La Story Nostalgie

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La Story Nostalgie episodes

  • Céline Dion & Jean-Jacques Goldman (Episode 2)
    En 1994, peu nombreux sont ceux à être au courant de ce qui se trame. Jean-Jacques Goldman, qui a remisé les instruments après la folle de tournée de son trio Fredericks Goldman Jones, travaille dans un studio, isolé et gardé comme un président américain. Ceux qui parviennent à rejoindre ce saint des saints se retrouvent dans la même pièce que Jean-Jacques Goldman et Céline Dion. Une Céline Dion à qui Goldman devait à l’origine fournir quelques chansons pour son prochain album en français. Déjà, rien que sur le principe, le public va être favorablement étonné qu’elle chante encore en français vu le triomphe planétaire qui est désormais le sien. C’est vrai, pourquoi s’embêter encore avec un public de 200 millions de personnes à tout casser, alors que 7 milliards d’autres attendent que vous continuiez en anglais.

    Tout a commencé lors d’un concert des Restos du Coeur où elle est venue interpréter Là-bas avec Goldman. Une interprétation loin de celle de la regrettée Sirima mais tellement puissante que le public en ressort tout retourné. Et on est loin également de l’image qu’elle a laissée d’elle lors de ses premières apparitions chez Drucker. Et les voilà après le concert, à table, sans témoin, avec un Jean-Jacques, dopé par l’adrénaline du public, qui ose lui parler de son envie de travailler avec elle. Le courant passe et des deux à trois chansons prévues, on en vient rapidement à tout un album, comme avec Johnny, une collaboration facilitée par le fait que les deux artistes sont édités par la même multinationale. Car oui, si Céline Dion ignore combien Goldman vend de disques chez nous, Sony Music, sait.

    Le challenge est clair pour Goldman : quand Céline chante, il faut que le public croie que les paroles sont d’elles, qu’elle chante sa vie. Plus rien à voir avec le monde de la variété. C’est d’autant plus motivant et gratifiant pour l’auteur qu’il est, que cela va lui permettre d’écrire des chansons d’amour, ce qu’il n’a jamais fait, même pour lui. Surtout pour lui. C’est non seulement une nouvelle Céline au niveau du chant, comme il nous l’a dit, Jean-Jacques lui a demandé de « déchanter », d’apprendre à baisser le niveau sonore, d’être plus linéaire, pour laisser passer plus d’émotion, mais de plus, la transformation est aussi physique. Au revoir le glamour, bonjour les cheveux courts, les tenues vestimentaires simples, Céline est à nu, ce qui fait passer encore plus fort l’émotion qu’il y a désormais dans sa voix. L’effet de ces chansons est percutant sur le public. Si le précédent album de chansons originales de Céline en français avait atteint la barre des 100.000 exemplaires dans l’Hexagone, celui-ci flirte avec les 4 millions à sa sortie, deux fois plus que les records de Bruel et Cabrel. On en est aujourd’hui à plus de dix millions dans le monde sans jamais s’être lassé.
    8 min
  • Céline Dion & Jean-Jacques Goldman (Episode 1)
    Après un retour spectaculaire de Céline Dion qui a ému le monde entier lors des JO de Paris, l’annonce officielle est tombée au cours de l’automne qui a suivi : un album en anglais va paraître au printemps 2025 suivi d’un album en français qui comprendra deux titres signés Jean-Jacques Goldman. Outre le fait que Goldman soit totalement absent de la scène depuis sa retraite, il y a vingt ans déjà, les chansons qu’il signe encore, sont très rares. Mais celles qui s’annoncent pour Céline Dion sont d’autant plus attendues que cette année 2025 marque aussi le trentième anniversaire de leur album D’eux. L’Album français avec un grand A, le plus vendu de l’histoire de la musique et qui a marqué le milieu d’une décennie où le CD était roi. Céline et Jean-Jacques, c’est une histoire pas banale, je vous raconte ça, cette semaine.

