La Story Nostalgie

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La Story Nostalgie episodes

  • Véronique Sanson : le piano comme destin
    Comment imaginer Véronique Sanson autrement que, assise devant son piano ? Il faut dire que sa sœur Violaine et elle, s’y sont trouvées depuis leur plus âge, celui auquel leurs parents les ont inscrites au cours de piano.

    Violaine et Véro. Vous avez remarqué ? Deux prénoms en V. Ce n’est pas un hasard, leurs parents se sont rencontrés durant la guerre au sein du réseau de la Résistance et ont voulu marquer cette alliance dans l’initiale du prénom de leurs filles, V comme Victoire, signe des deux doigts affiché par Winston Churchill.

    Colette et René Sanson veulent donner à leurs filles la meilleure éducation qui soit dans la société d’après-guerre où on veut, plus que jamais, que les enfants aient un avenir meilleur que ce qu’ils ont vécu.

    Le piano va logiquement toute la place, au propre comme au figuré, dans la vie de la jeune Véronique et de sa sœur aînée. On ne s’étonnera donc pas quand à l’âge de 18 et 20 ans, elles enregistrent ensemble leur premier 45 Tours au sein d’un groupe nommé Les Roche Martin.

    Classe, hein ! La différence avec les Chaussettes Noires, les Toréros ou les Chats sauvages saute aux yeux.

    Mais le trio aura une vie aussi éphémère que la confidentialité de leur succès ; en 1969, Véronique Sanson publie son premier 45 Tours solo, un disque qui, lui non plus, ne trouve pas son public.

    Trois ans plus tard, nous la retrouvons au Cabaret Jules Verne, au premier étage de la Tour Eiffel. J’aime autant vous dire qu’après un numéro de jongleur et de prestidigitateur, ce lieu à touristes est une grosse galère pour une délicate et jeune chanteuse qui vient y interpréter ses propres compositions, autrement dit des chansons inconnues du public.

    Mais sa voix et son style sont exceptionnels, c’est pour cela qu’elle affronte chaque soir une audience aussi ingrate, il faut se faire connaître à tout prix, en allant au charbon, c’est ce que pense l’homme qui partage alors sa vie : Michel Berger.

    L’expérience, traumatisante pour Véronique, ne dure heureusement pas : la même année 1972 sort son premier album, produit par Michel, alors le jeune directeur artistique parisien qui monte. Amoureuse, la première chanson qui accroche les médias et le grand public, n’est pas encore le titre de cet album qui ne le prendra que bien plus tard, lors de la réédition en CD.

    Mais c’est le single suivant, Besoin de personne, qui est le déclencheur de la notoriété de Véro et lui vaut de passer partout à la télé, enfin, sur les deux seules chaînes françaises qui existent alors. Véronique Sanson s’impose comme une artiste atypique, du sang neuf, comme on en réclame sans cesse dans le monde de la musique qui en plein âge d’or. Fini le cabaret Jules Verne, elle assure la première partie d’autres artistes eux-mêmes atypiques que sont Julien Clerc, Claude François et Michel Polnareff.

    6 min
  • Elton John & Freddie Mercury : Noël chez les rock stars britanniques - Conte de Noël
    Vous avez peut-être vu la vidéo hilarante que Elton John a publiée ces jours-ci dans laquelle il n’arrive plus à ouvrir une porte chez lui, que ce soit celle de son living, frigo et même le four dans sa cuisine, sans entendre une chanson de Noël en sortir. Elle lui a d’ailleurs valu une remarque sur la propreté de la porte intérieure de son four, alors que l’artiste est réputé pour ne pas supporter la moindre saleté ni le désordre.

    Mais bref, cela n’a rien d’étonnant car le mois de décembre en Grande Bretagne est un mois chargé comme on n’en voit nulle part ailleurs dans le monde. Ce n’est pas pour rien que c’est là qu’est née la fête telle que nous la pratiquons aujourd’hui, le Christmas Carol de Charles Dickens en est d’ailleurs la preuve.

