La Story Nostalgie

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La Story Nostalgie episodes

  • La jaquette de diamant de Phil Collins (Episode 5)
    En 1984, le Townhouse, studio londonien créé par Richard Branson, le patron de Virgin, a transformé le quartier de Shepherd’s Bush en endroit branché tant on croise tous ceux qui hantent le Top 40. Pas étonnant que parmi les Simple Minds, Elton John ou Bryan Ferry, Phil Collins y ait pris ses quartiers pour enregistrer ce qui sera déjà son troisième album solo. Le téléphone sonne. Qui le demande ? Bob Geldof. Le chanteur des Boomtown Rats, un groupe new wave de la première heure mais dont l’heure de gloire semble déjà passée. Que lui veut-il ? Encore un qui veut se faire produire par Phil Collins ? Passe-le moi !

    Vous l’avez compris, les deux hommes ne se connaissent pas et pourtant, Geldof va direct au but :

    Tu as vu les infos à la BBC ?

    Non, là, je suis dans les bois. Une expression de Quincy Jones pour dire que quand on est en studio, on est hors du monde. Et là, Geldof de lui raconter le reportage qu’il a vu la veille à la BBC avec ces gens qui meurent de faim en Ethiopie et ce médecin obligé de décider qui va vivre ou pas, car ils n’a pas reçu assez de nourriture des associations.

    J’ai décidé avec ma femme, une animatrice télé très populaire, de faire quelque chose. On ne peut pas attendre. J’ai besoin d’un batteur très connu alors j’ai pensé immédiatement à toi.

    Pour faire quoi ?

    Quelques jours plus tard, le 25 novembre, Phil se retrouve un dimanche au Sarm Studios, qu’il ne connaît que trop bien, y ayant enregistré trois albums avec Genesis du temps de Peter Gabriel. Un autre studio de Richard Branson mais racheté par Trevor Horn, le leader des Buggles, il est devenu le repère de la scène pop des années 80. On le devine, entouré des jeunes Spandau Ballet, Culture Club et autres Bananarama, Phil Collins a l’impression d’être dans les pages d’un magazine teenager comme le Smash Hits. D’autant plus qu’il les voit défiler, chanter toute la journée en attendant que ce soit son tour de jouer. Et quand vient le moment, ils sont tous là à le regarder, derrière sa batterie, quand Midge Ure d’Ultravox, le producteur, lui dit, tu commences ici et tu fais ce que tu veux !

    Ah bon ?

    Top, vas-y !

    Et Phil, le casque sur les oreilles, improvise sa piste de batterie. Il n’en mène pas large, évidemment. Mais quand le morceau s’arrête, il entend Midge crier un grand Impeccable ! Tout le monde l’applaudit. T’es sûr ? J’ai envie de la refaire. Non, pas besoin, il est tard. Et voilà, one take comme Frank Sinatra. Phil Collins fait alors la connaissance de Bono et parle un peu avec Sting à qui il propose de venir faire les chœurs sur son prochain album No jacket Required. Ainsi Sting lui proposera-t-il de faire un duo au Live Aid qui deviendra mythique : Genesis et The Police, deux univers si lointains et pourtant. La boucle est bouclée, Phil Collins est vraiment l’incarnation de ces années de renouvellement que furent les années 80, il est, comme dans le clip de cette chanson, le roi du monde. Avec humour, bien sûr, regardez-le jusqu’à la fin.

    10 min
  • La jaquette de diamant de Phil Collins (Episode 4)
    Franchement, combien sommes-nous à avoir tourné les singles et les deux albums de Phil Collins au début des années 80 ? Des disques étonnants, bien loin de la musique de Genesis, c’est vrai, il y avait des tubes qui ont plu à tous les publics. Mais quand même, les albums avaient aussi leur quota de chansons plus ambitieuses, avec de solides trouvailles sonores. Déjà leur titre : Face Value et Hello I must be going, une référence à Groucho Marx, fallait oser !