    1994, Jean-Jacques Goldman avance dans la quarantaine. Le petit gars de la banlieue parisienne, timide gratteur de guitare de Montrouge, le fils des gens qui tiennent le magasin de sport, en a accompli des miracles. Il s’est non seulement fait un nom dans l’industrie du disque avant de triompher comme chanteur de scène. Oui, lui qui avait tâtonné comme tant de musiciens français dans les années 70, est devenu une des plus grandes stars des années 80, LE  fantasme de l’artiste demandé par tout le monde, même par Johnny, pour lui écrire des chansons.Et puis, vers la fin de la décennie, après une tournée de dingue et un double album célébré par le public comme on n’avait jamais vu ça, on l’entend dire à son entourage qu’il compte arrêter. Car malgré sa cote d’amour avec le public, Jean-Jacques Goldman doute, il a l’impression de faire toujours le même disque. Il a fait le tour. Et donc ils ne seront qu’à moitié étonnés de le voir former un trio dans lequel il peut se mettre en retrait, du moins un peu, et surtout accéder à de nouvelles sonorités.

    Mais cinq ans et deux albums plus tard, il faut à nouveau alimenter la machine Goldman pour éviter qu’elle ne s’enraye et ne soit prise de l’envie de s’arrêter. La preuve : Johnny voudrait un deuxième album avec lui mais il n’y aura que trois chansons livrées par Jean-Jacques pour le suivant. Non, après avoir fait dégouliner la testostérone, il a désormais envie d’écrire pour une femme, comme en témoigne celles qu’il écrit, avec succès pour Patricia Kaas. Évidemment, il faudrait trouver l’équivalent de Johnny et il existe. Il le sait. Il y pense et doit probablement être le premier. Céline Dion est en effet le nouveau phénomène mondial de la chanson, mais pas en France. Non. Il faut dire qu’avant de chanter en anglais, elle l’a fait en français mais avec un profil d’auteurs de variétés qui ne donne la pleine mesure de ce qu’elle peut faire passer comme émotion. Et ça, c’est sans doute le seul challenge qui peut encore faire courir Goldman.
    8 min
  • La Story Daniel Balavoine (podcast intégral)
    Je me souviens à la rentrée 1978 quand on chantait dans les couloirs du collège Le chanteur de Daniel Balavoine, on croyait du haut de nos 16 ans que c’était un génial nouveau venu, encore un ! Pourtant, comme son camarade Alain Bashung, on l’avait vu pas mal de fois ces dernières années dans des émissions de télé. Mais allez savoir pourquoi, pas son heure, sans doute, on ne l’avait pas imprimé.

    Mais il n'y a pas que nous. Ainsi regardant distraitement une émission de Guy Lux, LE grand producteur animateur de télé, France Gall et Michel Berger sont soudain cloués sur le plancher de leur domicile quand ils voient un gars aux longs cheveux se planter derrière le micro et envoyer une voix puissante , aiguë mais large. C’est du jamais entendu ! Voilà le gars qu’il nous faut pour Starmania ! Un an plus tard, en octobre 1978, si Daniel Balavoine interprète quatre titres sur l’album dont deux vont devenir légendaires, ce n’est pas ça qui va rend enfin célèbre. En effet, quelques semaines plus tôt, malgré de sérieux doutes, Balavoine a réussi à sortir un troisième chez Barclay. Quand je dis sérieux doute, c’est un euphémisme, Barclay en personne lui a dit lors d’un déjeuner : ce sera le dernier, j’arrête les frais. Balavoine proteste mais Barclay conclut par cette phrase : si t’en vend plus de 100.000, j’te taille une pipe.

    Un demi-million d’albums vendus plus tard, Balavoine recroisant Barclay dans les coulisses de l’Olympia qu’il enchaîne après un Palais des Sports triomphal avec Starmania, il ne manquera pas de lui dire : Alors Eddie, et cette petite pipe ? Une autre époque !

