La Story Nostalgie

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La Story Nostalgie episodes

  • Back to 1995 (Episode 2) : Elton John
    Retour en 1995. S’il y a un film de cette année qui réunit tout le monde cette année-là, c’est bien Le Roi Lion. Qu’on l’ait vu avec des yeux d’enfant, d’adolescent ou de parent, on y est tous passé ou presque. Et je ne parle pas de la cassette vidéo qui a suivi et tourné, tourné, tourné mille fois. Chouette invention, hein, pour les mômes, mais pour les parents, dix fois, la même scène, c'est un sacerdoce. Mais bref, N°1 au Box Office mondial, Disney n’avait plus connu ça depuis les années 70. La traversée du désert a été longue, mais les aventures de Simba, Timon et Pumbaa sur fond de tragédie shakespearienne, c’est une trouvaille. Et qui a un effet collatéral puisqu’il marque aussi le retour d’Elton John sous unepluie des disques d’or et de platine. Ah ça faisait longtemps aussi, une petite dizaine d’années malgré une production toujours aussi dense, quasiment un album par an. Oui, avec les années, ça y était, Elton John n’était plus acheté par les jeunes mais par une partie seulement de ceux qui en avaient été les fans du début des années 70 jusqu’au milieu des années 80. Ce qui était déjà pas mal, qui peut se vanter d’une carrière pareille. C’est vrai qu’au fil des albums, il avait fini, si pas par décevoir, en tout cas par user notre émerveillement, Elton John. Il composait toujours de belles chansons mais elles avaient perdu l’attrait de la nouveauté, de leur folie et aussi de l’impétuosité de l’artiste sur scène. Vingt-cinq ans de carrière, même un peu plus, disons de succès, et donc, quand le film sort, un Elton John qui sert la soupe à Disney, c’est un peu l’antichambre de la maison de retraite, une pension pour un homme qui n’en a pas besoin, en plus.

    Vous le savez, ce doublé de succès va être énorme, gigantesque replaçant Elton John sur le podium du business mondial. Pour la première fois, on parle de record de longévité pour un artiste qui aligne les N°1 et les disques de platine sur trois décennies. Mais c’est bien peu de choses par rapport à ce qui va sortir quatre ans plus tard, la comédie musicale du roi lion, qui plus d’un quart de siècle après attire toujours autant de monde dans les théâtres, on ne compte plus le nombre de troupes qui ne jouent que ça à travers le monde. On n’ose même pas imaginer ce que ça doit représenter en droits d’auteur !

    Reste bien sûr le principal : l’émotion à l’écoute de cette chanson d’Elton John, qui se marie diablement bien avec ce film qui a tiré des larmes à plus d’un, la première fois sans doute chez Disney, dans de telles proportions, depuis Bambi, cinquante ans plus tôt. Alors, pas besoin de mettre le calendrier de la DeLorean sur 1995, ça marche toujours, il suffit d’écouter la chanson.
    4 min
  • Back to 1995 (Episode 1) : The Cranberries
    Il y a trente ans, nous étions en 1995. Si loin et pourtant c’est comme si c’était hier. Tenez, vous le voyez encore ce logo Windows 95 qu’on allait garder si longtemps sur la page d’accueil de nos PC qui faisaient à peine plus que du traitement de texte mais accueillait déjà des jeux vidéo. Je me trompe ?

    Tout comme la finale de Wimbledon remportée pour la troisième fois consécutive par Pete Sampras, vous ne pouvez pas l’oublier, c’était juste après la fin de ces foutus examens qui vous privaient chaque année de Roland Garros. Et n’oublions pas Steffi Graf qui, elle, a remporté ces deux tournois.