    Mais bon, il aime ça aussi, Elton John, tout comme son ami Freddie Mercury. Aah, la Noël, c’était sacré. Ces deux gars qui avaient connu une enfance compliquée à tous les niveaux, avaient du retard à rattraper quand ils sont devenus des stars riches comme Crésus. Ca y allait les cadeaux chez Cartier, Fortnum & Mason ou Tiffany, à Londres et à New York, le samedi avant la Noël. Un ami de Freddie Mercury se souvient qu’une année chez Harrods, Freddie s’était vu refuser sa carte American Express, pour cause de solde dépassé, tellement il y était allé fort en bouteilles de parfum pour ses invités. Freddie était comme ça. Sûrement le plus calme de la bande en privé, quand il était chez lui, à Manhattan, Kensington ou Montreux. Il était loin d’être le plus extravagant avec ses proches, c’était plutôt les autres qui se déchaînaient, trop heureux d’être avec LUI, la rockstar. Freddie, lui, cherchait juste le réconfort d’un noyau de gens qui l’accepte pour ce qu’il est, pas ce qu’il chante. Voilà sans doute le pourquoi de l’avalanche de cadeaux. Pareil pour Elton John. D’ailleurs, vous vous souvenez dans le film Love Actually, quand il invite Bill Nighy alias le punk Billy Mack devenu N°1 du Top40. L’auteur n’a rien inventé, Elton John est connu pour ses fêtes de Noël à la hauteur de la ferveur populaire qui saisit les Britanniques. C’est vrai qu’on y fête plus le sapin, la dinde et la cuvée spéciale que le petit Jésus dans la crèche.

    On raconte qu’il y invitait souvent son voisin le prince Philippe et la reine, ses voisins à Windsor, et qu’ils déclinaient poliment. Par contre qu’il y ait compté dans les années 90, un certain Robbie Williams et les Spice Girls pour l’écouter jouer au piano jusqu’à huit heures du matin, ça c’est lui qui l’a raconté. Tout cela avait lieu, évidemment, dans sa maison de campagne, loin des voisins qu’on aurait pu déranger. Imaginez Geri Halliwell en robe de mère Noël ultra courte, en train de hurler dans la cour Merry Christmas avec Robbie Williams. Freddie était, sur ce coup-là, plus discret, je vous l’ai dit, comme en atteste l’unique disque de Noël publié par Queen en 1984, et dont la carrière a été, cette année-là, éclipsée par l’immense single du Band Aid.
    8 min
  • Wham! : comment “Last Christmas” a inventé Noël version années 80 - Conte de Noël
    Les contes de Noël ont bien changé depuis le 19ème siècle. Je crois que c’est dans les années 80 que tout a basculé. Que tout est devenu, disons, plus moderne. Il est vrai que jamais une décennie n’a été vécue autant dans le présent que celle-là, elle restera celle où on a arrêté de croire qu’en l’an 2000 on volerait dans notre engin spatial individuel et donc, au père Noël.

    Le père Noël, c’est nous ! Ca, George Michael et Andrew Ridgeley l’ont bien compris du haut de leurs 20 ans. Et alors que leur duo, Wham!, vient d’être propulsé au sommet, et qu’ils sont tous deux chez les parents de George, celui-ci imagine un conte de Noël moderne. Vous connaissez cette histoire d’amour heureux puis malheureux, entre deux Noël, on l’a assez entendue … Une chanson dans laquelle George croit fermement et qu’il enregistre seul, en plein été, comme Nat King Cole des décennies avant lui, mais dont il compte tourner un clip crédible. Avec Andrew, l’histoire est entendue, il faut reconstituer une bande de jeunes qui font la fête aux sports d’hiver, sous la neige.

    Coup de bol, en novembre, il a neigé en Suisse, dans le Valais. On y va ! Mais qui va jouer la fiancée et la future ex ? Un mannequin, Kathy Hill, les choristes Pepsie et Shirley et quelques potes à eux sont du voyage, ils joueront la bande. Ils sont un peu fauchés, alors, trop contents de se faire un week-end à la montagne. Mais bon, on n’a pas trop de budget, dit le manager. Ça n'empêche toute la bande de faire le siège du bar de l’hôtel en attendant l’arrivée de George et Andrew. Ça commence bien.

