La Story Nostalgie

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La Story Nostalgie episodes

  • Rockstars à moto (Episode 4)
    Il y a un grand mystère dans la vie de Bob Dylan et qui fait partie de sa légende. La vérité, on ne la connaîtra jamais car il n’y a eu aucun témoin mis à part sa femme, Sara Lownds, avec laquelle il s’est marié dans le plus grand secret. Ce 29 juillet 1966, Bob est de retour de sa première grande tournée mondiale qui ne s’est pas très bien déroulée car le fait d’être devenu une superstar mondiale du rock avec ses deux derniers albums ne plaît pas à son premier public folk qui le préfère seul avec sa guitare acoustique et son harmonica. Il a trahi son âme en se vendant à la musique commerciale des Beatles, pensent-ils, et ils le lui font savoir en plein concert, les insultes et les huées fusent entre deux chansons, c’est terrible, et surtout ça se répète, comme les questions désagréables des journalistes, britanniques surtout, qui montent l’affaire en épingle. C’est vrai que des fans l’arrêtent, même dans la rue pour lui faire des reproches. On imagine donc sans peine l’état de tension qui est le sien quand au matin de cette belle journée d’été, Dylan sort de sa maison à Woodstock, et oui, c’est là qu’il habite, et monte sur sa Triumph Bonneville.

    On va, jusqu’en 1969, rester quasiment sans nouvelles de lui. Imaginez ça, une nouvelle star doit à cette époque sortir un single tous les trois mois et un ou deux albums par an, là rien. Bob aurait eu un accident de moto ce 29 juillet, un éblouissement, une sortie de route. Les journalistes enquêtent, il n’a été admis dans aucun hôpital, j’ai été caché chez un médecin répondra-t-il. Et on ne le verra dans aucun des grands festivals, même pas celui organisé à Woodstock, car les gars s’imaginaient qu’en faisant ça chez lui, il allait arriver par surprise. Non, suite à ce mystérieux accident de moto, Bob Dylan s’offre trois années de vie cachée, loin de la pression du public et du métier, des Rolling Stones qui ont fort à faire avec les Hells Angels, des hippies qui mettent des fleurs dans les canons de fusil, des Beatles qui n’en finissent pas de se séparer et de tous ces gens qui n’arrêtent pas de lui reprocher d’avoir branché sa guitare sur le courant. Oui, les temps changent et tout ça va se passer sans Bob Dylan qui ne remontera plus sur sa moto. Il laisse la place à une plus jeune génération, déjà, comme David Bowie et même les Jackson Five qui posent pour des magazines sur des gros cubes parce que, rien à faire, ça pose un artiste, ça le positionne par rapport à une jeunesse qui fonctionne au mythe de la route. Ils se voient retrouver une bande de copains, comme Jermaine Jackson, tenez, qui nous fait avec Pia Zadora, un Roméo et Juliette version en 750 cm3. Générique d’un film de série B mais un tube qui est resté et dont le vidéoclip possède le charme suranné de ces années 80 aux couleurs VHS.
    4 min
  • Rockstars à moto (Episode 3)
    Je ne suis pas fan de moto mais il faut bien reconnaître qu’elle fait partie de la mythologie d’une époque. On en a connu, des passionnés qui ont passé autant de temps dessus que dessous. Vous avez peut-être été un de ceux-là. Même Gaston Lagaffe avec son tacot s’y connaissait grave en mécanique, bon il a remonté celle de son pote à l’envers, mais elle roule ! Vous le voyez, ce gag, avec tous les rétroviseurs ? Tiens ça me fait penser à truc : les Mods. Ah ça ne vous peut-être rien mais les Mods, c’est vraiment les années 60, en Angleterre. Cette jeunesse qui travaillait et avait les moyens de s’acheter des petites motos genre vespa, et qu’elle customisait avec des phares et des rétros. Leur truc, c’était d’aller danser sur de la musique soul, et c’est là qu’ils vont se frotter aux rockers avec leurs Harley. Il y aura des bagarres, parfois graves, parfois générales, c’est de ça dont parle Quadrophenia, le film d’après l’opéra rock des Who, qu’on verra à la fin des années 70 avec dans le rôle du champion des Mods : Sting.

    Quinze ans après Brando et son équipée sauvage qui avait popularisé les bandes de jeunes motards, les voyous avaient d’abord laissé la place à des gars épris de liberté, avec le film Easy Rider et sa chanson incontournable, rock évidemment … Ca avait changé la donne et l’image de la moto et du rock, synonyme de violence et d’insécurité. De virilité brutale, aussi, de puissance sauvage.

