La Story Nostalgie

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La Story Nostalgie episodes

  • La dernière tournée de Michel Polnareff (Episode 1)
    Ainsi donc, le 17 mai prochain, ce sera la dernière tournée de Michel Polnareff, chez nous, à Bruxelles. Lui dont l’absence sur scène avait résonné jusqu’au mythe aura finalement aligné pas mal de Forest National ces vingt dernières années. Un dernier coucou me revoilou qui nous fait prendre conscience, qu’il est le tout dernier des géants de cette génération des années 60 à se produire encore. En fait, Michel est toujours là où on ne l’attend pas. Personnage atypique dans le panthéon non pas de la chanson française mais de la chanson en français, il a donné tout ce qu’une star peut offrir à la légende. Depuis ses éternelles lunettes noires à monture blanche à sa fuite en paquebot vers les Etats-Unis, en passant par ses fesses affichées sur les murs de Paris et son séjour de deux ans à l’hôtel Monceau, Michel Polnareff les a toutes faites. Tenez, jusqu’à une attente insupportable de 28 ans entre deux albums. Et là où on croit qu’il n’y en aura plus jamais, voilà qu’il revient en 2025, avec de nouvelles chansons.

    Mais tout cela serait de l’ordre de l’agitation, s’il n’y avait un génie de la musique derrière le personnage qui l’a entraîné là où il n’aurait jamais imaginer aller quand, petit garçon, il souffrait durant d’interminables et sévères leçons de piano. Car aucun interprète, compositeur, arrangeur, producteur, puis enfin, auteur, n’a réussi à se hisser à ce niveau dès ses débuts, et durant des décennies. Si à cela, vous ajoutez un sens de l’image et du show, qui fut avant-gardiste à une époque où personne ne l’était à Paris, ça fait beaucoup pour un seul homme.

    Alors évidemment, comme beaucoup d’artistes qui ont marqué plusieurs générations, il y a l’obstacle impossible à franchir : créer de nouveaux titres à la hauteur du passé idéalisé de leur public. Mais le plus important n’est-il pas de faire le compte du nombre de chansons qui sont aujourd’hui immortelles ? Et au vu de la longueur de la liste, on prend la mesure que Michel Polnareff n’a pas de concurrent. Toutes ces mélodies, toutes ces orchestrations, toutes ces voix, c’est lui. Un groupe à lui tout seul. Il y a ces années 60 où il débarque avec sa guitare, une génération satisfaction à la française qui préfigure déjà le monde des années 70. Et quand cette fameuse décennie arrive enfin, Polnareff est déjà plus loin avec son piano transparent, le rock symphonique des Anglais, le free jazz des Américains, le disco des Allemands, évidemment, mais rien ne sonne comme eux chez Polnareff. Alors elles sont là, ses chansons, dans notre mémoire, quelle que soit notre génération. Que nous l’ayons découvert avec le son venu d’ailleurs de La Poupée qui fait non ou de Lettre à France dix ans plus tard … et puis de l’incroyable production des années 80 qu’il fait sienne la décennie suivante, sans oublier évidemment la Marylou qui préfigure les années internet … Oui vraiment, on se demande sous quelle étoile est né Polnareff, à défaut d’en être une lui-même.
    4 min
  • La Story QUEEN 2025 (Podcast intégral)
    Pour ceux qui s’en rappellent, en avril 1978, il règne une certaine fièvre dans notre petit pays. Il y a des jeunes qui planent sur la musique punk qu’on appelle aussi New Wave, ceux qui dansent au rythme des Bee Gees en discothèque le samedi soir, et puis bien sûr, ceux qui écoutent des déjà anciens comme Pink Floyd ou les Rolling Stones et qui n’ont jamais été aussi populaires. La preuve, Genesis est N°1 des ventes d’albums pour la première fois, c’est en Belgique que ça se passe. Et au milieu de toute cette agitation, il y a le groupe Queen qui semble appartenir à tous ces courants à la fois. Mais dans notre monde étiqueté, toucher à tout, c’est être nulle part. Il suffit de lire des extraits de presse ou d’écouter des émissions de l’époque pour se rappeler que les médias ne prennent au sérieux pas le groupe de Freddie Mercury. Pourtant, leur succès public est énorme.