    Tu as la broche ? demande le réalisateur à Andrew. Bien sûr. Celle que George est censé offrir à sa copine et qu’il va retrouver un an plus tard avec Andrew et en avoir le cœur brisé. Le tournage est prévu dans deux chalets, un pour les extérieurs et un pour le dîner entre copains où la consigne est claire : on doit y croire !

    Et on y croit. Ça rit avec une telle sincérité que c’en est bluffant à l’image. Il faut dire que c’est du vrai vin qu’on sert à tout va, c’est gratos. On n’a pas mis du jus de raisin pour le réalisme, bonne idée, mais là, on finit par y être un peu trop. Heureusement, on a de belles images où George offre à Katty, la fameuse broche, de la maman d’Andrew. Mais voilà, une pause, un moment d’inattention, lorsque Kathy reprend le manteau qu’elle avait ôté, plus de broche. Catastrophe pour le réalisateur, il faut encore tourner l’autre scène qui rend George triste, et puis, c’est un bijou de maman, crie Andrew, bien dégivré sur le coup ! Tout le monde se met à chercher la broche. Où a-t-elle bien pu la perdre ? Tout l’hôtel est passé au peigne fin, lits, oreillers, bar, couloirs, salles de bain. Et là, deux versions circulent, celle du portier qui dit l’avoir retrouvée sur la rue dans la neige, probablement tombée en sortant d’une voiture ; l’autre par Kathy qui dit l’avoir retrouvée au fond de son sac, accrochée à un autre vêtement.

    Happy end dans les deux cas pour ce conte des eighties. Le clip a merveilleusement fonctionné et tourné sur toutes les télés, et surtout la bande s’est éclatée grave à un point qu’on ne peut en raconter les détails sur antenne à une heure de grande écoute, surtout à un moment où TOUT commence à ressembler sacrément à Noël …
    7 min
  • Louis Armstrong : le premier Noël d’une légende - Conte de Noël
    Les crooners ont depuis des décennies, liés leur art au répertoire de Noël. Quel plaisir d'entendre ces voix de velours nous chanter la période qui se veut être la plus douce mais aussi la plus scintillante de l’année. Et pourtant, il fut un temps où ces jazzmen n’étaient jamais chez eux à la Noël, comme un certain Louis Armstrong qui, dans les années 30, 40, donnait 300 représentations annuelles avec de grandes formations. Vous l’avez compris, il vivait dans des hôtels.

    Alors un 24 décembre, sa femme Lucille, décide de lui faire une surprise. L’après-midi, elle fait les magasins et revient avec un petit arbre de Noël et toutes ses décorations. Vous devinez l’attente de la réaction de son mari quand il rentrera dans la chambre et découvrira l’arbre de lumières et les cadeaux qu’elle a disposés en dessous pour lui et les musiciens qui sont ses amis.

    Trois heures du matin, quand il rentre dans la chambre, la surprise est totale. Armstrong est enchanté. Elle le savait, pas de suspense, il adore Noël. Mais quand il se met au lit, Armstrong ne quitte pas les lumières qu’il fixe avec un regard d’enfant. Aussi quand Lucile lui propose de les éteindre, il dit non, laisse-les allumées. Je vais continuer à les regarder. Tu sais, c’est mon premier sapin de Noël.

    Comment aurait-elle pu deviner ? Bien sûr, à presque 50 ans, il a toujours été sur la route à cette époque de l’année mais qui à cet âge, n’a JAMAIS eu un arbre de Noël chez lui ne fût-ce qu’une fois ? Mais c’est vrai, et elle aurait dû y penser, Louis a eu une enfance tellement pauvre que, évidemment, il n’a jamais connu ça. Alors Armstrong passe la nuit avec son sapin allumé. Et alors qu’à l’époque tout le monde démonte les décorations le lendemain de Noël, il demande à sa femme d’emmener le sapin avec eux. Les voilà partis à Kansas City avec le petit arbre et ses décorations : c’est d’ailleurs la première chose qu’on déballe arrivé à l’hôtel, avant d’ouvrir les bagages. Et à partir de là, on achètera chaque année un petit sapin pour la chambre d’hôtel, de la Noël jusqu’au Nouvel An. On n’a pas compté le nombre de fois où Lucile a monté et démonté les décorations dans autant de chambres d’hôtel, pour que son mari ait aussi droit à la magie de Noël, après l’avoir offerte au public venu le voir et l’écouter. Et quand il n’y aura pas de concerts de fin d’année, avec la diminution des engagements à cause de la concurrence de la télévision, il fera monter chez lui, à New York, un sapin jusqu’au plafond.