    Alors pourquoi change-t-il de braquet avec celui-ci, qui paraît fin janvier 1985, No jacket Required ? Parce que justement, je suis tout sauf guindé, répond Collins.

    Bien sûr, le titre ne lui est pas tombé tout chaud, c’est le cas de le dire, car ce soir où Phil est en vacances dans les Caraïbes, il se présente dans un restaurant avec sa femme mais le maître d’hôtel l’arrête en lui demandant d’enfiler une veste.

    Mais je n’ai pas de veste, mon ami, nous sommes dans un pays chaud et je suis en vacances !

    Un client dans la file devant lui, se retourne alors pour lui faire comprendre que la veste est obligatoire : Jacket Required ! Phil Collins se fait donc refuser l’entrée. C’est pas tous les jours. Enfin, pas tous les jours, … Ce soir de la tournée où Phil accompagne Robert Plant l’ex-chanteur de Led Zeppelin dont il vient de produire les deux albums, les deux copains descendus à l’hôtel Ambassador de Chicago descendent, justement, boire un verre au bar de l’hôtel. Là pour le coup, il fait froid, Phil porte un magnifique blouson de cuir, Robert une veste à carreaux WillyWear, genre amerloque, aux couleurs bien criardes. Mais voilà que le barman fait remarquer à Monsieur Collins qu’il doit passer une veste pour pouvoir se faire servir.

    Mais je porte une veste, mon gars !

    Euh non, une vraie veste, Monsieur, pas en cuir.

    Allons bon, Robert est habillé comme un clown de chez Barnum et on ne lui dit rien. Moi je porte un truc de créateur, digne de la fashion week, et je fais tache. Ce n'est pas possible, ce Jacket required va tourner à la malédiction !

    Évidemment, le succès prodigieux de ce disque conduisant Collins sur les plateaux des plus grands talks shows, il raconte ses anecdotes de jaquette, ce qui, bien sûr, ne manque d’être vu par les grands patrons des établissements cités. Ainsi Phil Collins reçoit-il chez lui, à Londres, une lettre à entête de l’Ambassador East qui lui demande, je cite, de cesser de parler de leur stupide code vestimentaire. Nous invitons à venir chez nous, quand vous voulez, vêtu comme vous voulez et autant que vous voulez, mais de grâce, cessez de parler de nous. Et à ce pli est joint un colis contenant une veste maculée d’éclaboussures de toutes les couleurs. Voilà des gens qui ne se prennent pas au sérieux, une autre époque, les années 80 avec ce code No Jacket Required.

    8 min
  • La jaquette de diamant de Phil Collins (Episode 3)
    Janvier 1985, on commence cette année particulière mondialement dominée par des Simple Minds et U2, avec un troisième album solo, déjà, de Phil Collins. Et si les deux premiers, qui se sont vendus par paquets de millions, étaient particuliers, à l’image de son groupe Genesis, il n’en va pas de même de celui-ci qui est, vraiment, un pur produit pop des années 80. Et ce n’est pas un hasard car après deux disques hantés par son divorce, la séparation avec ses enfants et la paradoxale solitude d’une star du rock, Phil est pris cette fois par l’envie de produire un disque sympa, positif, et donc, années 80 obligent, dansant. Et même s’il ne peut s'empêcher de composer l’une ou l’autre chanson romantique, tout est fait pour vous emmener sur la piste le samedi soir. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle son visage apparaît cette fois coloré de rouge, comme pris dans un projecteur de boîte de nuit, le front perlant de sueur après une bonne séance d’immersion sur la piste. C’est vrai que teenager, le jeune Anglais était un fan de la Motown, ce label noir américain qui produisait des titres dansant et sympas. Il ne manque pas d’y faire référence sur l’un ou l’autre titre de ses deux premiers disques. Et ça tranchait vachement avec les autres, c’est vrai, on a été étonné d’entendre ces cuivres clinquer sur des rythmes ronds.