    Au début des années 80, le succès démesuré de Queen conduit le groupe à prendre une seconde résidence à Los Angeles qui est devenue la capitale mondiale de l’industrie du disque. A part Freddie qui préfère loger à dans un célèbre hôtel d’Hollywood, c’est comme ça qu’il va faire la connaissance de  Michael Jackson.

    Je me souviens, quand en 1981 Queen avait projeté d’aller jouer en Amérique du Sud, que tout le monde les avait pris pour des fous. C’est vrai, à l’époque, aucun groupe ne va y jouer car c’est un continent où règne l’insécurité et où il n’y a alors aucun régime démocratique, que des militaires bien à droite ou bien à gauche.

    En ce mois de février 1990, l’entourage de Freddie Mercury tente de faire taire les rumeurs de maladie grave grâce une apparition publique où les membres de Queen viennent chercher le prix du meilleur groupe britannique des années 80. Mais le Freddie amaigri qui flotte dans son costume bleu ne fait que susciter des questions, d’autant plus que le trophée en main, il s’efface au profit de Brian May.

    Freddie Mercury le sait, et il le redoute, ce 24 décembre 1990 pourrait bien être son dernier réveillon de Noël. Alors il faut que ce soit le meilleur et que son filleul Richard garde un magnifique souvenir de cette dernière fête de fin d’année avec son parrain.

    Au printemps 1991, Freddie utilise ses dernières forces pour enregistrer de nouvelles chansons dans le studio de Queen à Montreux, en Suisse, comme si le fil de sa vie devait encore tenir le temps de ce dernier projet ; un espoir de sursis qui ne sera déçu, raison pour laquelle l’album terminé sans lui s’intitulera logiquement “fabriqué au ciel”, Made in Heaven.





    16 min
  • La Story QUEEN 2025 (Episode 5)
    Freddie Mercury le sait, et il le redoute, ce 24 décembre 1990 pourrait bien être son dernier réveillon de Noël. Alors il faut que ce soit le meilleur et que son filleul Richard garde un magnifique souvenir de cette dernière fête de fin d’année avec son parrain. Au printemps 1991, Freddie utilise ses dernières forces pour enregistrer de nouvelles chansons dans le studio de Queen à Montreux, en Suisse, comme si le fil de sa vie devait encore tenir le temps de ce dernier projet ; un espoir de sursis qui ne sera déçu, raison pour laquelle l’album terminé sans lui s’intitulera logiquement “fabriqué au ciel”, Made in Heaven.

    De retour à Londres, Freddie entame le tournage des clips de l’album Innuendo. Jim Beach, le manager de Queen, a eu beau avertir l'équipe technique, tous sont inquiets en découvrant l’allure fantomatique du chanteur.

    • S’il demande à se reposer, stoppez le tournage sans rechigner, a ordonné Jim. Mais Freddie ne demandera rien de tel, quoi qu’il lui en coûte.


    S’ils savaient ce qu’il endure au quotidien, sans parler des blessures qui se font jour un peu partout sur le corps et lui imposent une quantité de médicaments pour ne pas trop souffrir. Freddie ne sort d’ailleurs plus que pour un tournage, un studio, dissimulé derrière les vitres teintées du siège arrière de sa limousine harcelée par les photographes dès qu’elle sort du garage de sa maison de Kensington. These are the days of our lives sera son dernier tournage, un titre prémonitoire. Sa dernière sortie sera en septembre 1991 dans le but d’acheter des tableaux lors d’une vente aux enchères. Poursuivi par des photographes, Freddie trébuche dans les escaliers. Quand va-t-on le laisser tranquille ?

    • Foutus paparazzis !
    • Si ce n’était que ça, soupire-t-il en montant dans la voiture.


    Freddie décide alors d’arrêter ces traitements qui le font souffrir et de terminer en paix. Il sait que bientôt sortira le single The show must go on. Le spectacle continue, comme se résignent à dire les artistes quand un terrible malheur les frappe et qu’il faut malgré tout monter sur scène. Freddie a, ces derniers mois, réappris à vivre avec son vrai moi, Frederic Bulsara, il sait que sa disparition n’est pas une fin car Freddie Mercury, sa création, elle, continuera de vivre.