    Enfin un jour, quand viendra la dernière tournée à la Noël, Armstrong demandera à sa femme de faire envoyer l’arbre à la maison. Celui-là, je le garde. Mais voyons, Louis, ce n’est pas un sapin artificiel, il ne supportera pas le voyage du retour par la poste !

    6 min
  • Les Beatles : un Noël complètement dingue - Conte de Noël
    Probablement n’avez-vous jamais entendu ces 45 tours de Noël que les Beatles ont publié chaque année jusqu’à la fin du groupe, gravés dans un disque souple pour être envoyés exclusivement aux membres de leur fan club. Il faut dire que dès le départ, en 1963, ses membres sont si nombreux et actifs qu’il prend des allures de véritable entreprise, le modèle que vont essayer de reproduire beaucoup d’artistes par après, comme le groupe Kiss, aux Etats-Unis.

    Si ces 7 singles n’ont jamais été vraiment commercialisés, excepté un box à tirage limité il y a quelques années, c’est surtout parce qu’ils sont invendables. Il s’agit principalement de messages délirants des quatre joyeux lurons souhaitant leurs meilleurs vœux à leurs fans, quelques impros et, en 1968, nous sommes en pleine année psychédélique, des collages de sons bizarres. Mais cette année, est-ce un signe, les messages sont enregistrés individuellement. Ah ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, ils ne sont pas en guerre. La preuve, une fête de Noël est organisée chez Apple, le label qu’ils ont créé, sur Savile Row, à Londres. Oui, la maison sur le toit de laquelle ils vont jouer dans un mois leur dernier et légendaire concert. Mais là, en cette période proche du réveillon où les Anglais ne savent plus se tenir tellement ils ont l’esprit à la fête, c’est le grand soir chez Apple dont la porte d’entrée n’arrête pas de sonner. Derek Taylor, le chef de la communication a en effet battu le rappel du personnel : les Beatles vont offrir des cadeaux à leur famille.

    Et qui joue le Père Noël ? Ben John Lennon, évidemment. C’est lui le fondateur des Beatles. Et même s’il est aux abonnés absents question d’être le chef, depuis maintenant deux bonnes années, il aime croire être à la barre. Il a d’ailleurs bombardé Yoko Ono, sa nouvelle compagne, mère Noël. Je ne vous dis pas la tête des mômes des employés qui déjà n'avaient jamais vu une mère Noël, encore moins perchée sur des hauts talons.

