La Story Nostalgie

La Story Nostalgie

By Nostalgie BelgiqueMusicMusic History
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La Story Nostalgie episodes

  • Cher Une story américaine (Episode 4)
    Cet été 1963, il fait, comme d’habitude, très chaud à Los Angeles. Cher qui a abandonné l’idée de chanter un jour à cause de la tessiture de sa voix, suit des cours d’art dramatique chez un des professeurs les plus reconnus de la sphère hollywoodienne. Mais un truc la passionne, le studio où travaille Phil Spector, le producteur qui enchaîne alors les succès à la chaîne et dont son ami, Sonny, est devenu l’assistant. D’abord rejeté par la famille, parce qu’il est assez loin d’avoir le physique de Warren Beatty, la mère de Cher a fini par l’accepter. Mais pas sa grand-mère qui la première fois qu’elle le voit assis dans le salon fait demi-tour puis entre dans la cuisine en disant : C’est quoi ce truc dans le divan ?

    Et donc, Spector, qui est connu pour ses sautes épouvantables d’humeur quand ça ne se passe pas comme il le veut, est tendu, ce jour-là en studio. En pleine session pour les Ronettes, sa fabuleuse choriste, Darlene Love, ne se pointe pas, accident de voiture, ce qui tombe mal, ils ont déjà pris assez de retard comme ça. Bon, on enregistre quand même, Sonny, tu rejoins les chœurs. Et toi aussi, Cher, Sonny m’a dit que tu savais chanter. Terrorisée avec les genoux qui cognent, Cher se dit qu’elle va se faire la plus petite possible, histoire qu’on ne l’entende pas gâcher la prise. Et après celle-ci, Phil Spector dit : Cher, recule !

    Le lendemain, lorsque Darlene Love est de retour, Spector demande malgré tout à Cher de rejoindre les chœurs. Mais à chaque prise, c’est Cher, recule ! Cher, recule encore ! Elle va finir dans le studio B, plaisante Darlene. Mais le résultat est fantastique, Phil Spector, après lui avoir avoué que sa voix couvre toutes les autres, la rappelle à chaque session. C’est incroyable ce qui lui arrive : elle, l’adolescente de 17 ans, se retrouve sur un grand nombre de hits comme celui-ci. Mais même si après les sessions, elle ne passe plus toute la soirée et la nuit, à poser des questions à Sonny à propos de ce que Phil Spector peut penser de sa prestation, Cher fouette toujours autant, s’enferme parfois dans les toilettes en pleurant parce qu’elle redoute le fait qu’on ait dû recommencer autant de fois la prise à cause d’elle. Mais non, les 45 Tours se succèdent et Spector dit avoir trouvé sa team de rêve.

    Seule ombre au tableau : sa mère pense qu’elle ment. Non, tu ne vas pas au studio pour chanter mais pour faire la fête. C’est vrai, c’est tellement invraisemblable que sa fille puisse avoir un tel job. Et d’ailleurs, si tu chantes, pourquoi n’es-tu pas payée ? Ah mais c’est vrai, ça ! Cher s’en plaint à Sonny, ce à quoi il répond : mais tu es folle ? C’est toi qui devrait payer Spector pour la formation que tu reçois ! Et quand, le lendemain, tout le monde est prêt pour l’enregistrement d’un album de Noël, on entend Spector crier : mais où est Cher ? Chez sa mère, répond Sonny, comme elle n’est pas payée, elle croit qu’elle vient ici juste pour s’amuser. Mais si je te paie, c’est bon comme ça. Spector annule la session. Le lendemain, Cher est présente et repart en fin de journée, avec un joli chèque de 25 dollars.
    4 min
  • Cher Une story américaine (Episode 3)
    Je vous ai raconté comment jusqu’à ses quinze ans, Cher avait connu une vie mouvementée dans le sillage d’une mère dont la vie avait plus de hauts et de bas qu’un ascenseur. Et alors qu’elle avait enfin trouvé le parfait amour avec un millionnaire de Manhattan, elle décrète qu’elle ne pourra pas vivre un deuxième hiver à New York. Il fait trop froid, trop longtemps, les immeubles sont trop hauts, bref, ça sent une nouvelle fois la rupture.