    3 min
  • La Story QUEEN 2025 (Episode 4)
    En ce mois de février 1990, l’entourage de Freddie Mercury tente de faire taire les rumeurs de maladie grave grâce une apparition publique où les membres de Queen viennent chercher le prix du meilleur groupe britannique des années 80. Mais le Freddie amaigri qui flotte dans son costume bleu ne fait que susciter des questions, d’autant plus que le trophée en main, il s’efface au profit de Brian May. Après la cérémonie où il n’est apparu que 90 secondes sur scène, Freddie assiste à une fête pour les vingt ans de Queen dans le centre de Londres où sont présents de nombreuses personnalités comme Paul McCartney, George Michael, Liza Minelli et bien sûr Elton John, l’ami fidèle de Freddie dont les visites de soutien se multiplient dans sa maison de Kensington. Freddie ne s’attarde pas après avoir soufflé les bougies sur le somptueux gâteau, laissant ses amis de Queen justifier son départ par un “il a eu des complications au foie mais il se remet, il faut lui laisser le temps”.

    Quelques jours plus tard, les sessions d’enregistrement de l’album Innuendo reprennent au Mountain Studio, le studio de Queen à Montreux, au bord du lac Léman, où Freddie réside de plus en plus, à l’abri de la presse people britannique. Jim Beach, le fidèle manager de Queen y vit également ; les nouvelles qu’il apporte sont bonnes, un nouveau contrat avec une filiale de Disney qui va les aider à reprendre pied sur le marché américain grâce à des clips d’animation réalisés dans ses studios. Quand on voit les ravages du sida sur la carrure et les traits de Freddie Mercury, on en comprend l’importance. C’est un Freddie Mercury souffrant mais revigoré qui rentre chez lui à Londres dans son Garden Lodge, le titre Innuendo devant être enregistré dans un grand studio de la capitale britannique. La joie de Freddie, relative certes, ne semble pas être partagée par Jim, son compagnon, et Joe, son cuisinier.

    • Que se passe-t-il ? Vous en tirez des tronches ? J’avais dit que je ne voulais pas de têtes d’enterrement.


    Joe annonce alors sa séropositivité ; dans quelques jours ce sera au tour de Jim, qui du coup s’est fait tester, de se savoir aussi atteint du sida. La maison de Freddie semble frappée par la malédiction, enveloppée dans un immense linceul qui double le mal dont souffre le chanteur par un sentiment terrible de culpabilité. Le lendemain, Mercury se donne plus que jamais dans son interprétation, quitte à en abréger le cours de son existence, à bout de souffle. Mais la satisfaction de réaliser la meilleure des musiques, sa raison d’être, est désormais la seule chose qui puisse le sauver, tout en se préservant des scandales de la presse people britannique.
    4 min
  • La Story QUEEN 2025 (Episode 3)
    Je me souviens, quand en 1981 Queen avait projeté d’aller jouer en Amérique du Sud, que tout le monde les avait pris pour des fous. C’est vrai, à l’époque, aucun groupe ne va y jouer car c’est un continent où règne l’insécurité et où il n’y a alors aucun régime démocratique, que des militaires bien à droite ou bien à gauche. Oui, de Santiago de Chili à Cuba, en passant par Rio de Janeiro, les stars de la musique courent un risque en se rendant dans ces pays où la corruption et les armes à feu sont monnaie courante. Voilà pourquoi aucune grande machine du rock ne s’y rend et que les multinationales du disque y sont à peine présentes. Mais Queen et surtout Freddie veulent changer la donne. Leur manager Jim Beach arrange le coup avec quelques billets, enfin beaucoup, et les voilà partis, sans oser en rêver, pour quinze jours dans une aventure qu’aucun groupe n’a vécu depuis les Beatles.