    Ça sonne, hein ? Pas étonnant, ce sont les Phenix Horns, la section qui joue pour Earth Wind & Fire, le plus grand groupe funk de l’époque. Et qui sait à peine qui est Genesis. Ainsi, alors que Phil Collins est à New York et que justement, EWF est de passage à Madison Square Garden, il se pointe à leur hôtel avant le concert. Et le gars à qui il demande dans le hall si les Phenix Horns sont là, se trouve être le frère de Maurice White, le leader de Earth Wind & Fire. Et ce type qui ignore qui est Phil Collins, In the Air Tonight n’est pas encore sorti, le prend pour un dealer, alors il donne l’interdiction d’embarquer quiconque n’est pas du groupe. Mais allez savoir comment Collins passe entre les mailles du filet, il monte dans la limousine sous l’insistance des cuivres mais, une fois arrivé à Madsion Square Garden, est refoulé par la sécu et se retrouve bien seul. Imaginez le chanteur de Genesis interdit d’entrer dans une salle qu’il remplit habituellement. Heureusement que des régisseurs le reconnaissent et l’invitent dans leur cantine. Hé les mecs, j’le crois pas, vous avez viré Phil Collins des coulisses ! Qui ? Le chanteur de Genesis. Merde ! C’est ce soir que les gars des Phenix vont parler de Collins à Philip Bailey, la seconde voix d’Earth Wind & Fire, et de la qualité de son travail en studio. Le succès américain des deux premiers albums de Collins fera le reste quand, Earth Wind & Fire battant de l’aile, Bailey voudra voler des siennes, comme Michael Jackson. Une chanson pliée en un jour et demi, et hop ! Ça se passait comme ça avec Phil dans les années 80.

    9 min
  • La jaquette de diamant de Phil Collins (Episode 2)
    Cela fait déjà 40 ans que paraissait No Jacquet Required, l’album solo de Phil Collins le plus vendu de sa carrière, témoin du triomphe d’un artiste qui ne vivait que pour le travail et la création. C’est d’ailleurs ce que lui ont reproché plusieurs femmes de sa vie : Phil a tout le temps besoin de nouveaux projets et Phil ne sait pas dire non. Ainsi quand la nouvelle tournée de Genesis se termine en 1984, il devrait déjà s’estimer très heureux de se dire et maintenant je me lance sur mon nouvel album solo. Mais non, il doit bientôt produire celui de son ami Eric Clapton mais aussi de Philip Bailey, le chanteur du groupe Earth Wind & Fire. Voilà qui peut sembler bizarre car l’Américain et le Britannique qu’un océan et un genre musical séparent ne se sont jamais rencontrés. Mais le lien est la section de cuivres d’Earth Wind & Fire qui depuis le fameux premier album de Collins, travaillent avec lui et a donc ont parlé à Bailey de ses qualités de producteur. Et puis l’exemple actuel de Michael Jackson devenue star du public blanc est à suivre, alors pourquoi ne pas demander à Collins de produire son disque ? Le pari va être, vous le savez, tenu, une réussite totale qui prend le relais cette année-là de l’immense Against all odds. Si vous ajoutez à cela que depuis le début de la décennie, Phil a déjà sorti deux albums solos et trois avec Genesis et en a produit deux pour Robert Plant, l’ex-chanteur de Led Zeppelin, oui, dans le métier et pour le public, Collins est partout. Alors on ne s’étonne pas que chez Warner, un gars dise à Eric Clapton qu’il devrait ajouter une patte Phil Collins à son prochain disque, car oui, le précédent n’a pas marché. Les temps sont durs, il est vrai pour les stars des années 60 et 70 qui souffrent du nouveau son des années 80.

    Ah ben, c’est mon voisin, répond Clapton. C’est vrai. C’est ainsi qu’il a joué de la guitare sur un titre de Phil Collins, enregistré chez lui d’ailleurs, quand il était au plus bas, dans sa maison vidée par le divorce. Et Collins d’accepter, bien sûr, Eric Clapton a beau être devenu le gars avec qui il va boire des coups au pub, il reste pour lui le guitariste qui a illuminé ses années de jeunesse avec les Yardbirds et Cream. Pour lui, la fameuse photo du tag Clapton is God sur une palissade de Londres en 1966, c’était pas du pipeau.

