Le Grand Témoin

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By Louis DaufresneNews
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Le Grand Témoin episodes

  • Pourquoi l’Iran bascula-t-il dans une théocratie régressive ?

    Yves BOMATI, historien, docteur ès lettres et sciences humaines, spécialiste de l’Iran. Coauteur avec Davoud Pahlavi de L’Iran face à ses défis - 1925-2025 : un siècle d’histoire sous tension (Armand Colin)

    Nul ne sait si les pourparlers entre l’Iran et les États-Unis mettront fin aux hostilités, si même un changement de régime est envisageable à terme. Donald Trump assure que Téhéran, malgré ses dénégations, participe bien à des tractations et veut même un accord, tandis qu’Israël poursuit ses frappes. En Iran, les théocraties se sont toujours écroulées, de manière cyclique, lorsqu’elles ne parvenaient plus à donner un sens moral à la contrainte qu’elles exercent, dit en substance Yves Bomati. Si le chiisme émergea comme réaction nationaliste contre le sunnisme, l’Iran est travaillé par des continuités souterraines qui donnent à penser que l’islam, produit d’importation, est plaqué sur des permanences religieuses préislamiques comme le zoroastrisme. Se rappelle-t-on qu’avant la conquête islamique, un tiers du pays était chrétien ? Ramené à la période contemporaine, l’Iran s’est retrouvé à osciller entre traditions et modernité, liberté et absolutisme. Dans cet entretien, on se demande par quel sortilège un grand pays évolué, que les ambitions des shahs modernisaient, a pu sombrer dans un régime aussi implacable que régressif. Les promesses non tenues du Shah ont alimenté un ressentiment social que les religieux ont su capter à leur profit pour imposer une théocratie devenue mafieuse.

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    17 min
  • N'en déplaise à Jean-Luc Mélenchon, les cathédrales expriment le génie de l'Occident

    Mathieu LOURS, historien, spécialiste de l’architecture sacrée. Auteur notamment de Rebâtir Notre-Dame (Tallandier), a contribué au Centenaire de la mosquée de Paris (le cherche midi)

    Hier, Joshua Colin, notre grand témoin de 22 ans baptisé l’an dernier, avait expliqué que sa rencontre décisive avec le bon Dieu était survenue lorsqu’il était entré dans la cathédrale de Rouen, que le silence et la beauté avaient subjugué son âme. Comme toute église, les cathédrales sont comparables à des vaisseaux spatiaux qui transportent la terre au ciel ou font descendre le ciel sur terre. La pierre exprime une grammaire invisible. À deux reprises, Jean-Luc Mélenchon s'exprima sur le sujet, le 18 juin et le 4 mars. Non d’un point de vue métaphysique mais historique, pour affirmer que sans le « savoir rapporté des musulmans et des croisades », nous n’aurions ni su ni pu bâtir Notre-Dame de Paris. Cette lecture, issue du puissant courant orientaliste des XVIIIe et XIXe siècles, ne correspond pas à la réalité médiévale. C'est une croyance, une mode que les historiens distinguent des faits dûment documentés. En se situant sur ce terrain, Jean-Luc Mélenchon expose l’opinion à un risque de désinformation, lequel s'accommode bien de son intention d’introduire partout de la conflictualité. À l’inverse, la raison commande de réfléchir au fond commun des architectures religieuses et d’attribuer à chacune ce qui leur revient. Aussi les cathédrales, juge Mathieu Lours, expriment « le génie de l’Occident chrétien ». Sans nier les emprunts interculturels, l’Europe n'a pas de dette à l’égard du monde islamique, lequel ne se confond pas avec tout l’Orient. L'Europe doit ses édifices à la connaissance des mathématiques qu'elle a héritée de l’Antiquité grecque.

