La Story Nostalgie

La Story Nostalgie

By Nostalgie BelgiqueMusicMusic History
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La Story Nostalgie episodes

  • On ne sait rien d'eux : Joan Osborne
    Quand on milieu des années 90, une chanson intitulée One of Us, se met à tourner en radio et qu’on découvre la jeune femme qui l’interprète dans un clip, on se dit qu’on va faire connaissance avec l’artiste, que ce n’est que le début de son histoire avec nous. Et pourtant ce n’est pas ce qui va se passer car, vous le savez, que sait-on de Joan Osborne dont on n’a retenu, finalement, que cette chanson. Et bien déjà, sachez qu’elle n’aurait jamais dû être une star de la musique. Car quand à la fin des années 80, Joan quitte son Kentucky natal pour étudier le cinéma à New York, rien, absolument rien, ne la prédestine à se retrouver un jour au sommet des charts, aux côtés de Madonna et Michael Jackson.

    Mais voilà, un soir, dans un club de Manhattan, ses amis la poussent à prendre le micro. La voix sort. Râpeuse, chaude, habitée. Le public est scotché. Joan vient de trouver sa voie et sa voix. Et là, c’est le coup de théâtre. Un musicien de Philadelphie, Eric Bazilian, écrit une petite chanson, presque pour rire, pour séduire une fille. Il n’y croit pas une seconde. Mais son producteur, Rick Chertoff, entend le truc et se dit : Et si Joan la chantait ?

    La suite est fulgurante. En 1995. L’Amérique, puis nous, découvrons son One of Us. Une guitare qui traîne, une voix pleine de spleen, avec cette question insolite : Et si Dieu était l’un de nous ? Juste un paumé comme nous… Dans un monde qui court après le progrès, Joan Osborne lâche une bombe douce : un morceau spirituel, presque naïf, qui fait le tour du monde, plantant le doute dans la tête des croyants comme des sceptiques. Le clip passe sur MTV, on l’entend dans les cafés, les pubs, les voitures. Joan est partout. Elle est tout en haut de l’échelle de Jacob. Mais jamais elle ne fera mieux.

    Et c’est peut-être ça, le plus beau. Joan Osborne n’a jamais couru après le tube suivant. Elle a préféré suivre sa route : jouer du blues, reprendre du Dylan, chanter du gospel, être sur scène. Une carrière à contre-courant, à hauteur d’âme. One hit wonder ? Comme disent les Américains. Peut-être. One of a kind ? Comme disent les Anglais. Sans aucun doute.
    3 min
  • On ne sait rien d'eux : Philippe Timsit
    On a peu d’images des shows de Claude François, ce qui est bien dommage entre parenthèses car il est de loin, la plus grande bête de scène que le métier français ait connu. Mais, vous le savez sans doute, la tension était les jours de concert aussi élevée que le niveau d’énergie dépensé, alors cette image de Claude François sermonnant rudement son éclairagiste n’est pas passée inaperçue depuis cette année 1977 où elle a été captée par une équipe de télé. Et bien, figurez-vous que cet éclairagiste qu’on ne voit pas à l’image, se nomme Philippe Timsit. Et que, quelques mois plus tard, ce jour fatal du 11 mars 1978, il se retrouve sans boulot car il tournait énormément avec Cloclo. Alors, puisque dans le domaine de la variété, on a déjà tout vu en France, comme un laveur de voitures qui devient vedette de la chanson, alors pourquoi pas lui ? Philippe en parle à Paul Lederman, l’agent de Claude François qui lui dit, OK ! C’est vrai, il écrit de chouettes chansons, Timsit, voyons ce que ça va donner.

    C’est ainsi que paraît en 1979 le premier 45 Tours de Philippe Timsit qui n’a aucun succès, tout comme le suivant. Il faut dire que les textes sont un peu légers, c’est du déjà entendu. Mais le chanteur a un style et une voix différente. Il vend bien son texte. Faut juste qu’il ponde celui qui va vraiment émouvoir. Et puis il a un son, aussi. Grand bien lui prend, à son producteur, de persévérer car en 1981, c’est la bonne pioche avec cette chanson mélancolique qui parle d’un temps révolu, celui des yéyés au Golfe Drouot où beaucoup de stars sont nées mais où d’autres musiciens n’ont pas réussi à trouver la lumière, ou la garder sur eux. Et c’est le cas d’Henri, qui habitait Porte des Lilas et qui se rappelle au bon souvenir de quelqu’un, à vous de l’imaginer, de cette époque lointaine où il a été sous les feux de la rampe et dont les souvenirs se sont figés. C’est la même inspiration musicale, la même façon de chanter mais cette fois, le disque interpelle, accroche dès la première écoute et paradoxalement, cette histoire de loser vaut un immense succès à Philippe Timsit.

