La Story Nostalgie

La Story Nostalgie

By Nostalgie BelgiqueMusicMusic History
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La Story Nostalgie episodes

  • C'est arrivé en juin à Madonna
    11 juin 1985, il y a 40 ans exactement, Madonna donne le dernier de ses cinq concerts new yorkais à Madison Square Garden. Et la voilà pour la dernière fois de cette première tournée, apparaissant au rappel en tenue de mariée enchaînant Like a Virgin et Material Girl.

    L’an dernier, elle en était encore à jouer quelques morceaux dans des boîtes de nuit et puis voilà qu’au printemps elle passe aux grandes salles de concerts. Quarante en tout, à travers les Etats-Unis avec un petit crochet par le Canada le temps d’une soirée. C’est une solide réussite commerciale, pas encore artistique, on est encore loin des méga shows, tout est encore nouveau aussi bien pour le métier que pour elle.

    Mais le plus important n’est pas là. Ca se passe en effet dans les premiers rangs, ceux que Madonna ne manque pas de voir depuis la scène malgré les nombreux ballets, elle bouge beaucoup, c’est vrai, pas question de faire des concerts avec juste un groupe qui joue derrière elle. Et ben, elles sont là, toutes, les filles habillées comme elle, sur ses disques, les photos de presse et bien sûr, le film, Recherche Susan désespérément. Oui, ce look qu’elle s’est construite, avec les sous-vêtements par-dessus, les multiples chaînes et croix qui pendent à son cou et puis les innombrables bracelets en joyeux toc, et ben, elle les retrouve sur celles qu’on va appeler les Madona Wannabe. Toutes ces filles qui veulent être des Madonna. C’est plus du star system, là. C’est sociologique. Car ça va bien au-delà du cercle des fans qui viennent au concert et épinglent ses posters dans leur chambre, non, l’industrie de la lingerie annonce cette année-là une augmentation du volume de ventes de plus de 30%. Elle qui s’habillait comme ça par anticonformisme, voilà que tout le monde s’habille comme elle. Alors oui, sociologique n’est pas un superlatif exagéré comme on en entend trop aujourd’hui, Madonna est, comme Prince, pour quelque chose dans les stéréotypes vestimentaires qu’on retient aujourd’hui des années 80.

    Mais ce mois de juin 1985 ne s’arrête pas là pour la Madone. Quelques jours plus tard, des photos d’elle nue, prises avant la célébrité, sont publiées sans son consentement dans Playboy et Penthouse. Premier scandale et embarras auquel elle répond par un : Je n’ai pas honte. Une réponse qui renforce encore son image de femme libre et assumée, un modèle pour les femmes, plus qu’un sex symbol pour les mecs. Car vous souvenez-vous de ce moment où, pour la première fois, vous avez entendu Into the Groove à la radio ? Ce frisson qui vous a traversé, cette envie soudaine de danser, de vivre, d’être libre. C’était ça, l’effet Madonna.

    4 min
  • C'est arrivé en juin à Serge Gainsbourg
    19 juin 1986, la nouvelle tombe, terrible. Coluche est mort. Un proche, pour Serge. Il se rappelle ce soir pas si éloigné où il l’avait invité à la maison, et où son pote avait dégagé toute la table sans lui demander la permission pour le dîner qu’il s’était mis en tête de préparer lui-même depuis des plombes. Serge avait piqué une colère du bazar qu’il avait mis avec les autres convives, c’est vrai, c’était pas une table pour manger. En tout cas, ce qu’il regrette, c’est le frère qu’il a perdu. Car Coluche et lui ont un point commun : ils sont la cible des têtes bien pensantes d’une société qu’ils ne manquent jamais de choquer. Désormais, Serge sait qu’il est seul dans la ligne de mire. Lui, le gros dégueulasse, le provocateur. Ce n’est pas un hasard si Coluche et lui ont tous les deux crevés les records d’audience télé lors de leur passage dans Le jeu de la vérité. Tenez, c’était il y a tout juste un an.