    Mais non, ce brave Gilbert, qui a donné son nom aux deux filles de la femme qu’il aime, décide de transférer ses bureaux à Los Angeles et de déménager toute la famille. Vous le croyez, ça ? Même la mère de Cher n’y croyait pas, sans doute la raison pour laquelle elle embrasse le sol de sa Californie chérie en entrant dans sa nouvelle demeure, la photo existe toujours. Elle retrouve ses copines, sa vie d’ex-actrice qui n’a pas réussi mais connait bien du monde dans cette ville. C’est ainsi qu’un artiste peintre est frappé par les traits de l’adolescente, saisi de la voir si ténébreuse alors que sa mère et sa sœur sont blondes. Les trois portraits qu’il fait d’elle sont une révélation pour Cher qui se débarrasse des doutes qu’elle nourrissait par rapport à son physique.

    Par contre, elle qui rêvait de chanter, c’est la douche froide quand participant à un casting pour un Musical, on lui répond qu’avec sa voix de contralto, elle chante trop bas pour les filles mais pas assez pour donner la réplique à des hommes. D’accord, se dit-elle en sortant, c’est fini pour moi. Enfin, fini, pas tout-à-fait pour le showbiz car nous sommes à Hollywood, Los Angeles. Quelques mois plus tard, Cher qui a réussi son permis de conduire, roule sur Sunset boulevard quand une énorme limousine blanche lui coupe la route. Elle pile, braque, klaxonne et, toute tremblante, se gare sur le côté. Elle a bien failli emboutir la voiture de son beau-père.

    Mais c’est quoi ton problème, putain ! , crie-t-elle la voix énervée et pleine de larmes à l’adresse du conducteur imprudent qui est sorti de son véhicule. Mais lorsqu’il s’approche en retirant ses lunettes noires, Cher reconnaît immédiatement Warren Beatty, la nouvelle star du cinéma. Même sa mère et sa sœur en sont amoureuses, alors, comme elle racontera, pas question de laisser passer sa chance. Elle demande une cigarette, il n’en a pas mais court en acheter. Puis elle refuse une invitation à manger quelque chose mais accepte de passer chez lui, avec les jambes tremblantes de trac en montant dans la voiture. Et lorsqu’elle rentre chez ses parents, à 4 heures du matin, le comité d’accueil très énervé lui annonce qu’elle ne pourra plus sortir le soir jusqu’à ses 21 ans.

    Le lendemain matin, le téléphone sonne. C’est Warren Beatty. Cher lui annonce qu’elle est privée de sortie pour les années à venir. Passe-moi ta maman, dit-il. Cher jubile en regardant les traits de sa mère changer. Cinq minutes plus tard, elle invite l’acteur à passer à la maison et en raccrochant, dit à sa fille : pourquoi tu ne me l’as pas dit ?
    4 min
  • Cher Une story américaine (Episode 2)
    Début des années 60. Une autre époque où aux Etats-Unis, les jeunes ont une telle envie d’être majeurs qu’ils mentent sur leur âge. Pas tous évidemment, disons surtout ceux qui ont été privés de leur enfance et adolescence. C’est le cas de la jeune Cher qui, bien que devenue fille de riche grâce à un beau-père fortuné, n’a connu jusque-là que l’insécurité. Fille d’une belle actrice, célibataire à répétition, elle n’a connu que des départs, alternant misère et changements brutaux d’environnement, bref l’instabilité à un âge où tout ne devrait être qu’insouciance. Alors elle est là, attablée dans un snack bar de Los Angeles avec des copines plus âgées qu’elle mais qui, physique atypique oblige, ignorent qu’elle n’a que seize ans. Étant situé sous les studios et bureaux d’une radio, le lieu est fréquenté par tous ceux qui évoluent dans l’industrie musicale. Ainsi quand un gars qui est loin d’être bâti comme un Dieu, entre dans l’établissement et se fait héler par les filles, Cher devine à son attitude qu’il est spécial.

