La Story Nostalgie

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By Nostalgie BelgiqueMusicMusic History
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La Story Nostalgie episodes

  • Band Aid 40 ans (Episode 4)
    J’en ai suffisamment entendu parler, beaucoup d’entre vous ont regardé le documentaire Netflix, We are the world, et c’est vrai qu’ils ont fait fort. D’abord, le casting, toutes les plus grandes stars américaines de la chanson, un titre initié par Michael Jackson et Lionel Ritchie alors au sommet de leur gloire, la ville de Los Angeles pour décor au milieu des années 80 et bien sûr, un sens inné de la mise en scène. Même dans la précipitation, vous le savez, puisqu’il s’agit d’une réponse à l’incroyable succès du titre Do they know it’s Christmas ?

    On est loin des Britanniques qui ont fait ça spontanément, en quelques jours dont un seul pour l’enregistrement. Oui, ce matin dominical de la fin novembre 84, des policiers veillent à ce que tout se passe bien pour accueillir des membres de U2, Duran Duran, Spandau Ballet, Status Quo, Culture Club, Heaven 17, Bananarama, Boomtown Rats, Ultravox et Kool & the Gang. Auxquels s’ajoutent des stars solos comme Paul Young, Paul Weller, George Michael, Sting et Phil Collins. C’est d’autant plus hallucinant que tout le monde est là, un dimanche matin, gratuitement, même les photographes de presse, car tout doit aller à la fondation pour ne pas perdre une livre. Avec une livre on donne à manger à quelqu’un en Ethiopie, on sauve une vie, alors tout le monde y va de son temps et même de sa poche. Beaucoup ont fait un chèque avant de venir, et pas un petit.

    A l’intérieur du studio, ça ressemble très vite à une ambiance fête de Wallonie avec dans la foule qui se presse pour se saluer, tasse de café en main, que des têtes couronnées de la pop music. Vous êtes au boulot un dimanche, demande un journaliste aux patrons des lieux gracieusement offerts, Trevor Horn des Buggles et sa femme : non, on est plus anxieux, vous savez des rockstars, ça ne se lave pas, ca picole et ça prend de la drogue, alors j’espère qu’ils vont laisser les lieux en bon état.

    Vient le moment d’enregistrer les voix, la longue succession d’intervenants mais personne ne souhaite être le premier : allez Bono, vas-y, non vas-y, toi !

    Je vous l’ai dit, c’est la foire. Tout le monde se retrouve avec femmes, enfants, parfois chien. Ça rentre, ça sort, les toilettes, c’est où? Une interview pour la télé, radio, presse écrite, boum, et on revient, où est ma tasse, qui a pris ma tasse ? Et donc, comme personne ne se décide, c’est finalement Paul Young qui se dévoue pour ouvrir le bal. Puis vient le défilé d’interprètes, le chœur qui a répété dans les couloirs, plutôt bien d’ailleurs malgré la précipitation, le peu de temps disponible, seul ce dimanche était libre dans le fameux studio de Trevor Horn d’où sortent tous les grands tubes depuis deux ans.

    On n’entendra pas la voix de Bob Geldof et Midge Ure qui non seulement ont renoncé à leurs droits d’auteurs en composant cette belle chanson mais de plus, refusent de se mettre en avant. Phil Collins, qui est arrivé très tôt, va devoir attendre tard avant de placer sa batterie car si Spandau Ballet et Duran Duran sont rentrés pour l’occasion d’Allemagne ou de France où ils étaient en tournée, Culture Club est aux Etats-Unis. Et c’est l’horreur, Boy George a loupé son avion. Il prend donc le Concorde à ses frais et arrive in extremis à 18 heures avant que Collins ne puisse enfin jouer. Un Collins qui est au sommet de sa gloire, certainement, la plus grande star de ce Band Aid et pourtant la plus discrète sur la chanson. Vous me direz, fin 1984, on l’entendait assez comme ça.
    5 min
  • Band Aid 40 ans (Episode 3)
    Décembre 1984, peu après la St Nicolas, nous découvrons à la télé de courts reportages dans lesquels on voit toutes nos nouvelles stars de la New Wave, mais pas que, bref des membres de U2, Spandau Ballet, Duran Duran, Culture Club ou The Police, chanter et jouer ensemble, avec Phil Collins. La chanson s’appelle Do They Know it’s Christmas et est éditée pour rassembler un maximum d’argent pour lutter contre la famine en Afrique.