    Mais que s’est-il passé ? Et bien, un miracle. Car en effet, le single que Barclay présente aux radios en juin 1978 n’est pas un succès garanti … C’est joli mais c’est pas un tube ! Et la Face B ? se dit la programmatrice d’une grande radio périphérique. Et là, la foudre lui tombe dessus : la musique, les paroles, l’interprète, ça, c’est pas banal. Ça commence comme une chanson légère mais ce n’est pas du tout ça. Elle fait face aux réticences et l’incrédulité de beaucoup d’animateurs vedettes qui trouvent que la voix singulière de Balavoine est un problème. Elle tient bon et le disque passe tous les jours.

    Balavoine l’a écrite comme ça, en une heure, en pensant à Barclay, justement. Car en plus de la tirade de la pipe, Daniel a appris que Barclay ne croyait pas en lui parce qu’il n’était pas beau et qu’il avait une voix de pédé. Alors il avait tiré en une fois ce texte sur ce monde du showbizness. Curieux que ce titre soit celui  qui fasse de Balavoine la nouvelle vedette de la chanson comme Je me voyais déjà pour Aznavour, près de vingt ans plus tôt. On ne parle plus que Balavoine, de sa voix bizarre, de ses cris et de sa grande gueule qu’on commence à entendre. Ce n’est pas un chanteur de variétés comme les autres, c’est certain, il a de très nombreux jeunes fans mais à la différence des Britanniques, il refuse son statut de héros. Il le chante même, pour ceux qui n’auraient pas compris. A moins qu’il n’incarne un personnage…



    18 min
  • Daniel Balavoine (Episode 5)
    Qui se souvient des concerts de Daniel Balavoine à la fin des années 70 et dans les années 80 ? De tous ces jeunes ados avec le T-Shirt trempé de sueur aux premiers rangs, tellement ça a bougé, tellement ça a chanté, serré comme des sardines pour être au plus près de lui. Car oui, à la différence de ce qu’on verra bientôt pour Goldman puis Bruel, il y a autant de garçons que de filles. Il y a, à cette époque, un mystère Balavoine : il n’est ni variété, ni vraiment rock mais ces deux genres à la fois qui vivent pourtant en vase clos, aussi bien côté artiste que côté public. Mais à force de dire que son truc, c’est le rock’n’roll, Balavoine finit par entrer dans ce milieu. Il paraît même qu’il a rencontré Peter Gabriel, le sommet de la branchitude, et qu’ils auraient convenu de travailler ensemble sur un album de Daniel.

    Oui, Balavoine est devenu le héros d’une jeunesse française qui quinze ans après le mouvement étudiant se construit plus que jamais un monde en dehors de celui des adultes. Des ados qui se partagent entre l’école, leur bande et une chambre dans laquelle ils créent leur propre univers fait de disques, de posters au mur, de magazines jeunes et bien sûr, une sono qui envoie les décibels à fond de balle. Et croyez-moi, la voix puissante et aiguë de Balavoine à 100 décibels, ça énerve les parents et les voisins. En plus, il ne déçoit jamais le Daniel comme cette fois où au journal d’Antenne 2 que les parents imposent à table à leur progéniture, voilà qu’il se relève et menace de quitter le plateau, avant d’envoyer une solide tirade anti système où il prévient tout le monde que si ça continue comme ça, tout va péter avec la jeunesse. Et c’est vrai que les adultes ne semblent pas prendre la mesure de ce qui se passe. Ils n’écoutent pas les textes des chansons hurlées par le groupe Trust et sont choqués par la grossièreté des vannes de Coluche et Renaud. En fait, le seul de la bande à déborder vraiment sur le monde gentil de la variété à la télévision, chez Drucker, Guy Lux et Chanson à la Carte, c’est Daniel Balavoine. Probablement parce qu’il y est entré par la case Eurovision (il était le compagnon de Catherine Ferry), Eddie Barclay et surtout ses amis France Gall et Michel Berger. Mais là encore, ce n’est pas un hasard s’il interprète le loubard Johnny Rockfort, le gars qui fait peur avec son blouson noir, le couteau en poche et la bouteille qu’il casse au moindre regard de travers.