    Un succès sans lendemain, les disques suivants ne fonctionnent pas, alors, comme il connaît très bien ce métier de l’intérieur, Philippe retourne à son métier de régisseur pour les plus grands, de Michel Sardou à Claude Nougaro en passant par Michel Fugain. Combien de fois s’est-il repassé cette histoire dans sa tête à l’ombre de ceux à qui il donnait la lumière ? On ne le saura jamais, mais il nous a laissé un sacré testament avec cette histoire que combien d’artistes ont vécu avant de disparaître du showbiz.

    4 min
  • On ne sait rien d'eux : Spin Doctors
    Si je vous dis, Spin Doctors, vous allez probablement répondre Quoi ? Mais si je vous mets le disque … j’entends déjà les ah oui, ça !

    Quel énorme tube au début des années 90 pour ce groupe sorti de nulle part, et pour cause, il fait partie du mouvement qu’on a appelé le rock alternatif. Peu importe finalement le nom qu’on lui donne, ce qui compte, au début des années 90, c’est le succès fulgurant des groupes Nirvana et Pearl Jam, tous deux sortis de la même ville du fin fond des Etats-Unis qui réveille subitement les géants de l’industrie du disque. Et oui, elles n’en avaient plus que pour le Hip hop et le Rap, d’un côté, et le métal de l’autre. Et au milieu ? Et ben, il y a une foule de groupes rock qui se font éditer par des labels indépendants, locaux, à cause de leur manque d’intérêt. C’est d’ailleurs de là que sort Nirvana.

    Alors quoi ? Qu’est-ce que vous attendez ? disent les boss des grandes boîtes à leurs chercheurs de talents qui déjà découvrent qu’ils ont plein de groupes dans leurs écuries et que ça serait bien de mettre des sous sur leur nouvel album, genre Faith No More … et bien sûr ils signent tout ce qui bouge, ou presque.

    Dans le cas des Spin Doctors, ils n’ont pas dû aller bien loin, ils sont de New York. Et leur musique est un mélange de musique rock, funk, punk, on ne sait pas bien mais c’est ce qui est à la mode, la fusion, alors, on les pousse ? Et voilà que leur album sorti l’année précédente décolle au son d’un single qui, il faut bien ce qui est, est d’une efficacité redoutable. Mais si vous ne faites rien pour le faire entendre, évidemment, il ne se passera rien pour eux ou pas grand chose. Y a pas encore internet en 1992.

    Et ainsi du jour au lendemain, on voit les Spin Doctors, notamment sur MTV qui est en demande de clips depuis que tous les mômes sont en pâmoison devant les vidéos de Nirvana et Pearl Jam. On glisse le titre sur les compiles aussi, même si c’est une compile grunge, hein, allons-y, ils ne verront pas la différence. Ben si, justement, il y a une différence, les Spin Doctors, c’est un groupe rock tranquille comme les Soul Asylum et les Counting Crows, tiens, qui vont être poussés de la même façon. Ca vous dit quelque chose ? Je vous fais entendre … Et c’est vrai qu’on les entendus partout et qu’on n’a pas fait l’effort promo avec l’album suivant évidemment, on avait fait entrer trop de monde dans la maison pour les pouponner tous, ces bébés. Alors on n’a plus entendu parler des Spin Doctors, Chris Barron, le chanteur, a aussi eu un problème aux cordes vocales, ce qui n’a pas aidé. On aura eu le temps de les voir à Werchter, sur la grande scène bien sûr, et de pogoter comme des malades sur leur titre, Two Princes. Je dois rappeler des souvenirs à certains, on était quand même nombreux cet été-là, y avait Rage Against the Machin, Peter Gabriel et Aerosmith qui jouaient juste après. Alors on se le refait ce Two princes des Spin Doctors ? Ça veut dire quoi ? C’est des gars qu’on appelle au secours quand il faut rectifier la mauvaise posture d’un homme politique, façon de dire que ces gars font de la musique comme un discours.
    4 min
  • On ne sait rien d'eux : Duffy
    Avec sa voix et ses intonations soul retro qu’on dirait tout droit sorties d’un enregistrement de la Motown des sixties, Duffy a illuminé la fin des années 2000. Vrai, d’où sortait cette fille pour se hisser à la hauteur de l’inimitable Amy Winehouse ? Quels débuts fracassants avec cet album vendu à plus de six millions de copies et je ne vous parle pas de son propre pays où elle est un véritable phénomène avec son premier single écoulé à 500.000 exemplaires. Un demi-million de CD singles en 2008, vous vous rendez compte ?

