La Story Nostalgie

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La Story Nostalgie episodes

  • Il y a 40 ans, We are the World par USA for Africa (Episode 4)
    Il y a quarante ans exactement que sortait une chanson qui non seulement reste un des cinq singles les plus vendus de tous les temps mais a été l’élément déclencheur du plus prestigieux festival de tous les temps … Mais autant on a l’impression que tous les artistes se connaissent, dînent ensemble tous les midis, autant on ignore à quel point il n’est pas évident de les réunir le même jour et au même endroit. Et plus ils sont célèbres, plus c’est compliqué. Je dirais même que plus ils sont américains, plus c’est compliqué. Pour faire travailler ensemble Lionel Richie, Stevie Wonder et Michael Jackson, cela a été très facile. Il suffit déjà d’oublier Stevie Wonder, l’homme le plus sympa mais le plus injoignable du showbiz dans les années 80. Michael et Lionel sont amis depuis leurs débuts. Alors ils travaillent chez Michael, enfin, chez ses parents. Mais de manière un peu trop cool tant il est vrai qu’ils sont les deux artistes américains à vendre le plus de disques en ce moment.

    Mais les gars, vous vous rendez compte qu’on enregistre la semaine prochaine ? dit Quincy Jones qui a fait le déplacement.

    Quoi ?

    Oui, juste après la cérémonie des American Music Awards. Tout le monde sera là et on n’aura qu’une nuit !

    Cérémonie présentée, à la télé, en direct, par Lionel Richie. Imaginez le truc. Et donc la pression sur les épaules de Lionel et Michael. Car là, c’est le stress amplifié par la crainte que Quincy ne se retire du projet, faute de chanson valable. Alors, Lionel se met au piano et commence à jouer, il cherche, essaie des trucs et tout à coup Michael s’écrie : oui, c’est ça ! Comme par magie, ils tiennent le refrain et d’après les souvenirs de Lionel, c’est Michael qui trouve le We are the world.

    Quant au studio, l’équipe de Kregan a réservé le A&M, celui de la célèbre firme de disques, pour sa situation et surtout sa qualité, mais attention ! Tout doit rester secret, ce qui, étant donné le nombre de personnes impliquées, est un casse-tête. Mais l’enjeu est énorme car le soir même, vu le nombre de journalistes présents en ville et la notoriété des artistes, si un Bob Dylan, Michael Jackson ou Prince se pointe et voit la foule devant la porte, ils passeront leur chemin et on pourra les oublier. Car non, il n’y a pas de contrat, c’est du caritatif, du bénévolat, et oui, jusqu’à la dernière minute, il n’y aura aucune garantie que ces stars seront bien là. Même Prince. Surtout Prince. Celui que tout le monde veut en 1985, Purple Rain oblige.

    3 min
  • Il y a 40 ans, We are the World par USA for Africa (Episode 3)
    Début 1985, si on avait eu idée de ce qui se tramait à Los Angeles, on aurait été bien enthousiasmé par le projet ahurissant qui se montait. D’une part, dans la grande maison des Jackson, alors que le chimpanzé de Michael faisait des facéties, Lionel Richie tentait de trouver une mélodie sur le piano. Un truc pas simple entre le mainate qui imitait l’aboiement d’un chien et celui des parents de Michael qui lui répondait aussi sec. Et d’autre part, dans les bureaux de Ken Kragen, l’agent de Lionel Richie, tout le personnel était à la manœuvre pour réunir l’équipe de stars qui allait interpréter leur chanson, comme sur le disque des Britanniques qui n’arrêtait pas d’engranger les records …