    L’émission de variété qu’il présente d’ailleurs en 1981, intitulée Tout nouveau, tout beau, est tellement inattendue qu’elle ne connaîtra qu’un seul numéro. Non, Balavoine, ce n’est pas Johnny Hallyday, c’est un tout autre esprit rock, celui de la génération suivante, sans doute la raison pour laquelle Johnny n’a pas chanté son Je ne suis pas un héros. Les années 80 n’ont décidément rien de commun avec les précédentes, portées et suivies par une génération qui ne ressemble à rien de ce qu’on a connu. Des années surprenantes, comme lui. Le destin a voulu qu’il s’y inscrive pour l’éternité, probablement la raison pour laquelle Balavoine influence tellement la génération actuelle, quarante ans plus tard.
    5 min
  • Daniel Balavoine (Episode 4)
    En 1983, les murs de Forest National ont vraiment été le théâtre de moments légendaires que notre modestie belge ne met que trop rarement sous le feu des projecteurs. Au printemps, c’est en effet là que débute la fameuse tournée mondiale de David Bowie portée par son tube Let’s Dance. Oui, c’est là qu’ont lieu les dernières répétitions, la mise en place et la générale de ce qui va faire de lui une des plus grandes stars de la fin du XX° siècle. Et quelques semaines plus tard, le lieu, gigantesque, est occupé pour tout autre chose puisque Daniel Balavoine y tourne un clip vidéo. Pas en concert, non, il se sert du plateau, du parterre, des loges et de ses couloirs pour le décor de sa nouvelle chanson, Pour la femme veuve qui s’éveille. Ceux qui connaissent bien les coulisses de la salle bruxelloise reconnaîtront sans peine les briques nues de béton du couloir des loges où s’arrête le chanteur, découvrant la misère du monde dans chacune d’elles.

    Oui, le Daniel Balavoine qu’on a connu chanteur dénonçant le showbiz, le fossé des générations, les problèmes sociaux de la France en crise est désormais bien loin des drames de notre époque moderne. Vous le savez, fan de sport mécanique, il participe à la course à étapes la plus dingue qu’on ait jamais osé monter : le Paris Dakar. Mais victime d’une panne mécanique, suivant la course avec la caravane, il n’a pas les yeux rivés sur la route mais sur le paysage et les villages qu’il traverse. Et là, comme il le dira, quand on voit un môme à quatre pattes, ramasser des mouches pour les manger, il n’y a plus rien à dire. Rien d’étonnant donc que son nouvel album s’intitule Loin des yeux de l’occident avec une pochette qui ne laisse aucun doute sur son contenu activiste et tiers mondiste. Est-ce la fascination pour la musique new wave qui domine alors le monde de la création musicale, l’album est enregistré dans le sud de l’Angleterre mais aussi sur les hauteurs du Loch Ness, en Ecosse. Daniel n’y débarque pas seul mais avec son ami Andy Scott, le plus parisien des ingénieurs du son britanniques, avec qui il travaille depuis des années.