    Ce n’est évidemment pas le premier disque du genre charity bizness. Même s’il n’y en a pas encore eu beaucoup, on se souvient du coffret Bengla Desh de George Harrison et ses amis en 1971, ou encore du concert annuel Secret Policeman’s Ball au profit d’Amnesty International. Mais celui-ci va dépasser tout ce qu’on a connu jusqu’à présent car dès sa sortie, il monte à la première place, se vend dans le mois à 3 millions d’exemplaires rien qu’en Grande-Bretagne et atteint la première place dans treize autres pays dont la Belgique. Près de douze millions de singles vendus, c’est deux fois Billie Jean au même moment, c’est énorme. Il faut dire que les images du reportage de la BBC montrant des humanitaires en Ethiopie contraints de choisir quels enfants vont vivre car ils n’ont pas reçu assez de nourriture pour les sauver tous, a secoué tous les téléspectateurs dont Bob Geldof, le chanteur du groupe les Boomtown Rats et sa femme, l’animatrice télé Paula Yates.

    Et justement, quelques jours plus tard, fin octobre 1984, à Newcastle, elle reçoit sur leplateau de son émission musicale, Midge Ure, le leader du groupe Ultravox. Quand Geldof, resté à Londres, appelant sa femme, apprend que son pote Midge est de l’émission, il lui dit : passe-le moi.

    T’as vu les images à la BBC ?

    Oui, je n’ai jamais rien vu d’aussi terrible. J’en avais les larmes aux yeux.

    Tu as vu les vagues de donation du public après le reportage ? T’es au courant ? Si on faisait quelque chose aussi ?

    Tu veux dire des donations, appeler nos potes à faire pareil ?

    Et si au lieu de demander aux gens de donner, on leur demandait d’acheter un truc, un disque sur lequel tout le monde abandonne ses droits pour maximiser le bénéfice ?

    Geldof et Midge Ure conviennent de se voir le lundi 5 novembre pour en parler et le croirez-vous, le 7 décembre, le disque Do They Know it’s Christmas est en vente partout. Avec le casting le plus hallucinant des années 80 quand on sait la place que tous ces jeunes artistes occupent encore aujourd’hui dans notre vie 40 ans après, qu’on ait connu l’époque ou pas.

    Les auteurs compositeurs Midge Ure et Bob Geldof ont, bien sûr, abandonné leurs droits au profit de l’aide humanitaire. Ils comptaient récolter quelques dizaines de milliers de livres, ils vont en envoyer 8 millions en Ethiopie. Bob Geldof enchaînera avec le festival télévisé Live Aid au mois de juillet 85. Et si vous ne voyez toujours pas qui est Bob Geldof, c’est lui qui chante cette chanson qui lui avait été inspirée, elle aussi, par un moment d’horreur télévisée.
    4 min
  • Band Aid 40 ans (Episode 2)
    Au cœur de l’automne 1984, les images télévisées de la terrible famine qui ravage la population de l’Ethiopie depuis des mois ont choqué le monde occidental. Et parmi ceux qui ne veulent pas rester au stade du téléspectateur impuissant, un rocker, le chanteur d’un groupe irlandais : les Boomtown Rats. Bob Geldof est un artiste New Wave de la première heure, ça fait déjà pas mal d’années qu’il est actif : il a vu passer les Sex Pistols, les Clash, arriver les Simple Minds, U2, The Cure. Et bien sûr, il a des amis proches dont Midge Ure, la nouvelle voix d’Ultravox. Arrivé dans le groupe en 1979 après trois albums qui n’ont pas trouvé leur public, Midge Ure a déjà roulé sa bosse de musicien guitariste durant toute la décennie écoulée. Ecossais d’origine, il commence sa carrière en rejoignant un groupe de Glasgow, en 1974, dont il devient à vingt ans le guitariste chanteur et qui connaît un énorme succès l’année suivante, N°1 en Grande-Bretagne, N°3 en Belgique, le groupe s’appelle Slik et oui, c’est la première fois que nous entendons la voix de Midge Ure. Mais on ne va pas avoir le temps d’imprimer sa voix car un grave accident de voiture contraint le groupe à se mettre à l’arrêt.

