La Story Nostalgie

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La Story Nostalgie episodes

  • C'est arrivé à Calogero
    Franchement, quand, en l’an 2000, les attachées de presse d’Universal nous ont déposé l’album d’un certain Calogero, on ne savait pas qui c’était. Un nouveau venu parmi d’autres. Ben non, on ne savait pas qu’il avait fait partie d’un fameux groupe et qu’il en était même la voix, et pour cause, il portait un pseudonyme.

    Retour en 1987, Calo est apprenti boucher à Paris histoire de bouffer car d’ici peu, son groupe va conquérir le monde. Fils d’immigrés siciliens, il est monté à la capitale alors qu’il n’a même pas 18 ans. Son frère fait partie de l’aventure, il se sent donc moins seul, même si le choc de la vie parisienne au bas de l’échelle n’est pas évident à encaisser au jour le jour. Je dis le jour car le soir, enfin, ceux où son groupe, les Charts, est engagé, tout est différent. Oh on ne parle pas de salles de concert et encore moins d’Olympia comme dans les rêves de gosses musiciens mais ce soir, dans la salle, se trouve la plus grande star française de la chanson, est de ces moments qui n’arrivent justement que dans les rêves. Et incroyable, elle quitte la table où elle dîne avec des gens et ils se retrouvent à lui parler, vous le croyez, ça ?

    C’est fabuleux ce que vous faites, Charly. Oui, Calogero se fait appeler Charly et son frère Giacchino, Jacky, je vous l’avais dit qu’on pouvait pas savoir.

    Vous avez une cassette ? Ah ben oui, à cette époque, pour qu’un groupe puisse faire entendre ce qu’il fait, il doit avoir des copies cassettes sur lui. Je dis ça pour ceux qui disaient que c’était mieux avant, aujourd’hui, un lien sur WhatsApp et hop la cause est entendue, on passe déjà à autre chose.

    Ben non, ils n’ont pas de cassette, les gamins des Charts. Ils veulent conquérir le public mais n’ont même pas de cassette à faire écouter à ceux qui pourraient les prendre en charge dans le métier. Je vous dis ça juste pour situer à quel point ils devaient être géniaux car malgré le pas de cassette, France Gall, qui est, au sommet de sa gloire, elle bat cette année-là des records de vente de disques et de fréquentation en salles, et ben elle en parle un peu plus tard à quelqu’un. Et ce fameux Philippe Gaillard va non seulement devenir leur parolier mais il va les signer comme producteur sur son propre label qui dès le premier album, premier single, sort cette chanson qui est encore dans toutes les oreilles … Alors oui, cette voix pas très haut perchée mais cristalline, c’est quelque chose de, si pas inédit, assez rare à la fin des années 80. Et même si le beau succès des Charts va s’éteindre après un second tube et un album double disque d’or, la fréquentation de la bande à Obispo, Zazie, Lionel Florence va mettre l’incroyable carrière de Calo sur orbite.

    4 min
  • C'est arrivé à Nino Ferrer
    Il y a quelque temps, je logeais chez un ami dans le quartier résidentiel de Rueil Malmaison quand pour nous indiquer le chemin, son épouse nous dit, vous verrez, dans le bas de la rue, l'ancienne maison de Nino Ferrer. Et c’est vrai que cette vieille demeure a un style colonial américain inattendu en région parisienne. Et que par la fenêtre ouverte, on le devine regardant son jardin en plein été, écrire un soir de 1972 : C'est un endroit qui ressemble à la Louisiane/À l'Italie/Il y a du linge étendu sur la terrasse/Et c'est joli …

    On connaît tous Nino Ferrer. Mais on ignore qui il était. Voilà toute la triste histoire de la vie d’un homme qui avait pourtant une grande soif de vie, de rire, de fête, et d’amis.

