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Avec sa chevelure de rock star et son violon de virtuose, David Garrett brouille les frontières entre musique classique et culture pop. 32 Disques d'or, 14 de platine et plus de cinq milliards d'écoutes : le musicien germano-américain est devenu l'un des ambassadeurs du violon les plus populaires de la planète. Actuellement en tournée avec son dernier album crossover Millennium Symphony, il fait étape au 70e Menuhin Festival de Gstaad, dans les Alpes suisses, aussi comme collectionneur et passionné d'instruments historiques, pour un rendez-vous exceptionnel autour de violons de légende.
Dans la station alpine de Gstaad, à plus de 1 000 mètres d'altitude, David Garrett a réuni pour la première fois les membres d'un club très exclusif qu'il a fondé il y a cinq ans : le Del Gesù Club, qui rassemble les propriétaires de violons italiens d'exception des XVIIe et XVIIIe siècles.
Au total, 26 instruments mythiques étaient exposés et joués dans l'église de Saanen, bâtie en 1604. Parmi eux, figuraient plusieurs Stradivarius et Guarneri del Gesù, considérés comme le sommet de la lutherie italienne. La valeur de l'ensemble est estimée à quelque 340 millions d'euros.
Loin d'un simple rassemblement de collectionneurs, l'événement avait pour vocation de faire vivre ces instruments à travers la musique. Au programme : des œuvres majeures du répertoire classique, mais aussi du George Gershwin et des musiques de film, à l'image de la démarche artistique de David Garrett.
Un enfant prodige du violonNé d'une mère ballerine américaine et d'un père allemand, commissaire-priseur spécialisé dans les violons, David Garrett découvre son instrument très tôt. Il reçoit ses premières leçons à l'âge de quatre ans et remporte déjà un concours un an plus tard.
À 10 ans, il donne ses premiers concerts officiels. Deux ans plus tard, il devient le plus jeune artiste à signer un contrat exclusif avec une grande maison de disques. Son parcours le mène ensuite au Conservatoire de Berlin, puis à la prestigieuse Juilliard School de New York.
La virtuosité de Garrett lui vaut également un record du monde grâce à une interprétation fulgurante du célèbre « Vol du bourdon », exécuté en seulement une minute et six secondes.
Du classique au crossoverMalgré une carrière toute tracée dans le monde du classique, David Garrett refuse rapidement de se laisser enfermer dans un seul univers musical.
Avec son allure de rock star, il défile pour Armani, pose pour Vogue et incarne même Niccolò Paganini, le légendaire « violoniste du diable », au cinéma. Surtout, il développe le style qui fera sa marque de fabrique : l'adaptation de titres pop, rock ou r'n'b pour violon, orchestre symphonique et guitare électrique. Une formule qui lui permet de faire dialoguer les grandes œuvres classiques avec la culture populaire contemporaine.
Millennium Symphony, les tubes des 25 dernières années revisitésDavid Garrett alterne aujourd'hui albums classiques et projets crossover. Son dernier opus, Millennium Symphony, revisite quelques-uns des plus grands succès des 25 dernières années.
De Kylie Minogue à Coldplay, de David Guetta à Rihanna, en passant par Taylor Swift, Ed Sheeran ou Beyoncé, le violoniste s'approprie des tubes mondialement connus pour leur offrir une nouvelle dimension orchestrale. Avec lui, le violon quitte les salles de concert traditionnelles pour investir les stades, les festivals et même les églises, sans jamais perdre son pouvoir émotionnel.
Une tournée mondiale et déjà un nouvel album en préparationL'artiste regarde déjà vers la suite. Son prochain album, intitulé Immortal, marquera un retour à un répertoire purement classique. Sa sortie est annoncée pour l'automne.
À 45 ans, David Garrett continue ainsi de suivre sa propre partition, faisant dialoguer les siècles, les styles et les publics, sans jamais choisir entre la musique classique et la culture pop.
C'est une vague afro-caribéenne qui déferle avec le groupe colombien Systema Solar, venu tout droit des rues de Medellín. Un collectif créé à l’origine après le tournage d’un documentaire sur la culture hip-hop en Colombie.