    Le résultat est un album tellement dans l’air du temps que même la firme de disques n’y croit pas, et pourtant, il marque une résurrection pour Clapton et ce faisant, au milieu des années 80, un passeport pour les décennies à suivre, un vaccin contre l’oubli du public. Alors question : cette agitation est-elle nécessaire pour que Collins donne le meilleur de lui-même pour son prochain album solo, No Jacquet Required. Il y a fort à parier que oui, tant il est vrai que plus on travaille, plus on sait travailler. Cette chanson, l’un des quatre immenses tubes de ce disque qui s’est vendu à 25 millions d’exemplaires, en est la preuve …

    9 min
  • La jaquette de diamant de Phil Collins (Episode 1)
    Était-on, au milieu des années 80, au cœur d’une époque bénie de la musique comme beaucoup le crient haut et fort aujourd’hui ? Je ne sais pas vous mais moi, il suffit de me souvenir de tous ceux qui étaient présents lors du Live Aid en juillet 1985 pour me convaincre qu’il n’y a jamais eu autant d’immenses stars actives et au sommet de leur gloire. Et que dire si on y ajoute le nom d’absents de l’événement comme Michael Jackson, Prince, Rod Stewart, Eurythmics, Tears for Fears, Frankie Goes to Hollywood, Culture Club, Bruce Springsteen, Depeche Mode, ok j’arrête, on comprend que jamais plus on ne revivra une époque pareille. Et donc, on remarque d’autant plus l’omniprésence de celui qui est en cette année 85, le N°1 toutes catégories : Phil Collins. Vrai, le triomphe de ses deux albums solos parus au début de la décennie fût totalement inattendu. Tout d’abord parce que sa musique n’est pas formatée au départ pour un succès commercial, et puis aussi parce que jusque-là, il y avait une malédiction qui prétendait qu’aucun membre d’un groupe au top, ne peut réussir une carrière solo.

    Mais cet immense succès ne rompt pas le lien entre Collins et son groupe Genesis qui continuent leur carrière en parallèle avec de plus en plus de retours. En 1984, après les fabuleux Mama et That’s All avec Genesis, c’est la sortie de la chanson d’un film qui vaut à Collins son premier numéro 1 américain et un oscar, immédiatement suivi par un improbable et phénoménal duo avec le chanteur d’Earth Wind & Fire. Qui aurait prédit cinq ans plus tôt, avec son physique passe-partout, sa barbe de pirate et son front dégarni sous des cheveux longs en broussaille, que Collins deviendrait une des plus grandes stars de la planète ? Le départ du spectaculaire et intello Peter Gabriel de Genesis devait sonner la fin d’une magnifique aventure mais la voix de Phil s’était élevée de derrière sa batterie. On l’avait jusque-là entendu dans les chœurs et sur deux petites chansons de Genesis, le voilà à présent sur le devant de la scène. Ce n’est plus la même musique, ce n’est plus le même show, et pourtant, malgré des déçus parmi les fidèles de la première heure, les fans se multiplient à une allure ahurissante.

    Et c’est la Belgique qui est une fois de plus en tête du mouvement. Après avoir été le premier pays étranger à accueillir Genesis et leur faire la fête, en 1971, voici que six ans plus tard, elle leur offre leur premier album N°1. Et encore, c’est un double et un live, mais porté par une voix admirable, présente et chantante, mariant les pirouettes de Peter Gabriel avec une musicalité qu’on ne soupçonnait pas. Alors voilà qu’en pleine période new wave, hip hop et funk, un artiste qui devrait appartenir au passé, à ces années 70 désormais tellement lointaines, publie début 1985, un troisième album solo qui restera dans de nombreux pays dont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, un des disques les plus vendus de leur histoire. Il s’appelle No Jacket required et il incarne tellement ce qu’était le son, et la vie, dans les années 80.