    Et là, je suis sûr que vous voyez l’entrée sur scène de Johnny Hallyday sur sa moto. A l’époque évidemment on ignorait qu’il avait repris le truc à un groupe de Heavy Metal anglais, Judas Priest, dont c’était la marque de fabrique à la fin des années 70. Ces derniers n’avaient d’ailleurs rien inventé, ils avaient eux-mêmes piqué ça au groupe américain Blue Öyster Cult, qui était N°1 en 1976 avec cette chanson … et en concert, lors du rappel, leur chanteur, Eric Bloom, revenait sur une moto pour un cover du fameux Born to be wild qui avait bien remis le morceau à la mode.

    Et puis il y avait eu Mad Max avec le gang violent de l’Aigle de la route qui n’était pas sans évoquer les redoutables Hells Angels sévissant sur les routes et dans les villes américaines. C’est une autre histoire mais une référence qu’on retrouve dans le nouveau look affiché par Queen sur leur nouvel album en 1979. Ah ils ont changé de crèmerie, fini la soie fine sur scène, les tenues d‘arlequin ou d’ange blanc façon rock progressif, on est dans du cuir et lunettes noires, avec bien sûr, une moto au milieu de la scène, devant la batterie, le genre d’accessoire idéal pour un Freddie qui n’en finit pas d’apprivoiser la caméra.
    4 min
  • Rockstars à moto (Episode 2)
    C’est un été comme les précédents à St Tropez, en cette fin d’après-midi de 1990, l’ombre bienvenue a gagné les ruelles, faisant tomber la température étouffante, quand un moteur se fait entendre. La foule qui déambule dans les rues s’écarte pour laisser passer une moto, Harley Davidson noire et rouge, conduite par Johnny Hallyday, chemise jaune et jeans, et avec pour passager accroché à lui, son ami de toujours, Eddy Mitchell, tout de blanc vêtu et lunettes noires. Les années 80 sont finies mais c’est toujours le temps des copains, et de la moto, bien pratique pour se faufiler dans les ruelles du vieux St Trop et ne pas se faire arrêter par des fans entreprenants. Ah c’est clair que la moto n’a plus la même image qu’elle avait encore dix ans auparavant, avec les bandes de bikers qui débarquaient dans les soirées le samedi. Au début, ils demandaient qu’on passe du trust dans la sono, ça picolait et ça finissait souvent en bagarre. Ce n’est pas un hasard si dans le film emblématique, Mad Max, les méchants sont une bande de motards.

    Mais les années 80 sont passées par là, les temps et les gens ont changé. Le Live Aid a remplacé les Hells Angels des concerts des Stones, Prince est un gentil motard dans Purple Rain, un gars malheureux, même, et puis, le plus grand collectionneur de deux roues du moment, n’est-il pas Billy Joël ? Il a tellement de motos qu’il en a fait un musée pour les exposer. OK, il est sex and drugs and alcohol mais il porte un costard cravate. De plus, pour Billy, si la moto est une passion, la customiser ne doit pas faire oublier qu’elle est faite pour vous déplacer avec, pas pour parader. Et ça change beaucoup de choses. Ah oui, on se la rappelle tous cette image de lui partant à la fin du clip avec la fille des beaux quartiers, celle qui n’est pas théoriquement pour les petits gars comme lui. Et elle est tout sourire en plus.

    Car c’est de ça qu’il s’agit. Les années 80 ont vu le vidéoclip apparaître et les images dominer la décennie, la moto y allait-elle trouver sa place avec ses références violentes à la Mad Max qui venaient de marquer les esprits. Ca avait bien commencé avec la vidéo de Queen en rockers avec un Freddie qui se la joue Elvis Presley mixé avec du Marlon Brando sur la moto, bien sûr, mais qui derrière les attitudes fait bien comprendre qu’on n’est dans le fun, pas le premier degré. On n’oubliera jamais la Honda customisée de Prince, avec sa couleur pourpre surtout, spécialement conçue pour lui et devenue rarissime car le modèle n’a pas marché. Et puis il y a celle qui, la même année, a porté chance au chanteur de A-Ha. Ah on ne l’a vue que crayonnée. Vous voyez de quoi je parle ? La jeune fille qui est captivée par une BD et qui, assise dans un snack va être happée dedans par la main tendue qui sort d’une case. Et ben oui, Take on me, ça commence par le départ d’une course de motos, et ça finit bien pour tout le monde puisque cette chanson, qui jusque-là n’avait pas trouvé preneur, va démarrer dans les charts, sur les chapeaux de roue.