Il y a 20 ans, la réalisatrice Vanessa Gocksch préparait un documentaire sur le hip-hop colombien. Elle a voyagé partout dans le pays pour interviewer des musiciens, des DJs, des rappeurs et, sans le savoir, tous les futurs membres de Systema Solar. Une fois rassemblés, ils ont eu l'occasion de monter un set pour ouvrir la Biennale des arts de Medellín, et ils ne se sont plus jamais quittés. L'un de leurs premiers tubes ensemble est un chant sur la joie de la pêche dans la région de Sierra Nevada, intitulé « Yo voy ganao ».
Rapidement le système solaire colombien trouve sa patte musicale : un mélange de cumbia, de fandango et de bellerengue avec des musiques électroniques. Ils appellent leur style le « berbenautica », littéralement : « un tour dans la fête ». « La berbena, c'est une fête populaire sur la côte caribéenne, identifiée par des pikos : des systèmes son colorés. Notre tradition, c’est de mélanger nos musiques colombiennes avec les chansons du monde. Nous faisons une fusion entre les sons connus mondialement comme le hip hop et les musiques électroniques, et le vallenato, la cumbia, la champeta, qui sont les musiques les plus présentes dans les berbenas. C'est la clé pour rendre notre musique accessible et compréhensible dans le monde entier. » raconte le collectif.
Entre engagement politique et shows colorésCôté paroles, Systema Solar navigue entre des textes joyeux qui célèbrent la fête et la joie, et d'autres plus engagés politiquement. Certains évoquent la nécessité de protéger la nature, ou encore la violence policière. Dans un registre toujours très ironique, le collectif se moque des forces policières et s'impose comme les plus grands gangsters sur le morceau « Quien es el patron ».
Le groupe a également un univers très coloré visuellement, autant dans leurs clips que sur scène. En concert ils portent des chemises tropicales, des ponchos multicolores, et à seulement un batteur, un dj et deux chanteurs ils sautent partout, interagissent énormément avec le public et sont de véritables bêtes de scène. Une apparente légèreté derrière laquelle se cache une vraie fierté quant à l'évolution de la scène musicale colombienne.
« Il y a de plus en plus de nouvelles générations qui se réconcilient avec les valeurs et les richesses de la musique colombienne. Là d’où l’on vient, il y a de plus en plus de groupes et de personnes qui connaissent de mieux en mieux comment fonctionne et comment évolue la scène colombienne. Côté administratif on peut encore s’améliorer pour comprendre les défis de l’industrie musicale aujourd’hui avec la distribution, la circulation, l'intelligence artificielle... Mais ce que nous avons toujours c'est le talent, et le pouvoir de lui donner un chemin. » estime le groupe.
Le groupe Systema Solar sera à retrouver en concert le 31 juillet 2026 au festival du Bout du Monde à Crozon en France, le 4 août à Berlin en Allemagne et le 9 août à Barcelone en Espagne.
La chanteuse Filiz sort son premier album, intitulé La folle du bus. À 27 ans, cette musicienne et chanteuse française d'origine turque et vietnamienne s'inspire de la K-pop et tourne en dérision son quotidien en région parisienne.
Filiz a grandi en Seine-et-Marne en faisant, tous les jours, des allers-retours entre Paris et sa ville en RER. Autrement dit, beaucoup de temps pour s'imaginer des scénarios qui sortent de la grisaille. Dans cet album intitulé La folle du bus, Filiz nous fait voyager dans un univers urbain coloré, complètement délirant, inspiré par One Piece, L'Attaque des Titans, et d'autres animés japonais qui ont bercé son enfance.
La santé mentale au premier planDans le titre « Burn out BB », morceau aux sonorités très pop qui pourrait être un générique de dessin animé, Filiz aborde le sujet de la santé mentale et de la surcharge de travail. Pas commun de parler d'un tel sujet sur un beat pop survitaminé. Elle pose sa voix kawaii avec énergie sur des mélodies au synthé. Elle rappe presque sur certains couplets. Ce style lui permet de créer une connexion avec son public, qui pourra s'identifier à ses problèmes tout en souriant.
Filiz se décrit elle-même comme un petit clown. Sa pire phobie : l'ennui. En témoigne le titre de l'album : La folle du bus, une expression très utilisée sur les réseaux sociaux qui, pour elle, « fait partie de sa personnalité ». Elle affirme : « une folle du bus, c'est cette fille qui se fait remarquer et qui ne voit pas le regard des autres comme un danger ». Ce serait d'ailleurs le surnom que lui donnent certains de ses amis.