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    17 min
  • Joshua Colin, baptisé l'an dernier, raconte son chemin de foi

    Joshua COLIN, 22 ans, étudiant à l’université Paris-Dauphine. Auteur de Nous, les nouveaux baptisés - confidence d’une génération qui revient au Christ (éditions du Cerf)

    Demain après-midi doit être communiqué à Lourdes le chiffre des catéchumènes, c’est-à-dire des adultes et des adolescents qui seront baptisés au cours de la veillée pascale, le 4 avril. Ils étaient 12000 en 2024 et 17000 en 2025. Pour les uns, ce frémissement statistique ne dit rien d’une tendance de fond, celle de la sécularisation persistante et continue. Tout au plus s’agit-il d’un rattrapage à la marge. 90 % des enfants d’une classe d’âge étaient encore baptisés à la naissance en 1970. Ils sont moins de 30 % à l’être aujourd’hui. Encore faut-il sortir de la logique comptable pour envisager ce rayon de soleil dans le paysage du catholicisme français. Pour plusieurs raisons : ce sont les minorités résolues qui changent le monde (au départ ils étaient douze...). Ensuite, embrasser la foi catholique est en rupture absolue avec tout ce que promeuvent la société et les media. Ce choix exige courage et lucidité, ce qui opère un tri qualitatif. Enfin, ce rebond des catéchumènes est difficilement imputable au prosélytisme de l’institution, d’ailleurs assez méfiante envers ce qui ne vient pas d’elle. Les voies de Dieu étant impénétrables, on est intrigué par la force d’âme de ces nouveaux venus qui placent la barre très haut : ils désirent être accueillis, formés, insérés dans une communauté. Leur zèle tout feu tout flamme peut avoir du mal à s’accorder avec les habitudes des catholiques culturels. Leur mérite équivaut à la pureté de l’intention qui les meut : « Dieu parlait à mon âme dans ce langage mystérieux du silence et de la beauté qu’Il emploie avec ceux qu’Il veut attirer doucement à Lui », écrit Joshua Colin, baptisé l'an dernier à l'issue d'une démarche dont il aura tenu à l'écart ses parents, hostiles à l'Église, et une partie de ses amis. Beauté, silence : cette conception ramène l’épiscopat à la nécessité de répondre à un besoin de tradition et de transmission.

    Joshua Colin témoignera demain mercredi 25 mars à 20h30 à l'Espace Bernanos, 4 rue du Havre Paris IXe.

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    17 min
  • Après les municipales, une France morcelée comme jamais

    Natacha POLONY, agrégée de lettres, ancienne directrice de la rédaction de Marianne, fondatrice de la revue trimestrielle L’Audace !

    Dans la foulée d'élections municipales sans vainqueur clair, chaque camp politique s'emploie à tirer les leçons du scrutin et à dire qu’il en sort gagnant. Au bout du compte, la France apparaît morcelée à l’extrême, ce qui rend délicate la question des alliances et des stratégies pour la présidentielle qui domine déjà le débat. Le débat justement : comment envisager l’agora si l’on n’est plus capable de se parler ? Agrégée de lettres, Natacha Polony, ancienne directrice de la rédaction de Marianne, consacre le deuxième numéro de sa revue trimestrielle L’Audace ! à la liberté d’expression à l’ère numérique. Comment concevoir un espace de la délibération juste et honnête en France et en Europe, à l’heure où les géants de la tech américains captent toutes les attentions, celles des plus jeunes en particulier, et où la réglementation de l’UE, via le « bouclier démocratique » du DSA (Digital services act), n’apporte pas la meilleure des réponses à la question de la régulation des contenus ?