    Duffy, c’est son vrai nom, son nom de famille, se prénomme Aimée. Un patronyme bien français mais on ne s’en étonne au Royaume-Uni, même au Pays de Galles, une région en retrait mais qui a quand même donné son lot de stars. Si je vous dis Tom Jones, les Stereophonics ou Bonnie Tyler, on y est. Et finalement, n’est-ce pas de ces embruns venus de l’Atlantique et des hautes plaines du pays gallois que vient ce grain dans la voix et ce souffle particuliers qu’ont ses habitants quand ils chantent. Et qui vous fait dresser les poils, venir la larme à l’oeil quand ils poussent en plein refrain. Duffy est de cette race d’interprètes. Comme beaucoup de Britanniques, elle a grandi avec une maman dingue de soul américaine. Vous n’imaginez pas à quel point cette musique est populaire en Grande-Bretagne, c’est comme la génération yéyé en France, c’est pareil.

    Et puis brusquement, un traumatisme pas banal à l’adolescence. Comment, à 14 ans, gérer son stress, le sentiment d’insécurité particulièrement quand la police vous exfiltre de chez vous pour vous cacher car elle a découvert que l’ex-femme de votre beau-père a engagé un tueur à gage pour l’assassiner ? Duffy part vivre chez son père, sa mère et ses soeurs coupent les ponts avec elle, elle devient une adolescente rebelle qui s’adonne au binge drinking comme beaucoup de filles de son âge d’ailleurs, un fléau qui s’abat sur les îles britanniques au début du siècle et que le pays va avoir du mal à gérer. Heureusement qu’il y a la musique, qu’elle a dans le sang, et qui la suit durant toutes ses années d’études. C’est ainsi que revenue dans son Pays de Galles après des années d’études supérieures, Duffy participe à une émission de télé locale à la recherche de nouveaux talents. Aimée Duffy termine deuxième et sort un EP qui lui sert de carte de visite.

    C’est ainsi que naît le fameux album Rockferry. Bye Bye le job de serveuse et d’employée dans une poissonnerie, la voilà propulsée révélation mondiale, multipliant les singles et établissant son nom. Un feu de paille malheureusement. Que se passe-t-il ? L’album suivant ne tient pas les promesses du premier. Suivi par un début de carrière au cinéma et puis plus rien. Duffy disparaît. Elle dira bien plus tard avoir été séquestrée dans un pays à l’étranger, on n’en sait pas plus mais toujours est-il qu’il n’y a pas eu de suite à ce début de carrière éblouissant. On attendait d’elle de prendre la place d’une Amy Winehouse dont le parcours dramatique ne lui a pas non plus permis de dépasser le cap du deuxième album. Reste ce tube gigantesque et tous les autres de l’album Rockferry, indispensable, et cette merveilleuse chanteuse au look de Brigitte Bardot des années 60. Elle s’appelait Duffy, elle avait un talent fou.

    5 min
  • On ne sait rien d'eux : Elégance
    L’autre jour, je fouillais dans les 45 tours que j’ai achetés dans les années 80 et dont une bonne partie tourne sur Nostalgie depuis 25 ans et je me disais qu’on sait finalement peu de choses, sinon rien, sur la majorité des artistes dont les chansons, du moins certains, sont devenues des classiques. Regardez Elegance, le groupe dont le tube ressort inévitablement chaque été avec le même bonheur. Parce que c’est clair qu’on s’y voit ou qu’on s’y revoit sur le chemin des vacances dès le premier couplet. C’est d’ailleurs une des forces imparables de ce titre qui fait partie de la légende des années 80. Mais finalement qui est-ce ? Vous pourriez ne fut-ce que dire combien ils étaient ces gars-là ? Je vous raconte.