    Car imaginez la folie pour ce jeune public qui a tout entendu à la radio ou sur cassettes pirates mais jamais rien vu. Ceux qui ont pu obtenir des billets font la queue depuis huit heures du matin devant des stades où Queen ne jouera qu’à 22 heures : ils sont prêts à tout car ils vont vivre l’événement inespéré de leur vie. Et pour ceux qui n’y seront pas, il y a les disques. Dans les classements de ventes, les dix premières places sont occupées par des albums de Queen. A leur arrivée dans chaque pays, une délégation officielle et les journaux télévisés les attendent. On ne parle que de ça. Et c’est justement le revers de la médaille. Sur le papier, tous ces dictateurs craignent que 80 - 100.000 personnes réunies sans un stade, ça peut menacer leur pouvoir ; mais Jim Beach les rassurent en rajoutant quelques billets : au contraire, vous verrez que ce sera un moment de joie et de paix.

    Alors bien sûr tout a lieu sous haute surveillance. Et quand Freddie Mercury voit le premier jour les forces spéciales qui les protègent, la baïonnette au canon, ces mêmes soldats dont il a entendu être les responsables de milliers d’assassinats politiques, il exige que l’armée garantisse qu’elle n’utilisera pas les armes en cas de mouvement de foule. Mais tout se passe dans le calme ; c’est une totale communion qui dépasse de loin tout ce que Freddie a vécu jusque-là dans le reste du monde. Oui, quand 130.000 fans reprennent en chœur Love of my life, Freddie comprend que la musique représente autre chose que du divertissement pour des gens privés de tout … c’est la vie, tout simplement.

    Pas besoin de super héros pour cela. A moins qu’il n’en soit un d’un nouveau genre …
    4 min
  • La Story QUEEN 2025 (Episode 2)
    Au début des années 80, le succès démesuré de Queen conduit le groupe à prendre une seconde résidence à Los Angeles qui est devenue la capitale mondiale de l’industrie du disque. A part Freddie qui préfère loger à dans un célèbre hôtel d’Hollywood, c’est comme ça qu’il va faire la connaissance de  Michael Jackson. L’histoire est mal connue en dehors de deux trois phrases reprises en titre par la presse people, je vous raconte. Malgré les ventes phénoménales du single Another bites the dust et de ses petits frères, les rapports entre les membres de Queen sont devenus très compliqués. Roger Taylor, le batteur mais aussi chanteur, le beau mec du groupe, frustré par l’absorption de toute la lumière par Freddie, est le premier à sortir en 1981 un album solo sur lequel il joue de tous les instruments. Un bon disque mais quel échec à côté du triomphal Greatest Hits de Queen qui sort en même temps. Puis c’est Brian May qui y va de son disque de blues, il ne se sent pas du tout en phase avec le hip hop rapporté par Freddie de New York.

    Alors quand ce dernier reçoit l’invitation de Michael Jackson de le rejoindre en studio pour faire des essais ensemble en vue d’un disque, il accepte. Clairement, Mercury a décidé de prendre ses distances avec Queen : après dix années de disques et tournées, sans doute l’aventure est-elle arrivée à son terme ? Quand on regarde les Beatles, Deep Purple, dix ans, c’est un bail ! L’échec de leur nouvel album Hot Space ne serait-il pas un avertissement, celui d’arrêter tant qu’il en est encore temps, juste avant la chute. Et un duo avec Michael Jackson dont le Thriller est en tête des ventes mondiales, c’est le meilleur moyen de démarrer une carrière solo avec succès. Mais voilà, après quelques premières bonnes sessions, Freddie n’arrive plus à sortir Michael du ranch qu’il vient d’acheter et dans lequel il s’enferme au milieu de ses trophées. Et surtout de sa ménagerie et de sa collection d’art, comment dire, pour reprendre la phrase de Freddie : Avoir autant d’argent et aussi peu de goût, c’est inutile.