    C’est vrai que c’est un peu l’année de la femme, 1995. On n’a jamais vu autant de chanteuses sur le devant de la scène : Céline Dion triomphe en établissant un record de vente qui ne sera jamais battu par aucun chanteur français, et puis il y a Mylène Farmer, Axelle Red, Native, Ophélie Winter, Janet Jackson, Tina Turner, Mariah Carey, Whitney Houston, Enya, Ace of Base, Annie Lennox, TLC, Bjork, et bien sûr, Madonna. Mais là où on se dit qu’il se passe quelque chose, c’est qu’à présent les filles s’imposent en nombre dans une musique réputée être un truc de garçon : le rock. Ainsi les CD d’Alanis Morissette tapissent l’entrée des Virgin et vitrines de tous les magasins de disques petits et grands qui n’ont jamais vu passer autant de clients qu’en ces années 90. C’est la révélation et surtout le carton puisque son album Jagged Little Pill se vend à 30 millions d’exemplaires. 30 millions, vous vous rendez compte ? A hauteur du fameux album de Nirvana. L’année 95 avait d’ailleurs commencé tout en haut de la gamme puisqu’on avait démarré en janvier, collés au plafond avec la voix de Beth Gibbons du groupe Portishead … Glory box , on en plane encore, hein ? Et puis pour la première aussi, celle de Shirley Manson du groupe Garbage … I’m only happy when it rains. Oui, Garbage, le groupe du producteur du son énorme du fameux Smells like teen spirit.

    Mais la sensation féminine de 1995 est sans nul doute irlandaise. Que les fans des Cranberries lèvent le doigt. Sorti durant l’automne 1994, le CD vous a accompagné toute l’année, hein ? Il s’en est quand même vendu plus de 17 millions en Europe et en Amérique, quand même. En France, il n’y a que Cabrel et son Samedi soir sur la Terre pour battre les Cranberries et en Belgique, ben c’est un double album de platine, je vous dis que vous y êtes allé, tous ou presque chez le disquaire, et si pas, à la médiathèque pour vous en faire une cassette. Bon, ne nous gargarisons pas trop, au Canada c’est 5 fois platine, aux Etats-Unis, sept fois. Merci MTV. Et merci, la radio.

    Mais qui était à Torhout ou Werchter le 1er ou le 2 juillet, pour Dolores et son groupe en tête d’affiche ? Sur le second podium, oui, mais sur le principal il y avait The Cure et R.E.M, quand même.Non, on n’avait jamais entendu le mariage d’une chanteuse gaélique avec la pop et surtout un rock aussi dru, la bande son idéale d’une adolescence romantique qui pousse les sentiments à l’extrême. Et vraiment, vu ainsi, 1995, a été une année formidable.
    4 min
  • Back to 1995 (Episode 5) : The Scatman
    Je vais demander à vous qui avez connu, vécu, cette année 1995 de vous souvenir d’un endroit qui était alors essentiel, quel que soit votre âge, cette année-là. Qui a dit disquaire ? Bravo ! Oui, le disquaire du centre ville en Wallonie, car à Bruxelles, il y en avait dans toutes les communes et parfois les quartiers. C’est là finalement qu’il fallait se rendre pour découvrir la musique et pouvoir la ramener chez soi ; on y a passé une partie de notre jeunesse.

    Il y avait quelque chose de magique à entrer chez un disquaire en 1995, la présence physique de toute cette musique, tous ces CD qui étaient mystérieux : on se demandait souvent ce que pouvaient contenir les boîtiers dont certains étaient de véritables petites œuvres. Et puis les posters aussi, c’était tout un univers où on passait beaucoup de temps. Car on n’y faisait pas que regarder les pochettes en faisant défiler les disques sous nos doigts dans les bacs, on écoutait aussi pour savoir si ça allait nous plaire. Mettre le casque et passer le CD au disquaire qui le plaçait dans le lecteur et revenait plus ou moins fréquemment passer à la chanson suivante si c’était un album, quoi qu'en 1995, on voyait apparaître ces fameuses colonnes avec les piles de CD et là on faisait tout nous-même. Mais bon, fallait bien dire que c’était pas de tout repos, être disquaire, car il prenait des risques, celui de rester avec le stock commandé, fallait faire évoluer la vitrine constamment, et les assortiments en magasins, les têtes de gondole, en fonction des grosses sorties de la semaine. Et puis il y avait le disquaire fan de musique, celui qui déroulait le tapis rouge à une nouveauté et pouvait vendre des quantités invraisemblables de l’album d’un nouvel artiste ou d’un groupe alors que dans la ville d’à côté, il y en avait juste vingt qui étaient partis.

