un art.

    Et nous voilà à Woodstock, en plein été 1969. Trois jours de musique, de paix et d’amour libre ont promis les organisateurs de ce festival sur les affiches qui ont recouvert les murs de New York. Ils n’auraient peut-être pas dû parce que tout le monde les a crus, on dirait. Dès le premier jour, plus moyen d’avancer sur les routes. Même le matériel et les artistes sont coincés dans des bouchons invraisemblables, causant des retards considérables et des ballets d'hélicoptères improvisés. Et puis, il a beau faire chaud dans la région à ce moment de l’année, des draches orageuses transforment la plaine en bain de boue. Bref, des corps allongés sur des bâches, des tentes enroulées comme des chips, et cette odeur… mélange de terre mouillée, de patchouli et de liberté.

    Et nous voici au début du troisième jour. Enfin, il est quatorze heures car les têtes d’affiches terminent vers 8 - 10 heures du matin, quand un type que personne ne connaît grimpe sur scène, l’air plus déglingué qu’un vieux tracteur. Dans le public, on croit que c’est un gars sorti des premiers rangs pour faire patienter le public. Mais non, il vient de Sheffield, en Angleterre, et il chante. L’accent aussi épais que sa tignasse. Le regard flou, les bras qui dansent tout seuls, comme désarticulés face à cette marée humaine de 400 000 personnes. Le ciel, au-dessus, s’assombrit comme dans un film catastrophe mais lui, il s’en fout. Il s’avance une dernière fois et lance son arme secrète : une reprise des Beatles qu’il transfigure en version pesante, viscérale. Une messe sauvage. Joe Cocker ne chante pas, il grimace, il se tord comme s’il expulsait un démon à chaque note. Le public est hypnotisé. Un silence étrange est tombé sur la foule. Même les plus stones lèvent les yeux, les plus boueux s’arrêtent de fumer. Parce que ce qu’ils voient là, c’est pas juste un chanteur. C’est une âme en train de brûler, là, sous leurs yeux.

    Quand il crie le dernier "my friends", le ciel explose. L’orage se met à gronder, comme si la nature répondait à l’appel. Une douche céleste tombe sur la plaine, semant la confusion. Mais il est trop tard. Le moment est gravé. Joe Cocker vient de faire basculer Woodstock dans la légende car tout a été filmé et enregistré. Et le plus dingue ? Après le concert, il sort de scène, lessivé, comme vidé. On lui tend une serviette, il bafouille un merci. Il a mis le feu mais il ne le sait pas encore.

    4 min

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Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Ce podcast incontournable vous fait voyager à travers les époques, en…

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