    Le studio installé dans un château où loge toute l’équipe, Daniel se retrouve tel un Elton John au début des années 70, donnant toute la mesure de son génie  avec son groupe dans le château d’Hérouville près de Paris. En clair, le travail se fait en toute décontraction mais sans aucune contrainte horaire, et surtout sans visite impromptue d’une kyrielle d’amis et connaissances qui vient briser la concentration. Et c’est vrai qu’outillé en synthétiseurs comme Peter Gabriel, Simple Minds ou Kate Bush à la même époque, Daniel Balavoine y produit ce qui est le disque français le plus branché et novateur du moment. Le résultat est une véritable merveille, qui se vend nettement moins que le précédent album, preuve qu’il se trouve, en effet, loin des préoccupations de l’occident et de ses fans. Mais il l’est, il faut le dire, avec une avance sur les autres car dans un an, un reportage télé va frapper la Grande-Bretagne et susciter la création du Band Aid. Oui, tous ces artistes New Wave dont Balavoine s’inspire musicalement ont un an de retard sur lui. Balavoine se retrouvera totalement en phase avec la scène mondiale avec l’album suivant, Sauver L’Amour, avec L’Aziza.

    4 min
  • Daniel Balavoine (Episode 3)
    Je vais vous parler d’un temps que beaucoup n’ont pas connu, celui des émissions des Variétés. Oui, ces émissions où les gens venaient pour chanter à la télé et rien d’autre. Et vous allez encore moins me croire mais il y en avait presque tous les soirs, des émissions avec des variétoches. En fait, il y avait des chanteurs quasiment à toute heure. C’est ainsi que, regardant distraitement une émission de Guy Lux, LE grand producteur animateur de télé, France Gall et Michel Berger sont soudain cloués sur le plancher de leur domicile quand ils voient un gars aux longs cheveux se planter derrière le micro et envoyer une voix puissante , aiguë mais large. C’est du jamais entendu ! Voilà le gars qu’il nous faut pour Starmania !

    Un an plus tard, en octobre 1978, si Daniel Balavoine interprète quatre titres sur l’album dont deux vont devenir légendaires, ce n’est pas ça qui va rend enfin célèbre. En effet, quelques semaines plus tôt, malgré de sérieux doutes, Balavoine a réussi à sortir un troisième chez Barclay. Quand je dis sérieux doute, c’est un euphémisme, Barclay en personne lui a dit lors d’un déjeuner : ce sera le dernier, j’arrête les frais. Balavoine proteste mais Barclay conclut par cette phrase : si t’en vend plus de 100.000, j’te taille une pipe. Un demi-million d’albums vendus plus tard, Balavoine recroisant Barclay dans les coulisses de l’Olympia qu’il enchaîne après un Palais des Sports triomphal avec Starmania, il ne manquera pas de lui dire : Alors Eddie, et cette petite pipe ? Une autre époque !

    Mais que s’est-il passé ? Et bien, un miracle. Car en effet, le single que Barclay présente aux radios en juin 1978 n’est pas un succès garanti … C’est joli mais c’est pas un tube ! Et la Face B ? se dit la programmatrice d’une grande radio périphérique. Et là, la foudre lui tombe dessus : la musique, les paroles, l’interprète, ça, c’est pas banal. Ça commence comme une chanson légère mais ce n’est pas du tout ça. Elle fait face aux réticences et l’incrédulité de beaucoup d’animateurs vedettes qui trouvent que la voix singulière de Balavoine est un problème. Elle tient bon et le disque passe tous les jours. Balavoine l’a écrite comme ça, en une heure, en pensant à Barclay, justement. Car en plus de la tirade de la pipe, Daniel a appris que Barclay ne croyait pas en lui parce qu’il n’était pas beau et qu’il avait une voix de pédé. Alors il avait tiré en une fois ce texte sur ce monde du showbizness. Curieux que ce titre soit celui  qui fasse de Balavoine la nouvelle vedette de la chanson comme Je me voyais déjà pour Aznavour, près de vingt ans plus tôt. On ne parle plus que Balavoine, de sa voix bizarre, de ses cris et de sa grande gueule qu’on commence à entendre. Ce n’est pas un chanteur de variétés comme les autres, c’est certain, il a de très nombreux jeunes fans mais à la différence des Britanniques, il refuse son statut de héros. Il le chante même, pour ceux qui n’auraient pas compris. A moins qu’il n’incarne un personnage…