    4 min
  • Rockstars à moto (Episode 1)
    C’est une évidence, le monde de la musique rock, pop, et la moto font depuis les années 60, bon ménage. C’est vrai, quand on voit un gars descendre de son gros cube, on ne l’imagine pas déclarer qu’il est fan de Mireille Mathieu ou Dalida. Et quand on parle de moto, on ne se sent pas tous concernés, croyant que pour être biker, il faut être nécessairement fan des Guns’n’Roses, Mötörhead ou Johnny Hallyday. Erreur grave ! Car si la moto est, en effet, bien plus présente qu’on ne l’imagine dans le monde et l’histoire du rock, elle déborde totalement du genre, elle est partout, et pas seulement un outil de marketing pour vendre de la musique.

    Ainsi, quel est le point commun entre Purple Rain de Prince et Bat out of hell de Meat Loaf, deux albums qui se sont vendus à des dizaines de millions d’exemplaires ? On ne peut pas louper la moto qui se trouve au centre de la pochette, c’est à cette époque, un symbole de puissance et de jeunesse. La chanson de Julien Clerc ne dit-elle pas j’abolirai l’ennui dans une nouvelle chevalerie … La cavalerie, ça ne parle que de ça : une équipée sauvage mythologique depuis le film qui, quinze ans auparavant, avait fait de Marlon Brando une star du cinéma. Le rock’n’roll n’existait pas encore mais l’attitude de Brando avec son blouson noir, ses bottes et sa casquette allait impressionner les générations suivantes en imposant un style et une attitude. Les mecs allaient l’imiter et beaucoup de femmes rêver du gentil voyou, le chef d’une bande de motards qui va la remarquer parmi toutes, la choisir malgré les avertissements voire le refus de ses parents. On en a fait d’ailleurs une chanson qui a été un des plus grands tubes des années 60 … ah oui, The leader of the pack, le chef de la bande par les Shangri-Las, c’est pas un hasard si ce sont des filles qui le chantent.

    Et bien sûr, ils ont tous rêvé, les Johnny Hallyday ou Ozzy Osbourne de tous les pays, sur les photos d’Elvis Presley, Jerry Lee Lewis et Chuck Berry, stars du rock de la première heure, qui posent sur leur moto préférée. Car ils en ont une blinde, évidemment. Et donc bien sûr, le stéréotype du mâle dominant, la pose du mec cool, toujours prêt à la bagarre, le verre à la main et la clope au coin du bec, tout y est, à l’époque. Le cheval de John Wayne est retourné dans sa prairie, il est aujourd’hui mécanique, rutilant et bruyant. Et on ne s’étonnera pas si un certain Serge Gainsbourg s’en sert pour créer la surprise en plaçant sur la plus mythique des motos, une femme, et pas n’importe laquelle, celle qui fait fantasmer une bonne partie de la planète. Alors, précurseur ou provocateur, le Gainsbourg ? En tout cas, Bardot est très convaincante et la chanson, aussi légendaire que l’engin.
    4 min
  • Les temps changent en 1981 avec la New Wave (Episode 5)
    A ceux qui disaient en 1969 en regardant les hommes marcher sur la Lune que nous avions changé d’époque, on peut leur dire douze ans plus tard, on en a vu depuis passer plein d’autres, tellement qu’on en finit par avoir le tournis. Ben oui, 1981, dans la Belgique de Wilfried Maertens, on a une dizaine de chaînes de télé dont certaines émettent dès le matin, on a des cassettes VHS pour les enregistrer, un répondeur sur notre téléphone, et en parlant de téléphone, il ne faut plus de pièces dans les cabines, non, on téléphone avec une carte !