    Mais quand tout Londres, de Phil Collins à Bono, en passant par Spandau Ballet et Sting, était venu en studio, tranquille, le seul dimanche de libre, réunir toutes ces stars américaines étaient un vrai casse-tête. Pour les convaincre, il suffisait de prononcer les noms de Michael Jackson, Quincy Jones, Lionel Richie et Stevie Wonder, auxquels Kragen avait ajouté le nom d’un autre de ses poulains, alors au sommet : Kenny Rogers. Et à une époque où le portable n’existe pas, il faut franchir le barrage des agents, conjoints et secrétaires à l’autre bout de la ligne fixe. Et puis, ces artistes ont la bougeotte : personne n’est au même endroit, à la même date. C’est infernal ! C’est alors que passe la pub télé annonçant la remise prochaine des American Music Awards et le casting de ceux qui y participeront : Prince, Madonna, Hall & Oates, Cyndi Lauper et Diana Ross. Ils seront donc présents à Los Angeles, tous frais payés. Alors il faut contacter le producteur de l’émission pour qu’il soit de la partie. Chose faite, il n’y a plus qu’à travailler sur ceux qui ne seront pas présents. Et quand ils réussissent à convaincre Bruce Springsteen au top avec Born in the USA puis Bob Dylan, qui est n’est plus au top mais c’est une légende, il n’y a désormais plus aucun souci de casting.

    Le dernier souci est en fait, le plus gros, celui sur lequel tout repose : la chanson elle-même. Car on ne compte pas les grandes réunions de stars qui ont fait flop parce que le titre qu’ils ont interprété n’était pas terrible. Et bien, dix jours avant la date fatidique, ils ne sont encore nulle part. C’est vrai que Lionel Richie, avec sa tournée solo, et Michael Jackson, son Thriller, plus le nouvel album et la tournée des Jacksons tout juste derrière, avant son prochain album, ne manquent pas de travail. Alors chaque fois qu’ils se voient, ils ne sentent pas vraiment la nécessité de boucler la chanson. On règlera ça la prochaine fois. Sauf qu’aujourd’hui, un appel de Ken Kragen les ramène à la réalité : hé les gars, ce n’est pas seulement votre chanson, on a aussi Billy Joel, Paul Simon, Ray Charles et Tina Turner.
    4 min
  • Il y a 40 ans, We are the World par USA for Africa (Episode 2)
    A deux jours de la Noël 1984, a lieu la conversation téléphonique qui enclenche définitivement le moment historique que s’apprête à vivre une décennie pourtant exceptionnellement créative et enthousiasmante. En effet, Lionel Richie, nouvelle star de la pop mondiale, est en discussion avec son agent Ken Kragen lui expliquant qu’en Europe, des rockers blancs sont en train de réaliser une vente de disques historique pour sauver des Africains de la famine. Et que le chanteur Harry Belafonte est venu lui dire que la communauté afro américaine ne peut pas être en reste. Alors, il a besoin de lui, et de sa notoriété. Lionel Richie va avoir besoin du plus grand des producteurs pour un challenge pareil car il s’agit non seulement de convaincre tout le pays d’acheter le disque mais aussi de tenir la comparaison avec la chanson des Britanniques. Et en 1984, le plus grand des grands se nomme Quincy Jones.

    Et donc, le lendemain soir, Lionel Richie vit la nuit, alors qu’ils roulent dans la limousine de Lionel, son manager propose d’utiliser son téléphone, autant vous dire que c’est une rareté à l’époque, pour appeler son ami Stevie Wonder. La raison est simple : pour écrire la chanson, Lionel Richie ne va disposer que de très peu de temps car il doit préparer la présentation des American Music Awards et surtout, sa première tournée en solo. Un enjeu considérable quand on sait le nombre de disques qu’il vend désormais. Stevie ne répond pas. Ils vont essayer de le joindre toute la nuit sans résultat mais ne s’en étonnent pas, Stevie se manage seul et met souvent des plombes avant de rappeler. McCartney l’a attendu vingt jours en studio avant d’enregistrer Ebony & Ivory. Ah ? Ça sonne. Ce doit être lui ! Mais non, c’est Quincy Jones pour annoncer qu’il voit Michael Jackson le lendemain et qu’il va lui en parler.