    Si Paul McCartney et sa compagne Linda ne sont pas présents, tiens, tiens, Ringo Starr et George Harrison sont bien là, avec leur femme. Et bien sûr, en pleine période hippie, c’est le grand foutoir : tout le monde a invité tout le monde. Alors que John Lennon y va de grands Ho-Ho-Ho en distribuant des cadeaux, Derek l’interrompt en disant, John, y a une bande de Hells Angels à la porte. Quoi ? C’est moi qui les ai invités, dit George, avec son flegme habituel. Soyez sympas avec eux, ce sont de braves gens. Des Hells ! Mais tu les as rencontrés où ? A San Francisco. Quoi ? Je te dis qu’ils sont sympas. Et c’est vrai qu’ils sont cools. Bon à un moment, ils vont s’énerver car la dinde de 21 kilos 500 que Derek a achetée n’en finit pas de rôtir dans le four. Alors tout le monde se rue sur les roulades de saucisses de l’apéro. Derek s’est d’ailleurs réfugié dans les toilettes avec une assiette débordant de ce met typiquement british, par crainte de ne rien manger d’autre ce soir. C’est vrai, des Hells Angels à Londres, à une soirée de Noël ! Pourquoi pas une chanson de Noël en plein mois de juillet, enregistrée par 30°C à l’ombre. S’il savait que ça a été le cas de la plus célèbre de toutes …
    7 min
  • Serge Gainsbourg : un Noël anglais, tendre et provocateur - Conte de Noël
    Noël 1974, beaucoup de messieurs, jeunes et moins jeunes, achètent en librairie et en kiosque le numéro de Noël du magazine Lui. Énorme succès : on s’arrache ce numéro dans lequel on peut regarder à loisir des photos scandaleuses de Jane Birkin qui est devenue, contre toute attente, une des grandes stars du cinéma français. Des photos qui ont été mises en scène par son compagnon, Serge Gainsbourg. Dois-je vous dire que dans sa maison du 5bis rue de Verneuil, il se réjouit de son coup médiatique. Ah ben oui, c’est uniquement par cynisme et par passion pour le succès public, qu’il a fait ça. C’est vrai que sous le costume du provocateur pervers, Gainsbourg cache un tendre, une peluche qui en étonnerait plus d’un mais qu’il réserve à ses intimes, à sa famille. D’ailleurs Noël en famille, Serge Gainsbourg adore ça. Spécialement en Angleterre où la fête est beaucoup plus colorée et spectaculaire qu’en France. Avez-vous déjà vu les vitrines et les rues de Londres, Édimbourg à cette époque ? Retour en enfance garanti.

    Ainsi de ce dîner de Noël chez Jane, à Londres, où le soir du réveillon, on sonne à la porte. Serge va ouvrir, c’est un sans-abri qui demande s’ils n’auraient pas une pièce ou quelque chose à manger. Et voilà que Serge lui fait une place à table, elle est abondante, il n'aime pas manquer de quoi que ce soit. Serge est très animé ; il met à l’aise le pauvre homme qui se retrouve au chaud, devant un sapin illuminé du sol au plafond. Le repas terminé, Serge lui dit tu ne vas pas partir comme ça et il lui remplit un sac de victuailles comprenant une bonne bouteille de vin, bien sûr. Il lui offre même sa montre, cadeau ! Noël, c’est ça aussi. Et Serge n’en reste pas là car lors d’un réveillon avec la famille Birkin sur l’île de Wight, cette fois, car avec Andrew, le frère de Jane, avec qui il s’entend comme larron en foire, thick as thieves, comme ils disent, Serge s’est mis en tête de faire venir un prestidigitateur.

    • Où comptes-tu en trouver sur cette île ? dit Andrew.
    • Justement, je viens de lire un article dans la gazette locale. Un type qui s’appelle Fred The Conjuror. Appelle-le.
    Andrew saisit le téléphone et contacte le dit Magicien, bien étonné en arrivant, de ne trouver comme public, six adultes, alors que son numéro est réservé à un public d’enfants. Sans se laisser démonter, il déballe son matériel et se lance dans une série de tours consternants. Les Birkin sont morts de rire mais Serge encourage l’artiste en applaudissant à tout rompre. A la fin de la représentation, Gainsbourg arrondit fortement la somme convenue pour le cachet de l’artiste. Merry Christmas.

    Oui Gainsbourg adore l’Angleterre ; pas uniquement pour l’ambiance de Noël et la splendide femme que ce pays lui a donnés. Cela fait depuis six ans qu’il trouve l’inspiration dans les pubs de Londres et les meilleurs musiciens dans ses studios, alors les Noël, ça se fête en Grande-Bretagne et à la maison.
    8 min
  • Amy Winehouse : chanter la vérité à nu - Hey Crooner
    Mettre un disque d’Amy Winehouse et écouter sa voix, son souffle, cette technique incroyable qu’elle a acquise très jeune en imitant les grands saxophonistes de jazz. Et oui, c’est ça son secret. L’amour est un jeu perdu d’avance, c’est une expérience absolument bouleversante que d’écouter Amy Winehouse chanter ça, seule à la guitare. Toute la tristesse du blues noir américain sur des accords jazzy. Au début, Amy le chantait pour elle-même puis pour un petit public dans les clubs où tous étaient saisis par l’émotion que suscitaient ses textes. Un artiste a-t-il déjà trimballé une telle sincérité dans des chansons aussi désespérées ?