    Nino, diminutif d’Agostino, est le fils d’un ingénieur nommé Pietro Ferrari et d’une passionnée de théâtre et littérature, Raymonde Magnin. Ils se sont rencontrés et mariés à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie et c’est lors d’un séjour chez les grands-parents, à Gènes, que Nino a vu le jour. Il a suivi sa scolarité sans problème, diplôme universitaire, mais son truc, c’est la musique, le jazz, qu’il a d’ailleurs appris à jouer tout seul. Et il se débrouille bien, c’est un artiste reconnu qui se produit dans des clubs de jazz avec son trio. Mais au début des années 60, le jazz prend un coup de vieux avec l’arrivée du rock puis des yéyés dont Nino Ferrari ne se sent pas proche du tout.

    Mais bon, Nino abandonne la contrebasse pour la basse et la guitare électrique et se retrouve à accompagner certains d’entre eux comme les Chaussettes Noires d’Eddy Mitchell. Pas qu’eux, il y a heureusement des Américains de passage comme Ray Charles ou plus sédentaires comme Nancy Holloway. Nino finit par se faire repérer, chante dans des orchestres comme ce soir où il se trouve à Antibes Juan les Pins sur une célèbre terrasse où entre deux chansons, on passe un appel car une cliente a perdu son petit chien.

    Comment il s’appelle ? Mirza ?

    Auriez-vous vu un chien qui s’appelle Mirza ?, demande Nino Ferrer. Et comme la sono passe alors Fingertips, le hit du jeune génie Stevie Wonder, Nino se met à improviser dessus : z’avez pas vu Mirza, lalalala, … Waouw ! Ça sonne ! C’est drôle, c’est sympa, et voilà qu’il se met à improviser dessus avec l’orchestre, soir après soir, pour le plus grand plaisir du public. Mais, le croirez-vous, un soir, un certain Eddie Barclay se trouve dans l’assistance. Ils signent et du jour au lendemain, Nino Ferrer devient une des nouvelles coqueluches yéyés, enchaînant avec des Cornichons, Gaston et autres Oh hé hein bon, qui, il faut bien le dire, sont très loin de ses aspirations et prétentions artistiques.

    Non, son véritable univers musical ne sera jamais reconnu par le public qui ne réservera à sa vraie musique que de très rares succès, le contraignant à se replier sur sa peinture et sa solitude, mise à part l’une ou l’autre exception, petites bouffées d’air frais pour un artiste qui a souffert autant de ses bides que de ses triomphes.

    4 min
  • C'est arrivé à Marc Lavoine
    Qu’est-ce qui fait qu’un jour, un enfant comme vous et moi, qui a suivi ses années d’école et ses parents en vacances devient un jour un Marc Lavoine, le chanteur dont on achète les disques et l’acteur dont on va voir les films ? Enfin, les vacances, c’était plutôt la colonie pour le petit Marc qui a grandi au sud de Paris, à une époque où elle ressemblait au film Mon Oncle de Jacques Tati. Coincé entre les vieux quartiers où résonnaient encore les accordéons, et le vacarme des chantiers où s’élevaient des HLM, le jardin des Lavoine donne sur les avions de ligne qui décollent de l’aéroport tout proche vers des cieux inconnus. A Wissous, on est communistes parce que, Orly, on n’en profitera jamais autrement que comme dans la chanson de Gilbert Bécaud. La fête, elle sent bon le barbecue, c’est celle de l’Humanité, le journal que Lucien Lavoine, le père de Marc, lit, comme sa mère, la Bible. Mais là où il faudrait faire la grimace sur le triste sort des fins de mois difficiles, il n’y a eu en fait que du bonheur. Car l’enfance de Marc Lavoine est heureuse. Quand la famille est aimante, il n’y a pas de problème, pour un petit garçon, à ne manger que des pâtes.