    En 1981, grâce à Chagrin d’amour, la preuve est faite qu’on peut faire du funk et même du rap en français avec bonheur. Est-ce cela qui motive trois jeunes gens qui oeuvrent dans la musique à se mettre ensemble pour tenter de faire le même coup ? Allez savoir. Toujours est-il que Marc Ricci, Pierre Zito et Patrick Bourges décident de former Elegance pour nous emmener dans un univers nettement moins borderline. Ils ont respectivement 22, 26 et 18 ans et chacun apporte son expérience. Marc est DJ au Palace à Paris et au Papagayo à St Tropez, c’est la grande époque des platines, du funk et du hip hop mais aussi les remarquables débuts des rythmes automatiques de la new wave. Marc a tout entendu de Prince, Earth Wind & Fire et Orchestral Manoeuvres, alors pourquoi ne pas marier les deux en faisant un truc très groovy avec des synthés ? Pierre est musicien, claviériste, c’est sur lui que va reposer la composition des mélodies. Patrick, lui, est chanteur, il va assurer les refrains car les couplets vont être slammés par le DJ, Marc, qui connaît la musique, c’est le cas de le dire. Inutile de vous dire que le mariage de ces trois talents fait de cette chanson sans prétention, hein, un truc définitif, tellement qu’aucun d’eux n’imagine alors qu’elle fera encore du bien à tout le monde, plus de 40 ans après.

    Et en parlant d’après, je sais ce que vous pensez, ils n’ont plus rien fait. Ben si, justement, pas mal de 45 Tours avec Élégance, déjà. Au moins un par an. Mais aucun ne rentre dans le Top 50. Est-ce le manque d’envie, d’inspiration, du vite fait, de la paresse, on n’en sait rien mais force est de constater si tous sont bien réalisés et balancés, ça ne fonctionne pas, du moins pas de la même façon que ces vacances qui leur ont valu de vendre un million de singles en 1982. Oui, je sais, j’en entends certains qui disent : il va oublier de dire que la chanson a été arrangée par François Feldman qui était alors inconnu. C’est vrai mais il a aussi travaillé sur d’autres titres d'Élégance, donc.

    Marc est retourné à ses platines, et avec quel succès car quand l’ère des DJ est venue, ben, il a cartonné avec les fameux Hotel Costes et les compiles du même nom, et puis des chansons pour beaucoup d’interprètes de Marc Lavoine à Yannick Noah en passant par Alain Chamfort et Chimène Badi. Quant à Patrick, il a aussi écrit, avec Pierre, pour d’autres, comme le fameux Un enfant de toi de Phil Barney. Élégance s’est séparé en 1986 mais on ne les a pas oubliés, en tout cas pas le nom de leur groupe.

    4 min
  • C'est arrivé à Cannes avec Serge Gainsbourg en 1974
    Pourquoi aller au Festival de Cannes quand on est artiste mais qu’on n’a rien à y vendre ? C’est ce que doit se dire Serge Gainsbourg en ce mois de mai 1974 où malgré vingt années de métier et un unique immense tube international en 1969, il n’est toujours pas une star. Ses récents albums Histoire de Melody Nelson et Vu de l’extérieur n’ont pas marché du tout et ça lui a fait mal. Il était pourtant sûr d’avoir fait œuvre de nouveauté, de culot. On a beaucoup entendu Je venu te dire que je m’en vais à la radio, mais c’est tout. Aucune reconnaissance du public si ce n’est ceux qui élèvent la voix pour dire qu’ils n’aiment pas Gainsbourg, ce gros dégueulasse.