    L’album qui sort s’écrase dans les charts et en 1977, au revoir le post glam à la Roxy Music et T Rex, Midge Ure, comme tous les gars de la vague glam rock se lance dans le punk. On le retrouve au sein des Rich Kids et un joli succès, en 1978, au Royaume-Uni. Mais bon, malgré ce petit hit encourageant, Midge explique aux autres membres qu’il va falloir changer leur musique : le punk, c’est mort. Que faire ? Ben comme David Bowie depuis deux ans : du synthé, de l’avant-garde. Ah pas question, disent les autres, sauf le batteur : Midge et lui, quittent donc les Rich Kids, et rejoignent un gars dont on parle de plus en plus à Londres.

    Il se nomme Steve Strange et organise le samedi des Bowie Nights où on vient danser (ou pas) déguisé. Un vrai carnaval sur de la musique électronique. Midge Ure est fasciné par ce monde qu’on commence à appeler Nouveaux Romantiques. Avec son batteur, et le fameux Steve Strange, ils forment Visage, un groupe new wave, fortement teinté de synthé et complètement branché look. Dans le groupe, un certain Billie Curie d’Ultravox qui justement, vient après trois albums de perdre son claviériste. Ça me branche ta façon de voir la musique, tu ne viendrais pas jouer avec nous ?

    Alors avec un pareil bagage, on ne s’étonne pas que le premier gars que Bob Geldof appelle soit Midge Ure. Qu’est-ce qu’on ferait bien pour sauver les gens en Ethiopie ? Ce qu’on sait faire de mieux : un disque. C’est donc Midge Ure, le compositeur de Vienna joué dans le monde entier qui compose la musique de ce qui va devenir quelques semaines plus tard le single le plus vendu de tous les temps en Grande-Bretagne. Rien d’étonnant quand on sait qu’au même moment où Vienna d’Ultravox faisait un hit, son Fade to Grey était aussi en tête des ventes. 40 ans plus tard, qui n’a jamais entendu cette chanson magique.
    4 min
  • Band Aid 40 ans (Episode 1)
    Il était une fois les années 80. Un début de décennie qui vaut une fois de plus aux Britanniques de dominer le monde de la musique avec un nouveau courant musical. Du jour au lendemain en effet, des dizaines de groupes et d’artistes sortent de leur chambre, grenier, cave, portés par des voix et des sons particuliers. Pas un ne ressemble à l’autre, et pourtant on appelle ça, la New Wave. Quatre ans plus tard, on a arrêté de les compter de Duran Duran à Simple Minds, en passant par U2, Depeche Mode, Stranglers et autres Yazoo. Et je ne vous parle pas de ceux restés dans l’ombre des charts mais qui ont un public fidèle comme Echo and the Bunnymen, Siouxsie and the Banshees ou encore les Boomtown Rats.

    Les Boomtown Rats en sont déjà à leur sixième album, ce sont des punks glam irlandais de la première heure ; à leur tête, un certain Bob Geldof qui s’est fait un nom en 1982 en interprétant le premier rôle dans le film d’Alan Parker, The Wall, d’après le disque de Pink Floyd. Emu par un terrible reportage sur la famine en Ethiopie, Bob appelle un autre ténor de la New Wave, Midge Ure, leader du groupe Ultravox, pour lui demander s’ils ne pourraient pas faire quelque chose pour l’Ethiopie, mais quoi ? Un disque ? C’est ce qu’on sait faire de mieux, non ?