    Lionel et Michael se connaissent depuis longtemps, depuis leurs débuts. Lionel a certes presque dix ans de plus que Michael mais le succès des Jackson Five, un groupe de gamins, avait été immédiat, aussi les Commodores, le groupe dont Lionel était le saxophoniste et second soliste, avait assuré la première partie de leur tournée au début des années 70. Et c’est vrai que les années d’adolescence sont importantes, fondatrices. Si je vous dis que la première destination du jeune Michael quand il a appris à conduire, a été de se rendre chez Lionel, vous avez compris les liens entre les deux hommes, en cette fin d’année 1984. Michael est alors au sommet avec les ventes démesurées de Thriller, et en plus de son duo avec McCartney, il participe à un single qui vient d’entrer dans les charts. Nouveau succès, à nouveau un truc à frissons mais bon, il va participer au projet de Lionel et Quincy, bien sûr. Et comme Stevie Wonder n’a toujours pas rappelé malgré des messages sur son répondeur, il propose à Lionel de commencer à écrire la chanson sans lui.

    4 min
  • Il y a 40 ans, We are the World par USA for Africa (Episode 1)
    Nous sommes à la veille du réveillon de Noël 1984. L’année a été fabuleuse, spécialement à Los Angeles où grâce au succès historique d’une incroyable brochette d’artistes tels que Michael Jackson, Madonna, Bryan Adams ou Metallica, l’industrie du disque basée dans cette ville n’a jamais autant rapporté. Car oui, à Hollywood, Los Angeles, il y a désormais une autre industrie que le cinéma et la télé à faire recette : la musique. Ah je vous prie de croire que tout le monde commence à connaître le chemin du studio hollywoodien où Michael a enregistré Thriller. Et puis, c’est dans cette ville que, venu du grand nord des Etats-Unis, il a emménagé tout gamin, au début des années 70, avec sa famille. Il vit d’ailleurs toujours dans la même maison, avec ses parents. Bref, on ne compte plus les musiciens vivant à L.A., les ingénieurs du son, producteurs, surtout depuis l’époque récente, du disco, mais aussi les agents. Parmi eux, un certain Ken Kragen, 39 ans, se distingue de ses pairs en ce qu’il est lui-même devenu une vedette des médias.

    Et ce matin du 23 décembre, il reçoit dans ses bureaux la visite inattendue d’une véritable légende de la chanson populaire : Harry Belafonte. Si ce nom ne vous dit rien, pas de complexe, en 1984, Belafonte n’est plus connu que des militants des droits civiques dont il a été une des grandes figures, vingt ans plus tôt, quand il était, lui aussi, une star de la chanson établie depuis longtemps. Vous ne pouvez pas, ne pas connaître Banana Boat ni Try to remember. Et donc, si ce matin du 23 décembre, on serait curieux de savoir ce qu’aurait fait Ken Kragen, s’il avait su que cette poignée de main et accolade qu’il donne à Belafonte allait déboucher sur la seule chose pour laquelle finalement on parle toujours de lui.

    • As-tu entendu ce que les Britanniques viennent de sortir pour sauver des vies en Afrique ?
    Bien sûr qu’il est au courant, c’est actuellement la vente du siècle en Europe. Mais l’Amérique est loin et on en parle assez peu. Et bien ?