    Tu peux même retirer de l’argent de ton compte à un distributeur maintenant, en rue, à toute heure. Tu te rends compte ! Et surtout on joue de la musique, tout seul, sur un synthétiseur. Il fait tout, mon vieux : le piano, la basse et même la batterie et ne prend pas plus de place qu’un piano électrique. C’est ça la révolution des années 80 : tout est à peine inventé que déjà portable. Regardez le terrible radio cassette avec ses gros baffles, une grande poignée au-dessus et hop, tu l’emportes en vacances ou dans ton kot et t’as un super son ! Et en parlant de radio, en Belgique, on a un truc que les Français n’ont pas, une radio qui ne passe que de la musique pour les jeunes … Déjà qu’ils n’ont pas de salle comme Forest National, même à Paris, alors Radio Cité, on est branché dessus tout le week-end pour écouter ce qui sort en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Car c’est bien de ça qu’il s’agit. Choper les nouvelles musiques, de nouveaux artistes comme les Pretenders, Orchestral Manoeuvres, les Buggles et bien sûr, Soft Cell. C’est un groupe sans guitares ni batterie, comme Kraftwerk. Sauf qu’ils ne sont pas quatre mais deux. Et encore, un musicien et un chanteur. Ah ben oui, tout est tellement portable aujourd’hui que tu peux monter ton groupe sans avoir besoin de louer une salle de répète. Tu peux faire ça dans ton kot et c’est ce qu’on fait les deux gars de Soft Cell, Dave Ball et Marc Almond, étudiants à l’école d’art de Leeds dans le nord de l’Angleterre. Oh ils ne sont pas les seuls, il y a un tas de gars qui font ça dans toutes les villes du pays et même à Paris et Bruxelles. Mais ils sont les premiers à faire un tube mondial avec leur musique obscure, bien barrée, le couteau sur la gorge, menacé par leur label de les laisser tomber s’ils ne sortent pas un disque qui marche.

    Oui, c’est un tube sur commande, comme à l’époque pas si lointaine du disco. Sauf qu’ils ne faut pas embaucher une dizaine de musiciens dans un studio qui coûte un pont au producteur. Une véritable révolution que cette reprise d’un titre anglais des sixties qui n’avait marché qu’à moitié et qui sonnait comme une chanson noire américaine de la Motown. Je vous dis qu’en 1981, on a changé d’époque. Mais joyeusement, même si la voix de Marc Almond cache quelque chose de plus sombre et profond.

    4 min
  • Les temps changent en 1966 : des yéyés aux hippies (Episode 3)
    1966. Cela fait trois ans que les temps ont changé avec les Beatles et que le fossé se creuse entre le monde des jeunes et des parents qui se demandent ce qui leur arrive. Ils ne comprennent en effet rien à ces images, ces posters comme ils disent épinglés ou collés sur les murs de leur chambre. Dis, t’es fou ? Tu vas abîmer le papier peint, c’est toi qui vas payer? Et t’as vraiment besoin de mettre la radio si fort dans ta chambre ?

    Ce n’est pas une radio mais un transistor !

    De toute façon, je ne vois pas pourquoi tu mets ça si fort, tu ne comprends pas les paroles. A part des yeah yeah yeah !

    P’pa, tu retardes, les yéyés, c’est mort ! 

    Ah bon, c’est nouveau ! Ils font quoi maintenant ? No, no, no ?

    Pour une fois, le père et le fils ont tous les deux raison. Les yéyés, avec l’arrivée des Jacques Dutronc, Christophe et Antoine, sont complètement dépassés. Ils ne jouent pas du rock à papa comme ils disent mais celui des Animals, des Who ou des Rolling Stones. Vrai, on est passé de Don’t be cruel à Satisfaction et My Generation. En France, ça se traduit par Et moi et moi et moi, un hymne au cynisme et jemenfoutisme et Les Élucubrations. Ah ! Cet Antoine, on en parle jusqu’à la tribune de l’Assemblée Nationale. Comme chantera bientôt le jeune Michel Sardou : cet homme est un scandale, va chercher ton fusil, la Patrie te réclame ! Et oui, la jeunesse ne veut pas que s’amuser, profiter du bon temps avant que viennent les jours redoutés du service militaire et du boulot : elle revendique ! Quoi ? Un monde plus juste, moins con, moins égoïste pour certains, une société où les garçons et les filles peuvent s’aimer librement sans être obligés de se marier immédiatement. Bref, le monde d’avant, celui des parents, on n’en veut pas, on va tout changer, longs cheveux pour les mecs, mini jupes pour les filles. Et comme il y a de la résistance, on va commettre toutes les transgressions, on va vivre en marge de cette société. C’est pas qu’elle ne veut pas de nous, c’est nous qui nous ne voulons pas d’elle.