    4 min
  • Daniel Balavoine (Episode 2)
    Je me souviens à la rentrée 1978 quand on chantait dans les couloirs du collège Le chanteur de Daniel Balavoine, on croyait du haut de nos 16 ans que c’était un génial nouveau venu, encore un ! Pourtant, comme son camarade Alain Bashung, on l’avait vu pas mal de fois ces dernières années dans des émissions de télé. Mais allez savoir pourquoi, pas son heure, sans doute, on ne l’avait pas imprimé. Bon, son premier 45 Tours solo, en 1973, on l’a pas vu passer, normal, il s’est vendu à 50 exemplaires. Ça vous dit d’en entendre un bout? … Ben oui, vous pensez bien, c’est pas du Balavoine, ils ont beau croire en lui chez Vogue, le directeur artistique lui a imposé des arrangements qui ne lui vont pas du tout. Daniel va finir par claquer la porte mais avant ça, il est choriste dans une comédie musicale, ça s’appelle La révolution française, une grosse production qui fait le tour de toutes les télés, radios, avec un double album, paru chez Vogue, bien entendu. Mais si la musique est signée Claude-Michel Schönberg, ce n’est pas encore Les Misérables, ce spectacle n’est pas un gros succès. Le métier français n’est encore nulle part, c’est pas demain qu’on fera un Hair ou Jesus Christ Superstar à Paris, entend-on dire. Mais Daniel n’y croit pas. Il est au contraire convaincu qu’on peut faire, à tout le moins des albums concept comme les British. Et il trouve, grâce à sa collaboration avec Patrick Juvet, une oreille attentive chez Eddie Barclay, voilà un producteur qui laisse la direction musicale aux artistes et il a bien raison. C’est vrai que les albums que Balavoine sort chez lui sont formidables pour l’époque. Le premier en 1975 se vend à 10.000 exemplaires, sans quasiment passer à la radio. Joli mais pas de quoi en vivre.

    Le suivant qui sort deux ans plus tard, moins variété, plus rock progressif, Les aventures de Simon et Gunther, récolte un petit succès, de très bonnes critiques et surtout pas mal de passages télés qui lui valent de retenir l’attention d’un téléspectateur pas comme les autres. En effet, en 1977, un certain Michel Berger, l’homme qui a ressuscité contre toute attente la carrière de France Gall est en train d’écrire non pas une comédie musicale mais un opéra rock. Et il se dit que Balavoine incarnerait bien son personnage de loubard, Johnny Rockfort. La similitude entre la pochette de Starmania et de l’album de Balavoine est d’ailleurs frappante. Mais Eddie Barclay trouve que 20.000 exemplaires, c’est peu par rapport à l’argent investi. Le disque a coûté cher et il a donc perdu de l’argent. Daniel serait-il maudit comme son pote Bashung sur l’album duquel il a tenu les chœurs ? Encore un beau disque qui ne s’est pas vendu. Si vous ajoutez à ça, le groupe que Daniel a monté et qui a sorti deux singles qui n’ont pas marché, ça commence à faire beaucoup d’échecs pour un chanteur.
    4 min
  • Daniel Balavoine (Episode 1)
    Si on veut en faire notre métier, il faut qu’on monte à Paris.