     Et puis le succès vient. Il y a de plus en plus de monde dans les salles qui deviennent de plus en plus grandes. Un public qui paie de plus en plus cher au fur et à mesure que le succès devient un triomphe puis prend des proportions inédites. Amy Winehouse est la première auteure-interprète britannique à battre les records de Kate Bush (largement d’ailleurs). Alors c’est un public qui vient communier avec une star et en veut pour ses sous. Il chante et hurle les refrains et parfois toutes les paroles avec elle. Un tel succès pour du jazz dans les années 2000, c’est fou, non ? Un jazz qu’elle joue à sa façon certes, et puis ses textes, mon Dieu, aucun crooner n’aurait jamais osé chanter ça. Si vous saviez à quoi elle fait allusion dans ses chansons, même Gainsbourg et Prince n’ont jamais osé aller aussi loin.

     Mais Amy est comme ça, Cash, et elle envoie du bois aussi bien dans ses chansons que dans la vie de tous les jours. Le premier album n’a pas trop bien marché mais le suivant, quatre ans plus tard, est un triomphe. Amy a besoin de sécurité, que quelqu’un s’occupe de la manne qui lui tombe du ciel. Mitch Winehouse devient le papa qui règle tout. Malheureusement, il ne récolte pas que des honneurs et des livres sterling, il recolle aussi les morceaux de sa fille comme les lendemains de la veille des bamboches à répétition où elle est d’humeur massacrante et puis un désastre affectif permanent.  Coiffée de son désormais célèbre chignon en choucroute à 150 livres, avec sa petite robe noire et son trait infini de eyeliner, c’est la Amy dont nous gardons le souvenir qui reçoit ce prix et quatre autres ; elle est à la fois la révélation de l’année mais aussi Award du meilleur single et meilleur album.

     Ces trophées, elle ne les recevra pas en mains propres car Amy est en duplex depuis Londres, avec son groupe et devant un public restreint ; elle n’a pas pu prendre l’avion pour Los Angeles car son visa lui a été refusé pour cause de consommation de drogue avérée. Alors oui, le coeur est à la fête ce soir, Amy interprète Rehab, bien sûr, mais aussi plusieurs autres chansons, toute sa vie en quelques lignes de poésie et accords de guitare dont elle joue divinement, tel un ange triste.
    8 min
  • Le grand retour des crooners - Hey Crooner
    Vous les entendez partout à nouveau, hein, les crooners. Et ça fait du bien en décembre d’entendre Bing Crosby ou Nat King Cole chanter Noël, ces voix suaves venues d’une Amérique d’une autre époque qui nous souhaitent de joyeuses fêtes et déjà, une bonne année. Qui aurait cru ça dans les années 70 et 80 où ce genre de chanson était totalement dépassé. C’était un truc que les vieux écoutaient pour se bercer d’émotions d’un temps qui n’avait rien de moderne. C’est de ça dont parle le tube de Guy Marchand en 1977, en pleine époque disco et new wave :

    Hey Crooner

    Tu t'sens pas ridicule la main sur le cœur

    Tu fais marrer tous les rock'n rollers

    Quand tu roules tes épaules de mait'nageur

    Qu’est-ce qu’on a entendu cette chanson à la radio et à la télé. Il faut dire que ce n’était pas un hasard, non, au milieu des années 70, une grande mode rétro années 40 et 50 avait touché l’Amérique puis s’était exportée chez nous via le monde de la variété. Dalida avait repris une vieille rengaine en mode disco (énorme tube), Dave y était allé de sa chansonnette avec le même succès. Oui, vous allez me dire, comme Bruel 25 ans plus tard, avec Entre-deux, mais avec cette différence que dans les années 70, un chanteur âgé de 40 ans était bon pour la retraite. Est-ce le succès d’Elvis qui n’en finissait pas à Vegas, allez savoir, en tout cas, les crooners avaient connu un bref retour en grâce, comme le montre d’ailleurs l’excellent et explosif film de Woody Allen, Broadway Danny Rose.