    Quelques coups de fil suffisent à rallier Sting de Police, Simon le Bon de Duran Duran, Gary et Martin Kemp des Spandau Ballet et Bono de U2. Un dernier appel à Trevor Horn, l’ex-Buggles qui prête son fameux studio d’où sortent ses dernières productions de FGTH à ABC. Et donc le 25 novembre 1984, une trentaine de stars dont des anciens entre guillemets, Phil Collins et les guitaristes de Status Quo, se retrouvent en studio. Peut-on imaginer aujourd’hui pareille réunion quand on sait le succès démesuré et la longévité qu’ils ont connus ? Ils n’ont qu’une journée, Phil Collins devra patiemment attendre jusqu’au soir que tout le monde ait chanté, du moins que le dernier n’arrive in extremis, à 18 heures. En effet, Bob Geldof a tout fait pour obtenir la participation d’un Boy George de Culture Club, ramené le jour même de New York.

    Bob Geldof et Midge Ure qui ont écrit la chanson sur laquelle ils ont cédé leurs droits d’auteurs, ont décidé de ne pas chanter pour ne pas se mettre en avant. Ils espèrent récupérer 70.000 livres sterling pour lutter contre la famine ; ils vont en récolter 8 millions car la chanson sera le plus grand hit de l’année en Grande-Bretagne avant de donner naissance au légendaire Live Aid. C’était il y a quarante ans exactement, un Noël 1984 sous la bannière de la charité envers ceux qui n’ont rien.
    4 min
  • The Cure, les origines (Episode 5)
    Regarde, c’est le mec des Cure.

    Robert essaye de ne pas faire attention, justement pour ne pas attirer l’attention. Mais avouez qu’avec son look cheveux en pétard et du noir autour des yeux, sans parler de son accoutrement, difficile de passer inaperçu dans ce grand magasin en pleine période de Noël. Pourquoi il est là ? C’est pas qu’il aime ça, non il déteste, mais il a promis à sa compagne de venir avec elle pour acheter les cadeaux. Et la liste est longue. Et puis le truc qui est devenu le plus pénible c’est qu’il ne peut plus sortir de chez lui sans qu’on le dévisage ou qu’on vienne lui parler. Il y en a même qui dorment en bas de chez lui et qui, quand il sort, lui tendent l’album qu’ils ont serré contre eux toute la nuit pour qu’il le signe.

    C’est vrai que l’année 1985 a tout changé. Le sixième album de Cure The head on the door a fait de lui une star. Les ventes en Europe ont explosé et ça commence même à marcher aux Etats-Unis. Il se retrouve en couverture de magazines partout. Il faut dire que depuis que grâce à Mary, il va beaucoup mieux, sa musique est devenue accessible, même aux grands-mères.

    C’est Robert Smith, j’te jure.

    Mais non, sotte, c’est un sosie.

    Alors ça, c’est l’autre truc qui tue Robert. Il a déjà du mal avec la célébrité mais le fait de croiser sans cesse des jeunes qui se coiffent comme lui et se noircissent les paupières, il ne comprend vraiment pas. Et puis, il n’y a pas que lui qui est ennuyé. L’autre matin quelle n’a pas été la surprise de son père de découvrir des tentes dans son jardin. Des tentes occupées par des jeunes coiffés et habillés comme son fils. Alex a tout de suite compris.

    Dites, les gars, vous savez que Robert ne vit ici.

    Ah bon ? Et où alors ?

    Ben à Londres avec sa petite-amie.

    Et il ne vient jamais vous voir ?

    Ah si, tout le temps, coupe sa femme qui vient de les rejoindre.

    Alex a eu pitié d’eux alors il les a fait entrer pour boire un thé. Il ne fait pas chaud.

    Les jeunes n’en reviennent pas d’être dans la maison de leur idole et de parler à ses parents. Evidemment Rita ne résiste pas à leur faire visiter son musée, ils ne seront pas venus pour rien. On a laissé sa chambre telle quelle. J’y mets tous les articles, les couvertures qui paraissent, et les disques, bien sûr. Les fans sont à Lourdes. En adoration. Ceux qui ont un appareil prennent des photos, après avoir demandé la permission, évidemment.

    Vous en avez de la chance d’être ses parents.

    C’est vrai qu’ils sont fiers de la réussite de leur fiston. Ce qui ne les empêche pas de conclure : oui, on a quatre formidables enfants.