Filiz s'est forgé cette personnalité en osant jouer devant des inconnus dans les centres commerciaux, dès ses 14 ans. Alors qu'elle est étudiante, la jeune chanteuse se fait renvoyer de son école de dessin, parce qu'elle manque des cours pour participer à l'émission La France a un incroyable talent. Sans regrets, car seule la musique la fait vibrer. À l'époque, elle doit se présenter à l'émission avec une amie guitariste qui la laisse tomber à la dernière minute. Malgré le trac, elle tente sa chance en solo et atteint la demi-finale.
Avec son premier album, Filiz dévoile sa personnalité positive et hyperactive, qui fonce pour réaliser ses rêves tout en assumant son syndrome de Peter Pan.
Artiste franco-brésilienne de pop expérimentale, Gildaa construit avec son premier album GILDAA un personnage multiple, entre conteuse, chamanes et clown. Sorti en mars, ce disque au fort imaginaire spirituel vaut aujourd’hui à Gildaa d’être coup de cœur de Didier Varod (Radio France) des Médias Francophones Publics.
À la ville, elle s’appelle Camille Constantin da Silva. Mais ici, celle qui nous intéresse, c’est son double : un prolongement fantasmatique de sa psyché musicale. Elle s’appelle Gildaa, comme un territoire de destins mêlés, cette génération de femmes qui dialoguent entre elles et qui viennent, dans un aller-retour incessant, construire et déconstruire cet autre d’elle-même. Cet « autre » a besoin, pour rester libre dans son chant, de se démultiplier à l’infini.
D’aucuns diront que cet assemblage d’identités ancestrales ressemble à une utopie lorsqu’on doit se coltiner avec le réel. Mais Gildaa a fait sa révolution musicale en prenant sa propre Bastille pour en faire précisément le chemin imparable vers l’utopie. Ce geste intérieur irrigue son premier album GILDAA, sorti en mars, qui devient aujourd’hui le centre d’un récit où la musique sert de laboratoire à cette utopie franco-brésilienne.
Gildaa, d’une certaine manière, a emprunté au continent africain le rite des griots. C’est une conteuse, une passeuse d’âmes, un peu sorcière, un peu fée. C’est l’apprentissage du clown qui a fait naître son personnage. Chants multiples, langues plurielles, on entre dans son premier album de Gildaa comme dans un boudoir spirituel, poétique et drôle à la fois.
On entre dans sa musique comme on entre aussi en religion chamanique, menée par des forces terriennes, divinité chtonienne, avec la percussion qui donne l’assise dans les chansons et sa voix qui autorise l’envol et le tutoiement des étoiles.
Oui, décidément, Gildaa s'offre en déséquilibre nourricier entre le Brésil et la France, entre ses mémoires tatouées et le futur incertain, entre ses prières païennes et ses élucubrations magiques. Dans ce balancement perpétuel, elle a tout pour plaire et elle le chante même en forme de satire sociale.
Révolutionnaire à sa manièreGildaa est une exploratrice de l'intime et du divin. Il y a le disque et puis il y a la scène où elle excelle. Sur scène, c'est une expérience totale. Elle initie un rite à la fois physique et sensuel, redonnant surtout à la scène sa vertu d'improvisation.
Chaque concert est de fait différent, transformant le spectateur en miroir à facettes et du même coup, acteur privilégié de cette célébration d'un syncrétisme musical et spirituel brillant qui laisse chacun comme possédé par ce qu'il vient de recevoir, comme une offrande possédée et grandie. Comme étrangement sortie du confort et des habitudes que chacun a devant un spectacle. En cela, Gildaa est une révolutionnaire qui désembourgeoise le spectacle et ses spectateurs qui découvrent ainsi la vertu de devenir un élément constitutif de sa création, au même titre que les musiciens ou le décor.