    • Et bien je voudrais qu’on reprenne l’idée de Bob Geldof et qu’on réunisse les plus grandes stars des Etats-Unis pour un concert. Comme tu es le manager de deux des plus grandes, tu me vois me tenir devant toi.
    C’est donc en cette journée que Ken Kragen appelle l’artiste qui lui doit tout. Celui à qui il a dit trois ans plus tôt, alors qu’il s’apprête à quitter un des groupes les plus populaires des Etats-Unis : ton problème, c’est que le public connaît tes chansons mais pas ton nom. Je m’en occupe ! Et après deux albums solos triomphaux dont le second à l’échelle de la planète, Lionel Richie reçoit un appel de son manager qui lui dit avoir besoin de lui.
    4 min
  • Que reste-t-il de Serge Gainsbourg ? (Episode 5)
    Que reste-t-il de Serge Gainsbourg ? Que reste-t-il de ce soir du premier mars 1991 où il sort au restaurant avec sa fille Charlotte mais aussi Bambou, sa compagne, l’officielle depuis le départ de Jane, la mère de son fils Lulu mais avec qui il n’a jamais vécu. Deux des femmes de sa vie pour une dernière soirée au climat pesant ; Serge n’a jamais été un grand mangeur mais là, il est vraiment au bout du rouleau. Tout le monde est mal malgré les paroles rassurantes qu’il murmure.

    Mais bien sûr que tout va bien, s’énerve encore Serge le lendemain matin au téléphone ; enfin il s’énerve gentiment, il l’adore son Fulbert, son assistant, merveilleux de sollicitude et excellent cuisinier, au demeurant. Serge raccroche, marque un temps puis reprend le cornet pour donner le plus improbable des coups de fil, à sa première femme, Lise. Il parle un bon moment avec celle qui n’aura connu que ses années de peintre incompris, de prof de dessin et de pianiste de bar ; ils ont divorcé en 1957, une éternité et pourtant, le dernier appel sera pour elle. Serge raccroche puis traverse péniblement son salon pour la toute dernière fois afin de rejoindre sa chambre. Il a toujours sur l’estomac le verre de Porto qu’il a pris la veille au soir au restaurant. Il n’aurait pas dû. Serge s’assied sur son lit pour une sieste. Il veut être en forme tout à l’heure pour transcrire le texte des chansons de son prochain CD qu’il a enregistré sur son dictaphone. Vers 23.30 pourtant, des pompiers défoncent la porte d’entrée de son domicile mais Serge n’entend rien, il ne se fâche pas sur ces importuns qui déplacent ses objets savamment agencés dans son musée particulier, comme il l’avait fait quelques années plus tôt sur Coluche et ses amis quand ils avaient dégagé la table de salle à manger pour le dîner.

    Non, Serge n’est plus avec nous quand on le transporte vers l’ambulance dont les lumières éclairent par intermittence le visage des badauds et des deux mères de ses enfants qui vont passer la nuit dans la maison. Quelle tristesse de devoir quitter la scène en plein spectacle, ces années 90 commençaient si bien avec le triomphe de sa double compilation CD qui donnait enfin à des vieux titres comme La Javanaise la notoriété et la reconnaissance qu’ils n’avaient pas rencontrés au début des années 60. Mais que voulez-vous, ainsi va la vie, ou plutôt la mort. Demain ce sera le choc pour ce public qui l’a tant célébré ou haï ces dix dernières années.

    Et dans quelques jours sortira un nouveau single, un remix, dont Serge était très content, un tube en puissance qui, on aimerait le croire, montre à quel point les grands artistes savent soigner leur sortie de scène.

    3 min
  • Que reste-t-il de Serge Gainsbourg ? (Episode 4)
    Que reste-t-il de Serge Gainsbourg ? C’est vrai que quelques anecdotes sont passées dans le domaine public. Le seul problème c’est que beaucoup de chroniqueurs reprennent toujours les mêmes, alors que reste-t-il de cette histoire incroyable ?

    Un an après le Grand Prix Eurovision avec France Gall, Gainsbourg gagne enfin convenablement sa vie en droits d’auteur. Mais bon, les albums qu’il sort sous son nom continuent à ne pas bien se vendre. 20.000 pour Gainsbourg à côté des 800.000 de Johnny, ça fait une sacrée différence pour deux artistes qui sont aussi présents dans les médias. La spécialité de Gainsbourg, ce sont les émissions de variétés mises en scène, genre Carpentier ou Sacha Distel. Serge n’a en effet pas son pareil pour imaginer des sketchs souvent drôles, parfois pathétiques auxquels tout le monde se prête.