    Et Robert dans tout ça ? Ben il a passé un bon Noël car sa femme était heureuse. Et puis il est reparti en tournée.
    3 min
  • The Cure, les origines (Episode 4)
    Les copains, il vient de se passer un truc incroyable. Robert Smith et ses deux copains d’école, Lol et Michael, déambulent sur un trottoir de Londres sans pouvoir prononcer la moindre parole. Cela n’a jamais été la spécialité de Robert mais là, après le rendez-vous qu’ils viennent d’avoir avec ce gars d’une maison de disques dans un pub, il y a de quoi raconter : il leur a proposé d’enregistrer un album et de faire une tournée. Carrément. A 19 ans, c’est tout ce dont ils rêvaient : faire du rock et quitter leur ville paumée de Crawley. Pour Robert, c’est la fin de l’angoisse depuis qu’il a posté leur cassette à l’adresse de plusieurs labels. S’en était suivi de longues semaines de silence radio et de questions à sa mère : « Alors ? » « Non, rien ». Jusqu’au jour où : « Robert, on te demande au téléphone ». Et puis ce gars, Chris, qui travaille chez Polydor et qui lui dit avoir aimé leurs trois titres, surtout la petite chanson pop Boys don’t cry.

    Remontés dans le train, Robert se décide enfin à parler Il va falloir que vous laissiez tomber votre boulot, si vous voulez que The Cure vive. Ca va bouger. Bon, c’est une évidence : leur job est si petit que cela ne leur posera pas de problème. Mais qui voilà. Mais c’est le monstre ! Les trois musiciens se retournent pour découvrir l’ancien tortionnaire de leur école primaire, Dennis, qui après la fameuse bagarre avait été viré de l’école et avait disparu des radars. Le voilà douze ans plus tard devenu un skinhead et, bien évidemment, il est à la tête d’une bande.

    On a toujours un œuf à peler nous deux. Et ben dis-donc, t’as toujours l’air d’avoir aussi peur de moi, on dirait, raille-t-il.

    Fous-nous la paix, casse-toi, répond Robert.

    Ouais, va te faire foutre avec tes nazillons de copains, renchérit Lol.

    Dennis crache sur Robert en guise de réponse et de provocation. La bagarre s’engage alors que les portes du train s’ouvrent en gare de Crawley. Les trois gars de Cure sortent en trombe et détalent du plus vite qu’ils peuvent, poursuivis par la bande armée de je ne sais quoi, allez savoir avec les skinheads. Au bout de quelques minutes d’une course de fond improvisée, ils reprennent leur souffle les bronches en feu. Robert et ses potes ont semé leurs assaillants. Douze ans sans croiser ce sinistre individu et ils tombent dessus le jour où ils réalisent leur rêve. Décidément, il faut quitter cette ville pourrie. Leur vie est ailleurs.

    Demain, j’appelle Chris et je lui demande de nous verser un salaire. S’il est OK, on marche avec lui.

    Alors, malgré le fait que ce fameux Chris ait omis de leur dire qu’il quitte Polydor pour les produire seul avec ses économies, malgré un premier album plié en quelques jours sans budget avec une pochette et un son qui vont horrifier Robert et le mettre en colère, oui, ils ont trouvé la bonne personne, celle qui va les propulser d’emblée au sommet de ce nouveau mouvement musical qu’est la New Wave.

    4 min
  • The Cure, les origines (Episode 3)
    Les histoires d’amour finissent mal, en général, comme dit la chanson des Rita Mitsouko. Et il y a fort à parier qu’il y ait ce genre de cadavre dans le placard des drames et des trucs pas finis qui hantent la jeunesse de Robert Smith, le leader des Cure. C’est vrai que pour faire une musique aussi mélancolique et des chansons aussi torturées, il doit y avoir du lourd. Justement, revenons à ce moment de son adolescence à l’école Saint Wilfrid de Crawley où il suit une scolarité studieuse, et oui. Particulièrement à ce jour où la foudre lui tombe dessus, un jour de pluie pourtant froide. Robert vient en effet de croiser la plus belle fille du monde. Comment a-t-il pu ne jamais la remarquer ?, se dit-il lorsque la porte du cours du théâtre se referme derrière elle.