    Le 7 juin 1985, Serge n’en mène pas large juste avant l’émission. Il adore la promo mais là, il va se retrouver seul devant dix millions de gens dont certains qui vont lui poser des questions. Le mettre au pied de ses récentes provocations dont il est si fier quand il voit la visibilité que cela lui rapporte. Mais là, le coup du gros billet auquel il a foutu le feu récemment, il sait que ça ne passe vraiment pas bien. Même Charlotte est victime de railleries à l’école, et elle en souffre. Va-t-il comme Coluche deux semaines plus tôt, utiliser ses deux jokers immédiatement ?

    Enfin, point positif, Serge a arrêté de picoler depuis huit jours. Il aura moins les idées claires. Enfin, même à jeun, il n’est plus tout à fait fit and well après autant d’années d’excès. On va le lui reprocher d’ailleurs : lui balancer au téléphone et en direct qu’il est sale, vulgaire, cynique, qu’il a déshonoré la France avec sa Marseillaise en reggae, outragé le monde ouvrier avec son billet de 500 balles et qu’il n’est pas venu chanter pour l’Ethiopie avec son pote Renaud. Mais Serge a encore des réserves, c’est le cas de le dire. Il sort un chéquier et rédige un ordre de 100.000 nouveaux francs pour Médecins sans frontières. Applaudissements. Il a marqué un point, et pas des moindres. Bon, il ne peut s’empêcher de raconter des blagues épouvantablement mauvaises qu’il collectionne. Là, il est authentique pour une fois. L’une d’entre elles lui vaut d’ailleurs d’être accosté en boîte juste après l’émission par une jeune femme qui lui dit que sa blague du petit immigré qui va demander à Le Pen combien il lui donnerait pour qu’il quitte la France et que Le Pen lui répond 5 minutes, avait bien fait rire son père. Et qui est-ce, votre père ? Ben, Jean-Marie Le Pen. Gainsbourg ne le croit pas mais c’est bien une Marine Le Pen face à lui, bien loin de s’imaginer qu’un jour elle fera un jour de la politique.

    Mais pour en revenir à l’émission, l’idée de ressortir une chanson d'Aznavour de 1959 et de l’interpréter, à une époque où la grande majorité du public ne connaît pas La Javanaise, était excellente. Car bientôt, avec l’arrivée du CD, on va tous découvrir ces chansons des années 50 et 60 que presque personne n’avait achetées et qui étaient bien loin du Gainsbarre des années 80 …

    4 min
  • C'est arrivé en juin à Jean-Jacques Goldman
    Juin 1988, ce n’est pas seulement les années fameuses années insouciantes qui tirent à leur fin, ni l’époque des chemises à rayures et pull Lacoste, c’est surtout pour tous les élèves de secondaires qui tournent une cassette de Jean-Jacques Goldman dans leur baladeur d’être à Paris. Car depuis le mois dernier, l’artiste qui ne fait rien comme les autres, a entamé une tournée parisienne. Oui, au lieu de jouer au finish dans une salle, il en fait plusieurs, de la plus petite à la plus grande. Déjà, ça permet à ceux qui ont des préférences de choisir la taille du lieu. Bon, il fallait être rapide et surtout se pointer tôt devant le guichet pour les deux soirs au Bataclan et les trois à l’Olympia. Après c’était déjà la jauge de 4500 sièges du palais des Sports qui s’est  également rempli très vite pour deux semaines jusqu’à la fin du mois.

    Et donc en ce mois de juin, direction le tout récent Zénith. Une semaine remplie en un clin d'œil, puis on ouvre une seconde semaine et rebelotte, plus un strapontin de libre. Jean-Jacques aurait pu faire Bercy, tout aussi neuf, mais il choisit la proximité, la chaleur du public, l’intimité dans la foule. Alors le public vient de toute la France. Des cars entiers arrivent de Bretagne, d’Alsace, de Lyon. Des gamins avec des t-shirts marqués Minoritaire. Des couples qui se tiennent la main pendant Il changeait la vie. Et des larmes qui coulent au coin des yeux pendant Comme toi. Le show, lui, est millimétré mais sans chichis, c’est pas du Johnny. Pas de flammes, ni de cascades. Juste Goldman, ses potes musiciens, sa guitare rouge et des mots qui vont droit au cœur.