Gildaa, c'est « ma doula », dit elle, ce qui signifie l'accoucheuse. Dans « Pensées diluviennes », on entend l'énorme travail de production alliée à un souci d'être tout de même accessible. Elle nous fait entrer dans ses questionnements et dans la complexité de son personnage, déplié en une multitude d'identités. Le morceau raconte bien qui est Gildaa, son personnage, ce va-et-vient subtil, entre ses voyages immobiles et ses grandes traversées du désir. La beauté sauvera le monde et le monde sauvera la beauté. Gildaa a bien raison.
C'est en cherchant la virtuosité et en la capturant autant qu'elle la captive, qu'elle a réussi à faire de ce premier album une première pierre ancestrale devenue objet de désir futuriste qui redéfinit la singularité de notre pop française hybride, ouverte, contradictoire, poétique, sensorielle. Un grand tout qui restera la plus belle promesse de cette année.
Gildaa GILDAA (Pias) 2026
Plus de quarante ans après sa création, le groupe britannique Wham fait l'objet d'un documentaire. Ce film a été projeté la semaine dernière à Pékin et sortira le 28 juillet partout ailleurs dans le monde. Il s'agit d'un film sur la tournée du groupe en Chine en 1985.
Signé Mike Christie, ce documentaire s'intitule Wham ! 10 days in China et remet sous les feux de la rampe ce groupe pop qui a marqué les années 80. Composé principalement de deux amis d'enfance d'à peine 22 ans, le guitariste brun Andrew Ridgeley et le chanteur blond George Michael, Wham aligne, en cette année 1985, trois titres numéros 1 au hit parade, notamment le joyeux « Wake me up », et puis un slow langoureux, marqué par un solo de saxo inoubliable, « Careless Whisper ».
A cette époque-là, le duo ambitionne de conquérir le monde, et le monde, c'est surtout l'Amérique.
Pour s'imposer au top des charts américains, le manager du groupe va avoir l'idée d'un coup : une tournée en Chine, Wham devenant le premier groupe occidental à se produire dans le pays communiste, fermé pendant des décennies. Le manager de Wham !, Simon Napier-Bell, a consacré dix-huit mois à organiser ce séjour de deux semaines.
Il dit être parvenu à convaincre les autorités chinoises d’accueillir Wham ! plutôt que Queen, en vantant les mérites de George Michael, censé être plus « présentable » que le chanteur vedette de Queen, Freddy Mercury.
Produit et diffusé par la BBC, le film Wham 10 days in China a restauré les images d'archives inédites et retrouvé les différents protagonistes de l'époque, notamment Andrew Ridgeley qui se fait rare dans les medias.
De parfaits inconnusAndrew Ridgeley et George Michael partent donc en Chine en avril 1985. Ils sont accompagnés d'une équipe de film et de journalistes britanniques...Quelque 15 000 personnes assistent à leur concert à Pékin. Personne ne connaît leur musique ni même ne connaît les codes de la musique pop, le fait de taper dans ses mains ou de bouger.
La police est là pour surveiller et éviter tout débordement. Un moment délicat est d'ailleurs le passage du titre « Freedom », (« Liberté »). Personne ne sait comment le public chinois va réagir...
Certains spectateurs trop empressés à danser se sont fait arrêter lors de ce concert. La question a été posée ensuite en conférence de presse par les journalistes occidentaux mais on voit les deux jeunes chanteurs de 22 ans botter en touche. Il ne faut pas fâcher la République populaire de Chine.
Après Pékin, Wham se produit à Canton (Guangzhou) devant un public fervent et livre l'un des meilleurs concerts de sa (courte) carrière. Non sans avoir, auparavant, rempli sa mission principale : accorder, en duplex, une interview à la chaine américaine CBS, interview diffusée en prime time et qui permettra par la suite une tournée triomphale aux Etats-Unis.
Wham se sépare en 1986 puis George Michael se lance dans une carrière solo à succès. Lorsqu'il meurt en 2016 à l'âge de 53 ans, des milliers d'internautes chinois lui rendent hommage sur les réseaux sociaux...
En espagnol, en anglais ou en français, Tracy de Sà, rappeuse de 34 ans, réinterprète les codes du rap américain pour encourager les femmes à prendre plus de place. D’origine indienne et espagnole, Tracy de Sà vient de sortir le single « Estoy Mejor ». Elle sera vendredi au Banana Festival à Labenne dans les Landes.