    Robert se demande s’il n’a pas un don prémonitoire car au début de l’année il a longtemps hésité entre l’option théâtre et, le croirez-vous, astronomie. Et bien ? A la différence de son ami Lol qui deviendra le batteur des Cure, Robert n’a pas pris “théâtre”. Mais là, emporté par la bourrasque d’émotion qui le chamboule de la tête aux pieds, Robert entre dans la salle et s’assied au fond pour observer l’ange qui vient de passer.

    • Robert, c’est génial que tu sois là, crie le professeur, on manque de garçons. Approche. Tiens, tu seras le partenaire de Mary cette année.
    Et oui, l’ange se nomme Mary. Marie, c’est encore plus qu’un ange, non ?

    Les semaines passent, Robert et Mary répètent leurs scènes mais il a beau la faire rire, aller au cinéma avec elle, Robert n’ose pas se déclarer. Il attend le bon moment, celui où il mettra toutes les chances de son côté pour conclure. Car si elle rit de ses blagues, Mary ne donne aucun signe de nourrir une quelconque inclination pour lui. Quand arrive la perspective d’une soirée chez un copain, Robert se dit « ce soir, j’ose. » La soirée est déguisée. En quoi vais-je me travestir ? demande-t-il à sa sœur qui est devenue sa confidente. Ben oui, c’est une fille aussi, elle est de bon conseil.

    Et si tu te déguisais en chirurgien ? Chirurgien ? Oui, mais un chirurgien qui sort d’une opération bien gore. Génial. Robert se fait asperger la blouse, le visage et les cheveux de ketchup. Alors là, mon vieux, tu vas faire un triomphe.

    Mais dans le bus, Robert se rend très vite compte de son erreur. En effet, le ketchup semble vieillir à grande vitesse : il pue et sa peau le démange. Angoisse. Robert s’est déjà copieusement gratté le visage quand il arrive sur les lieux de la boum à laquelle Mary s’est rendue en infirmière zombie. Ils en rient, passent la soirée ensemble et quand Robert la ramène chez elle aux premières heures du jour, ils s’embrassent sur le pas de la porte.

    Il en a mis un de temps, se dit Mary une fois chez elle. Mais peu importe, elle sort avec le mec le plus zarbi mais aussi le plus intéressant du collège. Celui qui n’a peur de rien. Quant à Robert Smith, il n’a pas touché le sol jusqu’à son lit.

    Quoi ? Ca finit bien ? Et alors, une fois n’est pas coutume.
    4 min
  • The Cure, les origines (Episode 2)
    Au milieu des années 60, Crawley est une ville en pleine explosion démographique au sud de Londres, ces dernières années, la population a été multipliée par cinq. Les maisons, les immeubles poussent de tous les côtés, comme les écoles, évidemment. Dans l’une d’elles, un petit garçon dont le malheur est de ne pas ressembler aux autres. En effet, Robert Smith, à l’âge de sept ans, est taciturne. On ne l’entend jamais, ni en classe ni dans la cour de récréation d’ailleurs, … enfin il s’agit d’une prairie : la cour et le mur, ce sera pour bientôt. Et s'il y a une chose qui énerve les médiocres, c’est bien la différence. La semaine précédente, Robert a encore eu le nez fracassé par le poing du grand Dennis après s’être fait rouer de coups de pied par ses deux sbires. Robert n’a rien dit mais quand le trio lui a annoncé qu’il n’en avait pas encore fini avec lui, Robert a tout raconté à sa mère qui est allée trouver le directeur.

    Ce midi, Robert est occupé à manger son sandwich quand les trois vauriens se pointent. Regardant ses chaussures pour ne pas faire d’histoire, Robert se laisse voler ses chips au vinaigre.

    • Hé les gars, vous faites quoi, là ?
    Dennis et ses deux larrons se retournent vers le garçon qui vient de les interpeller. Il se nomme Lawrence Tolhurst mais ses parents l’ont surnommé Lol, il vient d’emménager depuis une semaine avec sa famille, sa mère est amie de celle de Robert.