    En ce mois de juin, dans un Paris encore un peu noir de la désillusion du grand rêve Mitterrand, Goldman donne treize concerts avec chaque soir, un public qui chante toujours plus fort que la veille. Et c’est peut-être ça, le vrai miracle de juin 1988. Ce n’est pas la performance, ni les ventes de disques. C’est ce moment suspendu où la France chantait en chœur, sans cynisme, avec un gars qui n’a pas besoin de costume à paillettes pour briller. Comme il le dit dans une interview qu’il donne pendant la série, ce sont les spectateurs qui m'ont appris la scène, qui me l'ont fait aimer. A priori, je suis le contraire d'un homme de scène. Gauche, lent à la répartie, introverti. Mon énergie, c'est celle qu'ils me communiquent. Mon plaisir, c'est celui de passer une soirée ensemble, autour de choses qui touchent. C'est pourquoi je ne cherche pas à jouer devant des « curieux », à racoler le plus de monde possible.

    Oui, je sais, on a vécu la même expérience quelques mois plus tard à Bruxelles, à Forest National. Six soirées consécutives fin novembre, début décembre et trois supplémentaires en janvier suivant qui feront dire à un journaliste : si Michael Jackson met des mois à réunir 60000 Belges pour un soir, Jean-Jacques Goldman a vendu 72000 tickets à la vitesse de la lumière. Sans doute est-ce parce que le public sent que Goldman fait ça par plaisir et pour aucune autre raison. Les gens savent qu’il est allé jouer au Congo, dans les îles, là où il n’y avait pas un franc à gagner, et parce que ses musiciens étaient OK d’y aller. Jouer, être avec les autres. Le plaisir, et rien d’autre.



    4 min
  • C'est arrivé en juin à David Bowie
    Le 16 juin 1972, le disquaire, c'est un autre monde aujourd’hui disparu mais alors un point de passage obligé pour presque tout le monde. C’est là qu’on se procure ces chansons magiques qu’on a entendues à la radio, dans un juke-box, dans une émission de variétés à la télé ou chez des copains. Et puis il y a ceux, des passionnés, qui s’y rendent pour se renseigner sur ce qui vient de sortir, écouter un extrait et si ils accrochent, ils achètent et rentrent chez eux avec leur nouveau trésor. Car c’est ça la musique en 1972 : un bien précieux. Et si la pochette est belle, c’est encore mieux.

    Et justement, en parlant de pochette, sur ce 33 Tours qui vient d’arriver chez le disquaire, on voit un type pâle, les cheveux couleur feu, poser dans une ruelle sombre avec la guitare nonchalamment en bandoulière. Et puis gros plan à l’arrière dans une de ces fameuses cabines téléphoniques rouges, c’est sûrement Londres. Le gars, on dirait un acteur échappé d’un film de science-fiction. Le titre de l’album est à rallonge en plus, c’est pas une première mais il est intriguant quand même : The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars. Oui, tout ça. Le chanteur se nomme David Bowie. Certains le connaissent. Il a déjà sorti pas mal de disques mais bon, c’est un second couteau qui n’a pas bien choisi son camp, entre rock, folk, expérimental, cabaret, bref il est aussi flou que la photo de la pochette de ce disque. Et là, il fait le coup de l’album concept façon Sgt Pepper des Beatles. Il pousse même un peu plus loin car cela semble raconter toute une histoire, celle d’une rockstar, un messie déchu, prophète de notre décadence. Ah bon ? On est décadent ?

    Mais ce qu’on ignore ici c’est que David Bowie ne fait pas que raconter une histoire : il la vit de l’autre côté de la Manche, soir après soir sur scène, maquillé comme une drag-queen samouraï. Et le public britannique devient fou. En Belgique et en France, on ne va pas comprendre tout de suite. Trop bizarre, trop anglais. Mais dans les chambres d’adolescents, le disque commence à tourner, on s’en parle en classe ou à l’intercours. Car Ziggy est le premier vrai héros pop à dire : sois toi-même, même si ce “toi-même” vient d’une autre planète. Imaginez le choc pour tous ceux qui vivent à l’intérieur d’eux-mêmes, avec la peur de l’extérieur, de ce qu’on va dire. Et puis tous ceux qui, à cet âge, rêvent d’être quelqu’un d’autre, fantasment en s’endormant chaque soir dans la maison familiale remplie de silence et d’ennui.

