La collecte des droits d’auteurs dans le monde n’a jamais été aussi importante. Dans son rapport économique 2016, la Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs — la CISAC —, indique que 8,6 milliards d’euros ont été collectés dans 123 pays en 2015. Principalement, dans le domaine de la musique. L’Afrique n’est pas en reste. Entre 2014 et 2015, les droits ont bondi de 15 %. Derrière cette évolution, le rôle croissant des sociétés de gestion collective, chargées de collecter ces sommes et de défendre les droits des auteurs, artistes ou autres.
En 2015, en Afrique, plus de 61 millions d’euros de droits d’auteurs ont été collectés par les diverses sociétés dites de « gestion collective ». En grande majorité, il s’est agi de droits acquis dans le domaine de la musique. La CISAC, l’organisation qui fédère les sociétés de droit d’auteur dans 120 pays évoque une hausse de près de 15 % en un an.
Selon Gadi Oron, son directeur général, cela doit beaucoup au travail effectué en matière de gouvernance. « Je pense que cette hausse est en grande partie due à nos efforts sur le continent pour améliorer la capacité des sociétés de droit d’auteur. Nous leur avons fourni une assistance pour renforcer leur structure, améliorer leurs services, la collecte et la redistribution des droits d’auteurs », explique-t-il.
454 millions de francs CFA distribués au Burkina Faso
Ainsi, le bureau burkinabè des droits d’auteurs (BBDA) a distribué l’an dernier 454 millions de francs CFA (soit près de 700 000 euros) à plus de 11 000 bénéficiaires. Mais le rôle de cette instance est plus large que cela. « Notre rôle est non seulement de sécuriser les droits d’auteurs, mais aussi d’en faire un outil de rayonnement de notre culture. Sur le plan économique, cela représente aussi un levier de croissance important », souligne Wahabou Bara, son directeur.
En ce qui concerne l’un des obstacles de taille, à savoir le piratage des œuvres, M. Bara estime « qu’il y a un travail à faire auprès des utilisateurs des œuvres de l’esprit pour répandre une culture du droit d’auteur ». Là encore, le BBDA assure s’y atteler.
Des artistes démunis
En 2008, le saxophoniste Manu Dibango se retournait contre la maison de disques de Michael Jackson pour l’usurpation de son mythique morceau d’afrofunk, Soul Makossa. Mais chaque jour sur le continent, des artistes voient leurs œuvres piratés, jamais reconnues.
Pour Olivier Tshimanga, guitariste et chanteur de Kinshasa, beaucoup de chanteurs congolais ne sont pas enregistrés auprès d’un organisme de collectes. Ils se retrouvent ainsi démunis, vivant d’expédients, tel le « matolo », un terme très mal connoté qui renvoie à une pratique entre la mendicité et la débrouillardise. « Aller quémander, citer les noms des gens dans les chansons pour obtenir un petit rien et survivre. Alors qu’un artiste devrait vivre vraiment de ses droits, composer une chanson (...), trouver une maison de disques et d’édition pour que ses droits lui reviennent », soupire Olivier Tshimanga.
Le chemin est encore long. En 2015, l’Afrique n’a perçu que 1 % des droits d’auteurs versés dans le monde.