    • T’es nouveau, ici ?
    • Je vous ai demandé ce que vous faites ?
    • Ben, on bouffe les chips du monstre.
    • Du quoi ?
    • Du monstre, c’est ainsi qu’on l’appelle, hein Robert, mais il ne répond jamais. Par contre, il raccuse à sa maman.
    D’un bond, Lol se précipite sur Dennis et lui inflige une solide raclée, aussitôt imité par Robert qui se charge de ses deux acolytes : le courage de son nouveau copain l’a soudain boosté.

    Une heure plus tard, les voilà tous les deux au garde-à-vous devant le directeur à se faire sermonner. Un nez cassé, des yeux au beurre noir et des ecchymoses en pagaille, a-t-on jamais vu ça ? En sortant du bureau, les deux gamins sont pourtant tout à leur joie d’avoir rossé le bourreau de l’école.

    • Faudra faire gaffe, il va contre-attaquer.
    • T’inquiète pas, je serai toujours là.
    Vrai. Robert et Lol deviendront dans une dizaine d’années l’âme du groupe The Cure, ils connaîtront la gloire ensemble et resteront inséparables pendant plus de vingt ans.

    3 min
  • The Cure, les origines (Episode 1)
    Le nouvel album de The Cure a beaucoup fait parler de lui et pour cause, seize ans depuis le dernier, ça fait un bail. Et 45 ans depuis le premier. Qui aurait dit ça à l’époque où il ne s’agissait que de rock pour adolescents, de New Wave. Une vague n’est pas faite pour durer mais pour disparaître sur la plage, recouverte par la prochaine. Oui, ce qui étonne le plus c’est la longévité et la fidélité des fans, pourquoi et comment Robert Smith peut-il avoir développé des univers musicaux si sombres, mélancoliques, voire désespérés et rencontrer un public aussi nombreux.

    Sigmund Freud dirait : « remontons à son enfance, c’est là que se trouve la clé ». Et ce n’est pas cette Story qui va lui donner tort. Le petit Robert est un enfant du bord de mer. Il est né à Blackpool, une station balnéaire qui porte mal son nom puisqu’avec sa mini Tour Eiffel, son parc d’attraction, ses casinos et ses piers, elle est lumineuse le jour comme la nuit, et grouillante de vie. Mais voilà, à l’âge de trois-quatre ans, la famille Smith déménage à deux reprises pour s’établir à Crawley, ville de la région londonienne où il fait plus gris que bleu. Vous me direz, à l’âge de trois ans, Robert ne doit pas garder grand souvenir de la plage, de la mer et de son ciel entièrement ouvert. Et bien selon les dires de l’artiste, si. Énormément même, surtout des balades sur la plage. Vous vous souvenez de vos vacances d’enfant au bord de la mer ? Alors imaginez que cela ait été votre quotidien et puis tout à coup, plus rien. Pas un jour sans chercher la mer en regardant par la fenêtre de votre maison. Combien de fois Robert Smith s’est-il endormi quelques minutes seulement avant que sa mère le réveille après une nuit interminable ? Ne nous étonnons pas s’il affiche à l’école une mine de déterré qu’il ne perdra jamais et que la seule énergie qui lui reste ne permet que de rêver. L’image du Paradis perdu, la frayeur du déménagement, l’angoisse de l’inconnu du lendemain, habitent les nuits blanches de Robert Smith. Lors d’une d’elles, il va d’ailleurs emprunter entre guillemets la guitare de son grand frère pour essayer sous la couverture de reproduire un riff de Jimi Hendrix, le début de sa carrière de musicien.

    Son frère et lui peuvent parfois rester des jours sans se parler. Pas qu’ils ne s’entendent pas, au contraire : la musique pop est TOUT pour eux. Quand ils reçoivent de nouveaux disques, aux grandes occasions (Noël, anniversaire), ils les écoutent ensemble et entièrement dans un silence religieux en se passant et repassant les pochettes des 33 tours dont ils finissent par connaître toutes les légendes par cœur. Ainsi entre en eux la musique de Led Zeppelin, Pink Floyd, des Beatles et des Rolling Stones ou encore David Bowie. Vrai, la musique est devenue le seul plaisir, le seul moyen de combler le vide créé par le spleen qui creuse la vie de Robert et fait de lui un taciturne, un monstre comme l’appellent ses camarades de classe, camarades entre guillemets, à nouveau.