Telle une guerrière, Tracy de Sà est toujours dans un esprit de battle. Nourrie par des figures fortes, comme la chanteuse de flamenco Buika et les rappeuses Lauryn Hill et Lil' Kim, ses refrains sont des slogans d'affirmation de soi. Dans « Estoy Mejor », elle clame : « Quand je suis célibataire, je vais mieux ! » Elle assume de parler crûment du désir féminin avec son look de femme fatale rouge sang et sa gestuelle ancrée dans la culture de la rue.
Pour Tracy de Sà, être une femme dans la musique est une force, et ce, malgré les remarques et comportements sexistes qu'elle subit dans l'industrie : « Quand j’ai commencé la musique, je m’habillais de manière très masculine, avec des baggys ; je ne voulais pas de rapports ambigus avec les gars, mais ce n’était pas moi », raconte-t-elle. Elle ajoute : « Quand j'ai compris ça, j’ai commencé à faire ce que je voulais, sans me soucier de l’avis des autres. »
Avec le morceau « Brown and Proud », sorti en 2024, Tracy de Sà rend hommage aux femmes de sa culture d'origine. « Brown » signifie littéralement « marron », mais désigne aussi la communauté indienne en anglais.
La jeune artiste est née dans l'État de Goa en Inde. Sa mère a subi un mariage arrangé et s'est réfugiée au Portugal avec ses enfants pour pouvoir divorcer, avant de s'installer en Espagne. C'est en partie de là que Tracy de Sà tire son engagement féministe. Le rap lui permet de prendre le contrôle de son destin.
Dans le clip de « Brown and Proud », Tracy de Sà met en scène des épouses et des petites filles indiennes qui dansent. Une manière de dire que ces femmes, très éloignées à l'origine du rap, ont leur place.
La même année, la rappeuse collabore avec des stars indiennes : la rappeuse Reble et la chanteuse Rashmeet Kaur sur le titre « Bediyan ».
Depuis son premier album en 2019, Tracy de Sà enchaîne les concerts. Aujourd'hui, c’est en quelque sorte une mentor du rap. Elle a fondé le Pussy Club, association qui aide d'autres jeunes femmes à se lancer dans cette industrie. Partageant ses contacts et ses conseils, elle offre un espace sécurisant où les femmes peuvent parler, entre elles, de leurs expériences.
Plus déterminée que jamais, la rappeuse est maintenant diplômée d'un master en études de genre et continue d'écrire pour donner de la force aux autres femmes.
Dans le courant revivaliste des musiques traditionnelles françaises, elles sont à l'avant-garde : le duo occitan Cocanha se produit dans de nombreuses villes de France cet été, quelques mois après la sortie de leur quatrième album, Flame Folclòre. Un disque dans lequel elles revendiquent avec une radicalité sans concessions, leur identité occitane, mais surtout l'ouverture à l'autre.
Des chants en occitan en Suisse, en Allemagne ou en Bretagne, c'est peut-être bien une première. Cet été, le duo Cocanha emmène sa langue régionale sur les routes, pour la faire découvrir ou redécouvrir - et surtout pour la faire vivre. Il faut dire qu'après plus de 10 ans de travail, le quatrième album du duo, Flame Folclòre, apparaît comme leur plaidoyer le plus vibrant et le plus abouti en faveur des traditions régionales et de leur identité.
Faire repartir la flamme de l'occitan, cela fait plus de 10 ans que Cocanha y travaille. Depuis 2014, le duo composé de Caroline Dufau et Lila Fraysse réinvestit le patrimoine de l'Occitanie, cette région du sud de la France qui, historiquement, s'étend de Bordeaux à Nice.
La tradition dans toutes ses dimensionsC'est en 2014 que, pour la première fois, Caroline Dufau et Lila Fraysse lancent Cocanha. Dès le début, le choix de l'occitan s'impose : « On a vraiment choisi de s'exprimer dans cette langue, pointe Caroline Dufau. C'est une langue que l'on a reçue en héritage, et c'est une façon de se relier aux générations qui nous ont précédées, pour qui l'occitan était la langue maternelle. »
De la même manière, le répertoire de Cocanha rend hommage à cet héritage, soit en réadaptant d'anciennes chansons populaires (« Que Son Aüros »), soit en s'inspirant de légendes tirées du folklore (« Remenanuèch »), soit avec des compositions originales empruntant aux codes traditionnels.