    Marc adore ses parents. Son père ? Un héros. Même si c’est l’homme le plus volage qu’il ait jamais rencontré. Tellement actif qu’il lui arrivera du haut de ses trois pommes de surprendre ses galipettes sans le faire exprès, en ouvrant la porte d’un placard. Marc devait s’appeler Brigitte. A sa naissance, sa mère a très mal pris qu’il soit un garçon. Elle a même refusé de le voir pendant quelques jours. Était-ce bien utile de le lui dire quand il a eu atteint l’âge de raison ? Allez savoir. En tout cas, cela fait partie de sa légende et explique peut-être pourquoi dans les années 80, il s’est amené en tutu sur la scène de La Cigale. Mais pas de quoi en faire un complexe : après tout, ça lui fait un point commun avec John Wayne, le plus viril des acteurs de l’histoire d’Hollywood. L’enfance de Marc s’est un jour ouverte sur le monde des adultes sans passer par la case de l’adolescence. A 16 ans, il a en effet voulu devenir acteur. Cela signifiait emménager dans une chambre de bonne à Paris. Ses parents ne lui ont, ce jour-là, pas donné de ticket de retour, comme il le dira. Voilà qui forge un homme prématurément, en 1978, en pleine période disco et surtout punk.

    Marc Lavoine a été le fils d’un homme qui ment, le titre du livre à succès qu’il lui a consacré il y a des années. Quand un journaliste lui demande s’il ment beaucoup dans ce livre, il répond forcément. C’est vrai que quand on écrit des chansons, on ment forcément à propos de la réalité qu’on y décrit. Enjoliveur d’histoires, aime-t-il à dire. Le public est d’accord. Tout cela s’est donc forgé au cours de l’enfance. Une fois de plus un artiste aimé du plus grand nombre, qui a trouvé le terreau de son art dans ces années où rien ne le destinait à occuper le devant de la scène. Tout a changé depuis dans la banlieue sud de Paris, y compris Orly qui n’est plus celui de Bécaud. Voilà sûrement pourquoi il y a tant de nostalgie dans les chansons de Marc Lavoine.

    4 min
  • C'est arrivé à Joe Dassin
    L’autre jour, je remontais les Champs-Elysées et c’est terrible : pas moyen de ne pas penser à Joe Dassin. Incroyable comme cette chanson qui n’avait d’autre vocation que d’être consommée dans l’instant puis de tomber dans l’oubli sous des centaines d’autres est connue encore aujourd’hui de tous. Y compris de ceux qui n’ont pas connu cette époque où on les remontait, ces Champs, pour aller au cinéma, au Lido, au Pub Renault ou Citroën pour y boire un verre entre copains. Non, si quand on passe en voiture, ça ne saute pas aux yeux, les Champs de l’époque de Joe Dassin, c’était autre chose. Déjà, comme la Grand Place de Bruxelles, les touristes ou gens de passage étaient perdus au milieu de Parisiens qui aujourd’hui, ont déserté ces lieux beaucoup trop fréquentés et parce que plus aucun commerce ne les concerne.

    Mais la chanson est restée, comme si on n’accordait plus aux paroles la place qu’elles méritent. Et c’est d’ailleurs singulier quand on sait que Joe Dassin n’est lui-même ni Parisien, ni Français d’origine. On connaît l’histoire de son grand-père Samuel qui arrive, adolescent, à New York parce que Juif, il a fui les massacres et persécutions en Russie. Il parle à peine trois mots d’Anglais aussi, quand l’employé du service immigration lui demande son nom, il lui bredouille dans sa timidité un nom tellement incompréhensible que le gars le lui fait répéter plusieurs fois avec force d’impatience. Et là, croyant qu’il lui demande la ville d’où il vient, le jeune homme dit “Odessa”. “Ah Odessa ! Alors on va faire simple : tu t’appelleras désormais Dassin.” Ainsi naît Joseph Dassin, une vingtaine d’années plus tard, nous sommes en 1938, l’Amérique a bien changé, la famille Dassin aussi, Jules, le fils de Samuel et père du petit Joe, est metteur en scène de théâtre. Bientôt il passe derrière la caméra et devient un des réalisateurs hollywoodiens en vue. Mais en 1950, il est rattrapé par la chasse aux communistes lancée par le Congrès américain et le FBI. Bien qu’il ait quitté le parti à la fin des années 30, Jules Dassin quitte l’Amérique avec sa famille en 1950. Joe a donc douze ans quand il découvre la France et la Suisse dans laquelle il suit les divers engagements de ses parents : 11 écoles en six ans, ce n’est pas facile.