    There's a starman waiting in the sky… dit la chanson qui vient de sortir en 45 Tours. Personne pour imaginer que des décennies plus tard, elle sera utilisée dans une campagne de pub pour des télécoms. Ni que David Bowie sera alors un artiste connu de tous. Et respecté. Ce qui ne va pas être le cas, ni en cette année 1972, ni les suivantes, où il y aura plus de gens pour le détester que l’apprécier. Et encore moins que cet album sera un jour considéré comme un des plus grands de l’histoire. Mais quelle histoire ? Tout cela n’est que du présent, et de l’émotion, ce 16 juin 1972. D’ailleurs, ce soir, vous l’avez vu, cet homme des étoiles, juste avant de vous endormir avec le casque sur les oreilles. Et il vous regardait.

    4 min
  • C'est arrivé en juin aux Rolling Stones
    On ne peut pas parler des Rolling Stones sans penser à leur incroyable succès aux Etats-Unis. L’histoire entre le groupe et ce pays a été et reste légendaire. Là-bas, les Stones, c’est une religion. Et pourtant, l’avez-vous remarqué, on ne parle jamais de leur première venue aux Etats-Unis. On devrait ! Regardez les Beatles, vous voyez tout de suite ces images folles de milliers de jeunes gens qui les accueillent en criant à l’aéroport, les scènes de poursuite dans les rues, les records d’audience télé au Ed Sullivan Show. Et les Stones, alors?

    Et bien, ils arrivent à JFK en juin 1964, quatre mois après le phénoménal déclenchement de la Beatlemania. A l’aéroport, des filles crient quand ils montent dans les limousines, quelques motards les escortent, on y est. Enfin, pas tout-à-fait car le Ed Sullivan Show n’a pas voulu d’eux et là, ils auraient dû se méfier. Car pour leur première télé, à Los Angeles, c’est un show de seconde zone, les Stones découvrent au dernier moment qu’ils vont chanter entre deux numéros de cirque. Ils sont de plus présentés par un animateur ringard et ivre qui dit aux téléspectateurs que le gars du numéro de trampoline après eux c’est leur père qui essaie désespérément de se tuer. Dans une autre émission, c’est le chanteur comédien Dean Martin, partenaire de Frank Sinatra, bourré lui aussi, qui les traite de singes. Puis commence la tournée dans des endroits du perdus du Texas, Minnesota, Nebraska, Michigan. Les Stones ne sont pas encore connus, alors leur équipe a pris les engagements qu’ils ont trouvés. Ils jouent en attraction, ici avant un groupe country, là dans un rodéo où le public qui a du mal avec les cheveux longs, leur demande s’ils sont les Beatles ou s’ils sont des gonzesses. T’as vu, y a une puce qui vient de sauter de la tête du guitariste. Ouais ils puent tellement qu’elles ne tiennent pas le coup. Et quand ils sont en vedette, les auditoires sont vides. Ou presque. 600 personnes dans une salle qui peut en accueillir 10.000. Alors les Stones font tout pour que le public ne regarde pas derrière, et ils jouent plus fort pour que le courant passe. Comme dit Keith Richards, Nous sur scène, on voit une grande grotte vide mais eux sont comme à un mariage, ils regardent les mariés.

    Oui, en ce mois de juin 1964, les Stones en bavent lors de leur première tournée américaine, ils en sont encore à apprendre le métier, à entrer par la petite porte. Mais en voyant le public accrocher à leur musique, lire le bonheur sur les visages, ils prennent de l’assurance. A force de jouer, leurs disques montent de la 80ème à la 60ième place pendant que les chansons des Beatles occupent les cinq premières. Ils sont un peu sauvés à New York par l’animateur radio que John Lennon a lui-même contacté pour qu’il daigne assurer leur présentation. Il a attiré du monde, la salle est pleine. L’année prochaine, la sortie de leur Satisfaction changera tout, les Stones feront au moins deux tournées par an et en 1978, ils en seront déjà à leur première tournée des stades. Mais le 22 juin 1964 quand leur avion atterrit à Londres de retour de la Terre promise, Keith Richards a dans sa valise un revolver du même calibre que celui qu’un policier lui a braqué sous le nez avant un concert car il refusait de vider dans les toilettes des loges un verre de whisky coca.