    4 min
  • La dernière tournée de Michel Polnareff : Podcast intégral
    Ainsi donc, le 17 mai prochain, ce sera la dernière tournée de Michel Polnareff, chez nous, à Bruxelles. Lui dont l’absence sur scène avait résonné jusqu’au mythe aura finalement aligné pas mal de Forest National ces vingt dernières années. Un dernier coucou me revoilou qui nous fait prendre conscience, qu’il est le tout dernier des géants de cette génération des années 60 à se produire encore.

    En fait, Michel est toujours là où on ne l’attend pas. Personnage atypique dans le panthéon non pas de la chanson française mais de la chanson en français, il a donné tout ce qu’une star peut offrir à la légende. Depuis ses éternelles lunettes noires à monture blanche à sa fuite en paquebot vers les Etats-Unis, en passant par ses fesses affichées sur les murs de Paris et son séjour de deux ans à l’hôtel Monceau, Michel Polnareff les a toutes faites.

    Tenez, jusqu’à une attente insupportable de 28 ans entre deux albums. Et là où on croit qu’il n’y en aura plus jamais, voilà qu’il revient en 2025, avec de nouvelles chansons.

    Mais tout cela serait de l’ordre de l’agitation, s’il n’y avait un génie de la musique derrière le personnage qui l’a entraîné là où il n’aurait jamais imaginer aller quand, petit garçon, il souffrait durant d’interminables et sévères leçons de piano. Car aucun interprète, compositeur, arrangeur, producteur, puis enfin, auteur, n’a réussi à se hisser à ce niveau dès ses débuts, et durant des décennies. Si à cela, vous ajoutez un sens de l’image et du show, qui fut avant-gardiste à une époque où personne ne l’était à Paris, ça fait beaucoup pour un seul homme.

    Alors évidemment, comme beaucoup d’artistes qui ont marqué plusieurs générations, il y a l’obstacle impossible à franchir : créer de nouveaux titres à la hauteur du passé idéalisé de leur public.

    Mais le plus important n’est-il pas de faire le compte du nombre de chansons qui sont aujourd’hui immortelles ? Et au vu de la longueur de la liste, on prend la mesure que Michel Polnareff n’a pas de concurrent. Toutes ces mélodies, toutes ces orchestrations, toutes ces voix, c’est lui. Un groupe à lui tout seul.

    Il y a ces années 60 où il débarque avec sa guitare, une génération satisfaction à la française qui préfigure déjà le monde des années 70. Et quand cette fameuse décennie arrive enfin, Polnareff est déjà plus loin avec son piano transparent, le rock symphonique des Anglais, le free jazz des Américains, le disco des Allemands, évidemment, mais rien ne sonne comme eux chez Polnareff.

    Alors elles sont là, ses chansons, dans notre mémoire, quelle que soit notre génération. Que nous l’ayons découvert avec le son venu d’ailleurs de La Poupée qui fait non ou de Lettre à France dix ans plus tard … et puis de l’incroyable production des années 80 qu’il fait sienne la décennie suivante, sans oublier évidemment la Marylou qui préfigure les années internet … Oui vraiment, on se demande sous quelle étoile est né Polnareff, à défaut d’en être une lui-même.

    18 min
  • La dernière tournée de Michel Polnareff (Episode 5)
    Les années 70 ! Les années folles du showbiz français. Hallyday, Sardou, Dutronc, Polnareff, en dehors du studio et de la scène, la vie est un jeu. Michel Polnareff avoue qu’à cette époque, un rien l’amusait. Un rien qui a d’ailleurs fait sa mauvaise réputation auprès des hôtels parisiens. Comme cette fois où, en retard sur l’enregistrement d’une chanson, il promet une certaine compagnie féminine à son co-arrangeur s’ils arrivent à terminer dans les temps. Car chose faite, il va falloir tenir parole. Michel se retrouve donc dans l’ascenseur du Hilton avec sa surprise, en clair, quelques filles nues. Malheureusement l’ascenseur s’arrête à chaque étage et les portes s’ouvrent sur des clients horrifiés. Les plaintes pleuvent auprès de la direction et Polnareff se retrouve sur la liste noire des palaces parisiens. Et donc, un jour où il s’est encore fait refuser une chambre, il arrête sa Rolls devant le Concorde Lafayette, aujourd’hui le Hyatt de l’Etoile, réputé pour sa vue sur le tout Paris. Et alors que les portes coulissantes s’ouvrent le voilà qui rentre carrément dans le hall de l’hôtel avec sa voiture sans rien casser et la stoppe juste devant la réception.