    Et comme toujours, il fallait se farcir une certaine clientèle. Je ne parle pas du casse-pied qui l’est dans tous les types de commerce, non, ici on parle de musique donc il y avait des phénomènes spécifiques. Le gars qui écoutait tout et ne prenait rien, gaaarde ton calme, Bertrand, ne sois pas désagréable, tu vas gâcher l’ambiance et puis tu vas montrer une mauvaise image aux autres clients, une mauvaise réputation est vite faite. Le client de mauvaise foi qui rapportait le disque parce qu’il ne l’aimait pas. Que faire ? Il avait peut-être fait sa cassette et en venait chercher un autre. Il en faut des kilos de diplomatie. Et puis enfin, le passionné. Par une chanson. Qu’il a entendue à la radio. Le chanteur ? Il ne sait pas, il n’a pas compris, c’est pas un chanteur français. Le titre alors ? Il ne sait pas non plus. Mais alors que faire ? Et alors là, le gars, il se met à chanter l’air, qu’on ne reconnaît pas, évidemment, soit parce qu’il chante très très mal, soit parce que le morceau est trop nouveau, soit … ah ben oui, en 1995, quand le gars voulait une chanson dont il n’avait compris ni le titre ni l’interprète, ni les paroles, c’était une fois sur deux celle du Scatman.
    4 min
  • Harrison Ford, dans l’ombre avant d’être une star (Episode 5)
    Si nous avons fait connaissance avec Harrison Ford grâce à son rôle d’Han Solo dans Star Wars à la fin de l’année 1977, l’acteur était pourtant arrivé de sa province profonde, à Hollywood, en 1964. Alors pourquoi ces treize années dans l’ombre ? Et bien parce que le jeune comédien, bien que recommandé auprès d’un grand studio, n’entend pas faire n’importe quoi. Il est là pour bien jouer de bons rôles, il vient du théâtre. Alors les conneries des gens du studio, genre lui faire une coupe de cheveux à la Elvis Presley parce que c’est dans le vent et aussi, ça c’est le pompon, prendre un pseudonyme, ils peuvent se le foutre au cul. C’est pas moi qui le dit, c’est Harrison Ford dans le bureau de Jerry Tarkovski, le vice-président de la Columbia qui le paie au mois. Le gars étant du genre sanguin, Ford est d’abord mis à pied puis finalement viré et blacklisté. Ne l’engagez pas, vous n’aurez que des problèmes avec lui.

    Et en effet, Harrison Ford galère pour nourrir sa famille. Il doit ainsi retaper lui-même la maison qu’il vient d’acheter, une bonne affaire mais elle est en mauvais état, y a pas de miracle. Et se découvrant des talents dans le bâtiment, il les met au service d’autres acteurs et de musiciens en exécutant leurs travaux. L’affaire  marche plutôt bien, il finit par avoir des chantiers partout. Il a toujours son agent qui lui trouve des castings mais quand son artiste s’y rend, il n’est pas sûr qu’il va en revenir avec un contrat. Et parfois pour des raisons autres qu’artistiques : je ne vais pas accepter un rôle qui me rapporte moins que la menuiserie !

    Jusqu’à ce jour où, travaillant de nuit dans les bureaux de Francis Ford Coppola, dans un film duquel il a déjà tenu un petit rôle, il tombe, tôt le matin, sur George Lucas. En bleu de travail, et avec ses outils, Ford est bien embarrassé car il a aussi joué pour Lucas, un petit rôle mais dont on a parlé, dans ce qui est alors l’unique grand succès du réalisateur : American Graffiti.

    George, comment vas-tu ?

    Je viens faire passer des castings pour ma prochaine production, je prépare un film de Science-Fiction.

    Bon, ben, salut.

    Lucas l’a à peine quitté qu’il se dit que Ford pourrait donner la réplique aux candidats du casting. Il le rattrape et pendant des jours Harrison Ford briefe les acteurs et joue le rôle d’un contrebandier assez rustre dans lequel il est vachement bon, idéal même. La suite, vous la connaissez.

    Ce qu’on sait moins, c’est que l’actrice chez qui Harrison Ford n’est jamais venu terminer un chantier dans sa cuisine, a mis une pancarte sur l’échelle avec ces mots Harrison Ford a laissé ça ici.