    Alors, après son bac, il quitte l’Europe pour rejoindre cette Amérique qui l’a vue naître. Pour payer ses études universitaires, il jobbe et n’hésite pas à mettre les mains dans le cambouis, accepte tous les boulots. Et il y parvient, un Master en Anthropologie, au bout de cinq ans. Nous sommes dans le Michigan, il y croise un jeune étudiant juif comme lui, mais qui a laissé tomber les études pour la chanson. Alors Joe apprend la guitare comme son pote Robert Zimmerman qui ne s’appelle pas encore Bob Dylan. De retour à Paris, Joe se destine à un tas de choses mais pas la chanson, c’est un accident de la vie : la chanson qu’il a enregistrée pour l’anniversaire de la femme qu’il aime, est entendue par une de ses amies qui travaille chez CBS, la firme américaine qui vient d’ouvrir ses bureaux à Paris. Un Américain qui chante en Français ? Mais c’est excellent ! Voilà le gars qui nous faut. Oui, tout ça est vraiment arrivé à Joe Dassin, ça s’appelle la Légende.

    4 min
  • Michael Jackson et les années 80 (Podcast intégral)
    On a raconté beaucoup de choses sur Michael Jackson et en même temps toujours les mêmes choses, chaque chroniqueur se contentant de creuser le même sillon.

    Au point de départ, cette année 1984, il y a tout juste 40 ans. Je vous le demande, il avait beau avoir fait partie des fameux Jacksons, ex-Jackson Five, qui connaissait vraiment Michael Jackson à la sortie de son album solo Thriller? C’est le deuxième déjà, le premier Off the Wall était sorti deux bonnes années auparavant mais il s’était vendu à un public jeune, branché musique noire. Aussi incroyable que cela puisse paraître, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe, si pas plus, le marché du disque est divisé selon votre couleur de peau. Idem pour les médias. Et puis arrive ce bolide improbable avec un single, Billie Jean, puis un autre Beat it, puis Thriller. 25 millions d’albums vendus en 18 mois, 7 singles sur un même 33 Tours, plus personne n’ignore le nom de Michael Jackson et tout le monde l’aime, à tout le moins a une très bonne opinion de lui.

    Mais bien sûr, un tel chiffre, alors que le marché s'effondrait, engendre une multitude de phénomènes. Le premier, c’est la surexposition médiatique. En clair, une fois qu’on sort des colonnes musicales pour entrer dans la presse dite généraliste, celle-ci ne parle que de deux choses : argent et célébrité. Le début de la fin ? Le rachat du fameux catalogue d’édition des Beatles. Jusque-là, qui en avait entendu parler ? Leur premier éditeur qui en 1969 le revend à un producteur de télé britannique qui, lui-même, le revend à un Australien. Les prix montent, McCartney qui à l’époque fréquente Jackson lui en parle, surtout de la qualité du retour d’investissement. Et quand Michael touche son premier chèque, plus de cinquante millions de dollars (soit 150 d’aujourd’hui), il met la main sur le catalogue. Et ça, je vous prie de croire que ça ne passe pas, pour certains : tout d’abord les gros financiers qu’il a battus après huit mois de négociation dont des patrons de presse. Ensuite c’est un jeune noir de 27 ans qui possède à présent un trésor des années 50 et 60, un pan de cette toute jeune pop culture. Alors on commence à voir sortir des articles désobligeants sur le bizarre Michael Jackson et sa ménagerie, son caisson à oxygène (un canular de Michael et son manager, au départ) et puis le ranch qu’il finit par acheter avec les bénéfices de sa tournée : Michael Jackson est un excentrique qui préfère la solitude, les animaux aux gens. Il est pas comme nous !