    Et puis, il y a le cinéma où il n’arrête pas de tourner. Oh pas des grands films mais il a un style, alors ce n’est pas désagréable à regarder. Ainsi en août 1966, il est à l’affiche d’Estouffade à la Caraïbe, un polar nanar où il donne pourtant la réplique à Jean Seberg, l’inoubliable partenaire de Belmondo d’A bout de souffle. Le dernier soir des six semaines de tournage en Colombie, Gainsbourg dîne dans un restaurant où après avoir allumé une cigarette, il jette une allumette distraitement par-dessus son épaule. Celle-ci atterrit dans une décoration de plantes séchées et met le feu à l’établissement en quelques secondes. Sorti en courant avec le personnel et la clientèle, il regarde flamber l’établissement en s’exclamant, C’est moi qui ai fait ça ? Pas fier et inquiet de ce qui pourrait lui arriver en ces contrées lointaines et incertaines, Gainsbourg passe sa dernière nuit latino-américaine non pas à son hôtel mais chez une prostituée.

    Et lorsque le lendemain il vient reprendre sa valise avant de filer à l’aéroport, des policiers l’attendent et l’emmènent au poste. Le producteur du film flairant la catastrophe, lui envoie un avocat genre « Bourbon & costume blanc » comme on n’en voit que dans les films noirs américains des années 40.

    - Un conseil : niez tout en bloc. Ce n’est pas vous qui avez jeté l’allumette puisque vous n’avez pas fumé.

    Serge Gainsbourg ment donc mais souffre le martyr durant les treize heures d’interrogatoires, de voir les policiers griller cigarette sur cigarette. Mais il ne bronche pas.

    Finalement, la production du film paie les dégâts et Gainsbourg est libéré. Au moment de quitter le bureau de police, un officier lui tend son paquet de cigarettes : Serge en prend une aussi sec.

    -  Vous voyez que vous fumez !

    Et Gainsbourg de répondre avec ce demi-sourire, qu’il a légué à sa fille :

    - J’ai dit que je n'avais pas fumé mais je n’ai jamais dit que je ne fumais pas.
    4 min
  • Que reste-t-il de Serge Gainsbourg ? (Episode 3)
    On voit encore parfois passer sur les réseaux des extraits vidéos de ses dérapages télévisuels, on entend encore des reprises, hommages rendus par de jeunes artistes, il fait jeu égal avec Johnny Hallyday en streaming, mais que reste-t-il de Serge Gainsbourg ?

    Et bien quelque chose d’exceptionnel, vous le savez, sa maison dans laquelle rien n’a bougé depuis cette triste nuit où les pompiers l’ont emmené. Vide et inhabitée durant des décennies, elle est aujourd’hui devenue un musée où nombreux sont ceux à être pris d’une vive émotion en la visitant, alors, imaginez que nous soyons, par miracle, projetés dans les années 70. Il fait nuit, bientôt le matin, quand une silhouette titubante s’arrête devant le 5bis de la rue de Verneuil. Oui, Serge Gainsbourg rentre chez lui, encore beurré comme une tartine. Il foulle ses poches à la recherche de ses clés mais où les a-t-il mises ? Il ne les a quand même pas oubliées sur la table de ce bar, dont il ignore le nom ? Ou sur la banquette arrière du taxi ? Ah non, les voilà. Maintenant, le plus dur : la bonne trajectoire vers la serrure sans laisser tomber le trousseau. Le voilà dans la place, sans faire de bruit, pour ne pas réveiller les filles. Serge a promis à Jane, rentrée bien avant lui, d’être de retour avant le matin et il a tenu parole, hein ? Alors ce dernier verre de Bordeaux qu’il se sert, il l’a bien mérité. Et là, l’inspiration lui vient, il se dirige vers le piano et joue doucement la musique qui lui trotte dans la tête, un truc sorti de la brume, comme son taxi se garant débouchant des quais de Seine vers ce qui est depuis presque cinq ans, le domicile des Gainsbourg.