    La conclusion de cette histoire incroyable de gens de l’ombre qui sont devenus des stars, c’est vingt ans plus tard, Harrison Ford, alors devenu l’acteur le mieux payé d’Hollywood arrive dans un restaurant huppé de Los Angeles. Et alors qu’il vient de s’installer, un garçon lui apporte une carte de visite. C’est celle de Jerry Tarkovski avec ces mots écrits au dos : « Je me suis planté ». Se retournant sur la salle, Harrison Ford avouera ne pas reconnaître le visage de son ancien tortionnaire parmi les clients du restaurant.

    4 min
  • Back to 1995 (Episode 4) : The Beatles
    Je n’oublierai jamais ce 20 novembre 1995. Je crois que c’est la première fois de ma vie que je me mettais à la recherche dans Bruxelles du premier disquaire sur lequel j’allais tomber en sortant de mon bureau tellement je ne pouvais pas attendre pour le mettre directement dans ma voiture. Il faut dire qu’il s’agissait d’un disque improbable, le premier album original des Beatles depuis 1970. Comment était-ce possible ? On n’en savait rien mais voilà que paraissait officiellement un double CD intitulé Anthology avec une foule de documents sonores dont des chansons jamais entendues et même une entièrement nouvelle. Oui, quinze ans après la mort de John Lennon qui rendait toute réunification impossible, cette année 1995 nous rendait les Beatles, 25 ans tout juste après leur séparation officielle et leur entrée dans la légende.

    Alors bien sûr, on ignorait que les fameuses compiles Double rouge et double bleue, étaient au départ la B.O. d’un reportage imaginé par le vieil ami des Beatles de la première heure, Neil Aspinall, le petit gars de Liverpool qui, à leurs débuts, les trimballait dans sa camionnette. Ils l’avaient depuis nommé directeur de leur label, Apple. Le doc télé intitulé The long and winding road, n’était jamais sorti, ni le projet suivant, douze ans plus tard, en 1984, Sessions, qui comprenait des titres inédits et des versions différentes car les Beatles enregistraient de nombreuses versions du même titre avec des évolutions incroyables au fil des essais. Mais cette fois, ça y est, ils ont réuni les deux idées : un reportage télé de six heures, sûrement le plus cher jamais consacré à un artiste, un livre titanesque de photos et une histoire racontée uniquement par les quatre membres. Et puis, une B.O. en trois double CD qui vont sortit à partir de cette fin novembre.

    En cette année 1995, on n’a pas encore vu de rééditions d’albums avec un CD bonus de raretés et donc, la surprise ne va qu’en être plus grande d’entendre ces gamins qui enregistrent leur premier disque en 1958, quatre ans avant le véritable début, un disque qui avait été gravé en un seul exemplaire puis disparu dans une malle durant plus de trente ans avant de réapparaître et d’être racheté à prix d’or par McCartney. Le groupe s’appelait alors les Quarrymen, les gamins n’avaient pas d’argent et n’avaient pu graver qu’un seul exemplaire qu’ils se faisaient tourner, et on avait oublié qui l’avait eu en dernier. Oui, c’est étonnant de dire qu’en 1995, l’année où la techno, le hip hop, les boys bands et le rock alternatif triomphent, où les adolescents regardent MTV et écoutent des CD sur leur baladeur en jouant aux jeux vidéos, qu’un nouveau single des Beatles soit N°1 partout, au pire N°2, et que leur double album de titres au son pas terrible se vende à dix millions d’exemplaires? Car c’était ça aussi 1995, le retour d’une voix disparue et la réunion des quatre fabuleux, pour une dernière session de studio ensemble.

    4 min
  • John Williams, dans l’ombre avant d’être une star (Episode 4)
    Nous sommes à Hollywood, Los Angeles, en 1958. L’âge d’or du cinéma mais aussi depuis peu, une usine à séries télévisées. Ah ce sont deux choses bien distinctes car la télé c’est de la fiction vite faite, vite consommée, une véritable usine. Et justement, on est occupé à y monter la seconde série créée par un jeune réalisateur répondant au nom de Blake Edwards. On le dit prometteur même si les quelques films qu’il a réalisés pour le cinéma n’ont pas trouvé leur public. Mais bon, il faut qu’il fasse ses armes et justement, cette série policière de la chaîne NBC (pour laquelle entre parenthèses travaille à New York le jeune Woody Allen) semble prometteuse. Ça parle d’un détective avec de forts penchants pour les femmes, l’alcool et le jazz, son nom : Peter Gunn.