    Par contre, pour Jane, tout va bien. C’est un peu elle qui fait bouillir la marmite à leur domicile, rue de Verneuil. Les disques qu’il lui écrit marchent bien et surtout, Jane est devenue une star du cinéma : trois films l’an dernier et cinq cette année dont un actuellement en tournage, pas loin de Cannes, avec Pierre Richard (et qui entre parenthèses va connaître un succès considérable). Alors Cannes, c’est plutôt une évidence pour Monsieur Birkin, comme certains commencent à dire pour se moquer de lui. En ce mois de mai, un petit tour lui fera du bien pour se regonfler le moral. Il faut dire que l’émission de télé que les Carpentier lui ont, enfin, proposée a été un fiasco d’audience. Ce soir du Top à Serge Gainsbourg, il avait beau avoir convié Françoise Hardy et Jacques Dutronc, et puis Jane aussi, les gens ont regardé l’autre chaîne. Et pour cette majorité qui n’a pas regardé, la presse donne le coup de grâce : Pourquoi invite-t-on Serge Gainsbourg ? Il n’a aucun talent, il est sale et mal rasé.

    Et donc, ce photographe qui reconnaît le couple Gainsbourg Birkin et lui demande de poser devant le Carlton aux couleurs du nouveau James Bond avec Roger Moore, ça lui fait du bien, à Serge. Son sourire radieux et spontané fait plaisir à voir. Et qu’est-ce qu’elle est belle, Jane, comme ça, nature, avec son jean et son panier de courses en osier qu’elle vient de rendre à la mode.

    Et si on faisait d’autres photos sur la plage ?

    Gainsbourg ne se fait pas prier. D’autres photographes se joignent à la séance improvisée, des vacanciers s’attroupent autour d’eux, tu as vu, c’est Jane Birkin, c’est Gainsbourg. Serge s’en trouve un peu requinqué, et ça tombe bien, en buvant un café dix minutes plus tôt, il est tombé sur un article de Nice-Matin qui disait : Personne de sensé n’aime Serge Gainsbourg. Il est dépravé, méprisant et chante comme un drogué, régurgitant des chansons que personne ne comprend.

    Alors, invité à un déjeuner au restaurant, Gainsbourg a enfilé son fameux veston sombre à fines lignes. Assis en bout de table avec devant lui un pot de langues de belles-mères, ces fameuses plantes à la mode en forme de couteau dressé vers le ciel, un producteur vient s’asseoir à côté de lui : Dites, j’ai vu votre émission. J’ai senti que la réalisation venait de vous. Le jour où vous voulez réaliser un film, venez me voir. Gainsbourg remercie dans un souffle, en écrasant sa Gitane, il sait ce que vaut une promesse de festival. Mais bon, Jane va repartir tourner ce fameux film La moutarde me monte au nez, alors, pourquoi pas, écrire et réaliser un film. Ainsi va le Festival de Cannes …
    4 min
  • C'est arrivé à Cannes avec John Lennon en 1971
    Mai 1971, le Festival de Cannes s’apprête à vivre ce qui est, rétrospectivement, un événement de taille, et pourtant, sur le coup, on dirait que tout le monde passe à côté. Oui si vous aviez cette année-là arpenté la Croisette, où la foule ne se pressait pas encore en masse comme aujourd’hui, vous auriez croisé John Lennon.

    Nous sommes juste un an après l’annonce officielle de la fin des Beatles, l’histoire est encore du présent, tout le monde pense qu’ils vont se remettre ensemble et John Lennon est là, tranquille, sans se faire harceler par des fans des Beatles qui soit, ne sont pas au courant de sa présence, soit sont passés à autre chose. Il faut dire que depuis quelques années, Lennon a tout fait pour casser le mythe de l’idole : des albums solos expérimentaux pour ne pas dire ridicules, des appels à la fin de la guerre rendus inaudibles, eux aussi, par une faune dont il s’entoure ou qui profite de lui, et bien sûr ses errements dans des événements artistiques d’avant-garde comme les deux films qu’il a réalisés avec sa femme Yoko et qui vont être projetés au cours du festival.

    N’empêche, quel moment privilégié, loin de la folie des années écoulées et quelle occasion que ce Festival de Cannes où on le voit répondre à des interviews de journalistes avec le même humour et le même décalage qu’à l’époque de la Beatlemania. Il n’a en fait pas changé. Il a en vérité, toujours été le même, malgré la pression, malgré la fureur hystérique qui régnait autour de lui. Ça lui faisait plaisir, ce succès, mais jamais cela ne lui est pas monté à la tête. Alors on le voit ce soir, à table avec des amis dont Louis Malle et Jeanne Moreau, John est allé assister avec eux à la projection de leur film. On fait peu de photos à l’époque, qui a un appareil sur lui, mais on est à Cannes et les photographes accrédités sont déjà nombreux, à la pêche aux clichés à vendre à des rédactions.