    Le temps passe, Freddie enregistre finalement son album solo qui ne rencontre pas le succès escompté, loin s’en faut, et de se rendre à l’évidence : Freddie Mercury sans Queen n’a pas la même saveur. Sans doute est-ce la raison pour laquelle Michael Jackson n’ira pas plus loin, enregistrant les deux titres sur lesquels ils ont travaillé avec Mick Jagger et encore, pas en solo mais pour les Jacksons. Il est alors question de collaborations entre Freddie et Rod Stewart, Freddie et Elton John, tous deux au sommet des classements mais là encore, rien ne sort. De toutes ces déceptions viendra le nouveau départ, inattendu et miraculeux, de Queen au Live Aid. La suite est connue, ils mettront leurs jalousies et carrières solos définitivement de côté et ils auront bien raison : ces quatre hommes étaient plus grands ensemble et le seront pour toujours dans l’Histoire et la nôtre.
    4 min
  • La Story QUEEN 2025 (Episode 1)
    Pour ceux qui s’en rappellent, en avril 1978, il règne une certaine fièvre dans notre petit pays. Il y a des jeunes qui planent sur la musique punk qu’on appelle aussi New Wave, ceux qui dansent au rythme des Bee Gees en discothèque le samedi soir, et puis bien sûr, ceux qui écoutent des déjà anciens comme Pink Floyd ou les Rolling Stones et qui n’ont jamais été aussi populaires. La preuve, Genesis est N°1 des ventes d’albums pour la première fois, c’est en Belgique que ça se passe. Et au milieu de toute cette agitation, il y a le groupe Queen qui semble appartenir à tous ces courants à la fois. Mais dans notre monde étiqueté, toucher à tout, c’est être nulle part. Il suffit de lire des extraits de presse ou d’écouter des émissions de l’époque pour se rappeler que les médias ne prennent au sérieux pas le groupe de Freddie Mercury. Pourtant, leur succès public est énorme.

    Jugez plutôt, en 1974, ils jouent pour la première fois chez nous, au Théâtre 140 à Bruxelles devant quoi, 400 personnes. Puis arrive Bohemian Rhapsody qui fait d'eux des phénomènes : les garçons et les filles ne parlent que de ça entre eux aux intercours. Tu connais pas Queen ? C’est génial. Ma soeur a l’album, si tu veux, je te le prête. Les disques circulent entre les cahiers, on découvre le soir un univers inconnu, il se passe quelque chose d'incroyable. Mais voilà, Queen fait l'impasse deux tournées de suite sur un des premiers pays à l’avoir accueilli. Résultat des courses, l'excitation de la jeunesse belge est telle que ce n'est ni un ni deux Forest National qu'ils remplissent mais trois quand ils reviennent, enfin, au printemps 1978. Aucun pays ne leur fait une fête pareille lors de cette tournée. Et le moins qu'on puisse dire c'est qu'on s'en prend plein la vue, les oreilles et l’estomac CAR aucun groupe n'offre un tel spectacle, ni un tel volume sonore, mes enfants, on est cloué au sol. Le son de Queen a quelque chose de physique qui vous frappe en pleine poitrine et vous tire des larmes d'émotion. Et puis, il y a le show de lumières qui est alors inédit avec cette couronne qui surplombe un mur de projecteurs.

    Tout ce que nous faisons suinte l'originalité, déclare Freddie Mercury. On le croit sans peine.

    Alors oui, la jeunesse belge n’a pas eu besoin de la radio, qui diffuse alors peu de musique, encore moins du rock, ni de la télé pour se presser par milliers dans les murs de la grande salle bruxelloise. Queen, c’est un truc à eux, la communauté de ceux qui ont leurs albums ou tout seulement le dernier, ils viennent de débarquer, mais ils vont y venir vite car ce qu’ils voient ce soir, est vraiment hors du commun. Queen sur scène, ça ne se raconte pas, ça se vit. Faut y être. C’est le début d’une incroyable histoire d’amour et de fidélité entre le quatuor anglais et le public belge car qui, en 1978, pour se douter du succès prodigieux en radio et en télé que sera celui de Queen au cours de la décennie suivante. Et que dire du terrible destin de Freddie Mercury qui va l’idéaliser, le transformer en icône, en artiste incomparable, légendaire et irremplaçable.
    4 min
  • Céline Dion & Jean-Jacques Goldman (Episode 5)
    Pour ceux qui se souviennent de son passage à Champs Elysées au début des années 80 ou dans les émissions de variétés de notre chaîne nationale, qui aurait pu prédire que l’association entre la petite prodige vocale Céline Dion, avec son accent à couper à la scie circulaire, et de la nouvelle pop star Jean-Jacques Goldman, après qui toutes les filles criaient d’ailleurs, donnerait le disque français le plus vendu de tous les temps ? Record toujours à battre depuis trente ans. Et c’est vrai qu’en 1996, alors que les ventes flirtent avec les quatre millions de CD, rien qu’en France, Jean-Jacques voudrait remettre le couvert. Non pas pour l’argent, il en tombe de partout, il ne le dépensera jamais, faites-lui confiance, c’est un vrai Français moyen, le Jean-Jacques, pas un flambeur nouveau riche, noon, c’est surtout qu’il est, comme il dit, du même quartier de Céline. Quand ils travaillent ensemble, c’est du bonheur, c’est parfait. Mais si Goldman a enchaîné avec un album solo, Céline, n’a pas chômé non plus : en sortant deux albums américains coup sur coup, elle est carrément devenue la plus grande vendeuse de disques du monde. En 1996 et 97, elle est loin devant les Michael Jackson et autres Nirvana dont on remplit les colonnes de presse de leurs chiffres de vente.