    4 min
  • Un soir avec les frères Gallagher
    Hé les amis, vous savez quoi ? Je vous emmène passer la soirée avec les frères Gallagher. Non, sérieux ! C’est pas d’hier que je traîne dans tous les coins de la Grande-Bretagne. Bon je veux pas vous obliger, hein, faut que vous aimiez les cendriers pleins, les verres cassés, les éclats de voix avec les Beatles à fond. Allez, on vous ouvre la porte de leur QG à Londres, ou de la grande baraque de Supernova Heights, tiens. C’est celle de Noel, on dit Nole en anglais, et Noel Gallagher, c’est le cerveau, l’auteur de Oasis.

    Et Oasis, c’est pas juste un groupe. C’est une bande. Et surtout, impossible de l’ignorer, deux frères ennemis qui vivent entourés comme des caïds de Manchester. On n’entre pas là comme dans un moulin. Non, mais on débarque pour s’y éclater, entre mecs, avec les potes d’enfance, les roadies, les musiciens, des fans sélectionnés — ou parfois juste ramassés en fin de soirée au pub. Mais attention, pas de rendez-vous chez les Gallagher. Faut tomber au bon moment. Et une fois dedans, pas question de rester coincé dans l’entrée. On vous file une bonne ale, on s’assoit sur un canapé écrasé par cent derrières depuis 1994, et on vous passe la dernière démo de Noel ou un live pirate de leur dernier concert. Il n’est pas impossible de tomber sur Johnny Depp, parfois, ou sur Kate Moss qui cherche Liam dans la cuisine. Parce que Liam, lui, il squatte la cuisine. Il parle peu, marmonne beaucoup, toujours avec une clope en main et un regard d’enfant jaloux dans un corps d’adulte. Liam, c’est le feu. Le charisme, le front en avant. Il chante à travers les murs, des vieux trucs de Lennon, parfois même du Slade, et il fout la paix à personne. Noel, lui, c’est la salle de musique. Casque sur les oreilles, guitare sur les genoux, il compose. Il y en a toujours un qui bosse et un autre qui fout le bordel. Et vice versa.

    Entre les deux, ça claque. Littéralement. On a vu des verres voler, des amplis aussi. Même qu’une fois, un Brit Award a fini dans l’aquarium. Mais faut pas croire, ils s’aiment. À leur manière. Des frères, quoi. Avec des coups dans le dos et des câlins qui finissent en prise de catch. Un jour, on a trouvé une lettre d’amour de Liam à Noel. Deux lignes bourrées de cœurs et de fautes. On a cru à une blague. C’en était pas une.

    Ah, et les objets ? Parlons-en. Des centaines de lunettes rondes à la Lennon, pour Liam, alignées sur un meuble Ikea. Des guitares à moitié pétées que Noel refuse de jeter. Et des baskets Adidas neuves, jamais portées. Parce que faut que ça claque, même aux pieds, comme dit Liam. Et puis le jukebox qui marche une fois sur deux et où on trouve des 45 Tours de Bowie, The La’s, Stone Roses et un seul disque de Blur. Rayé. Volontairement.

    Oui, ce soir, chez les Gallagher, ça va encore fumer, gueuler, chanter et rigoler jusqu’à pas d’heure. Demain on s’insultera dans la presse ou on se battra dans les loges. Oasis, c’est pas une success story. C’est une tragédie rock à deux voix. Et c’est p’tet pour ça qu’on les aime, ces sales gamins.
    4 min
  • Un soir avec Jacques Brel
    Paris, 1966. Le rideau tombe sur la scène de l'Olympia, où Jacques Brel vient de livrer une fois de plus, un récital bouleversant. Le public, encore sous le choc, applaudit à tout rompre. Brel, épuisé mais exalté, quitte les coulisses sans un mot, son regard déjà tourné vers la nuit qui s’ouvre. Il retrouve ses amis dans un bistrot discret de Montmartre, un lieu qu'il affectionne pour son ambiance chaleureuse et son absence de prétention. Autour d'une table de bois usée, les verres se remplissent et la conversation s'anime. Brel, toujours en quête d'authenticité, écoute autant qu'il ne parle, car il ne peut s’empêcher d’observer les visages et de capturer les émotions.