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    17 min
  • Georges Fenech monte au front pour la liberté d’expression

    Georges FENECH, ancien magistrat, député honoraire, chroniqueur TV. Auteur de Ne dites pas à ma mère que je suis chroniqueur sur Cnews… elle me croit toujours juge à Hazebrouck (Fayard)

    Du parquet aux plateaux en passant par les sièges capitonnés du Palais Bourbon, Georges Fenech se passionne pour l’action publique sous toutes ses formes. Cet ancien juge d’instruction, d’origine maltaise mais né en Tunisie, fut député LR du Rhône à deux reprises, avant de se reconvertir dans le magistère médiatique comme chroniqueur régulier sur la chaîne Cnews dont il est l’une des voix les plus crédibles. Son ton grave, posé et ferme tranche avec les emportements parfois convenus de media qui la jouent cash et clash. Sa carrière judiciaire est marquée par un engagement en faveur de l’autorité de l’État et de la répression de la délinquance, ce qui n’est pas le trait dominant des milieux de la magistrature. Spécialiste des dérives sectaires et du terrorisme, Georges Fenech porte un regard circulaire sur l’état de la France. Il instille une forme de dramaturgie quand il estime qu’elle peut mourir sous le poids du renoncement et des atteintes à la liberté d’expression.

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  • Choisir, tout un art. Saint Ignace de Loyola nous y aide

    Père Bernard BOUGON, consultant, membre de l’Institut de discernement professionnel, ancien aumônier national du Mouvement chrétien des cadres dirigeants. Coauteur avec Laurent Falque de L’art de choisir avec Ignace de Loyola (éditions Ignace de Loyola)

    La force, et peut-être aussi la faiblesse, de la démocratie, c’est qu’elle nous oblige à choisir, afin d’obtenir l’adhésion, de fabriquer du consentement, ce qui est nécessaire à la confiance, pilier de l’autorité, sans laquelle nulle société ne peut avancer. Mais choisir est un art, qui ne confond pas avec le fait de décider. Les élections municipales offrent à la fois un prétexte et un contexte pour aborder un sujet beaucoup plus sérieux que celui de la gestion communale, sujet qui est celui de l’entretien que l’on se doit d’accorder à son âme. Saint Ignace de Loyola (1491-1556), fondateur des jésuites, lui fait passer une sorte de contrôle technique, avec ses fameux exercices spirituels et le discernement des esprits, lesquels ne sont pas comparables aux méthodes de développement personnel dont se repaît l’homme contemporain en recherche. L’essentiel est d’entrer dans un processus permettant de trouver la vocation qui est la nôtre, et d’apprendre à repérer les mouvements profonds qui nous animent.

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  • Après la prison, Pierre Botton invite les Français à renouer avec la foi et à l'affirmer avec courage

    Pierre BOTTON, porte-parole de Changeons la prison. Auteur de Sur le chemin de ma foi (Fayard)

    Son nom avait marqué les années 90, quand ni Internet ni les réseaux sociaux n’existaient mais que son visage s’étalait sur les écrans de télévision : Pierre Botton, homme d’affaires lyonnais au train de vie luxueux, s’était retrouvé mêlé à un scandale politico-financier impliquant son beau-père, Michel Noir, maire de Lyon jusqu’en 1995. Si je le reçois au milieu de ces municipales, c’est moins pour parler de compromissions politiciennes que de rémission spirituelle. Car Pierre Botton a retrouvé Dieu, le Dieu de son enfance, de la religion catholique dans laquelle il avait été élevée. La prison est passée par-là, ainsi qu’un long parcours judiciaire. Pierre Botton a été incarcéré à deux reprises, à vingt-cinq ans d’écart, ce qui lui donne un regard comparatif pertinent. Il s’est relevé en créant plusieurs associations destinées à sensibiliser au choc carcéral. L’expérience qu’il décrit ne ressemble point au propos de ses précédents livres. Aujourd’hui, il témoigne d’un chemin de foi, d’une certitude, sans faire l’impasse sur l’état spirituel de la France dans sa confrontation à d’autres religions très affirmatives.

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  • Municipales : un scrutin illisible et un scandale démocratique

    François GOMBERT, directeur d’Engagements, cabinet de conseil en stratégies de communication d’influence et de gestion de crise, auteur de la newsletter Com’on en parle !

