Découverte avec sa musique néo-soul aux colorations indie pop, saluée pour son second album aux sonorités flirtant avec le rock, Arlo Parks change encore de peau sur son troisième album, Ambiguous Desire, paru ce vendredi 3 avril. La jeune femme n'a en revanche rien perdu de sa plume délicate et juste, qu'elle continue d'exercer sur les douze titres nerveux et rythmés du disque.
Saluée dès son premier EP publié à 19 ans, récompensée pour son premier album Collapsed In Sunbeams, acclamée pour son second, My Soft Machine... c'est peu dire qu'Arlo Parks était attendue au tournant pour son troisième disque, Ambiguous Desire, annoncé comme marquant un tournant dans son style musical. Pourtant, la jeune femme a pris la sortie de ce nouvel opus avec philosophie : « Je n'ai pas ressenti de pression particulière, nous explique-t-elle à l'occasion d'un passage à Paris. Chaque album est une capsule temporelle, c'est donc normal qu'ils soient distincts les uns des autres. »
L'influence du monde de la nuit
Pour les douze titres qui composent ce nouveau disque, Arlo Parks a été largement inspirée par ses nuits passées, pendant trois ans, dans les clubs de Londres, New York, et Los Angeles – où elle a enregistré Ambiguous Desire. C'est donc tout naturellement que ces sonorités électro, entre nappes de synthétiseur et boucles minimales à la boîte à rythme, ont fait irruption dans sa musique.
« C'est la première fois que je peux vraiment m'immerger dans un univers » pour un disque, pointe la jeune femme, qui a passé une bonne partie de ces dernières années sur les routes, en tournée. Ces dernières années, là aussi pour la première fois, elle a « expérimenté ces espaces nocturnes, où [elle a] trouvé un endroit où être libre, un espace de communion ».
Les influences de la nuit se sont donc retrouvées, sans trop y réfléchir, sur le disque : normal, pour celle qui se considère « comme un prisme » : « J'absorbe ce qu'il y a autour de moi et, d'une certaine manière, je le réfracte ». Au risque de livrer un album certes unifié, mais peut-être par moments trop uniforme.
La liberté découverte dans les discothèques a fini par infuser dans le processus créatif d'Arlo Parks. « Je ne me suis jamais autant amusée en studio ! », sourit-elle. « Cette fois, j'avais du temps. Je pouvais venir chaque jour en studio, écrire, et voir ce qui en ressortait. Ce n'était pas comme les fois d'avant, où je n'avais que quelques jours pour enregistrer avant de repartir sur la route. »
Conséquence : la jeune femme s'est, cette fois, laissée porter par la musique et ses expérimentations et a laissé les paroles naître de ce processus, plutôt que d'écrire et de tailler des compositions sur mesure pour ses textes.
Une plume toujours trempée dans l'encre de la justesse
Une chose en revanche ne change pas sur cet album : la plume d'Arlo Parks, toujours aussi sensible que juste. La jeune femme, qui a elle-même déjà publié un recueil de poésie, a continué de se nourrir de ses lectures pour écrire ce disque : le poète américano-vietnamien Ocean Vuong, l'essayiste et poétesse américaine Maggie Nelson, l'écrivaine australienne McKenzie Wark (autrice d'un ouvrage sur la scène rave et queer new-yorkaise)... « Toutes ces lectures m'ont permis d'affiner ma plume, analyse Arlo Parks. Je suis assez attirée par les livres qui défient les structures de récit traditionnelles, et cela m'a permis d'avoir confiance en ma façon de raconter une histoire et de l'unifier. »
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Avec délicatesse, la jeune femme saisit des émotions parfois difficiles à exprimer. Comme ce mélange subtil que l'on ressent lorsque l'on tombe amoureux, entre espoir, euphorie et anxiété, qu'elle chante avec douceur sur « 2Sided », l'un des singles qui a précédé la sortie du disque. L'artiste se fait un plaisir de brouiller les pistes, en apposant des paroles mélancoliques sur des mélodies euphoriques – « Get Go » –, ou en mariant des textes joyeux à des productions plus nostalgiques – « Blue Disco ».
Toutes ces émotions convergent toutefois vers un sentiment commun : une profonde confiance en soi, qu'Arlo Parks a acquise avec le temps. « Cela fait longtemps que je fais ce métier, j'ai plus d'expérience, j'ai grandi », pointe-t-elle.
« Pendant ce processus, j'étais totalement ouverte à tout ce que je pouvais produire en studio, et à l'idée de faire ce que j'étais destinée à faire. » Confiante donc en qui elle est : femme, artiste, poétesse, queer... Comme elle le chante sur « Floette », en clôture de l'album, Arlo Parks est en train de s'épanouir, de fleurir même, et est prête à déployer chacun de ses pétales.
Arlo Parks Ambiguous Desire (Transgressive Records Ltd) 2026
Arlo Parks sera en concert à la Gaîté Lyrique, à Paris, les 7 et 8 novembre 2026.
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