En 1964, les filles hurlent après les Beatles, les assaillent sur scène, dans leur voiture, leur chambre d’hôtel, les scènes d’hystérie se multiplient, amplifiées par les images des journaux télévisés. Les Beatles, c’est plus qu’une musique exceptionnelle, c’est une société nouvelle et folle qui émerge, celle de l’adolescence, avec tous ses excès, sa joie d’être ensemble, son instant présent qui ouvre les portes vers un avenir radieux. Oui, vraiment, découvrir les Beatles au milieu des années 60, c’est faire le plein d’une énergie insoupçonnée.
Eté 1963, Brian Epstein, le manager des Beatles est dépassé par les événements qu’il a lui-même provoqués : le quatrième single de ses poulains n’est pas encore sorti que la firme de disques EMI a enregistré un demi-million de précommandes. Inouï ! En l’espace de quelques mois, les Beatles ont conquis la radio, la télé, la presse, on ne parle, on n’entend et on ne voit plus qu’eux. Ils jouent pourtant une musique qu’on donnait pour morte, le rock’n’roll, mais qu’ils cuisinent à leur sauce, très Motown, avec leur polyphonie, c’est certes totalement neuf. En plus, ils sont très drôles, imaginez quatre Frank Sinatra ensemble sur un plateau, alors, on ne s’étonne pas qu’on se les arrache.
Mais surtout, si on qualifiait, huit ans plus tôt, Elvis Presley d’animal, les Beatles, eux, sont sauvages, sur scène. Oui, des gars qui crient en chantant, ce bassiste qui secoue la tête en hurlant, et ce batteur qui écrase son instrument de coups de marteau, on n’a jamais vu, ni entendu un truc pareil. Il faut se remettre dans la société de l’époque pour comprendre le dicton : méfiez-vous de l’eau qui dort. La société britannique du début des années 60, ce sont des parents qui ont vécu leur adolescence pendant les terribles années de guerre et des enfants qui ont grandi dans les décombres, les chantiers et les tickets de rationnement.