    Tout ce battage fait finalement passer au second plan l’album Bad qui sort cinq ans après Thriller et qui souffre évidemment du pire des handicaps : être l’album d’après. Personne pour remarquer que Michael en compose presque tous les titres à la différence de Thriller et qu’il est l’essence même de ces années 80 qui basculent dans l’électronique et les synthés. Et tout ça au prix d’un travail gigantesque dont on va mettre des années avant entendre tout ce qui est resté dans les armoires, comme cette chanson, absolument superbe. Je vous le demande : qui a autant de titres aussi incroyablement aboutis dans ses réserves ?

    18 min
  • Michael Jackson et les années 80 (Episode 5)
    Vous en étiez de cette époque du début des années 80 ? Ou en rêvez-vous ? Avec le regret ne pas les avoir connues. Ah je suis d’accord avec vous : l’abondance des photos sur internet n’arrange rien. Tenez, celle de Michael Jackson reçu à la Maison Blanche par Ronald et Nancy Reagan, dans son costume à paillettes, épaulettes façon empire et bien sûr son fameux gant. Déjà, c’était exceptionnel. Quel pas en avant. Dix ans plus tôt, Richard Nixon trouvait que c’était une corvée de recevoir Elvis, ici c’est un honneur. Imaginez le même genre de scène aujourd’hui, ça n’aurait pas le même lustre. Qu’est-ce qu’il y a de changé ? L’époque ? Les gens ou les artistes ?

    Et les plateaux télé ? Ils sont moins fous, gigantesques et éclairés qu’aujourd’hui mais encore une fois, Michael Jackson en jeans chemise blanche qui fait son moonwalk à la répète sur le plateau de l’émission de CBS en 1983 ou celle où il tient ses huit grammy awards l’année suivante, en vrac dans les bras, ça en dit long sur une époque dont la musique n’a pas vieilli.

    Oui, qu’est-ce qui fait que Thriller et plus généralement, la musique des années 80 n’a pas pris une ride ? C’est vrai, on n’imagine pas les jeunes de 1984 écouter des chansons de 1944 et trouver ça hyper cool, mieux que ce qui sortait à l’époque. Et pourtant, il ne s’agissait cette année-là que de faire mieux que ce qu’on avait fait l’année précédente. Jackson voulait faire le meilleur album qu’on n’ait jamais produit, celui qui toucherait tout le monde. De l’autre côté de l’Atlantique, des U2 ou Simple Minds n’affichaient pas d’autre ambition, voilà pourquoi chaque année la musique faisait un grand bond en avant.

    Alors on les imagine Michael Jackson et son producteur Quincy Jones. Qu’est-ce qu’on ferait bien, qui on engagerait bien pour que ça sonne mieux ? Tu ne crois pas qu’on devrait demander à un tel ? Ce n’est donc pas un hasard si une multitude d’artistes de tous horizons convergent vers Hollywood pour apporter leur pierre à ce disque. Et parmi eux, un nombre important de musiciens d’un même groupe. Non, ils ne sont pas noirs, ni même r’n’b, ce sont les musiciens de Toto. Un groupe rock à succès mais une bande de musiciens pour qui les studios n’ont aucun secret. Ils sont quatre dont le batteur Steve Porcaro qui a coécrit un titre de l’album … et puis celui-ci, qui ne sera pas retenu, et oui, on manquait de place sur les deux faces d’un 33 Tours à l’époque, il fallait faire des choix. Michael le resortira sur le CD célébrant les 25 ans de Thriller. On dit aujourd’hui qu’il serait un sacré farceur car bien que joué par l’équipe à qui on doit Thriller, il aurait été enregistré plus tard. Mais n’empêche, quand on pense qu’il s’agit de la seule fois où il l’a chanté, on mesure le caractère exceptionnel de son talent d’interprète.