À lire aussi«Flame Folclòre», le folklore flamboyant du duo occitan Cocanha
Toutes les chansons de Cocanha ont en effet cette sonorité particulière, qui doit beaucoup au tambourin à cordes, que les deux femmes brandissent comme un emblème partout où elles vont, ainsi que sur leur pochette d'album. « C'est vraiment devenu notre compagnon de chant » sourit ainsi Caroline Dufau, à l'évocation de cet instrument doté « de six ou huit cordes, sur une caisse de résonance, avec un petit anneau qui produit un grésillement lorsque les cordes vibrent. »
Une intention ouvertement politiqueL'usage de l'occitan en lui-même est « un acte politique », pointe Caroline Dufau, tandis que sa comparse Lila Fraysse abonde : « À l'école, raconte Lila Fraysse, dans la génération de nos grands-parents, les enfants étaient punis de parler en occitan. Cela a généré une forme de dénigrement qui a conduit à ce que, petit à petit, les gens, d'eux-mêmes, délaissent leur langue maternelle... » Une histoire douloureuse, que les deux femmes retracent dans « Clam », tandis que dans le très délicat « Forabanda », elles racontent l'exil de l'intérieur et la sensation d'appartenir à une diaspora dans son propre pays.
Au-delà des enjeux locaux, Cocanha porte également des problématiques féministes ou écologistes, loin d'une tradition longtemps accaparée par les mouvances conservatrices, voire d'extrême-droite. « C'est vrai que le folklore a peu à peu été délaissé, car il y a eu trop de compromissions avec l'extrême-droite... C'est quelque chose qui nous préoccupe beaucoup, souffle Lila Fraysse. Mais nous, ce qui nous intéresse dans le folklore, c'est justement toute cette notion de partage et de savoir-vivre ensemble. » Et Caroline Dufau de compléter : « Pour nous, valoriser cette tradition c'est aussi se présenter, en tant qu'occitans et occitanes, aux gens qui voudraient s'installer chez nous, comme une forme d'accueil. »
Bref, une tradition d'ouverture et de partage, un folklore flamboyant comme un grand feu de joie autour du quel se réchauffer, tous ensemble.
La chanteuse congolaise Joyce N’Sana, présente au festival Nuits d’Afrique à Montréal, façonne un style singulier, l’afrobluehop, nourri de reggae, rock, hip-hop et musiques traditionnelles congolaises. Avec son album Telama et des titres comme « Minu Kiami », elle porte une voix engagée pour la paix et les droits des femmes.
Joyce N’Sana a grandi au Congo, dans un contexte de guerre. Son enfance a aussi été marquée par la musique de son père, guitariste et auteur-compositeur, avec qui elle écoutait du jazz.
Plus tard, c’est la communauté reggae qui l’accueille à son arrivée à Montréal. Avec sa sœur, elles font les chœurs et les premières parties de chanteurs jamaïcains et des Antilles. Elle se fait donc d’abord connaître pour son reggae, mais aujourd’hui, elle a un style bien à elle, qu’elle a nommé l’afrobluehop.
À propos de ce style, Joyce N’Sana explique : « L'afrobluehop, c’est "afro", "blues", "hip-hop". Mais on va dire qu’il est saupoudré d’autres influences aussi qui, de toutes façons, ont leurs origines dans les sonorités et les musiques africaines : reggae, et un peu plus de rock ces temps-ci qui est très assumé en ce moment. Tout ça sur base de musiques traditionnelles congolaises. »
Quand le Canada élargit les horizons musicauxEn arrivant au Canada, Joyce N’Sana n’avait, parmi les artistes locaux, que les références musicales connues à l’international : Céline Dion et Corneille. Mais son horizon s’est rapidement élargi. Elle a notamment découvert le rigodon, musique généralement jouée au violon ou à l’accordéon, qui accompagne la danse traditionnelle québécoise du même nom. Elle a aussi découvert le chanteur Gerry Boulet, figure du groupe de rock Offenbach.