    Ah, s’il est question de jazz, il faut confier la musique à un spécialiste de la bande originale et du jazz : Henry Mancini. Lequel s’exécute mais allez savoir si c’est faute de temps ou de cachet, il faudrait un solide pianiste pour arranger et exécuter ça, vite fait aussi, bien sûr, on est à Hollywood et on a autre chose à faire. Ah oui, et qui ne soit pas trop gourmand non plus.

    On n’a qu’à demander à Johnny. Johnny Williams, c’est ce pianiste qui joue à gauche à droite, et qui travaille aussi pour les studios Universal. Un gars très cool qui ne fait jamais d’histoires. Parfait !

    Johnny, John de son vrai prénom, mais Johnny ça fait plus jazzman pour les engagements dans les clubs, vient en studio pour 40 dollars et en trois heures, il plie le thème de Peter Gunn, sans avoir conscience, évidemment, du destin exceptionnel que va connaître ce morceau qui constitue la collaboration improbable de deux des plus grands compositeurs de l’histoire du cinéma. Oui, qui sait encore aujourd’hui à quoi ressemblait cette série, qui était ce Peter Gunn. Mais tout le monde connaît le morceau et aussi, sait qui est Blake Edwards, qui ne manquera pas de faire appel à Henry Mancini quand il tournera deux ans plus tard Breakfast at Tiffany’s et puis encore plus tard La Panthère Rose.

    Quant à Johnny ? Et ben il va laisser tomber le y, les p’tits concerts de jazz et se consacrer à ses œuvres pour orchestre classique. Car autant il n’a jusqu'ici jamais cru qu’il arriverait à vivre de la composition, c’est vrai il n’y a que jouer du piano pour faire bouillir la marmite, autant grâce à ce Peter Gunn, on va commencer à lui proposer des musiques de film. Et il va ainsi traverser les années 60 à pondre des bandes originales de petits films jusqu’à cet Oscar pour une chanson qu’on a oubliée mais qui lui vaut de passer la vitesse supérieure et de devenir le compositeur attitré de films d’un nouveau genre au début des années 70 : les films catastrophes. Et après un Poséidon, un Tremblement de terre et une Tour infernale, John Williams est contacté par le jeune Steven Spielberg à qui Williams offre la recette ultime : le thème musical, pièce essentielle du scénario … Les Dents de la Mer. De là à ce que Spielberg le recommande à son ami George Lucas, il n’y avait qu’un pas, et 54 nominations aux Oscars plus tard, qui ignore le nom de John Williams ?
    4 min
  • Woody Allen, dans l’ombre avant d’être une star (Episode 3)
    Mais bon dieu, qu’est-ce qu’il lui a pris de vouloir jouer devant un public ? C’est vrai qu’Allan Konigsberg n’a rien pour lui, je veux dire physiquement, pour réussir dans le showbizness des années 50. Et du haut de son mètre 63, il l’a bien compris. Il aurait habité le milieu de la campagne ou des montagnes rocheuses, il aurait pu se rêver acteur ou musicien star, il n’avait aucun modèle sous les yeux dans son quotidien. Mais quand on habite New York, dans un appartement d’une pièce situé juste à côté de la porte électrique d’un immeuble aux multiples étages et qu’à quelques centaines de mètres de là, toutes les stars du théâtre et du cinéma jouent à Broadway, que des dizaines de gars triomphent dans les cafés théâtres de Greenwich Village ou les boîtes chics des grands boulevards, on a des exemples à qui se comparer quand on se tient le matin devant le miroir de la salle de bains.