    Sonny Bono, qui prétend que sa famille sicilienne descend de Napoléon Bonaparte, tu comprends, on a écourté le nom en arrivant à New York, est un gentil baratineur. Et c’est vrai qu’il est gentil. Quand Cher décide d’abandonner l’école et de vivre sa vie, son beau-père lui impose de travailler pour payer la moitié des frais. Le boulot ne se passe pas bien, Cher va perdre sa colocation mais ne veut pas rentrer chez ses parents. Alors elle supplie le fameux Sonny, onze ans de plus qu’elle, en procédure de divorce, de partager son appart qui se trouve juste à côté. Elle a 18 ans bien sûr, dit-elle, mais elle n’a pas de souci à se faire. Elle n’est le genre de Sonny, qui vit avec elle jusqu’au jour où sa maman, rendant une visite à l’improviste à sa fille, découvre que la soit disant coloc hôtesse de l’air est en fait un coloc de 27 ans. Départ forcé, retour à la maison et quand Sonny se pointe, la maman lâche le morceau et menace de dénoncer le vicelard. Sonny apprenant le mensonge est fâché, Cher perd tout.

    Car s’il n’était pas très bien payé par la firme de disques pour laquelle il travaillait quand Cher a emménagé chez lui, Sonny est depuis devenu l’assistant d’un certain Phil Spector, auteur de chansons mais surtout producteur à succès, admiré de tous car il a inventé une nouvelle manière d’enregistrer la musique, un nouveau son, qu’il a d’ailleurs appelé le Mur du son. Disons-le tout de suite, c’est déjà un drôle de type, manipulateur et tyrannique dans le travail. Cher l’avait d’ailleurs croisé quelques mois plus tôt lorsque son petit ami de l’époque était entré à son service. Non seulement, elle ne l’avait plus revu mais lors de leur unique rencontre, Spector avait fait une mauvaise blague en français à laquelle l’adolescente avait répondu dans la même langue. Voulez-vous coucher avec moi ? avait-il dit à son voisin en la regardant, ce à quoi elle avait répondu, Oui mais pour de l’argent, alors.

    Et donc, l’histoire entre Sonny et Cher serait-elle terminée ?

    4 min
  • Cher Une story américaine (Episode 1)
    Cher, c’est quelque part le modèle de Madonna. Vingt ans avant elle, elle se faisait remarquer par ses tenues osées quoique en phase avec la mode de son époque, pardon, de ses époques. Évidemment, à la différence de Madonna, Cher n’ira pas au-delà de la provocation vestimentaire qui met en évidence un corps sculptural sur lequel le temps ne semble pas avoir de prise. Car, comme elle le raconte, on la croit beaucoup plus libérée qu’elle ne l’est vraiment.

    Cela dit, Cher, c’est une Story américaine. Déjà son physique atypique est hérité d’un père arménien, routier escroc qu’elle n’a quasiment pas connu, et d’une mère dont les racines familiales sont à la fois allemande, cherokee, britannique et française. Une mère qui est une sorte de Marylin Monroe qui n’a pas réussi. Elle est très belle, ce n’est pas la question, mais ses rôles au théâtre et au cinéma, nous sommes à Hollywood, Los Angeles, ne lui permettent pas de se faire remarquer si ce n’est par des hommes, avec qui, ça ne dure jamais longtemps. Alors, ils ont beau être fauchés ou milliardaires, elle fait ses valises avec ses deux filles, Cher a une demi-soeur prénommée Georganne, mais que tout le monde appelle Gee. Ah ben déjà, Cher, c’est le diminutif de Cherylin Sarkisian. Je vous l’ai dit, Arménien, le paternel qui ne l’a pas vue naître. Enfin, jusqu’à ce que le miracle définitif de la vie familiale ne se produise, quand la maman comprenant que le cinéma, ça ne fonctionnera jamais, cède à la demande en mariage d’un soupirant … new yorkais. Je vous prie de croire que c’est un choc pour l’adolescente Cher, 13 ans, de quitter en 1959, Los Angeles pour Manhattan, en plein mois de décembre. Mais le futur beau-père est consultant dans le pétrole, la petite famille ne part pas vers l’aventure, comme cela a été souvent le cas, mais pour un appartement avec vue splendide dans un beau quartier. La rupture avec le monde californien est consommée avec la première neige, premier blizzard, Cher et sa sœur font des glissoires sur un Time Square désert, au milieu de voitures immobilisées, d’imprudents piégés par la tempête. Faisant plus que son âge, qu’on ne lui demande pas d’ailleurs, Cher entre alors dans une bande de jeunes filles des années 60 qui profite d’une immense ville où on n’a pas besoin des parents pour se déplacer d’un endroit à un autre : le métro, les taxis, mais surtout les trottoirs remplis de monde, une ville qui propose un roman, un film, à chaque coin de rue.