    Mais joue-t-il de plus en plus fort sans le remarquer ? Toujours est-il que Jane descend et l’engueule. N’est-il pas fou de jouer à une heure pareille ? Il va réveiller Charlotte et puis, elle se lève tôt pour partir en tournage. Serge s’étonne, il a promis de rentrer avant que les gamines se lèvent, pas de se coucher. D’accord, il fait du bruit mais c’est la musique, c’est son métier, on ne peut pas transiger là-dessus. Le ton monte, c’est l’engueulade, une de plus, Jane ne supporte plus sa vie de bâton de chaise, ses copains douteux, sa frénésie à boire jusqu’au bout de la nuit alors qu’il a une vie de famille heureuse. Elle part se réfugier dans la chambre des poupées, cette pièce pour où elle a réuni ses objets personnels car il n’y a pas de place ailleurs, toute la scénographie a été étudiée comme dans un musée.

    Quand Serge ouvre un œil vers 13 heures, la maison est calme et vide. Il descend dans la cuisine, se sert un verre puis allume la télé pour regarder les infos. Mais quand la petite douleur qu’il ressent depuis un moment devient persistante, il reconnaît les symptômes dont tant de médecins inquiets de sa consommation d'alcool et tabac lui ont parlé. Juste encore assez de contrôle pour téléphoner, Serge appelle un des rares numéros qu’il connaît par cœur : sa Maison de disques. Quelques minutes plus tard, des urgentistes arrivent chez lui, il a bien fait une attaque, il faut qu’on l’emmène à l’hôpital. Deux secondes dit Serge qui tient à son image : une couverture Hermès et un sac Vuitton pour ses affaires dont plusieurs paquets de Gitane. Ce soir, il va se réconcilier avec Jane et l’écrire, cette fameuse chanson !

    4 min
  • Que reste-t-il de Serge Gainsbourg ? (Episode 2)
    Près d’un siècle plus tard, quel souvenir reste-t-il de ce jeune et timide garçon qui du haut de ses 9 – 10 ans, tétanisé sur ce trottoir du 9ème arrondissement de Paris. Mettez-vous à sa place, il croise en revenant de l’école, la grande et très imposante Fréhel, une des plus grandes stars de la chanson populaire. Et elle est là, sur le trottoir, devant chez elle, en peignoir avec ses chiens sur les bras.

    - Tu es sage et tu travailles bien à l’école, je vois.

    Ah oui, Serge est tellement fier de la croix d’honneur des bons élèves qu’il a fait coudre sur son tablier, ignorant que bientôt on lui collera une étoile jaune à la place. Mais au lieu de passer son chemin, Fréhel lui passe la main dans les cheveux et lui dit :

    - Viens, je te paye un verre.

    Voilà l’interprète de La Java bleue qui s’attable à une terrasse, commande un ballon de rouge pour elle et un diabolo-menthe avec une tartelette aux cerises pour le p’tit.

    - Comment tu t’appelles ?

    - Serge, Madame, répond le gamin dans un souffle de timidité et de confusion.

    - Serge comment ?

    - Serge Ginsburg.

    - Et bien mon petit Serge, je bois à ta santé et à ton avenir, car tu deviendras grand.

    - T’es prêt, Serge ?

    La voix de l’ingénieur du son qui résonne dans le haut-parleur de la cabine, tire Gainsbourg de sa rêverie, de ce souvenir de sa première rencontre avec le show business qui lui a ouvert le rêve de devenir artiste. Serge voulait dessiner puis peindre. Vingt ans plus tard, il est chanteur et musicien. Gainsbourg a en effet à son actif plus de vinyles gravés et d’heures passées à jouer du piano bar, comme son père, que de toiles. Certes en 1958, il est passé quelques fois à la télévision avec son Poinçonneur des lilas. Mais le disque ne s’est pas vendu : 2.000 exemplaires, tout comme le 25 cm suivant d’ailleurs. On le trouve mauvais chanteur, sans voix et laid. Fréhel s’est trompée. Jamais je ne deviendrai grand dans la chanson qui n’est qu’un art mineur, comme dit mon père.