    4 min
  • Michael Jackson et les années 80 (Episode 4)
    A force de ne parler que de chiffres de ventes des albums de Michael Jackson on en a fini par oublier l’essentiel : la musique, l’interprète, et l’influence qu’il a eue sur la décennie la plus florissante de l’histoire de notre musique populaire. Et oui, si Thriller est l’incarnation du funk, la musique triomphante qui supplante le disco en mettant le groove sur le devant du mix, Bad est le précurseur de la musique des années 90. Vous avez vu la différence entre les deux pochettes ? Cinq années les séparent mais c’est un monde radicalement différent. Les couleurs chaudes et sombres font place à un blanc éclatant mais froid, et puis fini le costar, Michael arbore une mine dure dans un blouson noir anthracite, rempli de clous, boucles et fermetures éclairs. Le titre de l’album ne laisse aucune place au doute : Bad. Mauvais.

    Michael Jackson serait-il un mauvais garçon ? Ou est-ce l’air du temps avec la montée de la musique métal et du rap. Évidemment que Michael sait d’où vient le vent en cette année 1987, il a d’ailleurs mis son veto à une reprise hip hop violente d’un titre des Beatles par les Beastie Boys, car c’est lui qui en gère les droits depuis deux ans. Son producteur Quincy Jones, malgré la différence d’âge, a lui aussi bien compris que la production et le son se tournent de plus en plus vers les machines, le rock dur et le hip hop. Ils avaient vu juste avec la participation de Van Halen sur Beat it, le premier titre fusion r’n’b rock furieux. Alors ici, pour Bad, l’album de tous les dangers, celui qui va devoir subir la comparaison avec Thriller, ils sont à l'œuvre sur une collaboration avec les rappeurs de Run DMC. Quincy a dû insister mais il est arrivé à les faire se rencontrer. Ils repartent avec un texte que Michael a écrit sur les ravages du crack, déjà, mais la démo de la chanson Crack Kills ne débouchera pas sur un titre fini. Dommage. Mais je vous l’ai dit, un monde les sépare, sans doute la raison pour laquelle la collaboration avec Aerosmith sera plus fructueuse … et oui, du rap et du rock, je vous dis.

    C’est clair, Bad est incontestablement l’album de la fin des années 80, il leur ressemble tellement et leur montre en même temps la voix, avec ce son précis et sec, ces guitares tranchantes et rythmes syncopés. Cinq des sept singles seront N°1, un fait unique dans l’histoire, un modèle pour tous les artistes de l’époque, d’autant plus impressionnés que pour la première fois, Michael Jackson montant sur scène en solo, on assiste aux débordements du public qui rappelle les images de la beatlemania. Et oui, on n’avait plus vu ça depuis 20 ans.

    4 min
  • Michael Jackson et les années 80 (Episode 3)
    Michael Jackson, c’est les années 80, la chose est entendue. Et c’est d’autant plus incontournable qu’elles ont été le théâtre de l’association la plus spectaculaire de l’histoire de la musique. Car c’est plus qu’un duo entre l’ancien leader des Beatles et le roi de la pop. En octobre 1979, Paul McCartney a reçu un disque non pas d’or ni de diamant mais de Rhodium. Du jamais vu, spécialement créé pour l’artiste qui a vendu le plus de disques dans l’histoire : en plus des ventes des Beatles, sa carrière solo a en effet été énorme au cours des années 70. Est-ce un hasard si au même moment, le jeune soliste des Jacksons, à présent âgé de 20 ans, enregistre une reprise de McCartney sur son premier véritable album solo ? La chanson s’appelle Girlfriend et ne manque pas d’interpeller Paul McCartney qui se rappelle l’avoir écrite pour lui à l’époque, il le lui a dit en le croisant lors d’une réception. Mais Michael n’a que 16 ans, il ne le recontacte pas, McCartney ne le relance pas non plus et finalement l’enregistre sur son fameux album London Town, non sans avoir imité sa voix.