    Oui, ce début des années 60 est à l’image de Holly Golightly, le personnage incarné par Audrey Hepburn dans Breakfast at Tiffany’s, c’est tout ce que Cher va devenir, ou plutôt incarner. Un monde idéalisé, glamour, libéré, où tout est possible à défaut de paraître facile. Si elle pouvait remonter le temps, je pense que Cher aimerait retrouver cette époque où son nom avait changé, adoptée par son beau-père, Cher LaPier, un vrai nom de scène, prédestiné.
    4 min
  • La Story Hey Crooner ! (Episode 5)
    Je vous ai raconté comment l’arrivée du microphone et de la radio avait changé le monde de la chanson populaire. Mais il n’y a pas qu’en Amérique que ça s’est produit. Oui, nous avons eu nos propres crooners, enfin, français, je veux dire. De la même manière que les chanteurs envoyaient à pleins poumons dans les théâtres parisiens, bruxellois et de provinces française et belge, l’arrivée du micro leur permet de chanter moins fort, et surtout, avec émotion.

    Alors on les imagine, ces chanteurs à la radio, face à ce micro qu’ils touchent presque des lèvres. Quelle incroyable sensation que de pouvoir susurrer des mots en les chantant et d’apprendre qu’ils sont reçus de l’autre côté de la radio de la même manière, avec ces gens qui s’approchent du haut-parleur. Et voilà qu’un Français nommé Jean Sablon, qui a travaillé sur NBC aux Etats-Unis, revient en France avec la recette des Bing Crosby et autres Nat King Cole. Et c’est le succès pour ce premier chanteur français qui a compris qu’on pouvait jouer avec le micro. Oh bien sûr, ça ne va pas sans mal, les critiques de gars qui sont des chanteurs à voix, mais la mode est lancée, Jean Sablon charme, et oui, c’est un chanteur de charme. Il est aussitôt imité par un autre qui a égalementvu du pays pendant la guerre, il s’appelle Henri Salvador, un guitariste qui se fait connaître pour sa voix douce, mais aussi ses chansons comiques.

    Un comique dont il va se servir pour se moquer de la nouvelle mode musicale quelque dix ans plus tard avec l’arrivée du rock’n’roll. Etrange de se dire que le premier rock en français est une parodie signée Salvador et son ami Boris Vian : Rock’n’roll mops. Le même Salvador qui va siffler et crier “sortez-le !” à l’adresse du jeune Johnny Hallyday qui se produit en première partie de Raymond Devos. Incroyable comme le phénomène se répète de vague en vague, la peur et l’incompréhension entre deux genres et des gens qui vont pourtant se rejoindre très vite. Car les yéyés ont aussitôt conquis le jeune public français et belge que ses plus grandes figures se mettent à chanter comme des crooners. Johnny, évidemment, avec la complicité de Charles Aznavour, mais aussi le bondissant Eddy Mitchell, le chanteur des Chaussettes Noires et bien sûr, le tonitruant twister des Chats Sauvages mais plus grand fan d’Elvis, Dick Rivers.