    Vous êtes sûr que vous n’avez pas de chambre pour moi ?

    Euh, ah si !

    Polnareff sort alors de sa Rolls et donne les clés à un chasseur en lui disant, ne la garez pas trop loin de ma chambre, je déteste marcher.

    Et puis ce soir où, non loin du fameux drugstore des Champs Elysées, Michel est dans sa voiture avec quelques potes. Mais qu’attend-il ? Une camionnette se range devant lui. Il en sort un colleur d’affiches géantes qui commence son travail : placarder les annonces du prochain spectacle de Polnareff. Et lorsqu’il commence à coller le coin inférieur droit, ils le voient  s’arrêter, reculer et regarder, imité rapidement par une foule de badauds, stupéfaits par cette photo géante du chanteur montrant ses fesses.

    Michel et ses amis sont morts de rire. Sûr qu’on va en parler de ce spectacle !

    Oui, c’est clair, on en parle partout y compris au tribunal. Michel Polnareff et toute son équipe se retrouvent devant le juge pour attentat à la pudeur. Un juge qui voulant s’en sortir, lui fait comprendre que s’il s’agit d’un montage, que ce ne sont pas ses fesses à lui mais celles d’une femme, il n’y aura pas d’affaire.

    Ah non, monsieur le juge, il n’y a aucun collage ni trucage, ce sont les miennes.

    Mais pourquoi ?

    Je veux juste attirer l’attention sur mon spectacle. Au départ, je portais un pantalon moulant que j’ai vite trouvé superflu pendant la session photo.

    Michel Polnareff est condamné à une peine de prison avec sursis et à une amende de 120.000 francs français de l’époque, de quoi s’acheter deux petites maisons. Pas de doute, plus personne n’ignore que Polnareff est sur scène pour jouer sa musique et qu’il est à la mode.
    4 min
  • La dernière tournée de Michel Polnareff (Episode 4)
    Alors qu’il s’apprête à venir chez nous pour une dernière tournée, on se remémore ces années où Michel Polnareff secouait les tables de l’Ancienne Belgique, les arènes de Forest National et du Cirque Royal avec un spectacle rock branché. Et je me souviens aussi qu’en 1985 quand était sorti son album Incognito, on s’était dit que l’attente a été très longue. Quatre ans pour un nouvel album, c’était interminable à l’époque. Oui j’ai pris pas mal de vacances depuis dix ans répond-il alors à Jean-Luc Bertrand dans le Hit des Clubs. Et puis, Michel de nous apprendre qu’il travaille de plus en plus la production de ses morceaux. Il a fait le compte : Incognito représente 12.000 heures de travail. Pour un titre comme Y a pas que pouvoir qu’on peut, il s’est remis 168 fois à la table de mixage.

    Un record ! s’exclame l’animateur télé qui l’interroge.

    Jusqu’à mon prochain disque, ajoute Polnareff qui n’est jamais avare de bons mots et qui, on le sait, va tenir parole.

    A propos de télé, il en fait pour la promotion de son album qui est absent des rayons des grandes surfaces et de la FNAC qui font un bras de fer avec sa firme de disques RCA. Et si on se plaint déjà de sa rareté à la télévision, on ignore que c’est la dernière fois qu’il en fait le tour. Bon, précisons tout de suite qu’il ne passe pas chez tout le monde. Ainsi refuse-t-il de participer au Jeu de la Vérité même si RCA dont je viens de vous parler, insiste beaucoup : c’est un prime time de TF1 animé par la vedette des médias qu’est Patrick Sabatier. Un Patrick Sabatier qui, misant sur l’audience, et accompagné du producteur de l’émission, Remy Grimbach, vous vous souvenez de ce nom ?, vient le rencontrer. Mais la réponse de Polnareff reste négative : il se méfie des pièges, de l’authenticité de certains soit disant téléspectateurs qui appellent en direct pour poser les questions qu’un animateur n’oserait pas.