    On ferme !

    Oh non ! Brel insiste pour avoir le petit dernier en forçant un accent brusseleir mais ça ne marche pas, alors rentré dans son immeuble, il va réveiller Georges Brassens, son nouveau voisin de palier. Les deux artistes et amis de longue date échangent des histoires, des nouvelles et des rires. La nuit avance, la bouteille se vide, mais l'énergie ne faiblit pas.

    Cette fois, il n’est plus d’heure, Brel suggère de continuer la soirée chez lui, où quelques bouteilles de Chartreuse les attendent. Brassens refuse mais Brel insiste. Chez Brel, la musique reprend, les discussions s'intensifient, Jacques en est à la philosophie, aux grands sermons, il s’emporte, refait le monde, il est vrai qu’il n’a pas besoin d’aller jusqu’au bout de la nuit pour livrer sa version définitive du sens de la vie. Ce n’est pas que l’homme soit méchant, en définitive, mais il est toujours perdant à vivre avec les autres, non ce qu’il faut c’est être libre … Mais à l'aube, il est seul, Brassens, épuisé, s'est endormi sur le canapé. Brel le raccompagne à son appartement, non sans difficulté, et alors qu'il le couche, Brassens ouvre un œil et murmure : Je prendrais bien un petit dernier !  

    Le lendemain soir, Jacques se rend dans son restaurant favori. Il est rentré à Bruxelles dans la journée. Assis à sa table favorite, il déguste des croquettes de crevettes, son plat préféré, tout en prenant des notes dans un carnet. Il note des idées, … Une nouvelle chanson ? Il ne sait pas encore. Il observe les clients, le personnel, en écoutant les conversations autour de lui. C'est dans ces moments de solitude et de réflexion que naissent ses plus belles histoires. 

    Ainsi vous avez assisté à une soirée classique avec Jacques Brel : entre passion, amitié, musique et recherche incessante de vérité. Un homme loin d’être parfait mais qu’il ne revendique pas, non, il est profondément humain, toujours en mouvement, toujours en recherche, laissant derrière lui des femmes tristes mais des souvenirs impérissables.
    3 min
  • Un soir avec Linda Perry
    Nous sommes à la fin des années 80 dans les rues de San Francisco. Le quartier animé du Castro, où une jeune artiste venue du Massachusetts, vit dans une petite chambre sans fenêtre. Qu’est-elle venue faire loin de sa côte est et de New York ? Elle est artiste, d’accord, mais alors pourquoi pas Los Angeles, là où tout se passe. Et en effet, le jour, elle travaille comme serveuse pour le soir, arpenter les rues avec sa guitare, jouant ses compositions originales aux passants qui sont, il faut bien le dire, beaucoup plus réceptifs aux artistes et à la musique folk dans cette ville où est né, 25 ans plus tôt, le mouvement hippie. Ce soir-là, elle se produit au Nightbreak, un club de Haight Street aujourd’hui disparu mais à l’époque réputé pour sa scène alternative, et aussi son vin californien, ses bières mexicaines et jamaïcaines, je peux en témoigner, j’y ai traîné au même moment. Elle m’a peut-être servi, cette demoiselle dont vous devinez qu’elle n’y est pas restée, dans ce bar. La salle est modeste, mais l'ambiance électrique, c’est pour ça qu’on y vient ou que d’autres nous y emmènent. Linda, j’ai oublié de vous dire que la jeune fille se prénomme Linda, monte sur scène, coiffée d’un chapeau particulier dans le Massachusetts mais ici c’est ok.