    Mais John Lennon avec ses lunettes rondes fumées et sa veste en jeans ne vaut plus les colonnes à la Une désormais réservées aux Rolling Stones, Led Zeppelin et les Doors. C’est à peine si on entendra parler du public de la salle qui a hué la projection de son film, il faut dire qu’on y voit une mouche se promener durant 25 minutes sur le corps nu d’une actrice. Ah il n’y avait pas que ça, ils ont aussi projeté un autre de ses films nommé Apotheosis, une grosse production, là, puisqu’il s’agit d’un ballon dont il a filmé avec Yoko l’ascension jusqu’aux nuages durant 17 minutes.

    Comme quoi, si vous pensiez qu’on a tout vu à Cannes, c’était déjà plié en 1971 dont on ne doit retenir que la présence de l’ex-Beatle, charmant, tranquille et plein d’humour. Mais avec les idées bien en place quand on lui parle musique. Tenez, comme à ce journaliste de la télévision norvégienne, à qui il explique qu’il n’est pas heureux quand on le réduit aux Beatles. La musique des Beatles, c’est l'œuvre d’un groupe ; lui, en tant qu’artiste, ce qu’il veut à présent, c’est savoir ce qu’on pense de la musique qu’il fait seul, aujourd’hui, car c’est de lui qu’il parle, ce qu’il ressent. Et cette musique en 1971, c’est par exemple cette chanson …
    4 min
  • C'est arrivé à Cannes avec Johnny Hallyday en 1962
    Autant on parle des années 80 aujourd’hui, autant dans les années 80 on rêvait des années 60. Ah c’est vrai que c’était pas du pipeau, non plus, les sixties. Tenez imaginez-vous en ce mois de mai 1962, sous le soleil du Festival de Cannes, car c’est encore une de ces éditions qui bénéficie d’une météo splendide. Vous la voyez cette affiche de film devant l’hôtel Carlton ? On ne peut pas la louper avec Alain Delon en grand, aux côtés de Monica Vitti. Le film se nomme L’éclipse, signé Michelangelo Antonioni, un film oublié aujourd’hui mais il va remporter le prix spécial du jury et c’est mérité.

    Une Jaguar cabriolet décapotée passe sous l’affiche, pas de quoi étonner les passants à Cannes, sauf qu’au volant, c’est Johnny Hallyday tout juste débarqué d’avion pour un passage éclair. Mais que fait-il là ? On ne va pas tarder à le savoir, y a sûrement de la promo dans l’air pour le jeune sauvage de la chanson française qu’on va cette année surnommer Yéyé et qui est aussi désormais acteur.

    Et de fait, il rejoint sur la plage, à deux pas du Carlton, l’actrice allemande Elke Sommer, l’héroïne du film De quoi tu te mêles Daniela, qu’on a vu l’an dernier et pour lequel son ami Eddy Mitchell et ses Chaussettes noires ont interprété une chanson signée Charles Aznavour … La pose des deux jeunes gens devant les caméras et les objectifs n’est pas innocente, on annonce en effet que Johnny et Elke joueront bientôt ensemble. Et le voilà assis sur le porte bagage d’un vélomoteur conduit par celle qui partage sa vie, Patricia Viterbo, et qui n’est pas encore actrice. Ils vont prendre un bateau pour voir Cannes depuis le large, puis il y aura une partie de pétanque, c’est un vrai Français, notre Johnny. Allez, on ne pointe pas sans boire un ballon de blanc sorti d’un pichet bien frais.

    Mais le Festival reprend déjà le dessus, Johnny est à présent attablé avec des professionnels du cinéma, on le retrouve assis à une terrasse aux côtés de Ludmila Tcherina, une des rares danseuses étoiles à avoir réussi une carrière d’actrice. On lui demande un autographe, Johnny s’exécute aimablement, il va déjà repartir, ce garçon a décidément un V8 sous la chemise. Il faut dire que le Twist l’appelle, cette danse rock venue d’Amérique dont il a ravi la vedette à Richard Anthony et qui lui vaut une mauvaise réputation auprès d’une bonne partie de la belle société, horrifiée de le voir “remuer comme un singe et se traîner par terre”, disent-ils. Mais ce n’est pas à cela que nous assistons, un orchestre mexicain, en tout cas en tenue mariachi, joue un twist exécuté par des enfants habillés aussi en tenue mexicaine, Johnny se joint au groupe pour son fameux pas de danse, il est tout sourire, aimable, loin de la mauvaise réputation qu’on lui fait.