    Et pourtant, quel n’est pas l’étonnement de Polnareff lorsqu’il découvre dans la presse son passage annoncé dans Le Jeu de la vérité. Le voilà au pied du mur : s’il n’y va pas, il apparaîtra comme un dégonflé aux yeux du public qu’il n’ose pas affronter. Et donc ce 31 mai 1985, Polnareff remplit l’écran de TF1 avec ses boucles blondes et ses grandes lunettes noires. Vêtu de blanc, accroupi sur un fauteuil tout aussi blanc, il répond du tac-au-tac à toutes ces questions indiscrètes qui en ont fait pleurer plus d’un, ou d’une. Mais bon, au terme de l’émission, il faut reconnaître que si le public est indiscret, il se montre très respectueux envers Polnareff ; et puis comme toujours, il fait preuve d’une répartie et d’un humour imparables. Sabatier n’a donc pas eu droit au drame, à son buzz, comme on dirait aujourd’hui : il a été pris à son propre jeu de la vérité par un chahuteur de première classe.

    4 min
  • La dernière tournée de Michel Polnareff (Episode 3)
    Juin 1985, cela fait déjà 20 ans que Michel Polnareff est dans le monde de la musique, ce qui devrait faire de lui, comme beaucoup d’autres déjà à cette époque particulièrement créative, un chanteur has been. Mais à l’écoute de son nouvel album, il n’en est rien. Polnareff, c’est les années 80. Sans doute la raison pour laquelle, un autre géant des sixties a fait appel à lui pour la bande originale du film de son nouveau film : Gérard Oury.

    Leur premier contact avait eu lieu quand, au début des années 70, Oury qui tournant La folie des grandeurs avec de Funès et Montand, souhaitait un compositeur actuel mais capable de lui fournir une musique proche du baroque. Et justement, Polnareff avec sa maîtrise de l’arrangement d’orchestre était l’homme tout indiqué. Il suffisait d’écouter ses disques.

    Mais lorsque le compositeur arrive avec une musique rock et symphonique, Oury est horrifié. Il exige que Polnareff revoie sa copie et réenregistre tout, il refuse. Il sait que sa musique aux sonorités Western à la Sergio Leone va élargir à l’écran, les images d’Oury qui ont été tournées dans les mêmes décors que les premiers Clint Eastwood.

    Polnareff a raison de ne pas céder : tout le monde est ébloui par sa musique y compris Gérard Oury, devant les réactions du public et même de Louis de Funès.

    Ce nouveau film intitulé La vengeance du serpent à plumes, marque donc des retrouvailles mais pas seulement pour Polnareff et Oury car Michel connaît aussi Coluche. C’est même un fan de la première heure.

    Et oui, lorsqu’il compose en 1971 la bande originale de Ca n’arrive qu’aux autres, sa réalisatrice, Nadine Trintignant, l’emmène au Café de la Gare voir Ginette Lacaze, une pièce créée par Coluche. Polnareff le trouve extraordinaire mais cela s’arrête là. En effet, exilé aux Etats-Unis il n’assiste pas à l’ascension de l’humoriste qu’il découvre seulement trois ans plus tard quand, en visite chez des amis résidant comme lui à l’étranger, il reconnaît sur un album le comédien qui l’avait fait tant rire. On verra alors Polnareff plus d’une fois chez Coluche, dans cette grande maison ouverte à tous à l’heure de l’apéro. Ils joueront ensemble de la musique mais aussi au poker et au ping-pong, le verre à la main, bien sûr, au cours de soirées mémorables.