    Et quand quelques années plus tard, le yéyé est déjà enterré par l’arrivée de leurs jeunes compatriotes admirateurs du rock indie, les Polnareff, Christophe et autres Antoine, l’un d’eux va revêtir immédiatement les oripeaux du crooner, Jacques Dutronc. Les jeunes gamins deviendront des Vieilles Canailles, nous gratifiant, 50 ans plus tard, devant un Palais 12 du Heysel archicomble, d’un Rat Pack francophone, prouvant que le talent n’a pas d’époque et que les crooners n’ont pas d’âge.
    8 min
  • La Story Hey Crooner ! (Episode 4)
    Que Lady Gaga ait interprété ce classique de Frank Sinatra en duo avec Tony Benett et en ait fait un succès, est déjà une gageure en pleine dictature électro sur les radios jeunes. Et qu’elle ait été fan de ce crooner autrefois dans le sillage du grand Frankie étonne également. Enfin, un peu moins depuis que la megastar Amy Winehouse avait aussi confessé sa fanitude pour ce chanteur d’un autre âge, interprète d’une musique qui avait bien failli disparaître complètement. Je vous raconte.

    Eté 1956, Frank Sinatra qui a, trois ans plus tôt, fait un retour inespéré dans le cœur du public après une traversée du désert, est redevenu N°1, quand tombe une déferlante nommée rock’n’roll. Face à cette révolution qui emporte avec elle la jeunesse, soit la moitié du public du marché du disque, Frank Sinatra est perplexe. Il est horrifié : c’est de la musique de bouseux dégénéré, a-t-il déclaré au Times. Et bien sûr, il déteste Elvis Presley. Il passe des journées enfermé dans son bureau à écouter toutes ses chansons, essayant de comprendre pourquoi le public s’est emballé pour ce truc. C’est quoi son secret, à Presley ? Pourtant, paradoxalement, la fin des années 50 va être la plus fructueuse de sa carrière, Sinatra enregistre 180 chansons, tourne six films et fait salle comble en tournée. Le marché du disque semble s’être coupé en deux, Elvis a les jeunes, lui, les vieux. Enfin, les adultes.

    Malgré la mort prématurée de son ami Humphrey Bogart, probablement le seul artiste que Sinatra ait jamais admiré, il va faire quelques rencontres déterminantes. Est-ce un hasard mais un mois plus tard, il se retrouve sur scène avec une autre star, Dean Martin, dont il ignorait qu’il était italien, comme lui. L’ex-partenaire à succès de Jerry Lewis avec qui il a formé le duo le plus populaire depuis Laurel & Hardy, s’appelle en fait Dino Crocetti. Et puis voilà que dans le show télé qu’il présente en 1958, Frank accueille un danseur noir nommé Sammy Davis Jr. Avec les acteurs Peter Lawford et Joey Bishop, ils forment une bande inséparable que leur amie Shirley MacLaine, va appeler affectueusement La bande de rat, The Rat Pack. Et oui, à la télévision dans les années 60 mais aussi au cinéma dans Ocean’s Eleven et bien sûr, sur la scène du casino le Sands dont Sinatra est actionnaire, le Rat Pack, ce sera un peu ce qu’étaient les Beatles à leurs débuts, version adulte : des gars qui chantent ensemble et font des blagues aussi facilement qu’on parle.

    Combien de duos, trios, quatuors lors de représentations qui mêlent sketchs improvisés et chansons. Elvis Presley s’en inspirera dès son grand retour sur scène, à Vegas, est-ce un hasard, et bien sûr dans son show télé légendaire, le Comeback à la Noël 1968. Oui, quel que soit notre âge, notre génération, il y a quelque chose dans cette façon décomplexée d’aborder la chanson, de les interpréter cool, tiens c’est comme ça que les jeunes appelaient Sinatra à la fin des années 50. Le plus fou dans cette histoire, c’est que la formule lui a survécu, au-delà de son siècle, comme en témoigne le cover par Lady Gaga et Tony Bennett de sa chanson fétiche. C’était en 2011, déjà, vous le croyez ça ?