    - On y est ?

    Serge enregistre alors la chanson qu’il a composée pour un film, SA première musique de film. Et là, miracle, sa chanson fait un tube : 100.000 exemplaires vendus en 1960, Serge en a le vertige. Dans un night-club, il croise la star Pier Angeli, ex-fiancée déjà mythique de Kirk Douglas et James Dean. Cette magnifique femme de 27 ans lui écrit sur un morceau de papier : J’adore “L’eau à la bouche”, ça me donne L’eau à la bouche. Serge gardera en souvenir cette première page d’une histoire qui va le lier aux plus belles femmes de ce monde et même des imaginaires.

    3 min
  • Que reste-t-il de Serge Gainsbourg ? (Episode 1)
    Paris, Rive Gauche, une rue étroite à deux pas de la Seine, perdue entre le musée d’Orsay et les Deux Magots, reçoit depuis quelque temps la visite de touristes qui se rendent dans un musée situé au 5bis, rue de Verneuil, une longue maison en rez-de-chaussée, contrastant avec les nombreux étages de ses voisines. Et malgré une activité revenue après trente années d'abandon, la façade dégage encore une infinie tristesse car c’est ici que durant deux décennies, entre 1968 et 1991, Serge Gainsbourg a vécu et forgé sa légende. Il faut dire que rien n’ayant bougé depuis cette triste nuit où son propriétaire nous a quittés, on ne peut s’empêcher de penser aux derniers moments de solitude qu’il y a vécus au temps où il était la plus grande star de la chanson française. Interprète atypique, prodigieux auteur et compositeur devenu provocateur cathodique, noctambule notoire, compagnon de nymphes et collectionneur de disques d’or, Serge Gainsbourg est et reste un personnage d’exception qui, longtemps après sa mort, ne laisse encore et toujours personne indifférent. Il est vrai que de son vivant, Gainsbourg avait fait des médias son champ de bataille. Un artiste complet qui a utilisé son talent de plasticien pour créer de ses pinceaux un personnage sur une toile qui n’a jamais déteint. Mais aujourd’hui, que reste-t-il de lui dans ces lieux, dans le Paris qu’il aimait ?

    Il y a bien des années, Serge Gainsbourg amassait les millions, les TOP 50, les tournées triomphales. Tout ce qu’il touchait, quelques mots griffonnés sur un bout de papier qu’il donnait à chanter, à des femmes de préférence, se transformait en or. Tout le monde en parlait au point que souvent, le compositeur des chansons dont il n’écrivait que le texte disparaissait derrière lui. Ainsi de Franck Langolff qui a quand même, il faut le savoir, créé la musique de Tandem, le succès inattendu de Vanessa Paradis, nous sommes alors en 1990. Une Vanessa très intimidée qui vient lui rendre visite, justement dans cette maison devenue un musée ; rendez-vous dans l’espoir qu’il écrive pour elle. Il faut dire que la maison a de quoi impressionner ; la décoration intérieure que Gainsbourg a façonnée au fil du temps est une véritable œuvre d’art. Alors ne touchez à rien, surtout ne déplacez rien, il ne le supporte pas. La seule chose qu’il amortit vraiment c’est son téléphone dont il décroche et raccroche le cornet à tout bout-de-champ tellement il redoute qu’on ne sache pas le joindre. Est-ce l’aveu silencieux qu’il se sent seul malgré les va-et-vient incessants de sa gentille cour tout au long du jour ou la crainte de rater une demande d’interview ? Il faut dire qu’avec la sortie de sa double compile CD qui se vend à la pelle, public et médias découvrent un ancien répertoire à côté duquel ils étaient passés.