    Et elle entame une chanson qu'elle a écrite dans sa chambre, vous savez la petite chambre sans fenêtre dont je viens de vous parler. Dans le public, un gars qui rame assez bien pour le moment. Il s’appelle Stephan Jenkins, et il est dans le désordre le futur leader de Third Eye Blind, un groupe pré grunge qui va vendre des millions d’albums, et qui sera par après le compagnon de Charlize Theron et de Vanessa Carlton. Mais pour le moment, il est juste rien, enfin il est lui, ce qui est déjà pas mal avec ce que je viens de vous dire et il est captivé, le gars. À la fin de la prestation, il l'aborde, et les voilà à discuter de leur vie qui commençait, comme disait la chanson de Michel Fugain. Elle lui rejoue son What's Up?, car vous avez deviné qu’il s’agit de Linda Perry des 4 Non Blondes, et lui son Semi-Charmed Life. Ils ignorent évidemment que ces chansons deviendront immortelles, ce qui ne rend l’instant présent que plus beau.

    Après ça, Linda et quelques amis se dirigent vers le Paradise Lounge, un autre endroit emblématique de la scène musicale de San Francisco. Là, elle improvise un mini-set acoustique, captivant l'audience évidemment, avec sa voix et puis ses textes. La nuit se termine dans un café du Mission District, où artistes et musiciens se rassemblent pour discuter, partager des idées et rêver de succès. Linda, bien que fatiguée, est inspirée. Elle griffonne des paroles sur une serviette en papier, peut-être les prémices d'une future chanson à succès.
    3 min
  • Un soir avec Coluche
    Il fut un temps où, si vous vouliez passer une soirée avec Coluche, c’était possible, et sans payer votre ticket de théâtre, quand il était à l’affiche. Si vous étiez copain avec lui, ou le copain d’un copain, il suffisait de sonner à la porte de sa maison, à Paris. Ah ils sont très nombreux à connaître la façade carrée de briques rouges du numéro 11 de la rue Gazan, avec la cour jardin sur le côté gauche, derrière une grille où on gare les motos et mobylettes.

    Oui, il a beau être devenu une star, Coluche a gardé le plaisir, l’instinct de vivre en meute. Il est d’ailleurs interdit de prendre rendez-vous, de demander l’autorisation de passer et obligatoire de s’asseoir, boire un coup et accepter la bouffe qu’on va vous servir. L’installation parle d’elle-même : la juxtaposition des divans devant la télé, la série de chaises de bistrot et de chaises longues vous appelle quand vous entrez dans la salle de séjour, très éclairée.

    Il y a beaucoup de chance que ce soit Gérard Lanvin qui soit venu ouvrir la porte. Oui, le comédien qu’on a tous vu dans le terrible film, Tir groupé, et qui nous a fait rire dans Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine. Gérard habite là. Car c’est Coluche qui l’a emmené dans le métier, l’a tiré des puces de St Ouen où il vendait un tas de trucs. Au début Gérard conduisait la voiture, la camionnette, décrochait le téléphone, faisait un peu tout. Puis il a construit un café théâtre avec d’autres potes, Le Point Virgule, c’est lui qui y a fait entrer tout le bois des banquettes et du balcon. Puis Gérard a fourni des vannes à Coluche, pour le spectacle mais aussi les émissions de radio. Et même quand Véro est partie, Gérard est resté, enfin, un temps, on ne va pas s’attarder. Mais suivons-le, entrons …

    Le coude sur la table, une cigarette à la main et un verre de whisky devant lui, c’est Eddy Mitchell, bien sûr, le grand pote, avec Renaud, pas loin, avec un demi ou un pastagard. C’est le cercle rapproché des chanteurs, car la musique, ça le botte, Coluche, il aurait tant voulu être chanteur. Il a même monté un studio d’enregistrement dans la maison. Pour lui, oui, et que les copains utilisent pour enregistrer leurs trucs, ah ils se démerdent entre eux, dit Coluche, j’loue pas, j’suis pas dans l’commerce, moi. On ne peut pas s’empêcher de s’attarder un instant sur les casques de motos sur l’appui de fenêtre. Pourquoi il y en a tant ? Un pour chaque moto ? Non, un pour chaque usage. Enfin bref, passons, le présentoir à lunettes est beaucoup plus fun. Ça a commencé bêtement parce qu’il les paumait, ses lunettes, alors il en avait toujours plusieurs paires. Et pour rigoler, un copain lui a un jour offert un présentoir qu’il s’est mis en peine de garnir complètement. Ah oui, tous ses potes lui apportent un tas de trucs quand ils viennent. Alors, il ne les jette pas, du moins tant qu’y viennent, comme il dit. Et comme il faut les distraire, tous ces camarades, il y a deux flippers sur lesquels Mick Jagger et même Jack Nicholson ont joué, oui monsieur, et puis la table de ping pong qui remplace la piscine dans laquelle on s’est bien marrés mais au bout d’un temps, on a fini par ne plus y aller. C’est comme tout, hein, on se lasse.