Et alors qu’elle teste plusieurs directions artistiques, le Congo reste la base de tout. Joyce N’Sana confie ainsi son inspiration à travers les mots de Papa Wemba : « Je vais reprendre cet artiste-là, Papa Wemba, qui est un grand de la musique congolaise et de la rumba congolaise. Il disait que la musique traditionnelle, en elle-même, c’est l’une des bases des musiques qu’on fait. Quand on arrive à la cerner, on peut tout faire après. Ces mots-là m’ont inspirée, et je pense que c’est ce qui fait que je puisse jongler avec les autres musiques. On retrouvera toujours une partie des musiques traditionnelles ou de la rumba congolaise dans ce que je fais même quand c’est du rock ou du reggae ou du hip-hop. »
Une voix entre Janis Joplin et Selah SueAu-delà de sa musique aux rythmes entraînants, ce qui frappe chez Joyce N’Sana, c’est surtout sa voix. Sa tessiture, d’abord, capable de plonger dans les graves comme de s’envoler dans les aigus. Mais aussi le timbre de cette voix, à mi-chemin entre celles de Janis Joplin et de Selah Sue.
Elle-même revient sur ce grain vocal si particulier : « J’ai un background très gospel. J’ai écouté des voix comme ça qui m’ont inspirée. Aretha Franklin, Janis Joplin plus tard… Je dirais simplement que ce côté rock ou cette voix rauque est un peu plus assumée ces dernières années. Parce que parfois, on a besoin de dire des choses qui ne passent pas toujours par la douceur, qui ont besoin de se dire de façon intense. »
Joyce N’Sana chante en lingala, kikongo, kituba, lari, français et anglais. Elle écrit des textes engagés, notamment pour les droits des femmes et pour la paix. Son album le plus récent s’intitule Telama, ce qui signifie « Lève-toi et marche ». Une injonction à se relever, à avancer, qui résume bien l’élan de sa démarche artistique.
Chanteuse congolaise présente au festival Nuits d’Afrique de Montréal, dont la 40ᵉ édition vient de se terminer ce dimanche 19 juillet 2026, Joyce N’Sana poursuit son chemin entre Congo et Québec.
Comme tous les vendredis de cet été, ce sont les Médias francophones publics qui partagent leurs coups de coeurs musicaux. L'organisation fête cette année ses dix ans. Elle réunit les radios publiques de Suisse, de France, de Belgique et du Québec. Et aujourd’hui, nous allons écouter le chanteur Alphonse Bisaillon, coup de cœur de notre consoeur de Radio Canada, Monique Giroux.
On entend parfois dire que la chanson, la vraie, celle qui s'écoute, qui se lit, est devenue un peu trop sage, un peu trop lisse. Je vous présente ici un remède foudroyant au cynisme ambiant. Mesdames, Messieurs, retenez bien ce prénom d'une autre époque et ce nom qui sonne comme un défi. Alphonse Bisaillon.
Alphonse est originaire de Saint-Hyacinthe, au Québec. Ce garçon-là n'est définitivement pas fait du même bois que les autres. Il se décrit lui-même et je le cite : « comme un monstre, une diva, un bébé qui gazouille ou encore un gorille qui joue avec une branche ». Et croyez-moi, c'est exactement l'effet qu'il fait quand il monte sur les planches d'être tout ça à la fois.
Alphonse Bisaillon, c'est une collision spectaculaire. C'est la rencontre tout à fait improbable entre la poésie romantique d'un Victor Hugo, l'âme théâtrale de Charles Aznavour et l'énergie brute échevelée d'un Jean Leloup. Il le dit lui-même, il fait de la chanson pour survivre.
Sur scène, Alphonse chante, se donne, crie jusqu'à s'en écorcher la voix, mélange heureux de folie et de redoutable lucidité. Il est formé en musique et en littérature. Bisaillon est un orfèvre qui cisèle ses textes avec une précision maniaque. Avec sa prose fleurie, son registre de langue très soutenu et sa diction fièrement québécoise, le mot « chanson » lui colle littéralement à la peau.
Ce qui fascine le plus chez Alphonse Bisaillon, auteur-compositeur-interprète, c'est qu'il ose déranger nos habitudes. Dans un monde souvent formaté, il n'hésite pas à intégrer un tango déchirant, du jazz, des trames narratives dignes d'une pièce de théâtre. Bref, tout est là : le mariage parfait entre notre langue crue et la grande nécessité de nommer les choses.