    Ainsi d’un certain Michel Polnareff qui vit dans la rue, loge chez des gens avec pour seul bien, sa guitare. Il a claqué la porte de chez lui, fuyant un père qui l’avait baffé quand il avait eu le malheur de dire qu’il aimait Johnny Hallyday. Et c’est vrai qu’il chante une poupée qui fait non, et qu’il veut faire l’amour avec toi, ce qui lui vaut d’être interdit de radio en journée. Oui, le conflit des générations a lieu pour la première fois dans l’histoire de l’Humanité. Alors les jeunes ont leurs propres magazines, émissions de télés, de radio, oui, ils vivent de leur côté, loin des sarcasmes d’un monde qui ne comprend rien à leurs idéaux de liberté, d’égalité et d’identité. Les temps changent : ils ne font plus yeah yeah yeah mais non, non, non.
    4 min
  • Les temps changent en 1991 avec le grunge (Episode 2)
    Été 1991, nous voilà ancrés dans une nouvelle décennie. Et il faut bien dire ce qui est, les années 80 ont été formidables. Tout a changé, un monde nouveau, moderne, s’est ouvert. Un monde de couleurs, d’images avec des rythmes automatiques et des vidéos, bref de technologie qui fait entrer tous les possibles dans la réalité et même, les maisons. Des années 80 qui se sont bien terminées avec l’écroulement du menaçant bloc soviétique. On respire ! On va désormais pouvoir visiter toutes ces contrées qui étaient interdites, rencontrer des gens, voir un monde nouveau. Alors dites-moi, pourquoi la musique populaire devient-elle si sombre ? Vous n’avez pas remarqué la sortie rapprochée d’albums de groupes comme Nirvana, Pearl Jam et Red Hot Chili Peper ? Et la folie qu’ils suscitent : leurs CD se vendent par camions.

    Oui, les canons de la jeunesse actuelle ont bien changé. Le glamour clinquant, bariolé est abandonné pour les fringues de tous les jours, le streetwear de préférence déjà bien amorti. Un retour de l’esprit punk des débuts à Londres, et du rock alternatif des Lou Reed et Iggy Pop. Alors comme ils sont pour la plupart de Seattle dans le nord-est des Etats-Unis, ils portent des chemises à carreaux de bûcheron et des jeans troués. Seattle, c’est à côté du Canada, proche de l'Alaska, mais n’allez pas croire qu’il y fait glacial en hiver. Non, c’est juste qu’il pleut tout le temps. Comme en Belgique de nos jours mais en pire. Alors qu’est-ce qu’ils font les mômes ? Certainement pas du vélo. Non, ils sont enfermés dans des baraques humides et ils font de la musique. Après ça, on s’étonnera qu’elle ne soit pas ensoleillée. Et puis, y a pas que ça. Il y a les usines fermées, le chômage, alors au milieu de ce désoeuvrement, on n’est pas à la joie. Ajoutez à ça, une musique alternative en Grande-Bretagne, en France, en Belgique qui a traversé les années 80 en sous-sol, underground, mais en grossissant ses rangs, un rap sur la côte est des Etats-Unis dans une communauté de plus en plus pauvre, joué par des truands qui se revendiquent en être.

    Oui, la musique s’est durcie au début des années 90, la new wave est devenue de la cold wave, les rythmes synthétiques sont à présent Techno, Hardcore, les groupes Metallica et Guns’N’Roses sont N°1 des ventes, alors, les couleurs de la pop changent. Et progressivement, nos oreilles s’habituent aux guitares électriques saturées, les Beat qui s’alourdissent au son des Rave Party jusqu’au bout de la nuit. En 1991, ce n’est pas une révolution mais les temps ont bien changé ; même les filles vont à présent vendre des dizaines de millions de disques en balançant leur hard rock, un truc bien masculin. Vous ne trouvez pas ça, ironique ?
    4 min
  • Les temps changent en 1963 avec les Beatles et les yéyés (Episode 1)
    “Je n’aime pas cette époque, je la hais, je hais ce siècle.” On a vu passer dix fois cette vidéo de Michel Sardou sur internet, la presse en a fait ses choux gras et pour cause : nombreux sont les gens qui pensent pareil. La pratique du nivellement par le bas, les wokistes qui nous gonflent, l’orthographe qui part en sucette, la jeunesse fainéante et gameuse collée sur les écrans, les comptes Facebook regorgent de commentaires de ceux qui regrettent que les temps aient changé. Mais en prenant un peu de recul, les temps n’ont-ils pas toujours changé ? Bob Dylan le chantait déjà il y a 60 ans : "for the times they are a-changing !" Oui, ceux qui regrettent une autre époque n’ont-ils pas justement vécu celle qui avait changé au grand dam de leurs parents qui n’y retrouvaient plus leurs jeunes, tenez, comme le papa dans la série Happy Days ? C’était quand encore ? Au début des sixties, je vous raconte …