    Alors ? Que peut-elle encore faire d’un album en français ? Quel temps aurait-elle encore à consacrer au petit espace francophone qui est le nôtre quand on est la plus grande star du monde, un statut incontestable ? En fait, Tout, quand on est une artiste et pas une vendeuse de disques. Quand on a une âme d’artiste, on s’intéresse à ce qu’on crée et à ce qu’on ressent, ce qu’on vit quand on crée, quelle que soit le succès qui en découle. Et donc malgré les tournées internationales, les plateaux télés de la planète entière, les piles de CD dans l’entrée des magasins des cinq continents, Céline répète, début 1998, un nouvel album avec Jean-Jacques Goldman. Évidemment que c’est de l’inconscience commerciale de revenir après un sommet qu’on sait infranchissable. Michael Jackson n’a jamais retrouvé le plafond de Thriller !

    Et pour Goldman ? C’est pareil. Il y a son album En passant, qui n’en est qu’à son deuxième single et va grimper une nouvelle fois au million d’exemplaires avec une tournée à la clé, le spectacle des Enfoirés, bien sûr, et la musique du film Astérix et Obélix contre César. C’est beaucoup de choses à la fois, on est bien d’accord. Mais c’est maintenant que matche le planning des deux artistes les plus demandés du monde francophone, alors, ils ne résistent pas au plaisir de remettre ça et ils ont bien raison. Bien sûr, il se vend à quatre millions d’exemplaires au lieu de dix, mais ça fait toujours bien plus que tous les autres artistes français, et pour nous, quatre nouvelles chansons légendaires. En tout cas, il ne fait pas mentir cette chanson qui parle si bien d’eux.
    7 min
  • Céline Dion & Jean-Jacques Goldman (Episode 4)
    Céline Dion et Jean-Jacques Goldman. L’association d’une interprète d’exception avec un auteur-compositeur-producteur et interprète lui aussi, qui l’était tout autant au cours de ces périodes bénies que furent les années 80 et 90. Elle n’était pourtant pas évidente, au départ. Si pour Goldman, c’était un fantasme, pour Céline, il paraît que si, au terme de leur entrevue en janvier 1994, elle avait été convaincue par Goldman, elle ignorait à quel point il était populaire en France. Comme je dis toujours : y avait pas internet, à l’époque !

    Trois ans et sept millions de disques vendus plus tard, Goldman déclarait à son entourage que l’expérience avait été aussi jolie et intéressante que son rêve … et qu’il se verrait bien la renouveler. Mais lorsqu’on est arrivé à un tel niveau de réussite, Goldman dans le monde francophone et Dion, dans le monde entier, les projets se succèdent à grande vitesse. Et les envies aussi.

    Est-ce parce qu’il ne se voit plus composer pour une autre femme, tellement il a vécu un truc de fou, ou est-ce parce qu’il a lui-même, mûri et qu’il est désormais sûr de lui, Jean-Jacques Goldman ne revient pas vers son trio avec Carol Fredricks et Michael Jones. Ils vont travailler ensemble sur son nouvel album mais les chansons qu’il vient d’écrire et qui sont sorties toutes seules, d’un seul trait, sont des titres qui parlent de lui. Alors ce sera, un album de Goldman et il s’appellera, tout naturellement En passant.