    Oui, ce soir, chez Coluche, on va encore parler, rigoler jusque tard dans la nuit. Demain n’existe pas quand on est une bande de jeunes et qu’on se fend la gueule …
    4 min
  • Un soir avec Freddie Mercury
    Munich, début des années 80. Freddie Mercury y séjourne régulièrement dans un petit appartement meublé que lui a dégoté son amie Barbara Valentin, star allemande du cinéma, égérie du réalisateur Rainer Fassbinder. Barbara adore faire la fête, comme Freddie qui adore Munich. Il aurait pu, comme David Bowie, aller à Berlin où on connaît le chemin qui mène au bout de la nuit mais voilà, Freddie a atterri dans la capitale bavaroise pour des raisons professionnelles : pour travailler avec le producteur Reinhold Mack qui s’est notamment illustré sur tous les albums à succès d’Electric Light Orchestra. 

    Et donc c’est en découvrant le studio de cet ingénieur du son qui va renouveler le son de Queen en 1980 que Freddie constate à sa grande satisfaction qu’en plus des soirées sans fin, on le laisse tranquille quand il marche dans la rue, s’assoit dans un café. Pas de chasseurs d’autographes comme à Londres, et surtout, pas de photographes d’impitoyables tabloïds britanniques.

    Et donc ce soir, tout commence dans un grand restaurant. Ambiance chic, couverts en argent, Freddie est invité par des gens qui veulent lui parler affaires. Freddie s’ennuie rapidement. Il soupire. Et quand l’un des convives ose faire une blague sur son look, Freddie se lève, balance sa serviette et sort. Rideau.

    Le voilà dans la rue sous les lampadaires, habillé en rock star, perfecto noir, lunettes fumées et bottes de cuir, quand au coin de la rue, il entend de la musique. Des rires. C’est une fête, étudiante, on dirait. Freddie sonne à la porte. On ouvre. Le reconnaît-on ? Il n’en sait rien. Son nouveau look cheveux courts et surtout moustache n’est pas encore vraiment connu de tous. Et puis des moustaches comme la sienne, en Allemagne, à cette époque, il y en a à tous les coins de rue. Alors Freddie entre, prend une bière, s’assoit avec les autres, discute, rigole. Puis, il entend quelqu’un jouer sur un piano droit, s’approche, demande si il peut, s’installe et joue Bohemian Rhapsody.

    La salle se fige, murmure. Puis explose. Tout le monde chante. Freddie monte sur une table, improvisant un récital improbable devant une trentaine de jeunes gens ébahis. Et vers quatre heures du matin, c’est lui qui sert les bières derrière le bar, blaguant, hilare, avant de filer au petit matin en lançant un : Thanks for the party, darlings! C’est ça, Freddie Mercury. Chanter devant dix mille spectateurs ou trente convives, ça reste le même plaisir. Et si cette histoire qui circule et que j’ai enjolivée n’est pas tout-à-fait exacte, quelle importance. Elle a forcément eu lieu. J’ai assez assisté à des scènes de ce genre pour savoir que c’est arrivé et que ça se produit encore, enfin peut-être plus parce qu’aujourd’hui des gens sortent aussitôt leur portable pour filmer. Freddie n’aurait pas aimé car ce qu’il appréciait par-dessus tout, c’était de vivre, faire la fête, pas la regarder. La vraie vie, quoi.
    4 min

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Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Ce podcast incontournable vous fait voyager à travers les époques, en…

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