Alphonse Bisaillon nous prouve que la relève n'est pas seulement là. Elle bouillonne, elle est brillante. Elle refuse de s'excuser d'exister. Alors si vous avez envie de vous faire brasser le cœur, si vous avez envie de ressentir quelque chose de vrai, prêtez l'oreille à ce poète débridé, Alphonse Bisaillon. C'est de la chanson qui mord. Et qu'est-ce que ça fait du bien !
Alfonse Bisaillon t.o.m ou la trajectoire des perséides (Petale musique) 2026
Voix de ténor, blues pop singulier et influences mêlant Rita Mitsouko, Fugees et Wendo Kolosoy : la Franco-Congolaise Anaïs Rosso s’impose comme l’une des révélations des festivals d’été, avant la sortie de son EP Scandale au Paradis, où poésie et non-dits familiaux nourrissent une écriture engagée et intime.
Difficile de situer Anaïs Rosso sur la carte des univers musicaux. Avec sa voix de ténor, la jeune femme se promène entre les styles et les registres. Dans son studio maison situé sur les hauteurs de Paris, véritable laboratoire musical personnel, elle fait cohabiter la basse, les guitares et les claviers ; Les Rita Mitsouko, les Fugees ou Wendo Kolosoy, qu’elle revendique tous comme des inspirations. Résultat : une pop qui ne ressemble qu’à elle, à la fois recherchée et accessible, mélancolique autant que dansante.
Et si Anaïs Rosso parvient à se créer son propre style, c’est peut-être parce que la jeune femme s’est lancée dans la musique sur le tard. Pour elle, tout a commencé par de longues jams, des sessions musicales improvisées qu’elle organisait pour les autres. L’occasion de s’imprégner de différents univers avant d’apporter elle-même sa pierre à l’édifice. Elle se consacre aujourd’hui avec assiduité à la musique et passe quotidiennement huit heures dans son studio.
Mais là où la chanteuse excelle, c’est dans son écriture. Car avec elle, la poésie a autant d’importance que la composition. Avec l’espièglerie d’un Jacques Prévert, elle peuple ses textes de jeux de mots. Mais attention : la forme ne sacrifie jamais le fond. Au contraire, les paroles d’Anaïs Rosso lui servent à affirmer son identité, à mettre les mots sur une forme de malaise, comme dans la chanson « Confidence », ou à s’attaquer aux tabous, comme elle le fait dans le titre « Les Colombes ».
« J’avais envie de parler d’un état de la colonisation aussi, sans attaquer qui que ce soit, explique Anaïs Rosso. Et la force des mots permet ça. Je parle des colombes [jeu de mot avec colons-be, ndlr]. À partir de là, tu dis ce que tu veux, ce qui est innentendable, et j’adore le fait que les colom-bes soient blanches. Je m’amuse avec ça et c’est ma liberté. »
Blues pop métissé entre France et CongoChez la chanteuse, cette histoire n’est pas seulement un problème de société. Les textes d’Anaïs Rosso font avant tout écho à une histoire profondément intime : celle d’une jeune femme issue d’une famille métissée, de parents congolais, mais d’un grand-père français et casque bleu, où les non-dits prennent plus de place que les paroles.
« Je surfe sur le non-dit. Si ma famille avait un nom, ce serait “Non-dit”. Et ce que j’adore faire, c’est déranger cette famille qui est aussi universelle, parce qu’il y a énormément de familles où le non-dit réside et persécute aussi l’entourage. Et ce que j’adore faire, c’est vraiment parler de ce qui gêne », dit-elle.
Son histoire, c’est aussi celle d’une jeune femme qui a perdu son père très petite, coupée donc d’une partie de son histoire. Comme cette langue, le lingala, qu’on ne lui a jamais transmise et qu’elle se réapproprie dans certains textes de son futur EP, fort à propos intitulé Scandale au Paradis, comme un clin d’œil à cette volonté qu’elle a de bousculer autant que de réconcilier.
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Du lundi au vendredi, chaque matin, un journaliste vous parle des artistes qui font l’actualité des musiques de l’espace francophone, de l’Afrique et de ses diasporas. Vous pourrez y entendre plus…
Diffusion 8h50, heure de Paris, 7h50 TU.