    Non, Allen, qui a choisi de transformer son prénom en nom, prenant Woody comme prénom, a trouvé sa voie. Depuis l’adolescence il sait comment faire rire, envoyer une vanne ou imaginer des situations comiques, mais il les fait dire et jouer par d’autres qui le paient très bien pour ça. Ainsi à seize ans, il écrit déjà Sid Caesar, le comique de la radio et de la télé. Seize ans, vous le croyez, ça ? Alors qu’il est toujours à l’école. Sans doute est-ce la raison pour laquelle les cours à l’université ne vont pas l’intéresser. Les années passent. Woody grimpe à la télé, jusqu’au sommet, c’est-à-dire les émissions les plus regardées par l’Amérique comme le Ed Sullivan Show qui révèle les plus grands talents le dimanche soir comme Elvis Presley.

    Alors qu’est-ce qui lui a pris de laisser germer cette graine tombée dans le terreau de sa créativité d’artiste. En effet, la chaîne NBC qui l’emploie l’envoie dans une boîte très chic où tout coûte un pont, assister au show de l’humoriste du moment : Mort Sahl. Woody serait bien incapable d’expliquer ce qui fait le génie de ce gars mais une chose est sûre : il a foutu sa vie en l’air. Car désormais, Woody veut être lui. Aussi pour la première fois, il écrit un sketch qu’il joue un soir au débotté devant des amis producteurs. Et ils le trouvent très drôle, au point de lui monter un plan de dingue. Oui, ce dimanche soir, une star du stand up demande à la salle comble venue l’applaudir, de rester après le spectacle pour voir un débutant. Et voilà un petit homme qui s’avance, liquéfié de frayeur, vers ce micro dressé au milieu d’une scène qui lui paraît immense. Le silence tombe sur le public avec le dernier applaudissement, il pèse des tonnes sur les épaules de Woody qui balaye du regard ces crânes dont il ne distingue que le contour mais devine dans l’ombre les paires d’yeux posées sur lui, et rien que lui.

    Après une interminable poignée de secondes, il se lance enfin … et les rires fusent. Si fort, si bruyants que Woody semble rétrécir dans son costume, écrasé par les cascades de rires et les applaudissements. Quelques minutes plus tard, comment est-il arrivé sur cette chaise dans la loge, il ne s’en souvient pas ? Entouré de ses amis qui, il l’ignore encore, vont produire tous ses futurs films. Il écoute les conseils, qui tombent de gauche et de droite, il est dépassé par l’intensité de ce qui lui arrive. Le lendemain, les propositions vont pleuvoir de partout, Woody Allen est né au public ce soir de l’an 1960.
    4 min
  • Louis de Funès, dans l’ombre avant d’être une star (Episode 2)
    Nous sommes en pleine seconde guerre mondiale. Paris est occupée par les Allemands, les temps sont très durs. Marie de Funès paie à son frère Louis, qui est pianiste de bar, des cours de comédie chez René Simon, où il se lie d'amitié avec une bande de joyeux lurons nommés Robert Dhéry, Colette Brosset et Daniel Gélin. Mais il quitte rapidement les cours, ce qui n’étonne pas sa soeur, il a toujours été instable. Ce dont Louis se défend une fois de plus : ce n’est pas la comédie qui le fera vivre de son art, même s'il reconnaît avoir beaucoup appris. Et notamment à amuser le public le soir. Louis a en effet remarqué que depuis qu'il fait l'andouille en jouant, les gens viennent non seulement pour l'écouter (ce qui est déjà en soi un exploit) mais aussi pour le voir. Voilà donc comment il compte faire vivre la nouvelle famille qu'il forme avec Jeanne, sa jeune épouse qu'il rencontrée au cours Simon : en devenant un musicien réputé. Mais le destin est bien imprévisible car un jour de 1944, Louis tombe sur Daniel Gélin alors qu’il attend le métro. Mais au fait ! Et Daniel de lui demander de reprendre un rôle créé par Bernard Blier dans une pièce qu'il monte pour une représentation unique.

    - Mais je ne peux pas, je n’ai jamais joué. Et puis je ne suis pas libre.

    - Qu’est-ce que tu fais ?

    - Je joue du piano le soir dans un cabaret.

    - Et bien, pas de problème. La pièce se joue en matinée. Tu ne perdras pas ton cachet.