    Ce soir, Johnny enfilera un smoking qui convient si bien à cette époque dont nous n’avons gardé le souvenir qu’en noir et blanc, il montera et descendra les marches de l’escalier de l’ancien Palais Croisette, il va soutenir Claude Chabrol, un des rois de la Nouvelle Vague, et puis, il finira la nuit au Whisky à Gogo, évidemment, en dansant et chantant. Le lendemain, Johnny s’envolera pour New York, un peu à la manière de ces acteurs américains venus se montrer au monde entier, comme chaque printemps, sur cette Côte d’Azur où il se passe tant de choses. Tenez, un peu plus loin vers Marseille, à St Tropez, un gars nommé Claude François donne des cours de danse.
    4 min
  • C'est arrivé à Cannes avec Michael Jackson en 1997
    Je vous l’ai dit, et vous le devinez sans peine, il vaut mieux voir le Festival de Cannes à la télé que sur place. Sur place, on ne voit rien, et quand il se passe quelque chose, c’est la cohue, ça dure deux secondes et c’est terminé. Ou alors il faut avoir un rendez-vous et ça, c’est autre chose. Et puis, il y a des jours plus calmes que d’autres, ça dépend en fait de qui va monter les marches le soir, car à un moment où l’autre, ce “qui” va se déplacer en ville, se pointer dans un restau ou une fête au milieu de la nuit. Ainsi de ce 8 mai 1997, où l’hôtel Carlton est en ébullition. Oh on a l’habitude de voir des stars au Carlton, 14 ans plus tôt Elton John y a même tourné un clip mythique … les murs de sa suite se souviennent encore de la fiesta qu’il y a faite avec les musiciens de Duran Duran.

    Mais revenons à ce 8 mai 1997 où il n’y a non seulement pas moyen de passer sur le trottoir devant, ni de déambuler dans le hall car Michael Jackson arrive. Que vient-il y faire ? Et bien, présenter en avant-première son film Ghosts ? Un moyen métrage d’une demi-heure, il refait le coup du clip grand format de Thriller en 1983. Mais ici, c’est plus grand, plus long, plus fort.

    La projection a lieu à minuit, évidemment, il fallait y penser. C’est donc sur une Croisette nocturne que sa limousine s’engage après qu’il ait, tout sourire, réussi à s’extirper non pas de la foule mais de la cohue des cameramen et photographes qui l’attendent dans le hall. Ah oui, plus de 200 chaînes de télé et titres de presse de 70 pays sont accrédités pour cette soirée.

    Sur le trajet, relativement court, entre l’hôtel et le palais des festivals, quelques jeunes fans courent à côté de la voiture, l’ambiance est bon enfant, sans stress, m’enfin, on est un peu étonnés d’en voir une courir très vite en tenant ses béquilles dans la main gauche. A l’arrivée, pas moyen de sortir, trop de monde, la foule déborde, il y a même des gens perchés dans les palmiers, le chauffeur s’arrête donc avant l’espace du photocall pour permettre au service d’ordre et aux gardes du corps persos de se frayer un chemin. Grosses bousculades dans le public, des photographes râlent car ils n’ont rien obtenu de valable, Michael est passé trop vite, mais finalement, ça s’est bien passé, on attaque le tapis rouge. Michael se retourne vers le public pour un salut souriant mais trop vite à nouveau pour les photographes qui pestent à nouveau. Les fans, eux, sont heureux de ces quelques secondes où ils ont vu leur idole en vrai. Ça valait bien les deux heures d’attente et les centaines de kilomètres parcourus. Et puis les plus organisés d’entre eux qui ont fait le pied de grue la veille sous le soleil de la croisette, l’ont vu sortir sur le balcon de sa suite au Carlton. Ils ont crié après lui, Michael s’est penché au balcon et a répondu en faisant signe de la main. Il était bien plus cool que ce soir où malgré les sourires, on voit bien que les apparitions mondaines, ce n'est pas son truc.