    Et donc oui, ça peut paraître fou aujourd’hui mais il y a une cinquantaine d’années, cela faisait des années qui nous semblaient être une éternité que Sinatra n’avait plus fait de tubes, Hollywood avait remisé les comédies musicales au placard avec les crooners. On n’en a plus vu fonctionner une seule jusqu’à Grease, en 1978, et encore, c’est une exception et il fallait bien se garder d’utiliser le terme de Comédie Musicale. Cette année-là, David Bowie enregistrait un improbable duo avec Bing Crosby, le pionnier du genre, dans une émission de Noël qui serait sa dernière apparition publique. Bowie jouait alors le rôle de l’improbable fan, présent uniquement sur le plateau parce que Bing était le chanteur favori de sa mère. Oui, c’était sa madeleine à lui, le rocker avant-gardiste.

    Alors, un demi-siècle plus tard, on se demande ce qui s’est passé. Pourquoi les enfants et petits-enfants de ces jeunes des années 60, 70, 80 trouvent ce répertoire de velours jazzy hyper cool, classe. Durant ce premier quart de siècle, on n’a d’ailleurs jamais vu autant de nouvelles stars se faire accompagner par un grand orchestre en tenue de soirée, de Lady Gaga à Robbie Williams, en passant par Jamie Cullum, la réincarnation d’un Frank Sinatra qui aurait fusionné avec Billy Joël. C’est vrai, quand il reprend un vieux titre des années 30, on dirait une chanson d’aujourd’hui.
    9 min
  • Dean Martin : bien plus qu’un crooner rigolard - Hey Crooner
    Et non, Dean Martin n’a pas été que le faire valoir crooner et amusant de Frank Sinatra. La preuve, quand il se rapproche de lui en 1957, il est au sommet de sa gloire et pas n’importe laquelle puisqu’il forme avec Jerry Lewis le plus populaire des duos aux Etats-Unis. Ils viennent en effet de tourner 17 films en 7 ans. Toujours avec les mêmes réalisateurs, alors avant que la corde ne casse, Dean et Jerry décident de se séparer.

    Pour Jerry Lewis, ce n’est qu’une formalité. Il était le clown auguste du duo qu’ils formaient depuis dix ans à la radio, télé et au cinéma, c’est lui qui focalisait toutes les réactions du public. Dean était le gars sérieux, viril et séduisant, le clown blanc. Alors, il décide de continuer au cinéma en se dirigeant vers des rôles dramatiques, où il va exceller, aux côtés de Marlon Brando ou John Wayne, et puis de retourner à la chanson. C’est comme ça qu’il a connu Jerry Lewis, en jouant dans le même cabaret à New York, juste après la guerre. Ils avaient commencé par des improvisations et la réaction du public avait fait le reste.

    Mais voilà, au moment où Dean revient à la musique crooner de ses débuts, une nouvelle mode éclate : le rock’n’roll. Et le rock, dans la personne d’Elvis Presley et Little Richard, ce n’est pas une mode, c’est une déflagration, un déchaînement d’énergie comme on n’en avait jamais vu. Le public adolescent qui était le sien n’a plus d’yeux que pour ces nouvelles stars.

    Dean Martin a donc toutes les raisons de se faire du souci à propos de sa carrière de chanteur, tout comme un autre Italo Américain : Frank Sinatra.

    Et Frankie est d’autant plus concerné que s’il est au sommet de sa gloire, lui aussi, il revient de loin, de très loin. Il y a peu, il était fini, plus personne ne voulait de lui : ni les producteurs Hollywood, ni les firmes de disques de New York. Sinatra déprime, fait de terribles déclarations dans la presse pour exprimer son dégoût du rock’n’roll et début 1957, on le retrouve sur scène avec Dean Martin.