    Monter à Paris, le jeune Balavoine sait en ces premiers jours de 1971 que ce n’est pas un vain mot. Quand habite la ville méridionale de Pau, on sait que monter à la capitale n’est pas un vain mot. Si le quartier de Hédas où il joue le plus souvent est en pleine mutation, on abat beaucoup d’immeubles devenus insalubres, on ne peut pas en dire autant des routes. Pau - Paris, c’est plus de 800 kilomètres avec de nombreuses traversées de villes et villages, sans compter les interminables routes de montagnes. Mais à 19 ans, le fan de rock qu’il est, en fait depuis qu’au pensionnat il a entendu les Beatles chanter She Loves You, Daniel sait qu’il ne trouvera le vrai métier qu’à la capitale. Malheureusement, l’expédition, que dis-je, le pèlerinage tourne court. Daniel revient sans avoir trouvé quoi que ce soit. A la différence de l’Angleterre et des Etats-Unis, les médias français et les firmes de disques sont dominés par des producteurs qui ne jurent que par la Variété. Balavoine, il est plutôt Deep Purple et Bob Dylan, pas la came des gens du showbiz : ils ne vous prendront jamais à la radio et à la télé ! Alors Daniel est rentré à Pau. Aurait-il dû se lancer dans la politique comme il y a songé en 1968, porté par le mouvement étudiant dont il entendait parler, justement à la radio et la télé ? Déçu par sa déroute au cours de l’été, il avait alors décidé de se consacrer à la musique et quelques mois plus tard, en décembre 69, il avait renoncé à sa dernière année de secondaire, pour s’y consacrer à temps plein avec les membres de son groupe.

    Mais il sera dit que Daniel n’est pas monté à Paris pour rien. Il est en effet contacté par un groupe nommé Présence qui a déjà beaucoup travaillé sur le label Vogue, pour remplacer leur chanteur qui vient de les quitter. Daniel réussit l’audition malgré la présence d’un autre jeune chanteur branché rock comme lui, nommé Laurent Voulzy. Les deux chansons du 45 Tours qui sort rapidement sont signées Daniel Balavoine, et il est bluffant tellement son style est déjà à maturité, écoutez … Très influencé par les groupes de rock britanniques comme King Crimson et Deep Purple, on se dit rétrospectivement, que ça va être bingo et pourtant, il ne s’en vend que 247 exemplaires. C’est ce qu’on raconte.

    Au bout de quelques mois, le groupe Présence quitte la firme Vogue mais Daniel y reste, comme chanteur solo. Oui, les gars sont convaincus qu’il sera le chanteur de demain. Entretemps, Daniel travaille chez un disquaire pour s’assurer un toit et avoir de quoi mettre sur la table de son deux pièces. Le Paris de l’époque, n’est pas celui d’aujourd’hui, il y a énormément de quartiers où les artistes peuvent se loger pour trois fois rien. Mais quels quartiers ! Aujourd’hui, ça nous ferait peur mais à l’époque, on n’y prête guère attention quand on est jeune et qu’on rêve à des lendemains qui chantent.
    4 min
  • Cher Une story américaine (Podcast intégral)
    Quatre lettres connues dans le monde entier depuis les années 60, Cher a non seulement été une des artistes féminines pionnières dans le domaine de l’indépendance par rapport au mâle omnipotent mais elle a surtout survécu aux modes musicales successives dans lesquelles elle a régné. Cher, c’est quelque part le modèle de Madonna. Vingt ans avant elle, elle se faisait remarquer par ses tenues osées, provoquantes mais pourtant en phase avec la mode de son époque, pardon, de ses époques. Évidemment, à la différence de Madonna, Cher n’ira pas au-delà de la provocation vestimentaire qui met en évidence un corps sculptural sur lequel le temps ne semble pas avoir de prise. Car, comme elle le raconte : on la croit beaucoup plus libérée qu’elle ne l’est vraiment.

    Cela dit, Cher, c’est une Story américaine. Déjà son physique atypique est hérité d’un père arménien, routier escroc qu’elle n’a quasiment pas connu, et d’une mère dont les racines familiales sont à la fois allemande, cherokee, britannique et française. Une mère qui est une sorte de Marylin Monroe qui n’a pas réussi. Elle est très belle, ce n’est pas la question, mais ses rôles au théâtre et au cinéma, nous sommes à Hollywood, Los Angeles, ne lui permettent pas de se faire remarquer si ce n’est par des hommes, avec qui, ça ne colle jamais. Est-ce la raison pour laquelle Cherilyn qui a raccourci son nom en Cher tout simplement, change de visage aussi facilement qu’un David Bowie. On l’a connu Soul avec Phil Spector, Hippie avec son premier mari Sonny Bono avec qui elle forme le duo à succès Sonny & Cher, présentatrice de variétés à la télévision, petite amie de Gene Simmons le bassiste de Kiss dans sa période disco, avant que le succès ne l’abandonne à la fin des années 70.