    Alors Michael la reprend sur son album Off the Wall et quand plus tard, Quincy Jones lui demande de penser à une chanson où deux hommes se disputent la même femme, Michael pense immédiatement renvoyer l’ascenseur à McCartney. Si le single ne fonctionne pas en Belgique et en France, contrairement aux Etats-unis et au Royaume-Uni, il n’en va pas de même pour l’album Thriller. Et donc, comme chacun a écrit une chanson pour l’autre, Michael Jackson vient à poser cette question à McCartney : et si on écrivait des titres ensemble ? Le croirez-vous, Mary, la fille de Paul McCartney manque de faire une syncope quand Michael Jackson se pointe à leur domicile dans la campagne britannique. Bien sûr, il n’est pas encore aussi énorme qu’il va le devenir au cours des mois qui suivent mais l’émotion de se retrouver dans la même pièce que ces deux immenses artistes et leurs producteurs Quincy Jones et George Martin, celui des Beatles, est immense.

    Tout ça s’est passé dans les années 80, une époque où tout était possible, diront certains. John Lennon venait de nous quitter, on savait désormais que le retour des Beatles n’aurait jamais lieu alors cette collaboration qui se prolonge sur un troisième titre qui ne sortira pas en single à cause de Thriller, est une bénédiction. Et une nouvelle fois, il y a tant de choses qui sont restées dans les tiroirs comme le prouve cette version sortie par l’équipe de Paul McCartney trente ans plus tard. Puisque chacun avait enregistré l’intégralité des paroles, ils livrent ici les sessions inédites sur un remix réalisé par le petit ami et producteur de Madonna, enfin, à l’époque, en 1984. Je vous le dis, ah ces années 80 …
    4 min
  • Michael Jackson et les années 80 (Episode 2)
    En 1983, Michael Jackson arrivait de nulle part et passait du statut d’enfant star à celui d’artiste de l’année. L’année suivante, il n’était pas encore tout-à-fait le Roi de la Pop mais était déjà celui de la décennie. Un album, Thriller, dont on voyait les images de palettes descendant des camions, des clips à la télé comme on n’en avait jamais vus et des nouveaux 45 Tours sans arrêt dans la vitrine des disquaires. En 1984, c’était la razzia sur les Grammy Awards, la sortie surprise d’un album avec ses frères puis une tournée aux Etats-Unis, un truc de fou d’après ce qu’on avait entendu mais qui n’arrivera jamais jusque chez nous. Thriller a donc réussi l’exploit de devenir l’album le plus vendu de tous les temps sans être passé par la case tournée mondiale. Personne d’autre que lui ne réalisera un tel exploit.

    Dommage que l’effet invraisemblable que cette musique et ce chanteur ont eu sur nous se soit finalement dilué dans une surexposition médiatique totalement futile. Et oui, à partir de 1984 Michael Jackson commence à en énerver certains. Dans les firmes de disques, les médias. Tenez, on l’oppose à présent à Prince. Son Purple Rain serait le plus grand concurrent de Thriller, ce qu’il n’a jamais été. A en croire la presse, il n’y aurait de place que pour une seule star, rien d’autre ne peut pousser à l’ombre de Thriller. Ah bon, au cours des années 83-85, on va quand même, en plus de Prince, voir exploser les carrières démesurées de Madonna, George Michael, Whitney Houston, Phil Collins et Lionel Richie. Mais c’est tellement gai de monter les gens les uns contre les autres. En tout cas, le marché du disque s’est emballé, on n’a jamais autant vendu de vinyles et à présent, de CD. Michael, lui, a un objectif collé sur le miroir de la salle de bains : atteindre l’invraisemblable barre des 100 millions de disques avec le suivant. A force d’entendre qu’il a sauvé à lui tout seul le marché mondial du disque, il a fini par se prendre au jeu de ce bizness dont il est un des acteurs depuis son plus jeune âge. Alors il s’y est mis presque tout de suite, à préparer l’album suivant, il n’a pas attendu chez lui que la limite de temps soit dépassée pour écrire de nouvelles chansons et enregistrer des démos de travail. Et si ce n’était que ça : entre l’album et la tournée avec ses frères, les Jackson, ses duos avec Paul McCartney, Freddie Mercury (qui ne sortira pas mais quand même), et des titres pour Janet Jackson, Diana Ross ou Rockwell, Michael Jackson est partout, même sur le titre le plus vendu de l’année dans le monde en 1985 …