    Dean Martin, alias Dino Crocetti, est resté jusqu’à ses cinq ans un Italien pur jus, il ne parlait même pas anglais en entrant à l’école. Mais attention, s’il a dans sa jeunesse passé du whisky à la frontière canadienne et même tenu une table de jeu, il n’a pas suivi la voie que ses parents redoutaient : s’il a des potes mafieux, il garde ses distances.

    Ce qui n’est pas le cas de Frank Sinatra. Et donc quand ils forment un groupe de 5 chanteurs et comédiens surnommé le Rat Pack et qui va faire d’eux des superstars encore plus grandes _ les Ocean’s Eleven originaux, c’est eux _ Dino Martini devenu Dean Martin ne fait que jouer à l’ami de Sinatra. Ainsi à la télé, il joue au gros buveur de whisky, mais c’est du jus de pomme dans son verre. Toujours couché avant minuit, levé tôt le matin, Dean Martin est le crooner qui ne se voyait pas chanteur au départ. Comme il disait : nous autres crooners, on passe bien car on est relativement inodores. Une autre époque.

    7 min
  • Frank Sinatra : un soir d’hiver à New York - Hey Crooner
    Alors, on le voit, le plus célèbre d’entre tous les crooners, Frank Sinatra, avec son complet bleu qui inspirera plus tard celui de son disciple, Charles Aznavour. Le voilà qui sort en effet d’une grosse cylindrée sur Broadway, à la tombé de la nuit. Nous sommes en décembre, la vapeur sort des bouches du métro pour s’élever des trottoirs vers le sommet des gratte-ciels. Il fait déjà froid, aussi Frankie enfonce un peu plus son chapeau iconique, relève d’une main le col du manteau qu’il vient d’enfiler, puis de l’autre, il saisit la main d’une jeune femme qui sort à présent de la voiture. Les voilà tous les deux qui pressent le pas puis se mettent à courir vers l’enseigne d’un club de jazz pendant qu’au coin de la rue, des soldats de l’armée du salut entonnent un chant de Noël, à côté d’une échoppe de vendeur de marrons chauds.

    A 30 ans, la guerre terminée, Sinatra a la vie devant lui. Cela fait dix ans déjà qu’il a enregistré son premier 78 Tours, il est passé d’une formation de jazz à l’autre et depuis le début des années 40, Frank est une vedette de la radio et du cinéma. Comme tous ceux qui passent par Hollywood, il incarne le standard obligatoire de la classe qui, chez lui, est naturelle ; c’est vrai qu’il n’est pas tombé loin de Manhattan à sa naissance. Même si c’était dans un milieu compliqué, celui de pauvres immigrés, Frankie s’est bien débrouillé, n’a pas été regardant du tout sur des amitiés qui sont plutôt fatales, on a tous grandi dans la rue d’un mafieux dans ces quartiers oubliés de l’Amérique quand on est Sicilien d’origine. Mais ce qui importe, c’est le bonheur que Frank apporte au public sur les disques qu’il enregistre. Il y a pas deux gars comme lui pour faire oublier le grand malheur qu’on vient de traverser dans les années 40. Quand Sinatra chante l’amour, on se croit aimée comme une princesse si on est une femme, irrésistible si on est un jeune homme.

    Alors oui, 80 ans plus tard, on les voit ces projecteurs baigner de lumières le micro sur la scène du club, et puis l’orchestre de Tommy Dorsey prêt à accompagner la star de la soirée. Ceux qui ne le verront pas, l’entendront à la radio, le show est retransmis dans tout le pays. On imagine les familles, les couples, réunis autour du grand poste de bois, ils ne vont pas rater ce moment vanté dans les programmes radios des magazines. On n’écoutera pas le feuilleton ce soir mais le concert de Frankie Blue eyes Sinatra sur une radio concurrente. L’imagination fera le reste, loin de concevoir que vingt ans plus tard, le chanteur sera toujours là, survivant miraculeusement à la déferlante du rock’n’roll. Sinatra est comme la Noël, un refuge dans la magie d’un monde idéal dans lequel on croit, loin du bruit et de la fureur.
    6 min

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Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Ce podcast incontournable vous fait voyager à travers les époques, en…

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