    Vous vouliez savoir ce qui un jour peut transformer un jeune comme les autres en star du rock, en voici un exemple. Robert Smith n’a jamais été heureux, cela s’entend, cela se voit mais le désarroi profond qui l’habite a trouvé une résonance chez des millions d’adolescents qui s’y sont reconnus.
    4 min
  • C'est arrivé à Michel Fugain
    C’était il y a cinquante ans exactement, Michel Fugain et son Big Bazar accédaient au statut de plus grande star de la chanson française. Oui, en avril 1974, Fugain entame une nouvelle série de représentations à l’Olympia. On dit représentations et pas concert car c’est un spectacle qui mêle à la fois la chanson, le ballet et la comédie, alors que ce n’est pas une comédie musicale. C’est vrai, même Bruno Coquatrix, qui, deux ans plus tôt, avait accepté le pari fou de prêter le quatrième étage de sa salle à son ami Michel pour répéter sans frais, ne comprend pas bien de quoi il s’agit. Depuis les années 50, il accueille les plus grands chanteurs, c’est eux qu’on vient voir. Ou un groupe, comme les Beatles. Mais ça, le Big Bazar, qu’est-ce que c’est ? Oui, il y a Fugain mais il veut que tout le monde soit sur le même pied, même les onze musiciens qui se tiennent derrière le rideau, et même les techniciens. Pas de patron, pas d’employés, tout le monde gagne la même chose chaque soir. Et il a eu raison de miser, Coquatrix, l’Olympia a affiché complet dès la première représentation, le 26 décembre 1973, jusqu’à la dernière. On a juste pu ajouter deux dates, après ça, Michel a dû partir pour le Canada. Imaginez la pression sur le guichet et le téléphone qui n’arrête pas de sonner. Tout le monde veut voir le Big Bazar, car même Le Figaro a titré qu’après avoir vu ça, les spectacles de chanteurs ne pourront plus jamais être pareils : une page s’est tournée avec Fugain et le Big Bazar. Alors ils sont revenus début avril, avec un guichet et un personnel sous une joyeuse pression. Et même l’annonce de la mort du très aimé président Pompidou qui fait craindre une série en pleine campagne électorale n’y change rien : Fugain affiche complet bien au-delà des élections et doit s’arrêter en juillet avec l’été car à l’époque, ben oui, les salles ferment.

    Et donc à l’automne, voici Fugain et le Big Bazar à Bruxelles. Le Cirque Royal, peut-être, sans doute, l’an dernier Flagey n’a pas suffi. On est en plein réglage son et lumières l’après-midi quand Michel remarque une bande de jeunes au fond de la salle qui scrute tout, commente, ils sont clairement en joie. Mais pas d’inquiétude, sa femme Stéphanie semble au courant de leur présence, elle lui présente même une jeune ado, un peu rondouillette, souriante mais sûre d’elle. Elle se nomme Claudine et est une fan du Big Bazar de la première heure, dit-elle. Première heure, le Big Bazar existe depuis deux ans mais elle n’en a que quinze, il est vrai. Et tellement fan qu’elle a créé son propre Big Bazar, on s’appelle le Mini Brol. Mini Brol ? Ça veut dire quoi, ça ? Un Brol, en brusseleir, en bruxellois, enfin, ça veut dire Bazar. Ah d’accord. Donc, vous êtes le petit bazar. Les jeunes montrent de quoi il retourne, c’est une autre époque, Michel et son équipe trouvent qu’il y a quelques longueurs mais ils sont jeunes, et justement, à 15 ans, il faut songer à terminer ses études avant tout, dit celui qui n’est pas le patron du Big Bazar. Mais quand même, c’est Fugain !

    La carrière de Claudine Luypaerts ne décollera avec cette rencontre mais celle qui s’appellera bientôt Claude Maurane et puis tout simplement Maurane s’est trouvée un ami. Enfin, pour plus tard, hein ?
    4 min

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Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Ce podcast incontournable vous fait voyager à travers les époques, en…

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