    Qu’est-ce qui retient encore Jean-Jacques en 1996 ? Les ventes de la compile de ses anciens succès des années 80 ont de quoi foutre des complexes à tout le monde. Un double CD nommé Singulier, c’est bien lui ça, double platine en Belgique et Diamant en France qu’on voit traîner dans toutes les maisons. Quand on pense que Jean-Jacques n’était pas chaud à l’idée de cette parution car il trouvait que le son et les arrangements de certains titres avaient mal vieillis. Oui, c’est comme le mixage de l’album D’Eux avec Céline Dion, il l’avait trouvé horrible. Mon Dieu, qu’est-ce que René a fait ? Ça va être un désastre. Et ben non, que du contraire. Jean-Jacques Goldman est l’artiste préféré des Français et des Belges aussi, et des Suisses, et s’il a du mal avec ça, il a fini par l’admettre et a enfin confiance en lui.

    Quoi ? Tel morceau ressemble à un autre plus ancien ? Ben oui, c’est normal que je tourne en rond, répond-il, je ne vais pas me mettre à faire du rap ou de l’électro. Je fais du Goldman …
    7 min
  • Céline Dion & Jean-Jacques Goldman (Episode 3)
    S’il y a une chose certaine, c’est que le succès historique de l’album D’eux de Céline Dion, est totalement justifié. Car il n’est pas simplement le résultat du travail en duo de deux artistes du même label de disques, il est beaucoup plus que la multiplication du talent de deux chanteurs à succès.

    C’est tout d’abord une idée du plus populaire des auteurs compositeurs interprètes des années 80 et 90 : Jean-Jacques Goldman. Ayant fait le tour de tout ce qui est possible et ravi de son expérience d’avoir écrit et composé pour une femme … il veut désormais travailler avec la plus grande. Oui, Goldman trouve que Céline est mal servie par ceux qui lui écrivent des chansons. Il les trouve trop mercenaires. Et lui, il sait ce qu’il faut faire pour qu’elle puisse donner la pleine mesure de son talent. Car il ne suffit pas de lui apporter une partoche et un texte et de dire : chante-moi ça, vas-y, fonce et fais-toi plaisir, non, il faut lui écrire un truc qui va l’obliger à aller chercher au fond d’elle-même. Et donc, pour lui remuer l’âme, il faut connaître son sujet. Pas d’internet à l’époque, alors Jean-Jacques se fait livrer tout ce qui a été publié sur Céline au Canada : livres, articles de presse, interviews radio, télévisées. Et au fur et à mesure qu’il découvre et comprend la personne qu’est réellement Céline Dion, son histoire, ses amours, sa famille, son milieu, Jean-Jacques se dit que son idée d’album à la Edith Piaf, n’est pas la bonne. Céline, ce n’est pas une interprète de la grande chanson française, non, c’est une chanteuse de blues, de rythm’n’blues, même. Piaf, Patricia Kaas, ce sont des Françaises, Céline, elle, a beau être francophone, c’est une Américaine.

    Et donc, cette étude quasi universitaire sur le sujet Dion n’a pas été inutile pour Goldman qui s’apprêtait à sortir de sa zone de confort en faisant de LA chanson française pour Dion. Ben non, s’il veut vraiment lui ouvrir une autoroute, c’est tout simplement en lui offrant du Goldman. De la chanson en français sur de la musique anglo-saxonne. Quoique toutes les musiques ne sont pas de sa main, non. Ainsi de la chanson Je sais pas qui, sortie en septembre 1995, va être numéro 1 pendant sept semaines. Elle est signée J. Kappler, le pseudonyme de son frère, le fidèle Robert Goldman, l’essentiel homme de l’ombre qui est aussi son manager. Et il faut dire que Robert a, en plus du bizness, une âme d’artiste, de compositeur et producteur. Il fait écouter régulièrement à Jean-Jacques des cassettes de morceaux qu’il compose, comme ce slow qui irait vachement bien avec la voix de Céline. Voilà ce que je devrais faire, se dit-il, un morceau à trois temps comme le titre de Robert. Mais au lieu de le faire, pourquoi je ne lui demanderais pas son titre ? Ainsi naît le successeur de Pour que tu m’aimes encore, immense succès d’un automne du milieu des années 90.
    8 min

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