    En 1963, nos parents trouvent que ça bouge un peu trop dans notre piaule. Piaule ? Ça veut dire quoi, ça ? Ben, ma chambre. Où est-ce que t’as entendu ce mot ? Encore un truc de Yéyé ? Tu ne peux pas parler français correctement comme tout le monde? Oui, si l’année 1962 avait encore vu des artistes comme Dalida et les Compagnons de la chanson dominer les ventes de disques, tout a changé à présent : Johnny Hallyday n’est plus le seul sauvage, ils sont des dizaines à secouer les juke boxes et les longues ondes radios : Claude François, Eddy Mitchell qui a quitté les Chaussettes noires, Lucky Blondo, Richard Anthony et puis des filles comme Sheila, Sylvie Vartan ou Françoise Hardy et qu’on appelle la bande des Copains. Car il s’agit bien de ça, les jeunes de 1963 ne poussent pas comme leurs aînés entre l’école (qui n’est pas mixte) et la famille, avant de se marier à 18 ans et fonder un foyer. Non après les cours, ils se retrouvent en bande, au milk bar, sur la place, où ils peuvent parler de tout ce qui les concerne. Pour la première fois, des garçons et des filles sont ensemble en dehors de la surveillance des parents. Et ça fait tout bizarre, cette impression de liberté, la découverte d’un univers mystérieux qu’est l’autre sexe, avec ses codes et ses histoires.

    Mais tout ça n’est encore qu’une répétition générale car si les chanteurs Français en sont toujours à reprendre du rock américain des années 50, l’Amérique se met au diapason d’un certain Bob Dylan, un gars qui ne chante pas des trucs à l’eau de rose mais la société, tandis qu’en Angleterre, alors que des groupes comme les Rolling Stones ou les Animals chantent du blues, un vent de folie souffle autour d’un quatuor de Liverpool avec une musique nouvelle, mélange de rock et de soul. Oui, en 1963, les temps ne changent pas, c’est la société qui s’apprête à exploser de sa jeunesse.
    4 min
  • Les temps changent en 1977 avec le punk (en français) (Episode 4)
    En 1977, les sixties sont loin, c’est le moins qu’on puisse dire. Un choc pétrolier plus tard, la génération Mai 68 s’est diluée dans la société sans avoir pris le pouvoir. C’est vrai, nos premiers ministres et grands patrons sont toujours en costards cravates sombres, pas en chemise à fleurs et pantalons pattes d’eph. Mais bon, les médias, eux, se sont un peu libérés : Coluche à l’Olympia et N°1 des ventes d’albums, Jean Yanne qui dénonce avec succès le pouvoir de l’argent dans les salles de cinéma tandis que son copain Jacques Martin met chaque dimanche à la télé la patience du pouvoir politique à rude épreuve, oui, on ne peut pas dire que les temps n’ont pas changé.

    Et chez nous en Belgique ? La seule différence, c’est qu’on est plus branché musique que les Français. Depuis le début de la décennie, on a accueilli tout ce qui a révolutionné le monde en 33 et 45 Tours. Les plus belles pages des débuts de Genesis se tournent chez nous avec Phil Collins et Peter Gabriel qui logent chez l’habitant, le théâtre 140 qui accueille des petits nouveaux comme Pink Floyd, Ozzy Osbourne ou Queen, l’immense salle de Forest National, tellement incroyable et unique que Claude François y joue chaque année en janvier, histoire de bien démarrer la saison. Les cheveux et la barbe des garçons poussent dans tous les sens, les filles portent des sabots, des robes sac à patates et des longues breloques sous leurs cheveux frisés. On n’est pas là pour défiler mais pour parler du vécu, assister à des projections de films socioculs, militer pour des révolutions en Amérique du Sud, contre la guerre au Vietnam ou la Chine de Mao. Seul point commun avec les années 60, le “tu comprends rien” reste de mise dans les familles ou entre garçons et filles. Les garçons qui ne portent pas la responsabilité du monde sur les épaules, j’entends, et qui préfèrent regarder les émissions de Guy Lux ou Pierre Tchernia à la télé.