    Si on compte la mère et la femme de Louis de Funès, sept personnes assistent cet après-midi là à la représentation de L'amant de paille, à la salle Pleyel. Parmi elles, se trouve la directrice du théâtre de la Gaîté Montparnasse qui, conquise, lui propose de jouer dans la prochaine pièce du même auteur. A trente ans et de manière inattendue, Louis de Funès devient acteur. Daniel Gélin et lui ne se quittent plus. Daniel et son épouse, Danièle Delorme, étant devenus célèbres, ils pistonnent leur ami Louis sur tous les tournages, des figurations et petits rôles, un demi-jour, deux jours tout au plus, mais ça va arrondir tes fins de mois. Il faudra, vous le savez sans doute, attendre 1964 avant que le succès ne lui tombe dessus au cinéma. Pendant cette longue période de sa vie, Louis de Funès aura été le roi de la figuration et du petit rôle dans plus de cent films. Il y aura eu certes quelques rôles secondaires marquants, des rôles principaux dans des petits films et un gros succès au théâtre de boulevard mais avant d’enchaîner en quelques semaines Le Gendarme de St Tropez, Fantômas et Le Corniaud, il ne s’est trouvé durant vingt ans personne pour voir en Louis de Funès l’incontestable tête d’affiche mondiale qu’il allait devenir.
    4 min
  • Mel Brooks, dans l’ombre avant d’être une star (Episode 1)
    La vie des artistes est une source inépuisable d’histoires passionnantes qui résonnent en nous. Car c’est formidable de regarder rétrospectivement une future star de la musique ou du cinéma qui tente de trouver la reconnaissance mais à laquelle personne n’accorde d’intérêt. Et je ne parle pas de tous ceux qui ont renoncé juste avant d’y arriver : quelle place auraient-ils occupée ?

    Et puis il y a ceux qui avaient un travail qu’on appelle de l’ombre et qui un jour arrivent dans la lumière. Oui, qui aurait dit que le secrétaire particulier de Sylvie Vartan, de Fernand Raynaud et de Claude François deviendraient des grands noms de la chanson populaire, la télévision et le cinéma sous le nom de Carlos, Bézu et Ticky Holgado.

    Ainsi de Melvin Kaminsky qui à l’âge de vingt ans est démobilisé de l’armée américaine où son QI exceptionnel l’a conduit à être ingénieur sur le front belge en 44-45, lors de la bataille des Ardennes. Depuis le jour où à l’âge de neuf ans, il a assisté à sa première pièce de théâtre à New York, Mel sait qu’il ne fera pas le même travail que les autres. Et s’il vient de changer de nom, ce n’est pas pour cacher ses origines juives d’Europe de l’Est. Non, Mel étant batteur et pianiste, il veut éviter qu’on le confonde avec le grand trompettiste Max Kaminsky. Alors, il prend le nom de jeune fille de sa mère, Brookman, pour faire Brooks, et joue dans des hôtels pour touristes. Et un soir où le comique du spectacle est indisposé, comme dans la chanson de Michel Jonasz, Mel qui adore faire rire, regarde le micro et se dit : je me lance, allez, tant pis.

    Oui faire rire, est le moyen que tout môme, Mel avait trouvé pour que ses camarades de classe arrêtent de se moquer de sa petite taille. Alors il raconte des blagues, imite des personnalités, le public rit, on le garde le lendemain, il a trouvé sa voie. Mais réussir en Amérique est une tâche aussi énorme que le pays. Hollywood c’est très loin, à New York, c’est le théâtre, la radio et la télé, alors Mel fait des pieds et des mains pour approcher son idole, celui qui fait rire l’Amérique du début des années 50 : Sid Caesar. En quelques secondes, il lui balance une vanne et accroche la star qui lui en commande d’autres pour son émission. Ainsi débute la carrière d’auteur de Mel Brooks qui vend ses bons mots et ses sketchs. Parfois ça se passe bien, allant jusqu’à la création et l’écriture de séries comme Max la Menace ou des pièces de théâtre. Parfois ça se passe mal avec la star, ainsi Mel claque la porte du nouveau film de Jerry Lewis en 1960 et exige qu’on ôte son nom du générique. Si The ladies Man remporte un succès colossal, il ne reste que deux scènes écrites par Mel Brooks.