    Non vraiment, aucun autre artiste n’incarne les années 80 comme Michael Jackson, cette époque où la créativité était intimement liée au succès, sans doute la raison pour laquelle elles ont été si lumineuses. Tenez, encore un titre resté dans les tiroirs et qu’il nous faudra patienter plus de trente ans avant de le découvrir.

    4 min
  • Michael Jackson et les années 80 (Episode 1)
    On a raconté beaucoup de choses sur Michael Jackson et en même temps toujours les mêmes choses, chaque chroniqueur se contentant de creuser le même sillon.

    Au point de départ, cette année 1984, il y a tout juste 40 ans. Je vous le demande, il avait beau avoir fait partie des fameux Jacksons, ex-Jackson Five, qui connaissait vraiment Michael Jackson à la sortie de son album solo Thriller? C’est le deuxième déjà, le premier Off the Wall était sorti deux bonnes années auparavant mais il s’était vendu à un public jeune, branché musique noire. Oui, aussi incroyable que cela puisse paraître, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe, si pas plus, le marché du disque est divisé selon votre couleur de peau. Idem pour les médias. Et puis arrive ce bolide improbable avec un single, Billie Jean, puis un autre Beat it, puis Thriller. 25 millions d’albums vendus en 18 mois, 7 singles sur un même 33 Tours, plus personne n’ignore le nom de Michael Jackson et tout le monde l’aime, à tout le moins a une très bonne opinion de lui. Mais bien sûr, un tel chiffre, alors que le marché s'effondrait, engendre une multitude de phénomènes. Le premier, c’est la surexposition médiatique. En clair, une fois qu’on sort des colonnes musicales pour entrer dans la presse dite généraliste, celle-ci ne parle que de deux choses : recette et célébrité.

    Le début de la fin ? Le rachat du fameux catalogue d’édition des Beatles. Jusque-là, qui en avait entendu parler ? Leur premier éditeur qui en 1969 le revend à un producteur de télé britannique qui, lui-même, le revend à un Australien. Les prix montent, McCartney qui à l’époque fréquente Jackson lui en parle, surtout de la qualité du retour d’investissement. Et quand Michael touche son premier chèque, plus de cinquante millions de dollars (soit 150 d’aujourd’hui), il met la main sur le catalogue. Et ça, je vous prie de croire que ça ne passe pas, pour certains : tout d’abord les gros financiers qu’il a battus après huit mois de négociation dont des patrons de presse. Ensuite c’est un jeune noir de 27 ans qui possède à présent un trésor des années 50 et 60, un pan de cette toute jeune pop culture. Alors on commence à voir sortir des articles désobligeants sur le bizarre Michael Jackson et sa ménagerie, son caisson à oxygène (un canular de Michael et son manager, au départ) et puis le ranch qu’il finit par acheter avec les bénéfices de sa tournée : Michael Jackson est un excentrique qui préfère la solitude, les animaux aux gens. Il est pas comme nous !

    Tout ce battage fait finalement passer au second plan l’album Bad qui sort cinq ans après Thriller et qui souffre évidemment du pire des handicaps : être l’album d’après. Personne pour remarquer que Michael en compose presque tous les titres à la différence de Thriller et qu’il est l’essence même de ces années 80 qui basculent dans l’électronique et les synthés. Et tout ça au prix d’un travail gigantesque dont on va mettre des années avant entendre tout ce qui est resté dans les armoires, comme cette chanson, absolument superbe. Je vous le demande : qui a autant de titres aussi incroyablement aboutis dans ses réserves ?
    4 min

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Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Ce podcast incontournable vous fait voyager à travers les époques, en…

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