    Quelle lecture et quelle leçon peut inspirer ce premier tour des élections municipales ? Que dire de l’état de la France à un an du rendez-vous si attendu de la présidentielle ? Le macronisme et son action dissolvante sur le bipartisme ont produit quelque chose d’illisible dont tirent parti deux forces antagonistes, LFI et le RN. On compte à ce jour quelque 150 accords LFI/PS et RN/LR, ce qui, aux yeux de François Gombert, rend l’offre politique indéchiffrable. Selon lui, LFI et le RN développent deux types de communication politique tout à fait opposés : le RN achève sa notabilisation, tandis que LFI parie sur la radicalisation. La stratégie mélenchoniste se révèle efficace : concentrée sur le quadrillage du terrain, elle produit un discours qui ne fonctionne pas comme un repoussoir mais comme une validation. Entre LFI et le RN, le vaste centre est dilué dans une forme d’insignifiance. L’offre politique est en crise. Une autre surgira-t-elle pour la présidentielle ?

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  • LFI et le RN sortent renforcés du 1er tour des élections municipales

    Éric ROUSSEL, journaliste et politologue, ancien président de l’institut Pierre Mendès-France, membre de l’Académie des sciences morales et politiques

    Si cette année, les élections municipales auront moins mobilisé les Français qu’en 2014, avec un taux de participation nettement inférieur (56 % contre 63 %), les deux partis qui en avaient fait un test, le RN et LF, sortent renforcés du premier tour, dans un scrutin qui voit globalement la gauche se maintenir, en particulier dans les lieux de pouvoir importants, notamment à Paris, Marseille et Lyon. L'entre-deux tours d'ici dimanche prochain sera marqué par le casse-tête des possibles alliances, qui seront aussi scrutées à l'aune de la course à l'Elysée. Pour Éric Roussel, les dynamiques en faveur de LFI et du RN consolident des tendances mais ne laissent pas présager de l'issue de la présidentielle de 2027.

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  • Le sénateur Laurent Duplomb défend l'innocuité de sa loi

    Laurent DUPLOMB, sénateur LR de Haute-Loire, conseiller de Laurent Wauquiez sur les questions agricoles

    Ici, en Haute-Loire, le duel n’est pas dans les urnes. Dimanche prochain, le candidat Michel Chapuis, divers droite dont la liste héberge le fils de Laurent Wauquiez, est quasiment sûr d’être réélu à la mairie du Puy-en-Velay. On peut se hasarder à ce pronostic dans la mesure où la cité mariale – tenez-vous bien – n’a pas connu de second tour depuis 1995, depuis plus de 30 ans, alors que l’élection 2026 laisse présager un grand nombre de quadrangulaires en raison de la balkanisation de la vie politique. Michel Chapuis n’a même pas de candidat RN sur sa droite. Non, le vrai duel ici est dans les haies : il oppose deux figures de la région : Jacques Marcon, chef triplement étoilé des maisons Marcon, plusieurs fois désigné « meilleur restaurant du monde », à Saint-Bonnet-le-Froid, à 60 km d’ici vers l’est, à la lisière de l’Ardèche, et Laurent Duplomb, fils d’ouvrier sidérurgiste devenu agriculteur par choix et par passion, sénateur LR depuis 2017, et dont les oreilles bourdonnent depuis que sa loi l’a fait connaître. La loi Duplomb a mobilisé plus de deux millions de signatures contre elle sur la plateforme de l’Assemblée nationale. Après son adoption, en juillet 2025, Jacques Marcon dit qu’il avait « honte » de vivre en Haute-Loire. En août, le Conseil constitutionnel censura certaines dispositions de la loi Duplomb, notamment celles liées à l’autorisation d’un pesticide néonicotinoïde, l’acétamipride. Un nouveau texte est en cours. Pour le sénateur LR, sa loi fait l’objet d’une cabale de la part d’une gauche anticapitaliste toujours prompte à caricaturer les enjeux et les exploitants agricoles.

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