    Puis un jour de 1967 vient l’écriture et la mise en scène d’un film, parodie du monde des producteurs de Broadway que Mel connaît si bien. C’est si drôle mais tellement vitriolé que personne n’ose le distribuer. Heureusement, Peter Sellers, alias Clouseau, admiratif, lui achète de la publicité dans les magazines et, l’Oscar du meilleur scénario tombe sur Mel Brooks. C’est promis, au prochain film, car prochain film il va y avoir, grâce à cet Oscar, Mel jouera devant la caméra. Qui n’a pas vu depuis Frankenstein Junior, Space Balls ou La Folle histoire du monde. Mel Brooks est aujourd’hui presque centenaire mais qui ne se souvient pas d’une de ses chansons des années 80. Car on ignorait qu’il avait été aussi musicien. Ah non, pas chanteur ! Mais bon quand on est une star, on peut tout se permettre.
    4 min
  • Il y a 40 ans, We are the World par USA for Africa (Episode 5)
    Los Angeles, 20 janvier 1985, huit jours avant que n’ait lieu le plus grand événement jamais organisé dans l’histoire de la musique populaire américaine, ça y est ! Lionel Richie et Michael Jackson ont terminé la chanson que 44 énormes stars doivent enregistrer ensemble en studio. Reste le plus compliqué à organiser. Pas de mail à l’époque, encore moins de WhatsApp, il faut faire parvenir une cassette à tout le monde sans qu’il n’y ait de fuite dans la presse. Mais avant ça, enregistrer une maquette pour que chacun ait répété en arrivant. C’est vrai, pas question de commencer le truc sur place dans une ambiance et une cohue qui s’annoncent proches des Fêtes de Wallonie ou du carnaval de Binche.

    Nous sommes alors Jour J-5, Quincy Jones est à la table de mixage, un téléphone qui n’arrête pas de sonner, posé juste à côté de lui. Quoi ? Tu rigoles ? Amène-toi, Michael et Lionel sont là. Les musiciens sont prêts, Michael et Lionel devant les micros et c’est parti, tout le monde se lance. On s’arrête, évidemment pour des ajustements, Michael préfèrerait ainsi tel mot plutôt qu’un tel car il sonnera mieux, Quincy est d’accord, quand quelqu’un entre dans le studio. C’est Stevie Wonder, enfin ! C’était lui au téléphone, tout à l’heure. Mais ça fait près d’un mois qu’on l’a appelé, qu’il a dit oui et qu’on ne l’a jamais vu.

    Bon, on s’y met ?

    Mais euh, on ne t’a rien dit ? C’est fait, Michael et moi l’avons écrite. Là, on fait la maquette pour l’envoyer à tout le monde.

    Ah bon ?

    Un moment suspendu. A-t-on tenu Stevie informé ou est-ce lui qui a oublié, ou bien tente-t-il de donner le change car il sait très bien qu’il a laissé tout le monde dans le vent pendant des semaines.

    Très bien ! dit-il. On fait la démo alors ?

    Le croirez-vous ? Il n’y a pas internet en 1985 mais trois jours plus tard, tous, de New York à San Francisco ont reçu la cassette et la partition. Cinquante exactement qui ont transité via un manager, un agent ou atterri directement dans les mains des artistes. Huey Lewis, déjà quelques tubes à son actif aux USA, même si son Power of Love ne sortira qu’en juin, découvre la chanson sur le lecteur cassette de son autoradio en sillonnant les rues de San Francisco et Bruce Springsteen sur sa tournée américaine qui se termine la veille de l’enregistrement. C’est sûr que ça va faire un tube, alors, ils seront bien là le jour J. Format atypique de plus de six minutes mais succès prodigieux, il y aura entre-temps une session d’enregistrement qui vaut son pesant de Story mais faute de temps, je vous la raconterai, dans cinq saisons, tenez, pour les 45 ans ! Car c’est sûr qu’elle tournera encore aussi souvent sur notre antenne. Faut-il le souligner, un tel panel d’artistes d’exception, ça n’arrive qu’une fois.

    4 min

About La Story Nostalgie

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