    8 min
  • La Story Hey Crooner ! (Episode 3)
    Los Angeles, milieu des années 60 : en plein été, ils sont des milliers de jeunes à faire la file devant le Hollywood Ball pour obtenir des places pour un concert des Beatles. Il n’en faut pas plus pour que la télé américaine débarque afin de filmer ce spectaculaire événement. Et dans l’interminable file qui s’étire sur tout le boulevard, une limousine et un chauffeur à côté d’une jeune fille. Le journaliste se précipite et apprend qu’il s’agit de la fille du célébrissime Nat King Cole. La fille d’un des plus grands crooners, immense star, dans la file pour aller voir des gars qui font yeah yeah yeah et crient sur scène, c’est le scoop. Evidemment gênée, celle que nous ne connaissons pas encore sous le nom de Natalie Cole répond sagement que bien sûr, elle préfère les chansons de son papa mais que les Beatles sont beaucoup plus mignons.

    Cette image, c’est toute une époque, évidemment. Celle d’une page qui se tourne : le monde des crooners qui avaient été les plus grandes stars des années 40 et 50 est désormais remplacé par le rock’n’roll. La musique de la jeunesse a radicalement changé, laissant les voix suaves et les orchestrations jazzy à l’installation HiFi de papa maman. C’est ringard ! Le crooner devient un chanteur pour adultes puis pour seniors, on va qualifier sa musique de « easy listening », qui s’écoute facilement, littéralement. Elle est diffusée dans les magasins, les ascenseurs (il est vrai qu’on y passe du temps dans les gratte-ciels des grandes villes) et bien sûr, les cassettes des chauffeurs de taxi. Les deux univers que sont le rock et la musique de détente, comme on l’appelle désormais dans le métier, devraient être hermétiques mais très vite, on assiste à des phénomènes de vases communicants. Ainsi, une des premières stars du rock, qui est aussi la plus jeune, Paul Anka, n'hésite pas à assumer le style crooner dès ses premiers tubes.

    Et puis le King lui-même s’y met. Et il est vachement crédible dans le genre crooner. Ce qui lui vaut de rapidement de passer du public teenager détesté par les parents à celui des tea rooms. Elvis ? Ma grand-mère l’adore ! Doit-on parler des enfants de “” comme Natalie Cole et Nancy Sinatra, et d’une génération plus tard, une Barbra Streisand car, même si elles n’ont pas la gravité des hommes, les femmes s’y mettent aussi avec succès, au micro sur l’oreiller.

    Vous le voyez, on n’a pas attendu des années post modernes comme la nôtre pour revenir à un style d‘avant-guerre. Même le rocker à la voix éraillée Rod Stewart, celui qui a le plus défrayé la chronique tabloïd des années 70 avec ses lourds riffs de guitare et ses fêtes débridées, s’est mis à charmer la mère de nos petites amies.Il ne restait plus qu’à réconcilier définitivement les générations en les faisant chanter ensemble, jeter un pont sur le fossé entre parents et enfants qu’on disait infranchissable, avec, bien entendu, un classique crooner.
    7 min
  • La Story Hey Crooner ! (Episode 2)
    On les écoute aujourd’hui toute l’année mais c’est à la Noël qu’ils sont les plus présents : les crooners sont de retour, en plus de Mariah Carey, évidemment, pour le plus grand plaisir de toutes les générations. La raison, on la connaît : le ton et la tessiture de leur voix chaleureuse et rassurante. Une façon de chanter qui, à la fin des années 20 était une vraie révolution. Car jusque-là, les chanteurs dans les théâtres et les salles de bal, accompagnés par un orchestre, devaient, comme à l’opéra, donner de la voix pour que tout le monde les entende. Mais l’arrivée du microphone, de la radio et surtout son succès fulgurant, des millions de ménages s’en équipent, change la donne. Plus besoin d’envoyer pour se faire entendre. On peut chanter sans s’époumoner, et donc, être plus intime, plus proche. Et ça, c’est un des tours de magie de la radio. Imaginez ces jeunes devant le grand poste, se rapprocher du haut-parleur, pour écouter une voix grave chanter des mots d’amour, avec émotion. Oui, l’émotion toute en nuance, c’est ça la grande différence avec l’opéra et le jazz grand orchestre. Quand on chantait une histoire d’amour ou un truc triste, il fallait toujours envoyer pour être compris par le deuxième balcon et le dernier rang du parterre.