    Ce n’est pas la première fois qu’un chanteur fait une apparition remarquée à Cannes pour une raison autre que le cinéma, John Lennon l’avait déjà précédé, George Harrison aussi, et encore, du temps des Beatles, il s’agit ce soir d’un vidéoclip mais la télé n’est-elle pas, après tout, la fiancée du Festival de Cannes. En tout cas le film Ghosts, ben, il tient ses promesses. Michael y joue plusieurs rôles dont certains sont inattendus, c’est un clip qu’il faut voir au moins une fois dans sa vie, surtout qu’un budget pareil, vu l’état du marché aujourd’hui, on n’est plus près d’en voir un.

    5 min
  • C'est arrivé à Cannes avec Robert De Niro en 1976
    On en a beaucoup parlé les jours qui ont suivi, les images resteront sans doute dans l’histoire du cinéma, Robert de Niro recevant de Leonardo Dicaprio une palme d’or d’honneur en ouverture du 78ème festival de Cannes, c’est historique. Et tous les journalistes de mentionner sa toute première célébration à Cannes en 1976 qui avait lancé sa carrière et imprimé son nom dans le monde entier. On la voit encore cette affiche où De Niro se tient debout devant son taxi jaune. Près de 50 ans plus tard, Taxi Driver reste un film fascinant, qui nous montre un personnage que sa solitude a rendu inquiétant et qui, pourtant, est convaincu d'être du bon côté. Mais c’est là qu’il faut sortir des sentiers battus, des raccourcis : l’image que nous offrent les médias et surtout la télévision, car finalement c’est surtout ça, le festival de Cannes, une émission de télévision qui nous vend du rêve avec ces grands acteurs et réalisateurs, américains surtout, dans le cadre idyllique de la Côte d’azur. Car quand on s’y trouve, dans cette ville qui finalement n’est pas bien grande, au milieu de la foule agitée de gens de cinéma, de médias, de Cannois, de touristes, d’invités, c’est pas du tout la même chose. On est soit perdu, on ne sait pas où ça se passe, même si on a le badge, hein, tellement il y a des accrédités qui courent partout, soit on ne voit rien, à part la foule. Ah ben oui, je me suis une nuit, retrouvé obligé à quatre heures du matin de rentrer d’une soirée à pied, des kilomètres, car toute la croisette était à l’arrêt, coincée à mort.

    Alors imaginez-le, Robert de Niro, en 1976. Déjà il a pas du tout la même image que celle qui s’imprime dans votre tête actuellement. Son compère Martin Scorsese non plus, mince avec sa barbe noire, d’ailleurs essayez de le reconnaître dans le film, en client cocu dans le taxi, et fou furieux. Et bien, ils n’en mènent pas large, ces deux jeunes cinéastes. Oh Cannes, ils connaissent, enfin un peu, car ils y sont venus deux ans plus tôt, totalement inconnus, pour présenter un premier film à la Quinzaine des réalisateurs, ça s’appelait Mean streets, et leur avait valu de se faire un peu remarquer.

    Mais depuis, De Niro a joué Vito Corleone jeune dans Le Parrain 2, sa cote a monté et pourtant, il a refusé un blockbuster pour un tout petit cachet sur un second film avec Scorsese, Taxi Driver. Il y croit. Mais à la projection en compétition, ça ne se passe pas bien. En fait, le public, comme le jury, est terriblement divisé. Trop violent. Mais New York est comme ça ! D’accord mais vous justifiez la violence du héros ! Bref, quand il apprend que le grand Tennessee Williams, membre du jury, a détesté le film, Scorsese repart pour New York sans attendre le verdict, bientôt suivi par De Niro. Mais le jour de la délibération, deux autres membres du jury nommés Ennio Morricone et Costa Gavras bataillent ferme, alors, c’est à la surprise générale qu’on annonce que la Palme d’or va à Taxi Driver. Il n’y a plus que le producteur pour recevoir le prix, avec la moitié de la salle debout et une partie de l’autre qui siffle en guise de protestation. La carrière de Taxi Driver est lancée, on va courir dans les salles comme rarement après une Palme, et souvent on ne sera pas d’accord, après, au bistro. Robert De Niro deviendra la légende du cinéma américain qu’on connaît et du cinéma tout court, d’ailleurs. Et c’est à Cannes que ça a commencé.

    5 min

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