    4 min
  • Iggy Pop Star Alternative des 90's (Episode 5)
    Je me souviens toujours de la première fois où j’ai entendu cette chanson d’Iggy Pop à la radio. Quand on connaissait l’animal, c’est le cas de le dire, c’était plutôt surprenant mais c’était pour la bande originale d’un film avec Johnny Depp, alors donc, rien d’étonnant. Mais qu’avec les semaines et les mois, la chanson devienne un tube mondial, là, on a tous été étonnés. Et quand les médias grand public ont adopté, définitivement, l’artiste Iggy Pop, on s’est dit que décidément, tout peut arriver. Car oui, le gars venait de fêter ses 46 ans, quand même.

    Alors, d’où viens-tu, Iggy ? Ben de l’Amérique profonde, avec son groupe, les Stooges qui ont été le modèle de la scène grunge, et avant ça, des punks anglais, en 1977. James Osterberg de son vrai nom est originaire du Michigan et il fait ses débuts, en 1963, comme les Rolling Stones mais pas avec le même succès. Le premier groupe dont il est le batteur se nomme les Iguanas, de là lui vient son surnom, Iggy, mais aussi l’Iguane. Il faut dire que son truc sur scène est de se tenir face au micro penché sur le côté avec le torse nu, penché en avant. C’est vrai qu’il s’agit pour Iggy de ne pas montrer qu’il a une jambe plus courte que l’autre, et dont il va ainsi tirer parti avec une attitude particulière. Et donc, en 1967, dans ce coin perdu du nord des Etats-Unis, on n’a jamais vu un groupe aussi brutal que les Stooges et dont le chanteur, Iggy, a un modèle : un Jim Morrison des Doors qu’il s’est mis en tête de surpasser au rayon de la provocation sur scène. Tout y passe : le torse nu enduit de beurre de cacahuète, un tas de trucs pour le public des premiers rangs que je ne citerai pas sauf un, celui où il s’élance et se jette dans la foule qui le tient à bout de bras. Oui, l’inventeur de cette discipline particulière qu’est le stage diving, c’est copyright Iggy Pop.

    Un Iggy et des Stooges vraiment ravagés, pire que les Doors, incontrôlables, mais  qui disparaissent des radars après leur second album, sombrant dans la dépendance à l’héroïne. Mais voilà, ils comptent parmi le faible nombre de leurs fans, un Anglais qui, lui aussi, a du mal à se trouver un public : David Bowie. Et quand il arrive à franchir l’Atlantique, Bowie n’a qu’une idée en tête, les trouver et les sortir de là. David Bowie produit leur nouvel album dans une ambiance que seul le prétexte de c’était l’époque pourrait justifier. Mais les Stooges et Iggy se séparent ; trop d’excès et de tensions pour continuer. Le saviez-vous, après la mort de Jim Morrison, les membres survivants des Doors envisagent un temps de le recruter mais Iggy est trop loin dans la drogue, il tombe à la rue, perd des dents dans une bagarre, et ne doit son salut que par un internement volontaire dans un asile pour se sevrer.

    Et qui vient le chercher à nouveau ? David Bowie qui l’emmène à paris puis Berlin  et lui produit deux albums solos qui le lancent définitivement, en 1977, dans le monde du rock. Dix ans plus tard, ils remettent ça ensemble, Bowie l’accompagne incognito ou presque, sur scène aux claviers, ils sont les meilleurs amis du monde, et vont le rester. Et nous voilà en 1990, les années CD, contre toute attente, Iggy Pop sort un album qui va être porté aux nues par tous, succès phénoménal, comme si la décennie qui s’ouvre allait lui ressembler. Ce duo avec la chanteuse des B52’s en est le plus bel exemple.

    5 min

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Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Ce podcast incontournable vous fait voyager à travers les époques, en…

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