    Heureusement, je vous l’ai dit, il y a les disques, en 1977. Il y a toujours Johnny, Cloclo et Michel Sardou, plus que jamais pour ce dernier. Et puis bien sûr les fameux Pink Floyd et Genesis qui n’ont jamais vendu autant. Mais bon, tout ça commence à dater, c’est la musique des grandes sœurs et des frères aînés. Et si on partage avec eux l’intérêt du disco, qui permet, à l’image de John Travolta, d’aller en boîte le samedi soir pour faire le zazou sur la piste et emballer une fille dans la série de slows, il se passe quelque chose de particulier.

    T’as écouté le nouvel album de David Bowie ? Space, hein ?

    Et les Clash, les Sex Pistols, tu connais ?

    Oui, à côté du disco de Donna Summer et des Bee Gees, il y a des mecs barrés qui jouent une musique plus radicale, sans concession au système de l’argent, des purs qui font un rock immédiat. On les appelle les punks, ils sont pas beaux, sortent de caves et de squats. Y en a même en France qui chantent en français.

    Du rock en français ? Pas possible.

    Ouais, ils s’appellent Téléphone ou Hygiaphone, mon vieux ils ont déboulé à la télé recouverts de farine et tu me croiras, hein, ils se sont tellement secoués qu’à la fin de la chanson, tout était par terre.
    4 min
  • Les cent vies de Monsieur Aznavour
    Le très bon film signé Grand Corps Malade et Mehdi Idir (sortie en salles le 23 octobre) s'attarde avec justesse sur les débuts difficiles et douloureux de Charles Aznavour, en tant que chanteur. Il est vrai que même si on en a entendu parler, on ignore le plus souvent la place importante que ces débuts entre guillemets ont pris dans la vie de l’artiste et de l’homme. Car oui, avant d’accéder au succès tel que nous l’entendons depuis les années 60, c’est-à-dire vendre beaucoup de disques, il s’est écoulé 19 années dans la vie d’Aznavour. Près de vingt années, un temps incroyablement long entre le moment où le jeune homme de 17 ans forme un duo de chanson fantaisiste avec son ami Pierre Roche, en 1941, et cet autre moment tant espéré où il se met à enchaîner les succès discographiques en solo, faisant taire les critiques sur son physique et sa voix.

    Oui, après une vingtaine d’années de métier, de tournées en duo avec Roche puis seul, avec ou sans Edith Piaf, de nombreux disques sortis chez plusieurs éditeurs et surtout un large répertoire écrit pour les plus grands, Aznavour se fait approcher par un certain Eddie Barclay, un jeune loup à qui tout réussit. Certes Aznavour n’est pas dupe. Il sait que Barclay l’a ignoré à l’époque où il se faisait éreinter par la critique et ne s’intéressait à lui que pour avoir des chansons pour ses poulains. Mais Barclay c’est une force de frappe commerciale alors inédite, des grands studios et orchestres et surtout, une liberté artistique totale. Le croirez-vous, sur les vingt premières années de la carrière d’Aznavour, seule Sur ma vie est parvenue jusqu’à nous. Avec Barclay, il ne produit que des hits, dès le premier disque avec Je m’voyais déjà et Tu te laisses aller, puis en trois ans Les comédiens, La Mama, Hier encore, Et pourtant, For me formidable, il ne les compte plus.

    Que Charles Aznavour ait fait partie de l’entourage d’Edith Piaf, cette histoire est connue mais les détails, beaucoup moins. Début 1947, cela fait cinq ans que Roche et Aznavour se produisent dans des cabarets parisiens quand ils sont invités à participer à une émission de radio, ce qui est déjà un événement en soi, à l’époque. Mais de plus, la vedette de l’émission n’est autre qu’Edith Piaf. Ce n’est pas le moment de faire le timide, Aznavour décide de casser son trac de s’adresser à celle qui est son idole et celle de toute l’Europe et l’Amérique. Il respire un bon coup, engage la conversation et se retrouve le soir, chez elle, avec toute une bande. C'est le début d'une carrière en Amérique qu'Aznavour va construire en une quinzaine d'années avec une ambition dévorante, démesurée puisqu'elle va lui permettre de se hisser dans le métier au niveau de Frank Sinatra.



    17 min

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Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Ce podcast incontournable vous fait voyager à travers les époques, en…

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