    Lors de la promotion du film, Polanreff est invité à participer à la très populaire émission de télé, Le Grand Echiquier mais refuse d’y aller avec Coluche et Oury, ne voyant pas quoi y faire, y dire. Il s’agit de cinéma quand même ! Mais ce 15 octobre 1984, attablé en soirée dans un bistrot où il regarde du coin de l’oeil l’émission, toujours en direct, Polnareff décide de les rejoindre. Jacques Chancel est évidemment étonné mais ravi de cette arrivée impromptue. Polnareff s’installe à côté d’Oury. Et bien sûr, après avoir parlé musique, Chancel lui demande ;

    A quand votre retour sur scène, Michel Polnareff ?

    Michel s’en sort en disant qu’il en a envie mais qu’il ne peut le faire tout seul.

    Pourquoi habitez-vous Los Angeles ?

    Et là, Polnareff est pris de court par la question. Ce qui lui arrive rarement. Mais en direct devant des millions de téléspectateurs ! Coluche vient alors à son secours avec une réplique dont il a le secret :

    • Ben, parce que c’est plus près de chez lui.
    4 min
  • La dernière tournée de Michel Polnareff (Episode 2)
    Si on a beaucoup parlé de l’enfance très compliquée de Michael Jackson qui a fait de lui une superstar rongée de problèmes psychologiques, on évoque moins celle de Michel Polnareff avec qui il partage pourtant la tyrannie de la réussite. Michel a souffert d’un père hyperautoritaire, brutal et incapable d’exprimer la moindre affection pour son fils qui pourtant ne lui apporte que des satisfactions. Car à l’écoute des camions de chefs d’œuvre composés, écrits et orchestrés, on se rend compte que le talent et le génie ont parfois un prix très élevé. Si Léo Polnareff n’a jamais avoué la fierté que lui inspirait son fils, il lui a laissé après sa mort les dossiers où il avait patiemment collecté tous les articles parus sur lui. Imaginez le choc pour celui qui a sûrement recherché sa reconnaissance de son vivant. Car ce père d’origine russe qui a battu son fils durant toute son enfance et adolescence, cet homme du XIX° siècle qui a fui la Russie des Soviets ne lui passe rien : il le fait étudier à coups de baffe et de ceinturon. Michel est un premier de classe irréprochable et il y a tout intérêt. Ainsi sa mère tombe-t-elle dans les pommes le jour où elle découvre dans le bulletin de son fils qu’il a terminé un trimestre deuxième, et non pas premier, rien qu’à l’idée de la correction qu’il va recevoir de son paternel quand il rentrera à la maison.

    Dans le même ordre d’idée, à 18 ans, Michel apprendra par cœur le tableau de l’ophtalmo pour éviter d’être réformé de l’armée pour cause de mauvaise vue car même ça, son père ne le tolèrerait pas. Mais c’est à l’armée que le timide garçon apprend à dire « non ! ». A présent adulte, il en a assez des brimades. Avant c’était à l’école, maintenant ce sont les gradés. Ca suffit ! A l’époque, le service militaire dure deux ans, ça ne va pas être possible. Michel se rebelle, fait un mois de prison et se fait réformer. Comme on s’en doute, il prend une dérouillée de retour au bercail, la coupe est pleine, au revoir et pas de merci, Michel claque la porte pour aller vivre sa vie, sans un sou, sans destination. Nous sommes en 1965. Ras-le-bol des petits boulots et de la vie de bureau, Michel va vivre durant des mois dans la rue et le métro. Mais assis sur les marches de la butte Montmartre, il trouve la compagnie enthousiasmante d’autres jeunes et surtout de sa guitare. La bohème, la liberté, la tribu des jeunes de SA génération qui aime les mêmes choses que lui. Quand on pense qu’il avait pris une raclée car il avait osé dire à la maison qu’il trouvait des qualités à Johnny Hallyday ! Un autre monde s’ouvre à lui, celui de toutes les envies, de toutes les folies et tant pis s’il n’est que le roi des fourmis.
    4 min

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Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Ce podcast incontournable vous fait voyager à travers les époques, en…

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