    Et là, apparaissent des gars qui, avec leur voix suave, entrent dans votre intimité et votre imaginaire. Quand ils disent je t’aime, on y croit. Vous ne vous étonnerez donc pas d’apprendre que les apparitions d’un Rudy Vallée, considéré comme le premier crooner, provoquaient des scènes de bousculades de jeunes fans. Oui, on peut dire que Rudy Vallée est la première pop star de l’histoire. Il est, bien vite, rejoint puis dépassé par Bing Crosby qui est, sans conteste, la plus grande star des années 30. Et bien entendu tout ce petit monde est sous contrat avec une grande chaîne de radio où il chante en direct et en exclusivité dans des émissions quotidiennes ou hebdomadaires à grands renforts de publicité dans la presse. De là, à presser les disques de leurs poulains, il n’y a qu’un pas. Ainsi Rudy Vallée, est sous contrat avec NBC et Bing Crosby, avec CBS.

    Mais si les crooners sont devenus un bizness incroyable, ils font l’objet de toutes les critiques. Certains disent, comme ce journaliste du New York Times, que le temps de ces chanteurs est compté : ça ne durera pas. De toute façon, continue-t-il, s’ils chantent comme ça, c’est parce qu’ils sont incapables de faire autrement. Mais ce n’est pas tout, un cardinal de Boston s’exprimant au nom de sa communauté qualifie le style crooner de dégénéré, souillant, indigne, sans principes, imbécile et immoral. Oui, exactement la même diatribe qu’on entendra bien plus tard à l’égard d’Elvis Presley, les Beatles ou les Stones. Mais est-ce si étonnant quand on sait qu’Elvis Presley était un grand fan de Bing Crosby …

    8 min
  • La Story Hey Crooner ! (Episode 1)
    Avec le retour de la période des fêtes, on ressort les crooners partout. De Bing Crosby à Nat King Cole, on entend toutes les voix suaves d’une Amérique d’une autre époque chanter Noël et nous souhaiter, déjà, une bonne année. Qui aurait cru ça dans les années 70 et 80 où ce genre de chanson était considéré comme totalement ringard. Ah ben oui, il suffit de se référer au tube de Guy Marchand qui, en 1977, en pleine époque disco et punk, rendait hommage aux chanteurs de charme, mais un hommage pas naïf :

    Hey Crooner

    Tu t'sens pas ridicule la main sur le cœur

    Tu fais marrer tous les rock'n rollers

    Quand tu roules tes épaules de mait'nageur

    Qu’est-ce qu’on a entendu cette chanson à la radio et à la télé, mes enfants. Mais autant ce succès allait être sans lendemain, autant il n’était pas aussi improbable que ça car, on l’a oublié, allez savoir pourquoi, il y avait eu un revival années 40 et 50 aux Etats-Unis au milieu de la décennie. Oui, à une époque où un chanteur âgé de 40 ans était bon pour la retraite, nombre d’entre eux étaient revenus, un temps, à la mode. Est-ce le succès d’Elvis qui n’en finissait pas à Vegas, allez savoir, en tout cas, les crooners avaient connu un bref effet de mode, comme le montre alors l’excellent et hilarant film de Woody Allen, Broadway Danny Rose. Enorme succès, d’ailleurs. Et donc oui, ça peut paraître fou aujourd’hui mais il y a 50 ans, cela faisait un paquet d’années que Sinatra n’avait plus fait de tubes, Hollywood avait remisé les comédies musicales au placard. On n’en a plus vu fonctionner une seule jusqu’à Grease, en 1978, et encore, c’est une exception et il fallait bien se garder d’utiliser le terme de Comédie Musicale. Cette année-là, David Bowie enregistrait un improbable duo avec Bing Crosby, le pionnier du genre, dans une émission de Noël qui serait sa dernière apparition publique. Bowie jouait alors le rôle de l’improbable fan, présent uniquement sur le plateau parce que Bing était le chanteur favori de sa mère. Oui, c’était sa madeleine à lui, le rocker avant-gardiste.