    En 1982, elle croit relancer sa carrière grâce au second album de Meat Loaf mais rien n’y fait. Pensez-vous qu’elle se démonte ? Pas du tout. Cher déménage à New York, qu’elle a connue adolescente, pour jouer au théâtre. Ce n’est pas la même chose mais Broadway, c’est pas mal après tout. Et puis, elle n’est pas n’importe qui, et la comédie, elle connaît, elle a eu un super prof. La preuve : le cinéma arrive bien vite comme les Golden Globe et Oscars et en 1984 c’est le Prix d’Interprétation féminine à Cannes pour Mask. En 1989, c’est le retour aux hits grâce un patron de label qui traîne aussi dans la production de films, Mr David Geffen : deux singles en effet brisent la malédiction, Cher est de retour.

    Par la suite, tout ne sera pas aussi heureux mais fin 1998, la sauce prend comme jamais quand Cher endosse un nouveau costume, celui de la dance et des rythmes électros. C’était il y a 26 ans, Cher était à nouveau la mégastar des Top40 et autres Ultratop.
    17 min
  • Cher Une story américaine (Episode 5)
    Quand le 19 octobre 1998, Cher publie un énième nouveau single, qui oserait parier un centime d’euro qui n’existe pas encore qu’elle va en vendre 10 millions d’exemplaires. 10 millions ! Et vingt millions de copies de l’album du même nom. Elle n’a bien sûr pas connu une terrible et longue traversée du désert comme Henri Salvador mais quand même : personne ne l’attend à ce niveau, c’est-à-dire la première place du Top dans 23 pays. A 53 ans, on peut encore et toujours parler de miracle, de rêve américain pour cette fille aux multiples pères de passage et d’une actrice métisse Cherokee-Franco-Anglo-Allemande. Ah oui, j’ai oublié de vous dire que que Cheril Sarkisian porte aussi le nom de son beau-père, Gilbert La Pierre.

    Est-ce la raison pour laquelle Cherilyn qui a raccourci son nom en Cher tout simplement, change de visage aussi facilement qu’un David Bowie. On l’a connu Soul avec Phil Spector, Hippie avec son premier mari Sonny Bono avec qui elle forme le duo à succès Sonny & Cher, présentatrice de variétés à la télévision, petite amie de Gene Simmons le bassiste de Kiss dans sa période disco, avant que le succès ne l’abandonne à la fin des années 70. En 1982, elle croit relancer sa carrière grâce au second album de Meat Loaf mais rien n’y fait. Pensez-vous qu’elle se démonte ? Pas du tout. Cher déménage à New York, qu’elle a connue adolescente, pour jouer au théâtre. Ce n’est pas la même chose mais Broadway, c’est pas mal après tout. Et puis, elle n’est pas n’importe qui, et la comédie, elle connaît, elle a eu un super prof. La preuve : le cinéma arrive bien vite comme les Golden Globe et Oscars et en 1984 c’est le Prix d’Interprétation féminine à Cannes pour Mask. En 1989, c’est le retour aux hits grâce un patron de label qui traîne aussi dans la production de films, Mr David Geffen : deux singles en effet brisent la malédiction, Cher est de retour. Par la suite, tout ne sera pas aussi heureux mais fin 1998, la sauce prend comme jamais quand Cher endosse un nouveau costume, celui de la dance et des rythmes électros. C’était il y a 26 ans, Cher était à nouveau la mégastar des Top 40 et autres Ultratop.

    4 min

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Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Ce podcast incontournable vous fait voyager à travers les époques, en…

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