    Alors, un demi-siècle plus tard, on se demande ce qui s’est passé. Pourquoi les enfants et petits-enfants de ces jeunes des années 60, 70, 80 trouvent ce répertoire variétés - jazzy hyper cool voire classe et certainement pas ringard. Et je ne dis pas ça uniquement à cause des incursions de Lady Gaga dans le genre, non, je rappelle juste que depuis les années 50, on n’avait plus vu autant de nouvelles stars crooners comme Michael Bublé, Diana Krall ou Amy Winehouse. Et donc, en cet hiver 2024, Frank Sinatra revient avec veston, cravate, chapeau, et voix d’or dont il disait qu’elle se rapprochait plus du bel canto que du crooning mais n’empêche, elle touche toujours plus de monde, défi au temps qui passe et au grand livre des époques oubliées.
    6 min
  • Band Aid 40 ans (Episode 5)
    Ce n’est pas parce que c’est le milieu d’une décennie dont on parle beaucoup mais je peux vous dire qu’on a particulièrement aimé vivre les années 1984, 85. Pourquoi ? Parce qu’après le plaisir de la découverte de nouveaux artistiques au début des années 80, toutes ces chanteuses, chanteurs et groupes qui jouent des musiques nouvelles et dont entre parenthèses aucune ne ressemble aux autres, en 1984, au rythme de leurs sorties, beaucoup d’entre eux sont devenus des stars.

    Et donc les images de la BBC réalisées ce dimanche 25 novembre au matin sont réjouissantes. Même si nous sommes en plein Londres, à Notting Hill, il faut rappeler que dans les années 80, le dimanche, tout est fermé, y compris les pubs. Et donc l’attroupement énorme devant le Sarm Studios ne passe pas inaperçu dans le quartier. Des journalistes, photographes, cameramen, assistent et immortalisent, en effet, l’arrivée de la plus grande concentration de pop stars.

    Alors bien sûr, on n’est pas à Hollywood où comme on le verra avec We are the world, les stars arrivent en limousine fringuées, coiffées et maquillées façon show bizness. Non, ils ont beau vendre des millions de disques, ces Britanniques sont chez eux, alors Sting arrive à pied, avec son journal sous le bras, les trois chanteuses de Bananarama débarquent d’une Volkswagen, et le reste est à l’avenant. Bien sûr qu’ils sont au courant qu’ils vont être photographiés et filmés pour la presse mais it’s sunday morning et on est entre copains. Paul Weller, l’ex-leader de The Jam, aujourd’hui Style Council, est là depuis très tôt. Comme Phil Collins, et pourtant il ne jouera pas de sa batterie avant la soirée. Paul Young discute avec Gary Kemp et Tony Hadley de Spandau Ballet dans un couloir, les Status Quo boivent un café dans la salle de prise de son qui est particulièrement spacieuse. Il faut dire que c’est une ancienne nef d’église qui offre donc toute la place pour les grands ensembles de musiciens et aussi une réverbération naturelle unique. C’est ici qu’ont été enregistré des classiques comme Stairway to Heaven de Led Zeppelin ou We will rock you de Queen. Ah ben oui, la fameuse scène du film Bohemian Rhapsody, et ben c’est là.

    Le studio a alors changé de main, il appartient désormais à Trevor Horn, l’ex-chanteur des Buggles, devenu un des plus grand producteurs du monde, il vient d’y produire Frankie Goes to Hollywood, Yes, ABC ou encore Grace Jones. Raison pour laquelle, Geldof lui demande d’accueillir gratuitement toutes ces stars du Band Aid pour enregistrer Do they know it’s christmas ? Pas de problème mais Trevor n’a rien de libre avant six semaines. Enfin si, un seul jour, le dimanche 25 novembre. Banco ! Geldof accepte le challenge et fait venir tout le monde le jour dit, et vous savez quoi ? Ils ont remis ça plusieurs fois pour les vingt, trente et quarante ans de cette incroyable aventure. La nouvelle version de 2024 est un mashup de toutes les époques, toutes les générations. Même si les temps ont bien changé, l’esprit Band Aid est toujours là, qui aurait cru ça, il y a 40 ans exactement.
    4 min

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Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Ce podcast incontournable vous fait voyager à travers les époques, en…

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